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Interview   

Step In Fluid : éclater les genres et s’éclater


Ca faisait quelque temps qu’on n’avait pas ou peu eu de nouvelles d’Harun Demiraslan. Il faut dire que les emplois du temps de ses collègues de Step In Fluid (surtout celui de ministre du batteur Florent Marcadet), le changement de chanteur dans Trepalium et la vie, tout simplement, qui suit son cours n’ont fait que repousser les échéances. Ceux qui suivent le guitariste ont tout de même pu profiter en 2017 du projet solo électro-rock auto-produit et chanté en malien Mali Kanu, prouvant qu’il n’avait rien perdu de son sens de l’audace et de l’expérimentation. Un EP qui était surtout annonciateur de la déferlante créative qui allait arriver.

Tandis que Trepalium peaufine son nouvel album, le premier avec Renato Di Folco (Flayed) au chant et prévu pour la fin de l’année, et qu’Harun travaille en parallèle sur un mystérieux nouveau projet, Step In Fluid sort de son silence de huit ans avec l’album Back In Business. Depuis One Step Beyond, le quatuor est devenu un quintet avec l’addition d’un claviériste et a ouvert son champ d’expression musical. C’est à cette occasion que nous avons joint Harun, afin qu’il nous parle de ce nouvel opus mais aussi, de façon plus générale, de son rapport hétéroclite à la musique, autant comme auditeur que créateur.

« Quelques mois après [le premier album], j’ai commencé à avoir une autre vision de ce que nous avions fait et je me suis dit que ce n’était pas assez bavard. A vouloir trop contrôler tout ce que nous voulions faire, le choix des notes à tel endroit de tel accord de tel arrangement, etc., finalement c’est resté assez frustrant. Et pour moi, la réponse était claire depuis longtemps, je savais parfaitement dans quelle voie nous devions aller. »

Radio Metal : One Step Beyond, le premier album de Step In Fluid est sorti il y a déjà huit ans, le dernier EP de Trepalium date de cinq ans. On t’a juste furtivement réentendu avec un projet personnel autoproduit baptisé Mali Kanu en 2017. Pourquoi un aussi long silence créatif ?

Harun Demiraslan (guitare) : Bonne question ! Par où commencer… [Rires] Déjà, Step In Fluid était en silence parce que nous allions sortir un album avec Trepalium dans la foulée, Klone également… Flo Marcadet n’était pas encore dans Carpenter Brut car c’était en cours de gestation. Nous avons été pris dans nos projets respectifs, donc Step In Fluid est resté en stand-by. Quant à Trepalium, nos routes se sont séparées avec le chanteur, donc je me suis retrouvé un peu sans projet. Vers 2015, j’ai commencé à réécrire pour Step In Fluid, alors que nous étions encore avec l’ancien chanteur de Trepalium, KK [Cédric Punda]. A la base, j’imaginais que le Trepalium sortirait vers 2016, mais comme l’ancien chanteur est parti, ça a mis mes projets d’un nouvel album en suspens. Et pour Step In Fluid, nous avons été retardés parce que Flo Marcadet, qui est donc devenu le batteur de Carpenter Burt, qui vit de ça, c’est son gagne-pain, s’est blessé à l’épaule. Il m’a donc demandé si ça posait un problème dans le planning de repousser les enregistrements. Je lui ai dit que non, il valait mieux qu’il ne se nique pas l’épaule, qu’il se réserve. Nous avons donc repoussé d’une année ; il avait toujours mal, donc nous avons encore repoussé, ensuite il est parti en tournée… Et finalement, entre-temps je me suis mis sur Trepalium, et par le hasard des plannings, un album de Step In Fluid et un autre de Trepalium sortent la même année ! Donc je me retrouve d’un seul coup avec trois albums en moins de deux ans, voire un quatrième bientôt [petits rires] ; je bosse sur un autre truc, il est un peu tôt pour en parler, mais ça peut aller très vite.

Ça fait beaucoup pour un seul homme…

Oui, c’est clair, mais si tu vas par là, le Step In Fluid est enregistré, il sort en fin de semaine, le Trepalium c’était beaucoup de boulot mais là, toutes mes prises sont finies, car je m’occupais des prises de guitare, basse et programmation, j’ai rendu tous les projets à Thibault Chaumon qui va s’occuper du mix et du master. Donc je me sens libéré, et l’année n’est pas finie ! Et mon autre projet, Mali Kanu, était un coup comme ça : j’avais un peu le temps, je me faisais chier, alors j’en ai profité pour sortir des morceaux que je n’arrivais pas à caser ni dans Trepalium ni dans Step In Fluid. En fait, s’il y a six mois sans activité, c’est que je compose.

D’ailleurs quelle était l’idée derrière Mali Kanu, musicalement ? Car encore une fois, tu surprends…

A la base, ce projet est parti de Step In Fluid. Il y avait une neuvième compo pour le nouvel album qui faisait un peu plus électro, car même si nous avons un claviériste, je travaillais sur la programmation en même temps et j’ai apporté une partie des claviers. Du coup, je me suis dit que cette compo pourrait matcher mais, à la fois, ça pourrait aussi faire autre chose. Car nous n’arrivions pas à concrétiser un des featurings qui étaient prévus sur l’album de Step In Fluid, sur le titre « Booty Shake », c’était un chanteur malien. Ensuite, j’ai demandé à un chanteur camerounais, car ce sont des langues qui me plaisent beaucoup, mais ni l’un ni l’autre n’ont abouti. Du coup, je me suis dit qu’avec ce morceau en rab, qui est beaucoup plus électro, j’allais partir sur un truc avec des chanteurs africains. Finalement, j’ai été tellement pressé et gourmand que j’ai fait traduire les textes, j’ai travaillé sur la phonétique, et comme je n’avais chanté, je me suis dit : « Tiens, je vais m’amuser à chanter dessus. » En conséquence, un nouveau terrain de jeu s’est dessiné à moi et d’un morceau j’ai fini par faire un EP. Pendant deux mois, j’étais obnubilé par ce projet. J’avais une envie de créer, un truc de fou ! Et en parallèle, une frustration, parce que l’album de Step In Fluid était encore repoussé, à cause la blessure de Flo, puis il est reparti en tournée, etc. et en plus j’allais être papa à la même période, Trepalium était en suspens… J’avais envie d’occuper mon esprit.

Depuis One Step Beyond, vous avez accueilli un clavier dans Step In Fluid : Gérald Villain. Comment le besoin de ce cinquième membre s’est-il fait ressentir ?

Quand j’ai maquetté en septembre 2015 – car c’est principalement moi qui compose et maquette –, il y avait tellement de programmation de clavier sur les maquettes, tellement de parties de clavier que je me suis dit qu’en live nous n’allions pas jouer sur clic avec toutes les parties ; il y a même des solos, une marimba… J’avais déjà Gérald en tête, car il avait travaillé pour Trepalium sur « Blowjob On The Rocks », le dernier titre du dernier EP sorti en 2014. Je lui avais demandé de faire une partie de piano. C’est un mec talentueux, il sait exactement où aller, il est ouvert d’esprit, il est assez virtuose, il est créatif. Donc je me suis dit que nous allions lui proposer. J’en ai parlé aux membres du groupe. Ils ont dit qu’effectivement ça serait bien vu tout le clavier qu’il y avait sur la maquette, qu’il faudrait un mec qui s’en occupe, quitte à garder quelques parties de clavier en sample, mais que ce soit le taff d’un musicien à part entière. Ce n’était pas prévu pendant la composition, c’est juste qu’après le maquettage, nous ne pouvions pas faire sans. Et quand j’en ai parlé à Gerald, qui était assez fan du premier album, il a sauté sur l’occasion, il était chaud ! Après lui avoir proposé ça, dès le lendemain ou deux jours après, il m’a proposé la compo « The Stranger ». Quand j’ai envoyé ça aux autres, ils étaient sur le cul ! Je me suis dit : « On a un claviériste et en plus j’ai gagné un co-compositeur ! » Au final, Gérald a intégré la formation alors qu’il y avait six compos sur les huit, et lui est arrivé avec deux autres compos. Il m’a aidé à finir deux compos, je l’ai aidé à finir une des siennes. Nous avons tous les deux une espèce de synergie qui est bénéfique pour la création dans le groupe. Pour le petit complément d’info, c’est aussi mon collègue : nous travaillons ensemble dans le même conservatoire à Châtellerault, c’est le prof de clavier et il s’occupe aussi de la section musiques actuelles pour laquelle je bosse. Nous nous connaissions donc déjà très bien avant qu’il n’intègre le groupe.

Back In Business repart sur les mêmes bases qu’One Step Beyond mais on sent que vous vous libérez encore plus. Est-ce que c’est l’expérience du premier album qui vous a donné confiance pour vous lâcher ou bien ce sont huit années sans cet exutoire qui fait que la créativité et les envies ont « explosé » ?

C’est un peu multifactoriel. Il y a un peu des deux. Il y a aussi le fait que nous avons évolué en tant que musiciens, sans parler d’un rapport avec le premier album, de frustration ou de quoi que ce soit. En huit ans, un musicien ça change. Step In Fluid était quand même un délire de musicien, mais nous avions le souci de ne pas mettre des solos de partout, nous ne voulions pas tomber dans ce que nous n’aimions pas. Nous sommes tous un peu punk et pop dans notre tête, nous aimons les couplets, les refrains, etc. Nous n’avions pas envie de partir dans le prog à rallonge, avec des morceaux de dix minutes. Ça ne veut pas dire que nous n’en ferons pas, et ça ne veut pas dire que nous n’en avons pas fait dans d’autres formations, mais dans ce projet-là, nous voulions faire une sorte de prog accessible. Dans le premier album, comme nous avions le nez dedans, que c’était très passionné, il y avait un petit peu la jeunesse du projet, nous n’avions pas une vision assez claire du projet ; on pourrait croire le contraire mais, en fait, non. Donc, quelques mois après, j’ai commencé à avoir une autre vision de ce que nous avions fait et je me suis dit que ce n’était pas assez bavard. A vouloir trop contrôler tout ce que nous voulions faire, le choix des notes à tel endroit de tel accord de tel arrangement, etc., finalement c’est resté assez frustrant. Et pour moi, la réponse était claire depuis longtemps, je savais parfaitement dans quelle voie nous devions aller.

Mais comme je te l’ai dit, le hasard des plannings de chacun a fait que ça a traîné. En même temps, le fait que les enregistrements et la sortie d’album aient été repoussés deux fois entre 2015 et aujourd’hui est un mal pour un bien, car toutes ces années nous ont permis de mûrir en tant que musiciens, tant dans l’interprétation que dans la création. Et ça nous a permis de donner beaucoup de densité aux arrangements. Je pense qu’on aurait eu un album beaucoup plus épuré, avec moins de surprises, s’il était sorti dans les temps. Au début, nous en rigolions nerveusement, dans le mauvais sens du terme : « Putain, on va encore repousser la sortie, on va faire les prises plus tard… » Ce n’est pas très agréable, quand tu as un plan, tu as envie que ça se passe comme tu l’as imaginé. Mais finalement, ça se transforme en quelque chose de super positif et constructif, et nous sommes super fiers du résultat. Je pense que ça se sent, il y a une espèce de joie de vivre dans cet album. C’est en tout cas le sentiment que j’en ai.

« Ce que je préfère, c’est vraiment le moment où tu maquettes, plus encore même que l’enregistrement de l’album, car c’est vraiment là que je vais m’éclater. C’est là où je suis dans mon monde et personne ne me fait chier, ou presque [petits rires]. Je retrouve une espèce de libido musicale là-dedans. »

Entre la sortie d’One Step Beyond et maintenant, tu as fait l’EP Voodoo Moonshine de Trepalium, sur lequel le groupe s’était assumé à fond, en se libérant, avec une musique en plus très arrangée, très travaillée – il a été réalisé dans le temps qu’habituellement vous faites un album. Est-ce que cette expérience avec Trepalium n’a pas un petit peu déteint sur Step In Fluid ?

Comme c’est moi qui compose aussi dans Trepalium, je vais te dire oui ! Je veux dire que ce soit avec Trepalium ou Step In Fluid, j’ai toujours été celui qui amène les thèmes, les compos, l’ordre des morceaux… Bref, l’esthétique musicale. Après, chaque musicien apporte son son, son interprétation et des idées d’arrangement que je n’ai pas forcément. Ça reste un travail d’équipe, mais j’arrive toujours avec une idée globale, avec un premier morceau et un morceau de clôture pour l’album, un ordre avec des enchaînements, etc. J’ai toujours une vision globale des choses. Non pas que les autres albums de Trepalium ou le premier album de Step In Fluid manquaient de quoi que ce soit – tout dépend des goûts et de la façon de voir de chacun –, mais c’est vrai que la majorité de l’EP de Trepalium, je l’avais écrite en peut-être quinze jours, je ne dormais plus, j’étais obsédé par l’esthétique. C’était un terrain de jeu pour moi. En plus, j’étais en traitement sous cortisone, car je faisais des allergies carabinées, j’avais ma cafetière tout le temps à côté… J’étais monomaniaque. J’avais mis un pied dedans et je ne pouvais plus en sortir, il fallait que j’accouche du truc. Pour moi, c’était : « Je le finis, sinon je ne vais pas pouvoir dormir. » Du coup, cette espère d’urgence, avec l’énergie et l’expérience cumulée au fil des années, c’était tout de suite : « Ah, il va y avoir des cuivres là ! Ça, ça va être comme ça ! Là il faut absolument que j’appelle Gérald pour qu’il fasse la partie piano à cet endroit ! On va articuler une espère de solo de guitare dessus, et puis la batterie, les points d’appui vont être là… » C’était vraiment très intense.

Je crois que ce sont les moments que je préfère dans la musique. Autant je kiffe le live, autant j’adore répéter avec les potes, etc. mais ce que je préfère, c’est vraiment le moment où tu maquettes, plus encore même que l’enregistrement de l’album, car c’est vraiment là que je vais m’éclater. C’est là où je suis dans mon monde et personne ne me fait chier, ou presque [petits rires]. Je retrouve une espèce de libido musicale là-dedans. A chaque fois que je me mets dans un projet, si je trouve un point d’accroche, une esthétique où j’arrive à construire un cadre, ça y est, c’est parti, il n’y a presque que ça qui me procurera du plaisir sur cette période. Et je pense que ce que j’ai vécu à l’époque de Voodoo Moonshine a été très formateur pour l’intention dans l’écriture sur le nouveau Step In Fluid. Non pas qu’il y ait de meilleurs riffs ou quoi que ce soit, parce que je pense qu’il y avait de très bonnes idées sur le premier album, mais dans cet album il y a ce côté dense, avec beaucoup d’idées et d’audace, que le premier n’avait pas. En tout cas je le ressens comme ça. On parlait tout à l’heure de Mali Kanu, et peut-être que c’était aussi dans cette dynamique. Finalement, avec le prochain album de Trepalium, ce sera le neuvième album auquel je participe en tant que compositeur… Entre le dernier Trepalium, le Mali Kanu, le dernier Step In Fluid, je suis vraiment dans une bonne dynamique.

Que ce soit dans Trepalium ou dans Step In Fluid, il y une constante : ton jeu de guitare hyper groovy. Le terme « groovy » est généralement utilisé pour qualifier la basse ou la batterie, mais finalement rarement une guitare saturée. Comment est-ce que tu as construit ce groove à la guitare ?

Je crois que ça a été un peu fait de façon empirique. J’ai découvert le metal avec Pantera, Sepultura, ce genre de choses, et ce sont des musiques qui avaient du groove. J’ai aussi retrouvé ça dans Meshuggah avec d’autres manières de construire un riff, les appuis étaient différents, il y avait des mises en abyme des riffs, des déphasages rythmiques, des riffs à rallonge, et il y avait aussi en parallèle toute cette culture jazz, que justement je ne pratiquais pas mais que j’écoutais. J’écoutais du jazz et du blues bien avant le metal ; c’étaient des musiques qui me passionnaient, car je faisais du clavier avant, ce n’était pas fou mais entre mes 10 ans et mes 15 ans c’était mon truc. Peut-être que ce mélange d’influences a un peu guidé ma façon de jouer. Mais je pense que ça s’est cumulé d’album en album. Par exemple, je trouvais une manière d’articuler un riff sur un titre sur un album et je gardais bien en tête cette articulation et j’essayais de le reconstruire autrement avec d’autres accords, d’autres couleurs, placé à un autre moment. A jouer à ça, finalement, tu retrouves des gimmicks rythmiques, dont tu ne vas pas forcément comprendre d’où vient l’idée, mais en tout cas je le joue avec mes propres outils. Et c’est vrai que d’album en album, tu as une sorte de bibliothèque de riffs, une façon de construire tes riffs qui te crée une identité.

C’est vrai que les périodes où je compose, je n’écoute pas de musique. Dans les interviews je vais dire : « Ouais, j’écoute tel son, tel truc… » Ce n’est pas faux, mais en tout cas, c’est un peu en mode branlette. Je vais uniquement écouter ce que je fais, je suis vraiment dans une logique de travail, et c’est peut-être pour ça que quelqu’un qui va écouter un disque sur lequel j’ai travaillé puis un autre va se dire : « Tiens, c’est le même gratteux. » On va reconnaître des gimmicks mélodico-rythmiques ou des couleurs d’accords. Pour moi, l’identité, ça veut bien dire ce que ça veut dire : ça passe aussi par des choses identifiables. Partant de là, dans chaque album, je vais choisir des palettes, des couleurs d’accords qui vont m’inspirer, par contre je vais garder des bases rythmiques que je vais développer différemment pour éviter la redondance. Enfin, il y a une redondance, mais j’essaye de trouver d’autres gimmicks en termes d’arrangement, j’essaye de choper le petit truc qui sera nouveau dans cet album. Par exemple, dans le nouveau Step In Fluid, hormis le fait que Gérald est aussi arrivé avec des riffs, des thèmes et des compos, ce qui a enrichi le discours du groupe, si je te prends un morceau comme « The Funk Bot Dance », techniquement parlant et même esthétiquement, c’est composé avec de nouveaux outils. Je cherche quand même à trouver un nouveau type de thème qui colle dans ce délire qui est à quatre-vingts pour cent pareil. Là, j’ai joué avec des espèces d’apégiators, avec des claviers, pour donner ce côté robotique. Le riffage des guitares, tu reconnais l’articulation du jeu mais la manière dont c’est enchevêtré avec le clavier va presque donner de nouvelles gammes de riffs pour Step In Fluid.

J’en reviens au groove : dirais-tu que tu aurais un petit côté « bassiste manqué » ?

Oui, peut-être un peu. Car c’est vrai que j’ai fait un peu de basse, mais quand je vois jouer Stéphane Dupé, le bassiste de Step In Fluid, je kiffe son jeu, je suis heureux de jouer avec un bassiste comme ça. C’est un vrai bassman. Quand tu le vois jouer avec les doigts, ça se voit que c’est un mec qui vient du funk. Il a un vrai son : tu peux lui mettre un ampli pourri, ça sonne ! Je n’ai pas la prétention de jouer comme ça. Mais c’est vrai que j’ai fait de la basse avant de faire de la guitare. En fait, j’ai commencé par le clavier, puis j’ai fait de la basse parce qu’il fallait un bassiste… Mais j’avais quinze ou seize ans, je n’avais pas non plus la maturité musicale. Peut-être qu’effectivement j’aurais voulu faire de la basse et que ça se sent [petits rires]. Mais ce n’est pas ça, je pense plutôt que je me suis construit en tant que compositeur plus qu’en tant que guitariste, et du coup, j’ai toujours cherché cette espèce de symbiose. Quand j’écoute un riff, je ne me dis pas qu’il y a la guitare, la basse et la batterie. J’essaye vraiment d’avoir une énergie globale.

Je voulais l’impact du slap, et je pense que ça se sent dans pas mal de riffs ; sans jouer du slap, je voulais une manière de plaquer les notes dans les aigus et les graves, les contrastes, comme tu peux d’ailleurs le retrouver dans des riffs de Meshuggah, par exemple. Mais alors, eux, ils construisent leurs riffs carrément autrement, entre les [chante un riff à la Meshuggah]. C’est vraiment joué sur les octaves, sur une manière de placer les notes aiguës par rapport aux notes graves qui vont vraiment rentrer dans la grosse caisse, toujours avec un backbeat régulier. Je vais aussi plus penser en termes de phrasé, car tu as vite fait de tomber sur des trucs assez redondants, comme tu peux voir dans pas mal de groupes hardcore, c’est-à-dire des boucles assez courtes – attention, je ne dis pas ça pour dire que ce n’est pas bien ! Tu peux prendre un groupe qui va jouer là-dessus comme Helmet, ça va être des boucles assez courtes et répétitives, et j’adore ! Mais… Mon oncle, qui est turc, qui vit là-bas, qui joue du saz, qui joue de la musique traditionnelle turque, il a une autre manière de penser la musique. Il pense beaucoup en termes de phrasé et ce sont des rythmes complexes, ce n’est pas construit de la même façon, tu ne vas pas calculer les mesures de la même façon, ça va être des riffs à rallonge… Tu vas presque apprendre une mélodie, systématiquement. Et pour compléter la question d’avant aussi, il y a un peu de tout ça qui a fait que ça a peut-être donné un truc un peu plus particulier.

« J’ai envie de faire plaisir à mes potes avant de faire plaisir aux auditeurs. »

Mais pour mieux répondre à ta question, à savoir si je suis un bassiste frustré ou pas : oui et non. Lorsque je compose, je cherche surtout à reproduire un jeu hybride mêlant les caractéristiques d’un jeu de basse/batterie et la guitare, dans le riff, dans le phrasé même de la guitare… Alors, pas de façon systématique mais ça fait partie de ma façon d’aborder l’écriture. Ça vient sûrement du fait que j’ai été biberonné au groove de guitariste tels que Dimebag Darrell, Tom Morello, John Frusciante, Dave Navarro, Page Hamilton, Fredrik Thordendal, Billy Gibbons, John Lee Hooker, etc.

Florent et Stéphane ont eux-mêmes un énorme sens du groove. Mais du coup, est-ce qu’il n’y a pas une forme de compétition qui s’installe entre vous parfois à ce niveau-là ?

Ah mais je ne sais pas groover comme eux, ça c’est clair ! Mais tu ne peux pas faire de la compétition, parce que par exemple, mon riff de gratte ne pourrait jamais sonner sans la façon dont Flo va l’interpréter à la batterie. Nous servons tous le même riff que j’ai écrit ou que Gérald a écrit. Nous servons une compo et je ne vois pas dans quelle mesure on peut rentrer dans cette espèce de dynamique. En revanche, une chose qui est sûre, en termes de rapport que nous avons entre nous – d’autant plus que nous sommes tous amis –, nous avons vraiment une envie de nous surprendre les uns et les autres. C’est peut-être dans ce sens ça que tu voulais poser la question. J’adore quand Flo me dit : « Ecoute-moi ce passage, je crois que je vais le prendre comme ça. » Et j’aime bien le petit sourire qu’il me fait, genre : « T’as vu mec, c’est excellent ! » Et puis je me dis : « Ah, putain, le con ! » « C’est chaud ! Vas-y, fais voir ? » Je prends les baguettes, je vais essayer : « Putain, mais c’est balèze ! » Et en plus je vais le voir placer ses petites ghost notes et puis un petit moulin par-dessus, et une espèce de constance… Je trouve ça magique !

Si tu veux aller par là, c’est comme les groupes de la Klonosphere : nous sommes vachement de bon conseil entre nous, nous n’hésitons pas à être critiques, genre : « Ah, mais ce morceau-là, ça ne passe pas du tout. » Ou alors : « Ça, c’est mortel ! » « P’tain, là vous avez fait mieux sur cet album. » « Ça, c’est mieux, mais ça, c’est moins bien. » Nous n’hésitons pas. Nous nous connaissons, nous n’allons pas chier des pendules pour ça. Il y a donc un peu ce même délire. J’ai envie de faire plaisir à mes potes avant de faire plaisir aux auditeurs. Si je fais écouter le dernier Step In Fluid ou un morceau du nouveau Trepalium à un mec d’Hacride ou de Klone, ou à Guillaume Bernard, par exemple, qui gère la Klonosphere, ou à Yann Ligner qui est quasiment mon voisin, quand je leur fais écouter un son, s’ils ont la banane, je suis content ! Je me dis : « Ah, je l’ai surpris ! » [Rires] C’est plus dans cet esprit. En même temps, si tu ne joues pas pour communiquer quelque chose, c’est que t’es peut-être un connard ! Je n’en sais rien [rires]. C’est un truc que tu partages, ou alors tu n’enregistres pas, tu ne fais pas de scène…

Quand je parlais de « compétition », j’imaginais plus le fait que vous vous poussiez mutuellement à vous dépasser dans vos jeux respectifs…

De toute façon, il n’y a pas le choix, sinon tu te fais engueuler : si je balance un riff, que je l’aie écrit ou pas, et que Flo Marcadet, avec le niveau qu’il a… Car c’est un ouf ! Tu sens qu’il y a des années de boulot, c’est un stakhanoviste. Et quand il joue, si tu n’es pas dedans, il te regarde bizarrement ! [Rires] C’est bon enfant, mais si le mec joue bien, t’es bien obligé d’essayer d’être dedans. Si tu prends Aldrick [Guadagnino], qui est un guitariste qui a dix fois mon niveau techniquement parlant, même si c’est moi qui ai écrit le riff, si je ne suis pas dedans, il ne va pas se priver de me le dire. Si tu es à côté, tu vas dire qu’il chipote mais ils ont des oreilles fines, ce sont d’excellents musiciens, tous autant qu’ils sont. Ce sont des gens qui pratiquent plus leurs instruments que moi, clairement. Et c’est vrai que quand tu joues, tu es bien obligé d’être concentré, tu ne peux pas faire autrement, et peut-être que dans ce sens-là il y a une espèce, pas de compétition entre nous, mais nous nous poussons les uns les autres à essayer de jouer le plus en place possible. Et puis c’est aussi le jeu. Par exemple, quand tu vas jammer dans un bar avec des gens, c’est un peu ce délire aussi : vous vous regardez, le mec envoie un break, il te regarde du style « envoie un chorus », etc. Il y aussi cet état d’esprit.

Une chose qu’on remarque dans cet album, c’est qu’il y a plus de percussion : c’est Florent qui les joue ou c’est joué au clavier ?

Oui, il y a des trucs programmés et il a rajouté des petites conneries, comme des petits shakers. Ce qu’il se passe, c’est que nous avons enregistré l’album non pas en live mais séparés les uns des autres, comme nous avons pu. Quand Flo a fait ses prises de batterie, par exemple, j’habitais encore dans le sud des Deux-Sèvres et le studio où il a enregistré, c’était à deux minutes de chez moi à cette époque, et c’était une des rares fois où nous nous voyions depuis longtemps. Maintenant, il habite à Caen [petits rires]. Pour te donner une idée de l’ambiance, nous n’avons pas joué ensemble, le groupe entier, depuis 2011 ! Même pas peur, alors qu’il y a des dates qui vont tomber… Nous allons probablement pouvoir répéter deux jours d’affilée une fois en huit ou neuf ans avant notre premier concert. C’est tout ce que nous allons pouvoir faire. Nous nous sommes aussi retrouvés pour faire des photos promos [petits rires]. Mais c’est un gros défi, parce que finalement, tu arrives avec un album super poussé en termes d’arrangements et d’écriture, et c’est un défi de bien interpréter, or nous n’allons pas pouvoir répéter plus que ça avant nos premiers concerts qui vont bientôt commencer. C’est un peu stressant mais à la fois il y a un côté rigolo. Donc, effectivement, Flo a enregistré certains trucs et d’autres ont été programmés à l’aide de sons samplés qu’on replace ensuite en arrangements.

Ça ne s’entend pas du tout sur l’album, que vous n’avez pas répété depuis 2011… Au contraire, on a vraiment l’impression d’entendre des musiciens qui s’éclatent ensemble.

C’est simple : tu as l’oreille ou tu ne l’as pas, tu as le groove ou tu ne l’as pas, tu sais produire un disque ou tu ne sais pas. De mon point de vue, je suis entouré que de gens ultra-expérimentés, qui plus est redoublant de talent. Fabien Devaux, qui a enregistré l’album, laisse tomber la paire d’oreilles ! Le mix qu’il nous a proposé, les idées… Il nous a sauvés à des moments où il y a quasiment tous les instruments, comme sur deux passages où le mec arrive à te faire oublier que tout le monde fait un truc, c’est un tout, c’est bien mixé, c’est chaud… Là, je te parle de l’aspect prod, mais je te parlais aussi de Stéphane qui est un vrai bassman, qui a quasiment vingt ou vingt-cinq ans d’expérience en tant que bassiste funk derrière lui, il est plus âgé que nous. Flo Marcadet, c’est le plus bosseur d’entre nous et ça se sent. Aldrick est un gratteux virtuose, clairement, c’est le plus fou-fou d’entre nous et celui qui est le plus à l’aise sur son propre instrument, car il a bûché pendant des années quand il était plus jeune. Et le plus scientifique de nous tous, c’est peut-être Gérald. C’est quand même le mec qui a enregistré toutes les parties, sauf la batterie, du disque et qui a réarrangé au niveau des claviers et a proposé des idées. C’est un sacré bonhomme ! Je ne suis entouré que de mecs comme ça, donc quand j’envoie une maquette, grosso modo, tu as le plan, tu le suis et puis tu colles tes idées. Quand tu sais faire ton truc, si tu as le plan, que tu aies répété ou pas, ce n’est pas un problème.

Donc c’est vrai que toi, tu écoutes le disque, tu n’imagines pas une seconde, si je ne te l’ai pas dit, que le groupe ne s’est pas vu une seule fois pour enregistrer le disque ! Car nous avons tous la même approche du groupe : la caisse claire est en fond de temps, tout le monde l’entend bien, là il faut que ça punche, tout le monde l’a bien capté, là ça va être très nébuleux, alors tout le monde va sur-jouer son instrument pour vraiment donner cette impression, quand la batterie est enregistrée et que la basse arrive, elle enregistre par-dessus, tu sais exactement l’intention qu’il faut donner. Mais je crois que ce qui aide aussi est que nous jouons tous de plusieurs instruments et ça permet d’avoir une vision plus globale, plus d’équipe. Nous faisons tous un peu de batterie, par exemple. Je ne suis pas qu’un guitariste. Je m’intéresse beaucoup à la batterie. Aldrick est un super batteur.

« Step In Fluid, c’est un éclatement stylistique. On a même du mal à décrire le truc : ‘Ça ne ressemble pas à du funk mais c’est funky, je ne comprends pas…’ On pourrait faire dix mille chroniques différentes là-dessus, et pourtant il y a une identité dans Step In Fluid. »

L’album se termine sur les chansons « Sex À Pile » et « Sex In An Elevator », et il se trouve que notre chroniqueur a fait une analogie plutôt osée entre votre disque et le cinéma porno professionnel. Sans aller jusque-là, est-ce qu’il y a une forme de jouissance dans la pratique de ce projet, proche de la jouissance sexuelle, c’est-à-dire avec une forme de pulsion physique et de plaisir partagé ?

Je pense qu’il y a un peu de ça. Après, c’est notamment moi qui propose les titres et ces deux morceaux, ce sont mes compos. Les musiques étaient tellement imagées culturellement parlant… Tu as l’imagerie du film de boules des années 70, avec de la musique d’ascenseur, alors on se dit : « Bah voilà, on va l’appeler ‘partie de jambes en l’air dans l’ascenseur’. » [Rires] Pour « Booty Shake », le morceau d’ouverture de l’album, les refrains sont dominés par une mélodie répétitive au marimba, une espèce de truc très exotique. Le morceau était composé, j’allais chez Gérald pour rempaqueter avant de refaire les prises finales pour l’album, j’avais vingt minutes de route pour aller chez lui et j’avais ce truc en tête en boucle. Quand je suis arrivé au studio et que nous l’avons réenregistré, du coup je « bookty shakeais » dans la pièce ! Et je regardais Gérald, j’ai fait : « Putain, on va l’appeler ‘Booty Shake’ ! » Comme je te disais, je cherche des trames rythmiques, harmoniques, mélodiques pour donner une identité, pour que les gens identifient une couleur, et là avec « Booty Shake », « Sex À Pile », « Sex In An Elevator »… C’était un des thèmes qui ressortaient. Peut-être qu’il y a un côté inconscient, qu’effectivement nous y trouvons de la jouissance en jouant ces morceaux.

C’est effectivement une réflexion qu’on peut se faire : quand on lit les titres des chansons, il y a quelque chose de très évocateur avec une tendance finalement plutôt descriptive du contenu musical des chansons. On lit le titre et on sait ce qu’on va avoir.

Quand le morceau débute, tu as lu le titre, et tu te dis : « Bah ouais ! » [Rires] Autant « Streets Of San Francisco » évoque de par notre culture télévisuelle, tu es aux Etats-Unis dans les années 80, avec les sons et tout, autant « The Funk Bot Dance », par exemple, je trouve que c’est l’un des plus évocateurs : « la dance du robot funky », tu écoutes le morceau, ce sont des sons d’un programme informatique, avec la manière de riffer toute syncopée, une mélodie à rallonge complètement entrecoupée… En tout cas, tu n’es pas surpris entre le titre et la découverte sonore.

Est-ce qu’il t’est arrivé d’avoir un intitulé ou une description avant la musique et de construire la musique autour de ça ?

Ouais, à partir d’un thème, ça m’est déjà arrivé. Sur des morceaux de Trepalium, notamment. Mais là, ça ne me revient pas forcément en tête. Je pense que c’était surtout sur le premier album. Majoritairement, c’est dans l’autre sens, c’est-à-dire que je n’aurai pas forcément le titre, je construis un truc et ensuite le titre me vient en tête, alors que le morceau n’est pas forcément fini, mais je vois très bien où je vais. Quand je compose, je pars d’une ambiance, de toute façon. Pour reprendre l’exemple de « The Funk Bot Dance », je n’avais pas l’outil en soi, mais je voulais cette atmosphère robotique et dansante, funky. Quand j’ai construit ce morceau, l’arpégiator que j’ai utilisé pour répondre au riff de guitare s’appelait « Funk Bot » sur le logiciel que j’ai utilisé. « Sex À Pile », c’est par exemple un jeu de mots que le bassiste avait sorti. C’est d’ailleurs le seul morceau qui a été composé à l’époque du premier album, mais il n’était pas fini. Il y avait le couplet et le refrain, et j’ai recomposé la fin la veille de l’enregistrement de la batterie [petits rires]. Donc, encore une fois, je n’ai pas dormi, pour que Flo – qui en était à sa dernière journée de studio – enregistre le lendemain.

On sent aussi une certaine légèreté de ton parfois, que ce soit évidemment dans un titre comme « Sex À Pile » – qu’on aurait pu retrouver sur un album de Mörglbl, par exemple – ou dans la musique avec un côté parfois assez fun. Est-ce votre manière de « dédramatiser » le côté virtuose de la musique instrumentale ?

Non, enfin, quand j’ai posé les titres, je n’étais pas spécialement dans cette démarche. Comme je te disais, c’est juste venu naturellement. Peut-être que nous sommes comme ça… D’ailleurs, tu vas retrouver énormément de groupes dits de prog qui ont une démarche très différente de la nôtre. Peut-être que nous, naturellement, nous avons appris à faire de la musique, oui, avec un peu de légèreté et ça ressort dans l’appellation du titre. L’humour est un sentiment comme un autre, c’est comme la noirceur. Dans Trepalium, on est plus dans un truc glauque, alors que Klone sera beaucoup plus sérieux et mélancolique. A la limite, celui qui a le plus d’humour là-dessus, c’est Stéphane, le bassiste. C’est dans la culture funk. Et pour ma part, j’ai aussi écouté énormément de funk. Mais non, ça n’a pas été fait de manière consciente.

Je faisais le rapprochement avec Mörglbl, donc je me demandais si tu te retrouvais dans l’approche de Christophe Godin, qui d’ailleurs apparaît sur un titre de Mali Kanu…

Effectivement ! Je l’avais invité sur un titre car c’est un guitariste que j’apprécie beaucoup. Même humainement il est top. Nous ne nous connaissons pas non plus à fond, mais nous avons eu l’occasion de nous rencontrer une paire de fois et c’est vrai que nous discutons souvent sur les réseaux sociaux, et c’est un chouette gars. En plus, je suis très jazz rock et j’adore comment il joue. Mais je ne me vois pas dans la même démarche sur le fond. C’est vrai que lui, en plus, c’est un mec marrant, et pour le coup, il ne sur-joue pas. Il y a un côté très fun chez lui. Nous sommes peut-être moins dans cette démarche. Mais tu vois, tu parles de Christophe Godin, et c’est un mec qui aurait pu être invité sur l’album, j’y ai pas mal pensé. Tout comme Pierre Danel. Ce sont deux gratteux qui envoient du steak ! Et là ça n’aurait pas forcément été dans l’esthétique mais plus : « Je vais leur trouver une place ! » Ça aurait pu se passer comme ça au moment de l’écriture des morceaux, mais ça ne s’est pas fait. Nous aurons certainement l’occasion de recroiser les guitares un de ces quatre !

Trepalium est déjà un groupe peu commun dans son approche du metal, mélangeant gros riffs, groove et swing jazzy, avec une certaine ouverture – surtout avec ce que vous avez fait dans l’EP Voodoo Moonchine. Le cadre dans Trepalium était-il encore trop restreint pour toi pour que tu aies envie d’une escapade avec un groupe encore plus ouvert comme Step In Fluid ? La question aurait d’ailleurs été tout aussi valable pour tes collègues, avec Klone et Hacride…

Trepalium, ce n’est pas trop restreint, c’est volontairement calibré. Je m’intéresse autant au funk, au hip-hop qu’au jazz – j’écoute énormément de jazz, jazz rock, jazz ethno… J’écoute de tout ! Je suis aussi un fan de pop. J’écoute plein de trucs innommables ici à Radio Metal [rires]. J’écoute tellement de tout qu’évidemment, Trepalium, c’est forcément restrictif, mais je ne sens pas de restriction. C’est juste que c’est calibré. Quand ça s’est construit d’album en album et qu’on est arrivés à Voodoo Moonshine, pour moi c’était un uppercut. C’était une vision très précise que je voulais donner à ce groupe. Effectivement, à côté, Step In Fluid, c’est un éclatement stylistique. On a même du mal à décrire le truc : « Ça ne ressemble pas à du funk mais c’est funky, je ne comprends pas… » On pourrait faire dix mille chroniques différentes là-dessus, et pourtant il y a une identité dans Step In Fluid. Si nous faisons trois, quatre ou cinq albums, on identifiera toujours Step In Fluid. Mais Trepalium, c’est une identité très forte et très calibrée. C’est plus un délire comme Cannibal Corpse… Non pas d’un point de vue stylistique mais dans l’approche d’un album à un autre. C’est du shuffle, du swing, des couleurs d’accords bien spécifiques et un son. Maintenant, il y a un nouveau chanteur, j’ai construit les riffs un peu différemment, j’ai joué sur de nouvelles couleurs au niveau des accords, mais ça reste du Trepalium. Je ne ressens pas ça comme un truc frustrant ou restrictif, c’est calibré pour moi, ça va dans un sens précis, comme AC/DC fait du AC/DC, Napalm Death sonne comme Napalm Death, Gojira sonne comme Gojira, etc. Ma femme me dit : « Britney Spears sonne comme Britney Spears. » [Rires] Il n’y a pas de rapport de frustration : je pourrai te pondre encore dix albums de Trepalium si ça s’y prête, je m’éclaterai toujours autant. Par contre, je ne peux pas me limiter à faire du Trepalium. Dans ma vie de musicien, j’ai plusieurs projets, dont Step In Fluid. Rien que ces deux projets me prennent énormément de temps.

« Je vivais dans une cité, avec mes potes de quartier français, marocains, asiatiques, etc. J’étais déjà sur un terrain multiculturel. Mes parents étaient religieux pratiquants alors que je n’ai pas du tout cette vie-là à l’extérieur de la maison. J’ai toujours vécu entre des contrastes d’un point de vue spirituel ou même politique. […] On joue comme on est. Je suis un enfant d’immigrés et je pense que ça a conditionné cette curiosité. »

Dans Step In Fluid on retrouve des inspirations jazz-rock, funk, hip-hop, africaines, etc. Comment est-ce que tu as façonné cette culture musicale élargie ?

Il y a peut-être deux façons de voir les choses. Déjà, je ne suis pas français d’origine [petits rires]. Mes parents sont turcs, ils ont émigré en France dans les années 70. Je suis né en 80 ici et j’ai toujours eu cette culture musulmane pratiquante, d’immigré turc des années 70… Je vivais dans une cité, avec mes potes de quartier français, marocains, asiatiques, etc. J’étais déjà sur un terrain multiculturel. Mes parents étaient religieux pratiquants alors que je n’ai pas du tout cette vie-là à l’extérieur de la maison. J’ai toujours vécu entre des contrastes d’un point de vue spirituel ou même politique. Entre ma famille et moi, je pense que ça a guidé ma façon d’agir, de m’extérioriser dans ce qui peut te faire plaisir en tant qu’ado. Je me suis intéressé à tout culturellement. Autant je n’étais pas forcément un élève très travailleur ou autre, autant j’ai toujours été quelqu’un de très curieux. On joue comme on est. Je suis un enfant d’immigrés et je pense que ça a conditionné cette curiosité. Et je me revois à des époques où je ne savais même pas ce qu’était le metal et j’écoutais les débuts du hip-hop, j’écoutais aussi du blues… J’ai eu une grosse période blues quand j’ai découvert les guitares, comme John Lee Hooker, je me tapais tous les bluesmen américains sur cassette et CD. Après, j’ai rencontré un pote qui m’a initié au metal et je suis devenu un nazi du metal, je n’écoutais plus que ça pendant deux ans, et après je me suis rouvert. J’étais dans un groupe au lycée, ils avaient besoin d’un batteur, je me suis mis à la batterie, j’avais un saz, « tiens ramène ton saz ! », je ne savais pas en jouer mais j’ai appris… Ce sont les rencontres qui font que. Après, j’ai lancé Trepalium en voyant un concert de Godzilla, devenu plus tard Gojira ; ça m’a motivé à revenir dans le metal quand j’avais dix-neuf ou vingt ans. Je m’étais dit : « Tiens, je vais faire un groupe dans le genre. » J’écoutais Cryptopsy à la même époque, Napalm Death, Cannibal Corpse, puis ça a donné un son, et finalement, tout ce que tu as vécu avant se mélange, se percute, tu rencontres des gens et ça donne ça !

Vous avez fait un choix délibéré d’être un groupe instrumental. Ressens-tu des contraintes à jouer avec un chanteur ?

Non, par contre, maintenant que tu me poses la question, ça pourrait me donner des idées… [Rires] Non, je n’ai pas ressenti ça comme ça, par contre c’est vrai que quand tu es avec un chanteur, tu travailles pour une esthétique précise et souvent plus calibrée. Or avec la musique instrumentale, tu n’as pas de mots, tu as juste des sons. Moi qui ai écouté du math rock, des trucs à la Don Caballero ou Jesus Lizard, ou des groupes obscurs, même bruitistes… J’ai un carton rempli de CD et de cassettes, dès que je l’ouvre, je vois des CD, je me dis : « Putain, j’ai écouté ça, c’est vrai… » Des trucs que personne ne connaît, des groupes locaux, des cassettes enregistrées sur d’autres cassettes… Et c’est vrai que dans ces groupes-là, il y avait pas mal de groupes instrumentaux, ou presque. Je te parle de Don Caballero mais c’est vrai que c’est un groupe qui m’a pas mal inspiré à l’époque. Mais je ne pense pas que ce soit une contrainte ; ça dirige ton travail dans une direction. Ça devient une contrainte quand tu ne fais pas ce que tu veux. Ce n’est pas pareil. Etant compositeur, j’y vois plus un terrain de jeu avec des règles.

Après, est-ce que derrière Step In Fluid il y avait une envie de m’émanciper d’un frontman chanteur ? Oui, il y avait un peu de ça. C’est un peu schizo, si tu veux aller par là. En même temps, c’est plus une envie de se dire : « Tiens, je vais faire un projet dans ce délire. » J’ai toujours été dans des projets où je travaille la promotion, où on a des interviews, etc. mais tu n’imagines pas le nombre de fois où ça m’a trotté dans l’esprit de faire des projets où je n’aurais pas envie qu’on sache qui je suis ou ce que je fais. Ce n’est pas en opposition avec ta personnalité, tu peux faire de la pop et du doom. Il n’y a aucune ambiguïté là-dessus pour moi. Par contre, c’est clair que la démarche c’était un peu ça aussi, de s’émanciper d’un chanteur, du format groupe avec un chanteur. Tu vois, là je pense à un projet sans bassiste. Tu vas me dire : « Sans la basse, ça va peut-être manquer de consistance. » Ouais, mais je voyais plus un clavier qui ne ferait que les basses. Je ne sais pas si ça va aboutir… Je ne suis pas dans un schéma, je ne pourrai jamais l’être.

Dans le genre groupe sans bassiste, on peut penser à The Inspector Cluzo, qui a d’ailleurs un morceau intitulé « Fuck The Bass Player », avec le bassiste Norwood Fisher en featuring mais à la voix…

[Rires] C’est très bien ! Il y a tellement d’artistes avec des configurations étonnantes. L’autre jour, je suis retombé sur un truc que j’avais zappé il y a quelques années, c’est Half Moon Run. C’est un groupe un peu pop et je suis retombé sur un live sur YouTube, et le batteur a un clavier sur sa grosse caisse et il fait les basses dessus. Et le chanteur a une guitare mais il assure aussi la majorité des morceaux sur les percus en soutien de la batterie. Ça fait une espèce de rythmique hyper-puissante avec la basse effectuée au clavier. Et puis l’autre qui fait les chœurs avec une guitare. Ça fait une config un peu différente, c’est cool.

Dans le côté instrumental, Paul Gilbert a fait le choix sur son dernier album solo de ne pas chanter et, au contraire, placer sa guitare dans le rôle du frontman. Expérience qu’il avait initiée avec un album de reprise où il a cherché à retrouver l’expressivité des lignes de chant mais avec sa guitare…

Je n’ai pas spécialement écouté, mais c’est un guitariste que j’affectionne beaucoup. En fait, moi ce que j’aime chez un artiste – et que j’essaye de mettre en pratique – c’est de trouver un discours. D’un album à un autre, un artiste peut ne pas être très intéressant pour moi, et il sort un album avec un discours derrière, une démarche, tu sens le travail qui a été fait dans un sens, là tu ressens la démarche artistique, et c’est là que je trouve la musique intéressante. Des fois, c’est plus ou moins marqué, plus ou moins subtile, plus ou moins sur-joué, mais lorsque tu captes le message d’un groupe, c’est cool ! L’autre jour, j’ai été voir des potes de Bressuire, Pavasse, c’est du punk qui tabasse, il y a même des morceaux limite punk à roulettes. Bon, ce n’est pas mon truc, bien que j’en aie écouté un peu, et j’ai été les voir en concert, je me suis dit que ça allait être une soirée sympa, et j’ai pris toute leur énergie dans la gueule, tout leur état d’esprit ! Il y avait de l’artistique là-dedans. La façon dont ils le vivent, il y avait une démarche, un discours, les mecs vivent leur truc, et ça, ça vaut autant que le nouvel album de King Crimson, de Meshuggah ou je n’en sais rien ! Ça vaut tout l’or du monde. C’est vivant. Voilà, c’était un exemple.

Après, tu peux passer à côté de plein de choses, parce que des fois tu n’es pas disposé à écouter quelque chose ou tu as besoin de te cultiver dessus pour capter certains trucs. Je suis sûr que je suis passé à côté de plein de groupes extrêmes parce que j’en perds presque la curiosité pour la musique extrême, bien que Trepalium reste extrême et que je sois un fils du metal, je veux dire que la majorité de ce que j’ai écouté, c’est du jazz et du metal. On se fait des images, on se dit « tiens, ça me saoule les mecs qui gueulent », et puis tu passes à côté de plein de trucs à cause de cet état d’esprit. Il n’empêche que quand tu vas voir, disons, Napalm Death, si tu ne connais pas, tu vas te dire : « Putain, la violence du truc ! » Pour un peu qu’il y ait le son et que les mecs aient la pêche. Mais c’est important, c’est vraiment le discours, la démarche qui m’intéresse. Des fois je me suis surpris à discuter avec des potes de tel album de tel artiste et je me rends compte que je suis un des rares à l’aimer. Pourtant j’y trouvais mon compte, je me disais : « Putain, c’est génial quand même ça ! » [Petits rires]

« Tu peux faire de la pop et du doom. Il n’y a aucune ambiguïté là-dessus pour moi. […] Je ne suis pas dans un schéma, je ne pourrai jamais l’être. »

Sur le premier album il y avait la présence de Yann Ligner de Klone sur trois titres et quelques solos à la talk box, donc la voix était quand même présente en filigrane ou de façon subliminale…

Oui, tu viens de le dire : c’était tel un instrument. Je n’ai pas ressorti la talk box sur le nouvel album… Alors, il y a des sons qui y ressemblent, mais c’est le clavier ou la basse ou la guitare avec des effets. Mais la talk box, sur le premier album, elle était là, mais en tant qu’instrument. Et lorsque nous avions sollicité Yann, c’est ce que nous lui avons dit : « Tu utilises ta voix comme un instrument. On veut des sons un peu à la Michael Jackson… » « Ah, ouais, d’accord ! » Puis il a essayé des trucs, c’était subtil, c’est clair que le travail aurait pu être plus poussé encore.

Justement, vous ne vouliez pas développer ça, c’est-à-dire l’utilisation de la voix de manière instrumentale ?

Eh bien, tu viens de me donner une idée ! [Rires] Au final, sur le premier album, nous l’avons fait, mais je n’ai pas eu l’idée de le pousser spécialement. Mais c’est clair que là tu en parles et c’est tentant. Et d’ailleurs, quand je compose, c’est avec une discussion comme là ou alors la réflexion d’un pote lors d’une soirée ou en écoutant une connerie, une publicité ou n’importe quoi que ça va m’ouvrir une porte sur un tas de riffs ou de thèmes, ou des trames, qui vont faire que ça va dessiner le disque suivant. Mais c’est vrai que ça peut être une idée de, par exemple, rappeler mon voisin, Yann, pour lui dire : « Tiens, ça ne te dirait pas de bosser dessus, mais sans paroles ? Comme un instrument. Tu te démerdes, tiens je t’envoie les pistes, propose. » Quitte à lui dire : « Tiens, tu seras le sixième membre du groupe mais tu ne seras pas frontman, ce n’est pas le délire. Tu seras peut-être entre le biniou et l’accordéon, et tu auras un micro devant toi avec des pédales d’effet. » Ça peut être un délire !

Après, tu parlais au tout début d’un featuring avec des chanteurs africains qui ne s’est pas concrétisé : ça ne rentrait pas un peu dans cette démarche ?

Là, pour le coup, non. Sur le deuxième album, je disais aux gars, notamment en pensant à « Booty Shake » : « Ecoute leurs voix. Ça, ça va se mélanger super bien, ça va faire une espèce de truc rétro-futur africain, un truc vachement roots et en même temps super moderne avec des grosses grattes et des synthés. Ça va être original ! Ça c’est frais ! » Du coup, j’avais écrit des textes, etc. Et ça a failli se faire. Je ne vais pas te donner les noms des artistes en question mais c’est un groupe de rock malien qui tourne pas mal dans le monde. J’étais branché avec le chanteur. Il allait enregistrer la veille du refus de leur manageur [petits rires]. Il m’avait envoyé un message en mode : « Ouais, je t’envoie les fichiers demain ! » Alors moi, je me frottais les mains. Mais il y a un mec, un Anglais, qui m’a envoyé un message pour me dire : « Non, non, ils n’ont pas le temps, laisse tomber. » Je fais : « Bah si, il a le temps… » « Non, il n’a pas le temps. » Voilà. Donc le manageur s’en est mêlé, ça n’a pas abouti, dommage. Après, j’ai contacté un autre artiste, un Camerounais, qui vit en France. Il était tenté mais il ne l’a pas senti ; non pas artistiquement mais il avait du mal à se projeter techniquement parlant, donc c’est tombé à l’eau alors que là aussi nous tenions le truc. Finalement, quand ça ne s’est pas fait, j’ai récupéré les textes avec ce morceau en rab, que j’ai réussi à réutiliser pour faire Mali Kanu, et l’Africain qui chante dessus, c’est moi, ce n’est pas un Africain en fait – enfin, je suis africain comme tu es congolais [rires].

Pareil, c’était une démarche artistique, le fait de se dire : « Comment je vais procéder ? » j’ai fait traduire les textes par un mec au Mali via Facebook ; un mec qui a été présenté par un autre mec via Facebook. Et le mec n’a pas d’ordi, donc il écrit ça sur papier, il m’envoie une photo du texte, moi je le recopie dans un dossier Word, je chope un élève migrant qui vient du Mali dans l’ancien lycée où je bossais en tant que surveillant, j’en profite pour lui faire lire le texte pour avoir la phonétique. Ça, ce sont des démarches hyper-jouissives. C’est excitant. Tu rentres dans une façon de travailler, dans des domaines de création inédits. Tu te dis : « Mais dans quoi je m’aventure ? » Du coup, ça faisait marrer des potes musiciens de la Klonosphere : « C’est marrant ce que t’es en train de faire ! » Après, pour un autre des morceaux de Step In Fluid, j’étais aussi en contact avec des mecs de la scène électro hip-hop anglaise. Ils étaient branchés, mais pareil, je devais passer par le manageur, le manageur tardait à répondre, et finalement ça ne s’est pas fait. Mais c’est un mal pour un bien parce que l’album est très bien comme ça. Un featuring, ce n’est pas ton groupe ; tu prévois et espère des choses, et finalement, ça ne dépend pas de toi.

En parlant d’influences africaines : qu’est-ce que le masque sur la pochette symbolise ?

C’est juste un masque qui est dans mon salon [rires]. Non, je démystifie le truc, mais lorsque j’ai fait Mali Kanu, le nouvel album de Step In Fluid était maquetté sur mon ordi mais nous ne l’avions pas enregistré. Donc je suis parti sur Mali Kanu, juste avant la naissance de ma fille, et je me disais en composant ce premier titre qui a finalement servi de clip qu’il allait y avoir un danseur, puis un délire avec le masque… Et j’imaginais un masque à la Herbie Hancock, avec les cornes, à l’époque où il jouait dans The Headhunters, je voulais faire un clin d’œil à ça. Je trouvais qu’il y avait un côté, pas diabolique, mais un peu mystique et flippant ; c’est aussi influencé par le délire vaudou qu’on peut retrouver dans Trepalium. Ce sont plein d’idées qui s’entrechoquent. Et quand j’ai incorporé ça dans le projet, je me suis dit : « C’est marrant, je vais le réutiliser pour la pochette de Step In Fluid ! » Finalement, ça croise les projets. Mali Kanu, c’est un peu l’enfant mort-né du nouvel album de Step In Fluid, et du coup le clin d’œil est là aussi. En fait, le masque, il est là, derrière un pot de fleurs dans mon salon [rires]. D’ailleurs, je le vends pour cinq mille euros si ça t’intéresse ! [Rires] C’est quand même un masque qui a servi pour la pochette du dernier Step In Fluid et pour le clip de Mali Kanu ! Il vaut de la tune ce masque !

Justement, pourquoi le vendre ?

Parce que je m’attache aux symboles artistiquement parlant mais pas aux objets, et si ça peut faire du blé… Si ça émoustille quelqu’un qui est fan du masque, je lui vends ! [Rires]

Pour finir, tu as mentionné qu’un nouvel album de Trepalium arrive. Sans forcément s’étendre dessus, car je pense qu’on va se revoir pour en parler quand il va sortir, qu’est-ce que tu peux nous en dire ?

Cet album va être assez fat. Il y a quand même des morceaux bien lourds ! Mais ça reste très groovy. Tu reconnais bien Trepalium. Il y a moins de cuivres ; il y en a un petit peu sur le premier morceau. Il y a beaucoup de clavier, de l’Hammond B3. J’en ai incorporé un petit peu partout. Je trouvais que ça donnait une couleur bien sympa au morceau et j’utilise de nouvelles couleurs avec des accords bien particuliers. Il a donc une identité très forte, je trouve. J’en suis très fier ! Je pense que ça va être un digne successeur de Voodoo Moonshine. Après, le style sera moins marqué que Voodoo Moonshine, qui avait des cuivres, le côté années 30, vaudou… C’était quelque chose de très identifiable. Là, ça ne sera pas moins identifiable en termes de travail et de rendu, mais le sujet s’y prête moins. Il y aura beaucoup de noirceur dedans. Sur le travail des accords, j’ai essayé de m’inspirer de couleurs limite soul et black metal. Ça fait un truc assez particulier sur certains thèmes, il y a un gros boulot sur les guitares et leur harmonie, beaucoup plus que sur l’EP d’avant, et donc moins sur les cuivres. Et ça se prête bien avec le nouveau chanteur, Renato [Di Folco], le chanteur de Flayed, qui est beaucoup plus mélodique. Il y a donc aussi un côté plus soul music, plus blues, que jazzy. J’ai volontairement calibré certains morceaux par rapport à sa voix. Je pense que je t’en ai déjà trop dit, je te laisserai découvrir l’album. J’ai fait les prises guitares, basse et clavier chez moi, Thibault Chaumon qui produit l’album a fait les batteries. Je lui ai ramené les pistes il y a quelques semaines. Il a commencé à mixer le son. Ça va être assez gros ! En tout cas j’en suis content. Je ne peux pas encore te donner de date, mais normalement, ça va être pour la fin de l’année, j’imagine vers novembre mais je ne sais pas.

On a hâte de découvrir ça, surtout avec Renato qu’on connaît bien dans notre région lyonnaise…

C’est un mec en or, talentueux, et c’est un personnage ! Tout comme KK était un personnage. Je me dis que nous n’avons pas un ersatz de KK ou autre, nous avons volontairement recherché une personne avec une voix bien à elle, et je pense que nous sommes bien tombés. La première répète que nous nous sommes faite nous a donné le sourire ! Nous nous sommes dit : « Putain, la vache ! Artistiquement parlant, il y a moyen de construire un truc. »

Interview réalisée par téléphone le 14 mai 2018 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Nicolas Gricourt.

Facebook officiel de Step In Fluid : www.facebook.com/STEPINFLUID.

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