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Nouvelles Du Front   

Stephen Carpenter : l’atout metal de Deftones


deftonesband2016L’évolution est la clé de la survie. Ces quelques mots sont, à l’ère moderne, tels un onzième commandement adaptable à tous les niveaux de l’existence. Ou alors est-ce la constance qui permet la plus longue subsistance ? Ne rien changer, occuper et entretenir son pré carré, faire ce que l’on sait faire le plus parfaitement sans chercher à voir si la terre ne serait pas plus fertile dans le jardin voisin, pour ne pas manger les pissenlits par la racine dès que le vent tournera.

Dans le monde musical, les deux visions s’affrontent : faut-il faire comme un AC/DC qui prouve qu’avec une recette bien trouvée on peut des décennies durant garnir sa propre corne d’abondance ou faut-il s’adapter aux temps qui changent ? Et cette dernière option ne signifie pas nécessairement « suivre la mode » mais peut se traduire : « échapper à la mode avant qu’elle ne nous avale ».

Un groupe comme AC/DC (ou tant d’autres groupes de hard rock) a la force de résister au flux des modes grâce à une base musicale intemporelle : ce vénérable blues centenaire qui fera toujours taper du pied les kids comme les grabataires. Mais que faire quand on appartient déjà à une vague partie d’une époque pour s’écraser contre la suivante ? En sortir, bien sûr, avant de mourir sur les récifs du changement. Ainsi, combien de groupes du mouvement néo-metal ont dépassé le cap des années 90 sans exploser sur les côtes des 2000’s ? Les noms se comptent sans doute sur les doigts d’une main mais Deftones est probablement le héros de cette équipe.

Depuis une quinzaine d’années, être un vétéran du néo, c’est devenu un tantinet ridicule. Au moins du point de vue de différents pans du public metal : soit celui qui était déjà trop vieux pour apprécier ce genre très orienté ados dès son arrivée, soit la masse de jeunes metalheads de la génération suivante qui ne se sentent rien devoir à ces musiciens en survêt’ vieillissant. Pire encore si le groupe de néo en question ne change rien à son style. Un Limp Bizkit sera toujours moqué pour continuer à mélanger ses grosses guitares à du rap (oulala, les malheureux, ne savent-ils pas que le rappeur est l’ennemi héréditaire du metalleux ?) et toujours intégrer street-wear et casquette à sa garde-robe (c’est pas gentil de se moquer des vêtements !). Paradoxalement, le groupe qui a le moins changé depuis les 90’s et en même temps continue de percevoir le respect entier du public, est un groupe qui a surtout le « bon sens » de se passer d’être créatif et de ne rien faire d’autre que des concerts depuis dix ans : System Of A Down.

D’un autre côté, un groupe de néo qui change, est taxé d’opportunisme (« c’est commercial ! »). Linkin Park est devenu de plus en plus pop et électro en allant là où le coeur lui dictait d’aller et seul l’album Hybrid Theory (2000) semble encore avoir droit de cité dans l’histoire du metal. Korn a aussi eu la malencontreuse idée de jouer aux expérimentateurs (l’album sans titre de 2007) ou d’intégrer les nouveaux sons de l’époque au sien propre (le dubstep sur The Path Of Totality en 2011) mais y a surtout gagné de nouveaux noms d’oiseaux. Serait-ce dangereux d’avoir créé un nouveau genre et de vouloir continuer à créer de nouvelles choses ? Pas nécessairement lorsque l’on voit que les groupes de cette vague conquièrent progressivement les têtes d’affiches des plus grands festivals du monde, remplaçant les gloires des années 70 et 80. La victoire en Adidas…

En fait, le danger pourrait être pour le groupe lui-même. L’évolution vient généralement d’un individu qui transmet ses gènes vaillants à la génération suivante pour permettre à l’espèce de devenir plus forte, voire différente mais tout de même plus adaptée. Les autres individus, eux, disparaissent sans laisser de trace. Mais un groupe est une somme d’individus et tous n’ont pas le même patrimoine qu’ils souhaitent transmettre alors une partie d’entre eux doit-elle disparaître ?

Stephen Carpenter, guitariste de Deftones, s’est récemment fait remarquer en exprimant ouvertement son peu d’intérêt initial pour le nouvel album de son groupe, Gore qui sortira le 8 avril prochain. Jouer dessus ne l’attirait tout simplement pas au départ : « Je pense que ma principale fierté concernant mon jeu de guitare sur ce disque est juste de jouer sur le disque parce que je ne voulais pas jouer sur cet opus. […] Mon groupe va dans une direction et moi je vais dans une autre. Je ne quitterai jamais le groupe que j’ai monté mais le groupe commence à s’éloigner de moi. Je ne peux pas contrôler ça. » Rien de tel pour inquiéter les fans : est-ce toujours un album de Deftones qu’ils sont sur le point de recevoir ? Et cela signifie-t-il, malgré la promesse de ne jamais se séparer du groupe, que Carpenter pourrait à plus ou moins court terme quitter cette aventure démarrée en 1988.

Chino Moreno, le chanteur de Deftones, suite à ces dires et afin qu’il n’y ait aucun malentendu, a ajouté quelques explications au micro d’une station de radio américaine sur les conditions d’enregistrement du disque ainsi que le niveau d’implication de Carpenter dans celui-ci, qui n’est pas à sous-estimer : « Il était plutôt évident que lors de la création du disque Stephen était à l’écart du groupe d’une certaine façon. Ce qu’il faut comprendre avant tout c’est qu’il s’est en quelque sorte mis tout seul à l’écart. Il était là tous les jours, très présent en studio… Ça lui a pris un très long moment pour s’investir dans ce que nous faisions et ce n’était pas notre intention de l’exclure. C’est évident qu’il est un de mes éléments préférés du groupe et ce qu’il apporte au plat est très important. Mais, vous savez, des fois les gens sont dans des états d’esprit différents et c’est aussi simple que ça. En fin de compte, je pense que ce que laissait penser cet article, comme quoi il n’était pas impliqué, est incorrect, car il était très impliqué. Ca lui a juste pris du temps d’être dedans. »

Fin de l’histoire ? Pas tout à fait. Depuis, une autre interview de Carpenter a été publiée chez PremierGuitar où, en quelques mots, le guitariste a redirigé un peu de lumière sur sa place au sein de Deftones. Il dit, avec un rire : « Je ne joue pas dans un groupe de metal, je suis l’ingrédient metal de mon groupe. Je pense que si les autres gars s’intéressaient plus au côté metal ils feraient le nécessaire pour obtenir de moi ce registre. » Le fait est que, comme le guitariste serait aujourd’hui l’ingrédient metal du groupe, il l’a presque toujours été. En fait, quand il faut des gros riffs heavy, même dans un projet a priori non-metal, le guitariste de Deftones est le meilleur candidat. Car, comme Chino Moreno avec son projet électro Crosses, zone artistique dans laquelle il peut pousser au maximum les ambiances qu’il laisse seulement transparaître dans Deftones, Carpenter a aussi son side-project électro, Sol Invicto, où il ne fait que faire gronder ses sept ou huit cordes. Alors faire de même dans son propre groupe, aussi peu metal soit-il, selon lui…

C’est en fait ce qu’il a toujours fait, sans jamais remettre en question sa place dans la bande. A l’époque de la sortie de leur précédent album Koi No Yokan (2012), Chino Moreno racontait à Ultimate Guitar comment lors de l’enregistrement d’un de leur chefs-d’oeuvre, White Pony en 2000, l’un des premiers albums à explorer le côté plus aérien de Deftones au point de flirter avec le rock alternatif, déjà Carpenter et lui tiraient sur la couverture : « [Steven] voulait juste aller à un metal direct et faire un disque de metal direct. Pour moi, je ne pense pas que nous ayons jamais été un groupe de metal direct et je ne nous voyais pas faire ça. Je ne sentais pas que ce serait naturel. En même temps, je savais que nous ne ferions pas simplement un album de The Cure ou quelque chose de ce genre parce que nous ne sommes pas cela non plus. Je pense que lui et moi étions tout deux passionnés par nos influences et ce qui est arrivé c’est que nous essayions constamment de nous surpasser l’un l’autre […]. En faisant ainsi, nous construisions chacun sur la grandeur de l’autre. A la fin, je pense que, à la fin de la journée, sans nous en rendre compte, nous avons créé un superbe et démonstratif album sans même nous apercevoir de ce que nous faisions. »

Gore, le nouvel album, malgré le récit de Carpenter, sera donc bien un album de Deftones, réalisé comme depuis des années dans la confrontation et l’écartement des forces créatives qui forment le groupe depuis toujours. L’évolution ne dépend pas ici d’un seul individu mais bien de la somme de ceux-ci, dans leurs spécificités particulières. Et la spécificité de Carpenter, c’est d’ancrer Deftones dans un milieu où il est certain de continuer à dominer – au moins artistiquement – : le metal.



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  • Game-system dit :

    Cet article me rassure un peu plus sur la situation de Deftones, j’étais vraiment inquiet après avoir lu la déclaration de Carpenter. J’espère que cet album sera effectivement Deftones, c’est tout ce que je demande !

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