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Chronique   

Star One – Revel In Time


La dernière réalisation de Star One, Victims Of The Modern Age, remonte à 2010. Plus d’une décennie d’intervalle qui s’explique en partie par l’ampleur de l’autre projet d’Arjen Anthony Lucassen, Ayreon. Le musicien n’avait nullement l’intention de reléguer Star One au placard. C’est simplement que le très metal The Source (2017) avait déjà assouvi ses pulsions plus rugueuses, sans compter l’exigence d’une œuvre comme Transitus (2020) et ses trois années de conception. En effet, Star One est le penchant plus heavy et agressif de l’imaginaire d’Arjen, moins orienté opéra rock. Pourtant, les efforts de Star One peuvent aisément se ranger dans la catégorie « albums conceptuels ». Chacun d’entre eux aborde une thématique dans le cinéma, et chaque chanson traite d’un film différent lié à cette dernière. Space Metal (2002) s’inspirait de films se déroulant dans l’espace (Alien, Dune, 2001 : L’Odyssée De L’espace, etc.). Victims Of The Modern Age (2010) se nourrissait de l’imaginaire des dystopies et films postapocalyptiques (Matrix, Orange Mécanique, La Planète Des Singes, etc.). Revel In Time n’échappe pas à la règle : le troisième album de Star One s’intéresse aux manipulations temporelles dans des films tels que Terminator, Retour Vers Le Futur, Jour De La Marmotte ou Interstellar. Sans être esclave de son concept, Revel In Time se perçoit en outre comme une sorte de « récréation » pour Arjen par rapport à la complexité et à la théâtralité de sa dernière œuvre, l’occasion rêvée de revenir au plaisir du riff comme élément fondamental de la composition.

La différence majeure de Revel In Time par rapport à ses prédécesseurs est l’abandon forcé de la formule à quatre chanteurs – Floor Jansen, Russel Allen, Damian Wilson et Dan Swanö. Si ces derniers avaient pour habitude de se partager les lignes de chant au sein des compositions, les restrictions liées à la pandémie ont empêché de les faire venir au studio pour travailler le dialogue vocal. Arjen Lucassen a donc choisi d’avoir un chanteur différent par chanson : treize en tout – Michael Mills et Ross Jennings (Haken) se partageant « Prescient » et Will Shaw ajoutant des vocalises à « The Year Of ‘41 » –, nombre que l’on peut pratiquement doubler si l’on inclut le deuxième CD qui n’est autre qu’une nouvelle réinterprétation vocale des mêmes chansons par des artistes différents. L’introduction aux synthétiseurs de « Fate Of Man » nous plonge immédiatement dans l’esthétique rétro-futuriste familière du projet et finit par délivrer un lead virtuose (presque néoclassique). Celui-ci pave le chemin à un heavy survitaminé qui suit la cadence et la puissance d’une Brittney Slayes (Unleash The Archers) qui accapare notre attention. On décèle d’emblée l’un des ingrédients phares de Revel In Time : le solo de guitar hero, pratiquement omniprésent tout au long de l’opus, à commencer par la dextérité toujours aussi délectable de Michael Romeo (Symphony X) sur ce premier titre. « 28 Days (Till The End Of Time) » délaisse les rythmiques effrénées pour privilégier un riffing musclé et sous-accordé. À nouveau, les soli sont l’artifice privilégié pour faire redoubler d’intensité la composition, accompagnés de claviers exubérants. Peu importe sa spontanéité, Revel In Time n’est pas plus enclin à la sobriété que les autres enfants du maestro.

L’un des atouts de Revel In Time est évidemment la myriade d’invités présents : outre les quatre historiques du projet et ceux déjà cités, on retrouve des grands noms tels Steve Vai, Ron Thal (Sons Of Apollo), Roy Khan (Conception), Tony Martin (ex-Black Sabbath), Adrian Vandenberg (ex-Whitesake), Jeff Scott Soto (Sons Of Apollo) ou encore Joe Lynn Turner (ex-Rainbow, ex-Deep Purple). Un casting qui contribue à donner un cachet légèrement différent à chaque chanson. La conclusion de « Prescient » brille par l’enchevêtrement des lignes vocales et contraste avec la lourdeur hard rock de « Back From The Past » et de son orgue Hammond à la Jon Lord. « Revel In Time » a même de très légers accents de Pantera dans la souplesse de ses gimmicks rythmiques à la guitare. « The Year Of ‘41 » a l’entrain d’un rock old-school survitaminé qui doit évidemment la plupart de ses mouvements au blues. Enfin, la conclusion « Lost Child Of The Universe » fait office de grand final, avec une plage atmosphérique honorant la tradition pink-floydienne sur laquelle Steve Vai s’exécute sur près de trois minutes de leads langoureux, avant de libérer les chœurs au phrasé religieux : Star One se délecte de la grandiloquence et fait voyager.

Revel In Time est abondant. Indéniablement, Arjen Lucassen se sert du riff comme colonne vertébrale des compositions et profite de la dextérité des guitaristes et chanteurs invités. Ses limites sont les mêmes que ses atouts : le foisonnement d’arrangements vient parfois empêcher l’appréhension d’un riff qui se suffisait à lui-même. Revel In Time se repose peut-être sur une approche plus instinctive de la musique, il honore néanmoins la tradition de prodigalité d’Arjen Lucassen, où générosité et excès sont entremêlés.

Clip vidéo de la chanson « Prescient » :

Clip vidéo de la chanson « Lost Children Of The Universe » :

Album Revel In Time, sorti le 18 février 2022 via InsideOut Music. Disponible à l’achat ici



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  • Aryen réussit à réunir des talents musiciens et chanteurs pour nous offrir comme régulièrement une aventure musicale jouissive :j adore cet opéra rock sur fond de fiction et cet album retrouve les qualités de The source: melodies alternées de puissance heavy

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