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Interview   

Static-X : la mémoire et l’ombre de Wayne


Wayne Static était la voix, le visage et l’âme de Static-X. Il est clair qu’après sa mort, le 1er novembre 2014, on imaginait mal un avenir, quel qu’il soit, pour le groupe qui était séparé depuis 2010. Pourtant le premier volume du Project Regeneration, septième album du combo, vient bel et bien de voir le jour. Il a fallu pour en arriver là que Tony Campos, Koichi Fukuda et Ken Kay, les membres originels, se réunissent pour célébrer Wisconsin Death Trip, premier album fondateur du style « evil disco », accompagné du mystérieux Xer0, sorte d’ombre de Wayne Static.

C’est en fouillant dans les archives du chanteur que Tony Campos a découvert une mine d’or : des démos inédites de diverses périodes, toutes de simples ébauches et la plupart ne comprenant que du chant, mais le potentiel était là. C’est là qu’a commencé l’ambitieuse entreprise de les finir pour créer non pas un mais deux albums, avec la supervision et la bénédiction des proches de Wayne. On discute de tout ça ci-après avec Tony Campos puis Xer0.

« Si les gens qui connaissaient le mieux Wayne, sa famille, valident ce que nous faisons, alors je ne sais pas ce que ces autres gens [qui critiquent la démarche] pensent, peut-être pensent-ils qu’ils connaissaient mieux Wayne que sa famille ne le connaissait… »

Radio Metal : Quand Wayne Static nous a quittés en 2014, on pensait que Static-X était enterré pour de bon. Mais vous êtes revenus depuis 2018 avec le line-up de Wisconsin Death Trip et Xer0 incarnant une sorte d’ombre de Waybe, et désormais un tout nouvel album. Tout d’abord, comment avez-vous eu l’idée de raviver le groupe, étant donné les circonstances ?

Tony Campos (basse) : Ce n’était pas tant une question de raviver le groupe. Ça a commencé avec l’idée de terminer ces chansons que Wayne n’avait pas pu finir. Le temps est passé et nous nous sommes rapprochés du vingtième anniversaire de Wisconsin Death Trip. J’ai toujours eu l’impression que Wayne n’avait jamais eu les adieux qu’il méritait. Donc si nous devions un jour faire quelque chose, c’était le moment de le faire, et ça a ensuite fait boule de beige. Mais nous ne l’avons pas fait sans aller auprès de la famille de Wayne : à chaque étape du processus, ils étaient là pour donner leur approbation. Nous aurions eu tort de faire ça sans leur consentement. Ils ont été tellement sympas et ont beaucoup aimé ce que nous avons fait. Ça fait beaucoup de bien que nous ayons pu agir comme il fallait envers eux.

Comment c’était de reprendre contact avec Koichi et Ken ? Etait-ce facile de les convaincre de prendre part à ça ?

Oui, une fois que je leur ai montré la musique, ils ont très rapidement embarqué dans le projet. C’était super ! Avant ça, ça faisait dix ans que je n’avais pas joué avec Koichi et ça faisait probablement quinze ans que je n’avais pas joué avec Kenny. C’était vraiment une super expérience de pouvoir jammer de nouveau avec ces gars après autant de temps, et pouvoir jouer des chansons que je n’avais pas jouées en plus d’une décennie, c’était une expérience vraiment cool. J’avais oublié à quel point les chansons sont amusantes et à quel point c’était l’éclate de jouer avec ces mecs. Tout est de nouveau neuf et excitant. La musique est tellement énergique, avec ce côté heavy rebondissant, que tu ne peux faire autrement qu’être toi-même énergisé. Quand nous nous sommes réunis pour la première fois en salle de répétition, toutes les vieilles chansons de Wisconsin Death Trip et Machine sont revenues très rapidement. Ce sont plus les morceaux plus récents pour lesquels il a fallu que nous nous arrêtions parfois pour dire : « Comment ça fait déjà ? » [Rires] Mais l’alchimie et l’ambiance sont vite revenues.

A quel point le fait de jouer tout l’album Wisconsin Death Trip avec Koichi et Ken vous a replongé dans les vieux souvenirs ?

Le fait de jouer les chansons de Wisconsin Death Trip et de simplement d’être dans la même pièce avec ces gars, ça a fait remonter énormément de souvenirs ! C’était une séquence nostalgie très sympa. C’était aussi en grande partie pourquoi nous avons fait ça, pour nous souvenir des bons moments que nous avons passé avec Wayne dans le temps, à conduire un van pour nous rendre aux salles de concert, à nous battre avec acharnement pour créer quelque chose avec ce groupe, etc. J’ai plein de souvenirs sympas. L’un, en particulier, me vient immédiatement en tête, parce que c’était assez stupide, mais c’est bien la raison pour laquelle nous nous entendions tous [rires]. Nous venions de finir de jouer au Troubadour à Hollywood, Wayne et moi avons mangé quelques brownies à l’herbe d’un pote qui venait tout le temps aux concerts – c’était un mec très porté sur l’herbe. Il nous a filé quelques brownies et il était là : « Non, ils ne sont pas très forts, mec ! » Donc Wayne et moi avons mangé les brownies, et puis nous avons pris le van pour retourner en centre-ville de Los Angeles, à notre salle de répétition – c’était à trente minutes de la salle de concert – et au moment où nous sommes arrivés, les brownies ont fait effet et nous étions complètement déglingués ! Nous ne fonctionnions plus. Nous étions littéralement comme Beavis et Butt-Head, à rire comme des benêts. Nous n’arrivions plus à bouger, donc nous sommes restés assis là sur le quai de chargement, tordus de rire, pendant que les pauvres Kenny et Koichi devaient charger tout le matériel seuls [rires]. Je crois que c’était la dernière fois que Wayne a touché de l’herbe. Il était là : « J’emmerde ce truc ! Je ne touche plus à cette merde. Je vais me contenter de boire ! » Bref, c’était cool de pouvoir renouer avec ces gars et ces souvenirs.

Vous sortez désormais le premier volume du Project Regeneration. En juillet de l’année dernière, tu as mentionné cinq démos que Wayne avait réalisées et données à un ami producteur peu de temps avant son décès, et puis sept ou huit démos datant de l’époque Start A War. Mais en tout, vous avez plus de vingt chansons pour le Project Regeneration. D’où provient tout le reste ?

Le reste provient d’un lot de cassettes que nous avons trouvé fin 2018 et qui était stocké dans un espace de rangement. Ça avait été enregistré sur de vieilles machines Tascam DA-88. C’est de là que viennent la majorité des musiques et la plupart n’étaient que… Nous n’avons pu récupérer que des enregistrements de chant. Du coup, nous avions beaucoup de boulot pour achever les chansons. Mais c’était très cool. Surtout le dernier lot de démos que nous avons trouvé, c’était vraiment une grosse surprise. Je veux dire qu’à l’origine, nous recherchions juste les backing tracks pour les concerts, donc quand nous sommes tombés sur ces trucs, nous étions là : « Ouah, c’est vraiment cool ! » Il chante beaucoup plus sur ces trucs, si on compare à son style rauque saccadé pour lequel il est connu. Il avait une voix chantée extraordinaire mais il ne chantait que sur quelques trucs, donc c’était d’autant plus un plaisir de trouver ça.

« Les deux groupes que nous avons le plus plagiés étaient Ministry et Prong [rires]. Donc ayant Al qui chante sur l’un de nos albums, je sais que Wayne aurait fait dans son froc. »

Comment se fait-il qu’il avait autant de démos de chanson inutilisées dans les tiroirs ?

Wayne était un compositeur assez prolifique. Il aimait écrire de la musique et enregistrer. Il existe sans doute encore d’autres musiques. Qui sait où ça se trouve maintenant ? Il n’a jamais utilisé ces morceaux probablement parce qu’il trouvait qu’il y avait de meilleures choses à explorer et développer pour en faire des chansons. Une démo sur laquelle je suis tombé et que j’ai trouvée vraiment sympa est devenue « Dead Souls », mais la démo sonnait énormément comme une chanson de Ministry et c’est probablement la raison pour laquelle Wayne ne me l’a jamais montrée, car j’aurais dit : « Ah, ça sonne trop comme Ministry ! » [Rires] A l’époque, nous n’aurions sans doute pas pu nous en tirer comme ça, mais dix-sept ou dix-huit ans plus tard, oui, je pense que ça va. Al Jourgensen étant un ami, ça ne lui pose pas trop de problèmes que je le plagie [rires].

Le fait de rassembler tous ces morceaux de chants de Wayne et de reconstruire la musique autour n’a pas été un peu comme essayer d’assembler un puzzle ? Comment s’est passé le processus ?

Pour le dernier lot, il nous a bien fallu un mois pour tout rassembler, rien que parce que c’était un processus très minutieux de récupérer toutes ces satanées cassettes. Une fois que nous avons su ce qui était utilisable, le reste n’a pas pris beaucoup de temps. C’était marrant, parce que quand nous en sommes arrivés à ce dernier lot, nous avions déjà travaillé sur les trois chansons des sessions de Start A War, et encore avant ça, nous avions travaillé sur les chansons que nous avons développées à partir des cinq démos de Wayne que nous avions reçues initialement. Nous étions donc déjà dans l’ambiance, celle de Wisconsin Death Trip. Le fait de travailler sur ce premier lot de démos, c’était un peu comme retravailler avec Wayne. A nos débuts, il venait en salle de répétition avec une boîte à rythmes Alesis HR-16 et un ou deux riffs de guitare. Nous nous réunissions tous et travaillions à faire les chansons ; c’est comme ça que toutes les chansons de Wisconsin Death Trip ont été développées. C’est plus ou moins ce que nous avons trouvé sur ces démos : un programme de batterie et un ou deux riffs de guitare. Ça nous a aidés à vraiment rentrer dans ce feeling, cette manière de composer les chansons comme nous le faisions à l’époque. Donc quand nous avons trouvé ces autres démos où il n’y avait que du chant, c’était un peu un processus inversé, mais ayant déjà été dans ce mode et cette atmosphère de Wisconsin Death Trip, c’était plus facile de composer de la musique dans cet état d’esprit sous ces parties de chant. Je veux dire que quand il y avait des riffs de guitare, nous les gardions, mais là où il n’y avait que du chant, il a fallu que nous écrivions toute la musique.

Tripp Eisen a récemment publié une déclaration comme quoi il a été exclu des crédits de l’album…

Oui, je t’arrête tout de suite, parce que je refuse de perdre plus de temps et d’énergie en offrant à ce mec l’attention qu’il réclame si désespérément. Je ne perds plus mon temps avec ce gars.

Je ne sais pas à quel point tu es spirituel, mais avez-vous ressenti la présence de Wayne parfois en travaillant sur ce projet ?

Je ne sais pas si c’est spirituel mais il y a clairement cet aspect et sa présence dans la musique, que ce soit via son chant ou les riffs de guitare qu’il a écrits. Il est clairement présent et a apposé sa marque sur tout. Il est clair qu’il était dans la pièce avec nous. Ça donnait l’impression de reprendre contact avec Wayne et de retravailler avec lui d’une certaine manière.

Il est clair que ce premier volume de Project Regeneration a ce côté à la Wisconsin Death Trip : quelle part de ce rendu vient d’un effort conscient de revenir à cette période et quelle part est le résultat organique d’être le line-up de cette époque avec Koichi et Ken ?

Il est clair que c’était un effort conscient. C’était très important pour nous d’essayer de recapturer ce feeling. C’est ce que nous visions. Il est clair que le fait de nous réunir avec Kenny et Koichi, de travailler avec les gars qui ont aidé à composer cet album, a grandement facilité les choses [petits rires]. En plus de ça, le fait que nous avions à nos côté Ulrich Wild, qui a produit cet album, a énormément aidé aussi. Je n’avais jamais vraiment perdu contact avec Ulrich. J’ai fait quelques autres projets avec lui ici et là et ça a toujours été un bon ami. Donc quand nous nous sommes mis sur ce projet, il fallait que ce soit Ulrich aux commandes ! Ulrich nous a aidés à trouver notre son sur ce premier album et les suivants. Rien que niveau sonore, avec ses choix de certains sons, il nous a vraiment aidés à définir notre son, en particulier celui de la batterie, et puis avec des trucs avec le chant et les guitares, sa manière de mixer, il a posé nos bases. Donc le fait qu’il participe à cet album était un autre plus qui nous a aidés à consolider le feeling de Wisconsin Death Trip.

Trois chansons en particulier – « Hollow », « Bring You Down » et « Something Of My Own » – ont le label « Project Regeneration » attaché. Quel est leur lien ?

Oui, c’est juste pour les différencier des versions qui avaient été enregistrées pour Start A War. Car nous avons changé toute la musique pour ça.

« Si les fans veulent nous voir continuer, je suis ouvert à cette idée. J’adore jouer avec Kenny, Koichi et Xer0, mais tout dépend des fans. Nous existons grâce à eux. S’ils veulent que nous continuions, qui suis-je pour dire non aux fans ? »

L’album voit le retour de la référence à la ville d’Otsego, dans le Michigan, avec « Otesgo Placebo »…

Nous trouvions que ce serait un truc sympa à refaire. C’était un truc cool que nous avons commencé à faire bien avant que le groupe obtienne un contrat avec une maison de disques à nos débuts. Otsego est simplement une ville où Wayne avait pour habitude de se rendre quand il n’avait pas l’âge légal de boire. Il y allait littéralement pour boire de l’alcool [petits rires]. C’était le seul endroit où il pouvait se procurer de la bière ! C’était donc juste un autre clin d’œil à l’ancien temps.

Tu as mentionné la chanson « Dead Soul » qui te faisait penser à du Ministry, et il s’avère qu’Al Jourgensen y apparaît. J’imagine qu’il y a un côté très symbolique !

Oui ! Les deux groupes que nous avons le plus plagiés étaient Ministry et Prong [rires]. Donc ayant Al qui chante sur l’un de nos albums, je sais que Wayne aurait fait dans son froc, tout comme moi. C’était clairement quelqu’un que Wayne admirait et il connaissait Al du temps de Chicago Wax Trax! Records – Wayne a vécu pendant un moment à Chicago. C’était vraiment cool, et j’ai la chance de pouvoir dire qu’Al est un ami et d’avoir pu jouer dans le groupe par intermittence depuis 2008. C’était une journée très amusante : je suis allé chez lui, nous avons bu un peu et je l’ai regardé faire son tour de magie.

Al est le seul invité sur ce premier volume. Pourtant, tu avais annoncé en 2018 des invités tels que David Draiman, Ivan Moody, Dez Fafara, Burton C. Bell, etc. Vont-ils apparaître sur le second volume ou bien vous avez complètement changé vos plans ?

Maintenant que nous avons toutes ces pistes vocales de Wayne, nous n’avons plus autant de trous à combler, et Xer0 s’en charge – c’est marqué dans livret de l’album qui fait quoi. Nous n’allons plus vraiment avoir besoin de chanteurs invités. Il se peut que je contacte un ou deux autres amis pour le second volume, mais je n’ai pas encore pris de décision.

Où en est le second volume aujourd’hui ?

Certaines chansons sont plus achevées que d’autres, mais je ne veux pas spéculer sur le temps qu’il nous reste pour terminer, sur la date de sortie, etc. Nous avons connu quelques retards avec le premier volume – dû en partie à la tournée et au Covid-19 qui a fait que toutes les fabriques de CD étaient fermées – et je n’ai pas envie de décevoir les fans en disant « ok, l’album va sortir » et en ayant ensuite des retards.

Est-ce que Project Regeneration est une fin pour Static-X ou est-ce une transition vers quelque chose de nouveau, comme un nouveau chapitre ou une nouvelle ère ? Car autant ça boucle la boucle avec le line-up de Wisconsin Death Trip, autant ça pourrait aussi être interprété comme un nouveau départ…

Je suppose qu’on peut le voir comme ça, oui. On verra. Aujourd’hui, nous profitons de l’instant présent. Le but est vraiment de finir le second volume. Une fois que nous aurons fait ça, on verra. Si c’est quelque chose que les fans veulent nous voir continuer de faire, je n’y suis pas opposé. J’ai toujours envie de faire d’autres choses. Je suis actuellement en train de travailler sur un autre album d’Asesino aussi. J’adorerais rejouer avec Ministry. J’adorerais rejouer avec les frères Cavalera. Il y a plein de choses que j’ai encore envie de faire, mais si les fans veulent nous voir continuer, je suis ouvert à cette idée. J’adore jouer avec Kenny, Koichi et Xer0, mais tout dépend des fans. Nous existons grâce à eux. S’ils veulent que nous continuions, qui suis-je pour dire non aux fans ?

Evidemment, ce genre d’initiative est toujours un petit peu délicat et a tendance à diviser les gens. Il y a ceux qui voient ceci comme une manière de maintenir en vie la mémoire de Wayne et d’autres qui voient ça comme une exploitation de sa mémoire. Qu’aimerais-tu dire à ceux qui sont plus sceptiques concernant vos intentions ?

Je ne les comprends pas. Si les gens qui connaissaient le mieux Wayne, sa famille, valident ce que nous faisons, alors je ne sais pas ce que ces autres gens pensent, peut-être pensent-ils qu’ils connaissaient mieux Wayne que sa famille ne le connaissait, d’une certaine manière, je ne sais pas. Mais bon, chacun a le droit d’avoir son opinion. S’il y a des gens qui veulent être négatifs, c’est comme ils veulent, qu’ils profitent de leur vie en étant négatifs. Nous allons continuer à faire ce qui nous semble bien et ce que la majorité des fans et la famille de Wayne pensent être bien. La très grande majorité des fans ont beaucoup soutenu ce que nous sommes en train de faire.

Quand Wayne est mort, Static-X était séparé. Il y a eu une période un peu confuse entre 2010 et 2014, jusqu’à ce que Wayne annonce officiellement la séparation du groupe. Avec le recul, comment vois-tu cette période ?

J’essaye de ne pas y penser, car notre relation n’était pas bonne à ce moment-là, malheureusement. J’ai juste envie de me souvenir des bons moments. Je n’aime pas ressasser le négatif. Je veux dire qu’on peut tous spéculer sur ce qui aurait pu se passer. Malheureusement, la réalité est ce qu’elle est. Donc tout ce que nous pouvons faire, c’est nous en accommoder et simplement essayer de nous souvenir des bons moments que nous avons passés ensemble, et quand je parle de ça, ce n’est pas juste en tournée. Certains de mes souvenirs préférés, ce n’est pas quand nous étions en tournée, mais lorsque nous partions dans le désert, à conduire nos camions en hors-piste, à passer le weekend là-dehors et à traîner ensemble, sans même parler du boulot. C’est ça mes meilleurs souvenirs de Wayne.

« La majorité de mon aventure spirituelle a pris place en étant moi-même, en me prenant la tête sur les détails, en ayant l’impression d’avoir Wayne qui regardait par-dessus mon épaule. »

C’est toujours délicat de « remplacer » un chanteur emblématique décédé et tu l’as fait de manière très respectueuse, en personnifiant une sorte d’ombre de Wayne. As-tu eu la moindre hésitation ou appréhension en t’impliquant dans cette incarnation de Static-X ?

Xer0 (chant & guitare) : Bien sûr ! Il n’y a pas de manuel pour ce genre de chose, mais je n’ai jamais eu d’appréhension. Je croyais en ce que nous étions en train de faire. Nous avons pris notre temps et nous avons engagé énormément d’efforts et d’énergie pour nous assurer que les fans puissent vivre une expérience qu’ils pouvaient vraiment chérir. Honnêtement, nous avons fait en sorte que ça reste simple et que le message soit vraiment sincère. Nous avons passé la majeure partie de trois années en tournée, à faire le nouvel album et à nous reconnecter entre nous et avec les fans ; ça a été une évolution et une progression naturelles de notre amitié, de notre lien avec Wayne et sa famille, et du lien du groupe avec les fans partout dans le monde. C’était vraiment spécial de faire partie de ça.

Tony nous a dit que vous vous êtes engagés là-dedans en ayant la bénédiction de la famille de Wayne et qu’ils étaient présents à chaque étape du processus pour vous donner leur approbation. Avaient-ils des conditions particulières ?

Aucune condition. Ils font confiance à Tony, Ken et Koichi, et ils ont foi en moi. Je suis reconnaissant et je suis responsable. Ils ont été très touchés par notre engagement pour faire perdurer la mémoire de Wayne et ils sont très contents de voir tout l’amour que les fans ont témoigné envers Static-X durant les vingt dernières années. Nous sommes encore en train de travailler sur le second volume de l’album, donc il reste encore beaucoup à faire ensemble.

Les premiers concerts ont dû être très émouvants. Comment était l’atmosphère avant, pendant et après ces concerts ? Que se passait-il dans ta tête durant ces prestations ?

La période précédant les concerts et le travail en coulisse était la plus intense pour moi. Il s’agissait surtout de beaucoup répéter. Je n’ai écrit aucune des chansons de Wisconsin Death Trip, il n’y a donc pas de mémoire musculaire pour mes doigts ou de souvenir instantané des paroles et des parties de guitare. Il a fallu que j’apprenne tout et aussi que je me force à comprendre comment chanter les chansons comme elles étaient censées être chantées. Wayne faisait son truc de Wayne, donc j’ai dû comprendre comment créer ce style de chant avec ma propre voix au mieux de mes capacités. Pendant quelques mois, j’étais un peu dans mon propre petit monde, à répéter, à apprendre les nuances de la voix de Wayne, à travailler sur le nouvel album. La majorité de mon aventure spirituelle a pris place en étant moi-même, en me prenant la tête sur les détails, en ayant l’impression d’avoir Wayne qui regardait par-dessus mon épaule. Au moment où nous sommes arrivés au premier concert, il n’y avait plus qu’à tout regarder se mettre en place. Il y avait déjà eu énormément de travail de fait pour apprendre les chansons, en répétition, sur la création de tous les visuels en LED et la production, sur la reprise de contact avec les fans via les réseaux sociaux, sur la préparation des commémorations, sur l’anticipation du nouvel album, sur le vingtième anniversaire. C’était dingue.

Le premier concert était énorme. Le public était fou, mais pour moi, lors des deux ou trois premiers concerts, il s’agissait plus de libérer la bête et de réussir à partager notre vision pour offrir aux fans exactement ce que nous savions qu’ils voulaient, même si la plupart des fans n’étaient probablement pas sûrs de ce qu’ils voulaient. Encore une fois, c’est pourquoi nous avons fait en sorte que tout reste simple et sincère. C’était juste Static-X. Ken, Tony et Koichi étaient évidemment submergés par l’émotion quand le rideau tombait et nous partageons un même fil rouge d’humilité et de reconnaissance à chaque fois que nous montons sur scène ensemble. Il y a beaucoup d’amour et d’appréciation qui nous lient tous les cinq. Pour moi, il s’agissait surtout d’y aller et de laisser les choses se faire chaque soir.

Tu maintiens ton identité secrète, de toute évidence pour ne pas te mettre en avant et être respectueux envers Wayne. Mais est-ce que ce n’était pas aussi une manière pour toi de te protéger des réactions négatives au cas où les fans ne comprendraient pas ou n’accepteraient pas votre démarche ?

Ça ne m’a jamais traversé l’esprit, je ne suis pas du genre à me cacher de qui que ce soit ; j’ai plus une mentalité rentre-dedans à faire un doigt d’honneur. Le masque est une décision purement créative et artistique. Je suis relativement certain que si j’avais mis mon visage en avant, ça n’aurait pas été la meilleure manière d’exprimer l’énergie et le caractère de Static-X.

Globalement, les fans semblent unanimement apprécier la manière dont tu endosses ton rôle, que ce soit sur scène ou dans les clips. Est-ce que ça a été difficile de trouver la bonne attitude à adopter ?

Pas du tout. Apprendre les chansons et me forcer à élargir mon style vocal étaient un défi, mais pour le reste, honnêtement, je suis moi-même. Les gens se sont beaucoup fait d’idées là-dessus. Je suis un musicien, chanteur et performeur professionnel. Je me suis contenté d’aller au charbon. J’ai appris les chansons, j’ai coiffé mes cheveux en pointe, j’ai attaché le masque et je me suis mis au travail. C’est tout.

« Le masque est une décision purement créative et artistique. Je suis relativement certain que si j’avais mis mon visage en avant, ça n’aurait pas été la meilleure manière d’exprimer l’énergie et le caractère de Static-X. »

D’ailleurs, comment décrirais-tu l’attitude et la présence scénique de Wayne ?

Il était Wayne. Il faisait du Wayne. Il chantait et jouait super bien. Il était très constant. Je ne pense pas que les gens soient vraiment tombés amoureux de Static-X à cause de la manière dont Wayne portait sa guitare ou dont il bougeait sur scène. Je pense que c’était surtout les chansons, le feeling et l’énergie du groupe. Un super groupe, de super chansons, une super énergie. Ils ont toujours super bien sonné en live. On pouvait fermer les yeux et c’était indéniable.

D’un autre côté, quelle part de toi y a-t-il dans Xer0 ?

Je suis Xer0, donc je suppose que c’est cent pour cent. Mais la réalité est que je chante et joue la musique de quelqu’un d’autre. Faute d’un meilleur terme, Wayne était aussi la mascotte de Static-X, autant qu’il était le chanteur. J’ai le sentiment que c’est ma responsabilité de l’être aussi, donc j’ai choisi de le faire en tant qu’entité sans visage ; au final, mon boulot est d’aider à présenter la musique de Static-X de manière familière. Nous continuons à faire évoluer l’expression et nous avons encore un autre album et une autre tournée à faire. Nous avons représenté Wayne de plusieurs manières via les différents clips et en tournée, et il va y en avoir d’autres à l’avenir. J’ai hâte d’entamer la prochaine phase de l’évolution, que ce soit celle de la setlist ou celle de la présentation globale des visuels et de la musique de Static-X.

Est-ce que se mettre dans le rôle de Xer0 nécessite une préparation physique ou mentale particulière avant de monter sur scène pour rentrer dans le personnage ?

Non [rires]. Encore une fois, c’est mon métier, c’est comme mâcher du chewing-gum pour moi. Je ne suis pas théâtral, je ne me mets pas dans une sorte de transe. Le masque me permet juste de me déconnecter de moi-même, afin de pouvoir mieux représenter l’atmosphère de Static-X et me lier à la musique et aux fans en tant qu’entité, plutôt qu’en tant que personne. C’est tout ce que c’est pour moi, en dehors du fait que nous rendons l’hommage ultime à Wayne ; je concentre mes effort pour donner le meilleur de Static-X comme un tout.

Peux-tu nous parler du design du masque de Xer0 ? Des inspirations particulières ?

Je voulais juste couvrir mon visage et avoir un genre de marque en X. Les deux X sur les yeux se rejoignent au milieu du front pour créer un X plus grand, ce qui semblait évident et adéquat. Le nom Xer0 a découlé de la même manière. Ça nous permet de faire référence à une entité qui représente le chanteur de Static-X, plutôt que moi-même. Ça symbolise tout simplement Static-X. Les cheveux en pointe aident à faire appel au souvenir de Wayne, tout en représentant la familiarité que les gens ont avec ce à quoi a toujours ressemblé le chanteur de Static-X, surtout vu de loin. C’est toujours en cours d’évolution et il y a déjà un nouveau masque ; similaire, mais plus peaufiné et évolué.

Tu as joué et chanté sur Project Regeneration Vol. 1. Tu as une forte présence dans l’album. Comment as-tu abordé ta fonction, surtout le « duo » que, d’une certaine manière, tu formes au chant avec Wayne ?

J’ai simplement fait ce que je fais de mieux pour l’album et pour Static-X. Il ne s’agissait pas pour moi d’imposer ma marque. Je n’essaye pas de réinventer quoi que ce soit avec Static-X. nous avons fait du bon boulot pour remplir les trous et terminer des morceaux qui étaient très bruts et loin d’être aboutis. Je suis très content que les fans soient aussi contents du résultat.

Ken et Koichi sont revenus dans le groupe pour les célébrations de Wisconsin Death Trip et pour Project Regeneration ; il y a clairement une magie dans ce line-up, même après tant d’années. Qu’est-ce qui rend ce groupe de gens si spécial d’après toi ? Comment analyses-tu leur alchimie en ayant un regard à la fois extérieur et interne sur le groupe ?

Je pense qu’il faut être honnête et accorder du crédit là où c’est mérité. Ces quatre gars ont créé l’esthétique de Static-X et le son qu’on connaît maintenant en tant qu’evil disco. Wayne était la voix et l’âme. Sa voix et son élocution tuaient, c’était tellement unique. Ces cris et mélodies sont juste indéniables. Kenny était le complice originel de Wayne et c’est la colonne vertébrale du groupe. Il jouait ces rythmes de batterie disco sous des riffs de metal et il a aidé Wayne à écrire toutes ces paroles dingues, excentriques et crétines pour Wisconsin Death Trip. Tony est le tonnerre du groupe ; c’est vraiment un bassiste monstre et ça s’entend dans les albums. Ses chœurs et cris sont incrustés dans le son de Static-X et ils sont partout dans l’album Wisconsin Death Trip. Et Koichi a apporté l’élément qui finalise le tout. Avec son jeu de guitare, il a surtout apporté tout le jeu de programmation façon techno rave du son de Static-X. Essaye d’imaginer le son d’origine sans un de ces éléments, ça n’aurait tout simplement pas été pareil. Ces quatre ingrédients étaient essentiels et c’est ce mélange artistique qui définit le son unique de Static-X.

Interview réalisée par téléphone et par e-mail le 23 juillet et le 2 septembre 2020 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Jeremy Saffer.

Site officiel de Static-X : static-x.org

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