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Chronique   

Steel Panther – Heavy Metal Rules


En cette année 2019, Steel Panther nous offre une nouvelle petite piqûre de rappel libidino-clownesque, histoire de rappeler le postulat philosophique sous-tendant leur idiosyncrasie : le priapisme, c’est la vie ! Rigolo de prime abord, l’effet de surprise a cependant tendance à quelque peu s’émousser et risque de ne devenir avec le temps qu’une blague éculée ne faisant rire que les plus dissipés garnements de la classe. En l’occurrence, le quatuor nous revient avec un Heavy Metal Rules destiné à réamorcer la pompe à clichés et à clins d’œil paillards.

Débutant avec un « All I Wanna Do Is Fuck (Myself Tonight) », très David Lee Roth dans l’esprit, sans ambiguïté et plutôt énergique, les Américains ne dévient pas de leur route bordée de peep-show interlopes et de catins câlines. Refrains bien gras à base de « fuck », feulements exagérément salaces, ambiances crasseuses de motels paumés à l’hygiène douteuse, bref, les gais lurons veulent que les choses soient claires, et elles le sont à l’évidence, ils sont ici pour proposer une sorte de fond de sauce hair metal à tendance festive et peu bégueule. Le problème du concept est qu’il devient parfois de plus en plus difficile de le prendre au sérieux et le cocasse censé flirter avec le deuxième voire le troisième degré paraît toujours l’emporter sur la qualité des compositions qui empruntent à toute la mouvance glam en en cultivant à l’excès les éléments les plus caricaturaux.

On ne peut nier toutefois que certains morceaux possèdent un petit parfum venu d’ailleurs qui aurait pu éventuellement séduire, comme la semi-ballade « Always Gonna Be A Ho » et ses effluves à la Warrant pas désagréables (dont une accalmie vocale apportant un peu de fraîcheur), néanmoins, rien n’y fait, de hit point, la faute à une certaine paresse qui néglige de peaufiner le petit gimmick qui aurait permis d’éviter sinon le naufrage, du moins une relative fadeur générale. A cet égard, la ligne mélodique et le riffing heavy du romantique « I’m Not Your Bitch » auraient pu faire leur effet s’ils n’étaient gâtés par un refrain flemmard qui illustre à merveille l’impasse dans laquelle accepte de s’enferrer le combo, comme s’ils préféraient au fond le fun et la forme des filles. Les joyeux lurons se démènent pourtant et ne sont pas manchots, l’ensemble est carré, la basse est ronde, les soli tiennent la route (mention spéciale au guitariste Satchel qui connaît sa petite affaire sur le bout des doigts) et Michael « Lee Roth » Starr excelle dans le rôle du gros matou auquel on a promis quelques parties fines et endiablées avec des dames aux maladies inavouables. Las, à force de surjouer l’outrance, ils n’échappent pas au risque du grand n’importe quoi et sont capables dans le même temps (le très poétique « Gods Of Pussy », et son intro frisant des teintes grungy, en est l’incarnation parfaite) de nous gratifier d’un solo plutôt bien senti puis d’un break aux nappes de claviers pour le moins indigentes, le tout sur fond de refrain poussif. Il n’est pas jusqu’à la ballade acoustique « I Ain’t Buying What You’re Selling » qui ne déçoive un peu. Etrangement sage, elle détonne un peu par son classicisme pépère et, malgré son faux air à la Tesla, peine à faire frissonner l’obsédé transi qui se terre en chacun de nous. En réalité, le problème est que cette entreprise de dérision aurait besoin d’être transcendée, car en l’état elle finit par ennuyer, un comble quand on voit l’énergie déployée par ces grands gosses obnubilés par la fête et la bagatelle.

Pourtant, ils l’ont déjà démontré jadis, les quatre obsédés ne sont pas dénués de savoir-faire, et certains titres laissent encore entrapercevoir quelques éclairs créatifs. On extirpera ainsi de cette gangue érotomaniaque et trop prévisible le titre éponyme « Heavy Metal Rules » un tantinet plus sombre dont le refrain entêtant et étonnamment éthéré n’est pas si anodin que cela et sera sans doute à même de faire se trémousser quelques rebondis popotins, preuve qu’en s’en donnant la peine, ils savent agencer avec une belle maîtrise les ingrédients idoines. « Sneaky Little Bitch », et son riff enjoué et chaloupé, remplit lui aussi son office en troquant l’espace d’un instant les gros sabots balourds contre des bottines en peau de croco certifiées glam.

A l’écoute de ces titres, on ne peut s’empêcher de penser qu’ils ont malgré tout assez de cartes en main pour être autre chose que des farceurs phallocrates et congénitaux. En ont-ils vraiment envie ? Rien n’est moins sûr, et ce d’autant plus que les amateurs de Spinal Tap, de quatrième degré et d’énergie débridée pourront peut-être y retrouver leur compte. Attention toutefois de ne pas sombrer dans la facilité, ils valent intrinsèquement mieux que cela.

Chanson « Gods Of Pussy » :

Clip vidéo de la chanson « Always Gonna Be A Ho » :

Clip vidéo de la chanson « All I Wanna Do Is Fuck (Myself Tonight) » :

Album Heavy Metal Rules, sortie le 27 septembre 2019 via The Orchard / Sony. Disponible à l’achat ici



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  • On le sentait venir à plein nez… Les deux premiers albums sont vraiment bien … depuis ça tourne en rond. Et c’est dommage car y a quand même des super musicos derrière. J’aimerais voir ce qu’ils sont capable d’apporter au genre justement. De transcender le genre …

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  • Depuis le 3ème ça tourne en rond dans le concept. « Lower the bar » était de qualité, et offrait selon moi un pont entre un hommage glam usé et une évolution plus heavy, et moins cucul débilos dans les textes. Il lui manquait 3 gros hits, un meilleur artwork et titre d’album.

    Bon à la lecture de la critique, qui reste subjective, faut pas s’attendre à un album de folie. Vu les extraits, l’artwork, et le titre de l’album, c’était prévisible.

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