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Chronique   

Step In Fluid – Back In Business


Parfois, en faisant le tour de sa bibliothèque musicale (aussi gargantuesque soit-elle), on ne trouve pas quoi mettre. Même un retour aux classiques ne fait pas l’affaire : ce sont ces jours où Pantera paraît anémique. On ne demande pas grand-chose, simplement un truc un peu excitant et entraînant. L’humeur ne se prête ni à Pig Destroyer ni à Iamthemorning et AC/DC ne peut pas toujours pallier le manque d’inspiration. Ce problème est celui de ceux qui ne connaissent pas Step In Fluid. Formation instrumentale emmenée par le guitariste Harun Demiraslan (Trepalium) accompagné du batteur stakhanoviste et omniprésent Florent Marcadet (Hacride, Carpenter Brut, Klone), du bassiste Stéphane Dupé (Varius Funkus), du second guitariste de Klone Aldrick Guadagnino et du nouveau venu Gérald Villain au clavier, Step In Fluid avait su provoquer quelques pics de plaisir avec One Step Beyond (2011). Huit ans plus tard, Back In Business porte bien son nom. Le groupe revient pour nous faire profiter de sa science des ébats, et ce pour ne plus jamais nous laisser désemparés face à notre chaîne hi-fi (ou nos enceintes bon marché si on veut démystifier le tout).

Pour reprendre le champ métaphorique que suscite Back In Business chez qui a pu l’écouter, c’est un album de porno. Pas l’amateur obscur en 480p. Le professionnel. Un mélange entre la subtilité suave d’un Brazzers (ironie, pour les innocents) et la grâce humide des productions Vixen. Dans tous les cas le résultat reste inlassablement le même. « Booty Shake » (le groupe a su cibler son champ lexical, dont le fameux jeu de mots collégien « Sex À Pile ») inaugure l’exercice avec des ingrédients que l’on connaît parfaitement lorsqu’on est familier du travail d’Harun Demiraslan : une guitare chaloupée à la distorsion massive où le groove est la seule raison d’être, soutenue par une batterie à la caisse-claire claquante à souhait et à la discipline intransigeante de maître Marcadet. Le propos de Step In Fluid est vite appréhendé : une sorte de metal funky avec un squelette rythmique sans ambages et une pléthore d’ingrédients juteux qui font fréquemment passer du bistrot à la gastronomie. Ce sont ces sortes de percussions caribéennes sur « Booty Shake », les arrangements de clavier pimpants proches des cuivres qui nous plongent dans une version rose de San Francisco sur « Streets Of San Francisco », les sonorités eighties très « chill » sur « Westside Step » et sa basse croustillante, les interventions de slapping et d’un pont jazzy sur « The Funk Bot Dance »… Step In Fluid ravit l’oreille par ces détails qui confèrent tout l’intérêt d’un opus instrumental.

On ne peut toutefois pas cantonner Back In Business à une sorte d’Infectious Grooves modernisé ou à une bande originale érotique floridienne. Step In Fluid parvient à insuffler quelques moments de grâce, notamment à travers la mélodie de piano, là aussi très jazz (on peut penser au regretté Esbjörn Svensson pour les connaisseurs), de « The Stranger », titre progressif comprenant un passage aux lignes de xylophone audacieuses sur lit de basse délicatement slappée : Step In Fluid mène la danse comme il le veut mais ne violente pas son partenaire. Le coltranien et éthéré « From A Friend » n’est pas simplement un « filler » pour aérer la densité de la performance, il y a une véritable délicatesse éphémère qui s’en dégage. Le groupe en revient vite aux affaires qui tachent avec « Sexe À Pile ». Il y a toujours un entrain communicatif, même si à ce stade de l’album la redondance de certains gimmicks se fait sentir. Pas suffisamment pour nuire à l’expérience, loin de là. Finalement, tout n’est qu’histoire de va-et-vient. Quant à « Sex In An Elevator »… La ligne de basse appliquée et ronflante fait percevoir toute l’importance des préliminaires. Step In Fluid se paie le plaisir de renvoyer à ces mélodies d’hôtel dans ses arrangements de clavier et de flûte. C’est une vision langoureuse de la chose, celle qui fait confondre tous les flux en restant propre.

Step In Fluid met fin à la morosité musicale ponctuelle. C’est une prestation instrumentale avec un propos et une vraie recherche de l’accroche. La technique n’a jamais de première place, comme elle pourrait l’avoir chez une formation comme Exivious ou Animals As Leaders, dans un tout autre registre. Elle n’est pas absente, mais Back In Business se fiche de la masturbation. Il cherche le vrai et tout ce qui le sépare de la pulsion mécanique. Un plaisir partagé en somme.

Chanson « Booty Shake » en écoute :

Album Back In Business, sortie le 17 mai 2019 via Klonosphere. Disponible à l’achat ici



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