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Interview   

Sous le soleil d’Insomnium


Insomnium incarne la constance. Constance dans ses sorties d’albums, constance dans sa musique qui ne s’écarte jamais vraiment du son que le groupe s’est construit inspiré de ses aînés, constance dans la qualité également. Et cette constance lui a plutôt réussi, accroissant sa base de fans à chaque nouvelle sortie. Après tout, c’est souvent par la répétition que l’on finit par « éduquer » un public. Et son dernier opus Shadows Of The Dying Sun prouve encore qu’Insomnium a trouvé la formule qui fonctionne, sa formule. Même l’arrivée d’un nouveau guitariste en la personne de Markus Vanhala, venu remplacer Ville Vanni qui ne pouvait plus jongler entre le groupe et sa carrière dans le monde médical, n’a nullement altéré le death mélodique et mélancolique dont il a fini par se faire l’un des porte-drapeaux. Au contraire, l’apport de sang neuf est souvent l’occasion de donner un coup de fouet à l’inspiration.

C’est avec le guitariste et compositeur principal Ville Friman que nous en avons discuté ci-après. Nous avons cherché à comprendre la relation du groupe à sa propre musique mais aussi, entre autres, parlé de la mélancolie toute finlandaise qui anime sa musique.

« Nous voulons avancer à notre façon, mais dans les limites dans lesquelles nous nous sentons à l’aise. Nous n’avons pas envie de suivre des gens du marketing ou autre qui nous disent à quoi notre son doit ressembler. »

Radio Metal : Cet album a été enregistré dans deux studios différents. Pour quelle raison ?

Ville Friman (guitare, chant) : Nous voulions essayer plusieurs options. D’abord c’était moins cher et plus simple en termes de logistique de tout enregistrer en Finlande. Nous avons donc enregistré la batterie dans un studio proche de l’endroit où vit notre batteur, de cette façon, il n’avait pas besoin de transporter tout son matériel à travers le pays et c’était plus simple pour lui. Il pouvait aller travailler, puis venir au studio après pour enregistrer quelques chansons, cela ne lui faisait pas de trop longues journées et c’était plus facile pour lui. Et ensuite, nous avons enregistré le reste à Kotka, dans le sud de la Finlande, où vivent notre bassiste et l’autre guitariste, en fait c’était simplement pratique et de nos jours c’est plus simple de transférer des fichiers d’un studio à l’autre alors cela n’avait pas vraiment d’importance.

Musicalement, Shadows Of The Dying Sun est une continuation de ce que le groupe a mis en place à travers les albums précédents. Est-ce important pour vous de rester fidèles à ce que les fans attendent de vous et de ne pas entreprendre de changements trop drastiques ?

J’imagine que c’est une partie de la vérité, mais nous ne pensons pas tant que ça aux fans, peut-être un peu, mais nous pensons avant tout à nous et je crois que cela reflète aussi le fait que nous avons envie de faire ce genre de musique et que nous ne voulons pas changer trop de choses. Je pense que nous avons trouvé notre style et nous voulons avancer à notre façon, mais dans les limites dans lesquelles nous nous sentons à l’aise. Nous n’avons pas envie de suivre des gens du marketing ou autre qui nous disent à quoi notre son doit ressembler ou comment être plus connus ou un peu plus commerciaux, nous ne pensons pas à cela, nous faisons simplement ce que nous sentons le mieux en espérant que c’est quelque chose qui plaira également à nos fans. Je pense qu’on peut dire que les fans de metal en général sont assez traditionalistes, d’une certaine façon, une fois qu’ils trouvent un groupe, ils ont envie que ce groupe sonne toujours de la même manière, ou que les changements ne se fassent que dans certaines limites précises. Mais il n’y a rien de mal à cela, et il faut que nous restions fidèles à notre son et à nos racines, mais il faut aussi essayer d’avancer et de nous améliorer au sein de ce que nous voulons faire et de notre propre univers sonore. Alors bien sûr, on doit essayer d’aller un peu plus loin, d’avancer mais nous n’avons jamais eu l’intention de changer trop drastiquement, ou de suivre l’avis ou les envies de quelqu’un d’autre, nous faisons ce que nous aimons et espérons que cela plaît à nos fans.

« Black Heart Rebellion » s’aventure un peu plus dans l’univers du black metal, tandis que « Lose To Night » est une de vos chansons les plus douces et les plus mélodieuses. Aviez-vous envie d’avoir toutes les facettes musicales d’Insomnium sur cet album et de les accentuer pour en faire un album plus contrasté ?

Je crois que nous n’avons pas tellement réfléchi au fait que les chansons sonnent trop black metal ou trop pop ou soient trop douces, nous nous sommes dit que tant que les chansons étaient bonnes et qu’elles fonctionnaient nous les mettrions sur l’album, donc nous n’avons pas trop pensé à cela. Nous laissons notre musique être contrastée. Nous avons fait différentes sortes de chansons, par le passé, ce n’est donc pas si surprenant et je crois que c’est aussi une espèce de marque de fabrique et cela reflète notre parcours musical au sein du groupe. Nous aimons des choses variées et n’avons aucun problème non plus à mettre des chansons de styles variés sur les albums d’Insomnium.

« Mais je pense que maintenant, [Markus Vanhala] a probablement le sentiment de faire pleinement partie du groupe car avec ses chansons, il a apporté sa propre griffe musicale à l’album. »

Pensez-vous que c’est en étant contrasté et changeant qu’un album est intéressant et excitant du début à la fin ?

Oui, je crois que c’est en partie vrai, nous essayons de construire un thème et on ne peut pas passer de 1 à 100 sans arrêt, ou alors on risque d’être un peu répétitif ou peut-être même ennuyeux, cela dépend des goûts, bien sûr, mais particulièrement, si l’on considère notre nouvel album, il dure une heure, il y a donc beaucoup de musique alors il faut que cela soit varié. On devient ennuyeux et répétitif en n’ayant qu’un seul style de chanson. Je pense que c’est quelque chose que nous avons envie de faire, et j’apprécie de jouer différents styles de chansons. Si l’on veut faire de longs albums ou un album bon et solide dans sa globalité, je crois qu’il est simplement naturel d’avoir de la variété, d’avoir des hauts, des bas, d’accroître le contraste et le côté émotionnel et musical et d’avoir des crescendos et ainsi de suite. Donc, oui, je pense que c’est important d’avoir cette diversité.

Shadows Of The Dying Sun est le premier album sur lequel apparaît votre nouveau guitariste Markus Vanhala. Il a apparemment eu un rôle important dans l’écriture, a-t-il apporté de nouvelles influences dans le groupe ?

Oui, il y a quelque chose comme deux chansons qui sont de Markus et quelques autres sur lesquelles il a collaboré avec Niilo et moi, nous avons écrit ces chansons ensemble, sa contribution musicale a été immédiate. Et bien sûr pour ce qui est des solos de guitare et de tous les arrangements de guitare, nous avons tout fait ensemble en studio, je dirais qu’il apporte en effet beaucoup d’influences et un super esprit créatif. Ce n’est pas si différent de ce que nous avons fait avant et il écoute Insomnium depuis longtemps, donc il comprend en quoi consiste la musique d’Insomnium, il peut y adapter sa façon d’écrire et il a une écriture qui tient la route, selon nos critères, donc ce n’est pas si difficile. Oui, il a un rôle important, j’ai apporté peut-être 80% de la musique mais Niilo et lui ont apporté les 20% restants, donc il a un grand rôle.

Le fait qu’il fasse partie du groupe depuis trois ans, qu’il soit arrivé juste après la sortie de One For Sorrow et qu’il ait tourné avec le groupe l’a-t-il aidé à se familiariser avec le style d’Insomnium pour ce nouvel album ?

Oui, cela a clairement eu un impact. Nous avons passé beaucoup de temps en tournée à vivre dans le même bus, on apprend à connaître les gens et je crois que c’était essentiel pour lui de devenir un membre du groupe à part entière. Je pense que c’est indispensable. Je crois que c’était important pour lui parce que la dernière fois, il est arrivé alors que tout était déjà fait et il n’a pas vraiment participé à One For Sorrow. Mais je pense que maintenant, il a probablement le sentiment de faire pleinement partie du groupe car avec ses chansons, il a apporté sa propre griffe musicale à l’album. Je pense que nous sommes réellement un tout, maintenant qu’il est vraiment impliqué et qu’il a participé à la création de cet album.

D’ailleurs, peux-tu nous en dire plus sur le départ de Ville Vanni ?

Il n’y a rien de particulier. C’est simplement très difficile d’assumer ce double rôle : aller au travail et poser des congés à temps pour partir en tournée, participer aux activités du groupe et avoir malgré tout une autre carrière professionnelle. Il voulait poursuivre sa carrière dans le monde médical, il est donc devenu évident qu’il n’avait plus le temps de se concentrer sur le groupe et c’était une décision mutuelle. Certains changements sont nécessaires lorsqu’un groupe veut rester ensemble et continuer d’avancer en tant que groupe et il n’y a rien eu de traumatisant derrière tout ça, c’était seulement devenu trop difficile pour lui de concilier son travail avec le groupe.

« C’est une métaphore de la fugacité de la vie. Nous n’avons que le moment présent et ne sommes que des ombres jetées par le soleil. »

Les albums d’Insomnium commencent généralement par un morceau d’introduction de deux ou trois minutes. D’où vous vient cette tradition ?

Je ne sais pas, cette idée nous est venue et je trouve qu’elle nous correspond. Sur notre deuxième album, nous avions déjà un genre d’intro et je pense que cela nous vient sans doute de la scène death mélodique suédoise du début des années 90 : un grand nombre de groupes utilisaient des intros et nous en étions vraiment très fans alors nous avons décidé de commencer à expérimenter autour de cela. La première intro ressemblait plutôt un interlude au piano qui évoluait vers la chanson suivante, et par la suite nous avons eu des morceaux plus courts en guise d’intro. Je crois que c’est un peu notre marque de fabrique et nous aimons faire cela, elles fonctionnent également très bien lorsque nous commençons nos concerts avec, nous pouvons les utiliser comme intro en live. Oui, c’est une tradition, comme une vieille marque de fabrique dont nous avons décidé de nous servir à chaque fois parce que cela marche très bien.

L’album est intitulé Shadows Of The Dying Sun, qui est un titre typique du doom ou du metal mélancolique. Que signifie ce titre pour vous ? Fait-il référence à la lumière qui peut être observée en Finlande à certaines périodes de l’année ?

C’est plutôt une métaphore scientifique et philosophique de la vie en général. Pour faire simple, lorsque l’on considère toute l’énergie générée par le soleil et qui crée des organismes vivants sur notre planète, d’une certaine façon, nous faisons aussi partie de cette énergie et nous ne sommes également que des ombres, sur terre pour un court moment avant de mourir et de disparaître. Le soleil lui-même disparaîtra un jour, comme si lui aussi était mortel, il explosera et ce sera la fin de tout. C’est une métaphore de la fugacité de la vie. Nous n’avons que le moment présent et ne sommes que des ombres jetées par le soleil.

Nous remarquons souvent que certains des groupes les plus mélancoliques ou tristes sont en fait constitués des plus joyeux musiciens. Ce paradoxe existe-t-il aussi dans Insomnium ?

Oui, je dirai que nous ne sommes pas maussades et tristes en permanence, nous voulons passer de bons moments et profiter de la vie en général. Mais lorsque l’on regarde autour de nous, on voit bien que le monde n’est pas parfait et que, bien entendu, tout le monde a ses propres problèmes et ses soucis personnels et c’est ce côté-là que nous faisons ressortir le plus dans notre musique. C’est quelque chose qui est parfois difficile à comprendre et il peut même être difficile d’en parler, alors ce sont ces pensées et ces idées que nous mettons dans notre musique même si ce elles ne sont pas nécessairement toujours personnelles. C’est quelque chose que nous voyons autour de nous et c’est le côté qui ressort le plus souvent dans notre musique parce que ce sont des choses difficiles à exprimer. Le fait de transformer ces sentiments en musique et en paroles est un moyen de les exprimer, je pense.

« Je suis quelqu’un d’heureux mais je m’identifie facilement aux gens et aux épreuves qu’ils traversent, et bien sûr, dans la vie, chacun a ses propres problèmes et ses démons. Pour moi, la musique est un moyen de faire face à tout cela. »

Qu’est-ce qui apporte cette profonde mélancolie dans votre musique ?

C’est une bonne question. J’imagine que nous sommes profondément mélancoliques. Je suis quelqu’un d’heureux mais je m’identifie facilement aux gens et aux épreuves qu’ils traversent, et bien sûr, dans la vie, chacun a ses propres problèmes et ses démons. Pour moi, la musique est un moyen de faire face à tout cela et je ne peux pas vraiment expliquer pourquoi cela ressort de cette façon, mais c’est ainsi. Bien que la musique en elle-même soit parfois triste, tout le processus est très positif et salvateur pour moi, juste en créant la musique. Beaucoup de gens nous font ce genre de retour, si, par exemple, quelqu’un éprouve ces sentiments, les chansons leur font du bien même si elles sont tristes. Bien que ce soit mélancolique, je crois que c’est assez positif, à la fois pour les fans, les auditeurs et pour nous, les musiciens.

Dans le monde du metal, la Finlande est, entre autres, connue pour ses groupes mélancoliques, tels que Amorphis et Sentenced. Peux-tu nous en dire plus au sujet de l’influence que ces groupes ont eu sur Insomnium ?

Oui, je pense qu’Amorphis a eu une grande influence et Sentenced aussi, bien sûr. Ces groupes étaient vraiment importants pour nous lorsque nous étions adolescents et ce sont les premiers groupes extrêmes à être reconnus en dehors de la Finlande. Nous aimions beaucoup ces groupes et tourner avec Amorphis, par exemple, a été un honneur pour nous. Nous aimons beaucoup la scène death metal mélodique suédoise, tous les groupes de Göteborg, Dark Tranquillity, At The Gates, In Flames, ce genre de choses. Nous aimons ce qui est extrême mais nous apprécions aussi beaucoup l’aspect mélodique et mélancolique et cela a été naturel pour nous de nous exprimer de cette façon-là aussi. Oui, Amorphis est toujours un grand groupe et c’est génial de voir qu’ils vont toujours plus haut et plus fort, ils nous ont clairement influencés.

Interview réalisée par téléphone le lundi 17 mars 2014 par Metal’O Phil
Retranscription et traduction : Judith
Fiche de questions et introduction : Spaceman

Site internet officiel d’Insomnium : www.insomnium.net

Album Shadows Of The Dying Sun, sorti le 28 avril 2014 chez Century Media Records.



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