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Chronique   

Static Abyss – Labyrinth Of Veins


Nom majeur dans l’histoire du death metal, celui de Chris Reifert est associé à Autopsy, son groupe principal, mais aussi à une multitude de projets annexes. Le musicien américain en ajoute un nouveau en formant Static Abyss avec Greg Wilkinson, également impliqué dans une multitude de projets et ingénieur du son propriétaire du studio Earhammer à Oakland où il a enregistré quantité de disques de metal extrême, de hardcore et de punk depuis presque vingt ans, dont l’EP Puncturing The Grotesque sorti par Autopsy en 2017. Labyrinth Of Veins est le fruit direct de la pandémie et de l’invitation qui avait été faite à Greg Wilkinson, qui ne pouvait plus utiliser son studio dans les conditions habituelles à cause du Covid-19, d’investir les vastes espaces du Great American Music Hall, salle de concert de San Francisco qui ne pouvait quant à elle plus accueillir son public habituel. Greg Wilkinson a alors proposé à Chris Reifert de l’y rejoindre pour enregistrer un projet ensemble. Il en résulte une création spontanée, chaque morceau ayant été enregistré dans la foulée de sa composition, jusqu’à obtenir un album complet.

À nouveau projet, nouvelle direction musicale, pourrait-on penser, mais Static Abyss dévie finalement peu de la ligne d’Autopsy, au point d’aboutir à une étrange situation où, après huit ans d’attente, 2022 sera l’année de sortie du huitième album d’Autopsy et d’un autre album qui pourrait également appartenir à sa discographie. On retrouve en effet dans ce premier essai du duo l’alliage de death et de doom caractéristique d’Autopsy. Ces deux facettes musicales sont souvent entremêlées au sein d’une même composition, comme sur l’inaugural « Feasting On Eyes », où la charge impétueuse des riffs de Greg Wilkinson et du jeu cavalcadant de Chris Reifert aux fûts est rapidement rattrapée par une nappe de mélasse qui les ralentit jusqu’à l’enlisement. Static Abyss délivre un death majoritairement lent, car c’est dans la lenteur que la musique de Chris Reifert développe pleinement sa nature lugubre et déviante. Suivant le même schéma, les riffs dynamiques et la véhémence rythmique qui ouvrent « Nothing Left To Rot » se heurtent bientôt à une lourde masse de guitares rampantes et de frappes terrassantes, tel un cerveau malade se noyant dans les ténèbres de sa propre folie, avant un ultime sursaut frénétique. Suit « You Are What You Kill », une surprenante et expéditive composition qui concentre en un peu plus d’une minute et demie tous les extrêmes de la musique du duo, tel un aliéné en proie aux pensées les plus contradictoires. Si l’alternance de passages d’emportement maniaque et d’alanguissement morbide revêt un caractère un peu trop systématique et assez peu nuancé, elle confère à la musique de Static Abyss, comme dans les meilleures réalisations d’Autopsy, une réelle profondeur atmosphérique et un relief captivant. Par ailleurs, la facture de plusieurs compositions surprend au regard du contexte de création de l’album, quasiment fortuit et sans préparation préalable. Le morceau éponyme ainsi que « Mandatory Cannibalism » et « Jawbone Ritual » se ramifient en de multiples parties, la complexité presque progressive épousant les détours alambiqués d’un esprit délirant.

Malgré le nom choisi par le duo et la pochette de l’album, nulle histoire de bête légendaire ici, tapie dans les profondeurs terrestres. Les abysses sont ceux de l’âme humaine et la bête, le mal monstrueux qui s’y développe parfois. Les thèmes s’inscrivent donc dans la pure tradition des textes de Chris Reifert, folie et horreur s’accouplant au fil de narrations véritablement incarnées. Les prouesses vocales du chanteur ne dérogent pas à sa réputation : d’une impressionnante expressivité dans le registre déliquescent, elles couvrent tout le spectre de l’insanité, de profonds growls old school à des cris possédés, en passant par des éructations malsaines, des susurrements démoniaques et d’autres bruitages dépassant le langage humain.

Plus qu’un renouvellement stylistique, Static Abyss est une excroissance tout aussi viciée d’Autopsy et ce n’est pas un hasard si Chris Reifert, convaincu par sa collaboration musicale avec Greg Wilkinson pour Static Abyss, l’a choisi pour remplacer au poste de bassiste dans son groupe principal Joe Trevisano qui l’a quitté l’an dernier. Si l’album d’Autopsy à venir atteint au moins la qualité de celui-ci, 2022 sera un bon cru pour le duo.

Lyric vidéo de la chanson « Jawbone Ritual » :

Album Labyrinth Of Veins, sorti le 22 avril 2022 via Peaceville Records. Disponible à l’achat ici



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