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Interview   

Stereotypical Working Class, 20 ans plus tard


Mine de rien, ça fait vingt ans ! Benjamin, le batteur de Stereotypical Working Class, blague lui-même là-dessus car, de son propre aveu, ce n’est pas le groupe le plus prolifique du monde : « En 2019, il n’y avait pas de pandémie et on a joué trois fois ! » Mais pour des amoureux de la scène comme eux, la frustration qu’a provoquée cette année 2020 sans spectacle commence à être pesante. Toute leur carrière et leur œuvre ont été construites autour de la scène. Quand d’autres groupes écrivent un disque puis pensent à la scène, les Stereo jouent pour la scène et essayent d’adapter ça sur disque.

Covid-19 oblige, avant que l’on puisse retourner voir des concerts, on va devoir se contenter de Célestopol, nouvel EP inspiré de nouvelles d’Emmanuel Chastellière. Le disque représente pour le groupe un vent de fraîcheur, puisque c’est le premier écrit avec le nouveau guitariste Mehdi. Benjamin, sans langue de bois, annonce que sans ce changement, le groupe serait peut-être mort. L’auditeur aussi pourra ressentir cette fraîcheur, voire cette froideur, tant une couleur sombre, mélancolique enrobe ce nouvel EP. De vingt ans d’existence au changement de line-up, puis à l’écriture, tant des textes que de la musique, Benjamin nous raconte tout le processus qui a amené à la création de Célestopol.

« À partir du moment où tu as l’impression d’être un groupe de reprises de toi-même, c’est qu’il faut faire quelque chose ! [Rires] […] Si ça ne l’avait pas fait avec Mehdi, les Stereo seraient peut-être morts ! »

Mehdi a déjà pu mettre sa patte dans la musique du groupe, notamment dans le single « Testify », dont le riff est de lui. Peux-tu nous parler de son intégration ?

Benjamin Galindo (batterie) : Mehdi est arrivé car nous sommes allés le chercher. Nous avons fêté nos vingt ans l’année dernière, donc nous parlions de ça il y a un an demi. Nous commencions à nous essouffler, car c’est comme dans un couple, il faut parfois relancer la machine. Alors nous n’avons pas utilisé de sextoys pour se ré-exciter en répète, mais nous avons décidé de réintégrer un guitariste, car à la base nous étions cinq. Nous avons changé de guitariste, puis Guillaume, le guitariste remplaçant de David, est parti. Nous avons décidé de continuer à quatre, et au bout d’un moment, tu fatigues un peu, tu t’essouffles. Il a donc été question de remettre un peu d’énergie dans tout ça. Mehdi est le beau-frère de Bertrand, le bassiste ! Ça reste une histoire de famille, car Bertrand et Martin, le chanteur et le bassiste, sont frangins. Ce qui est rigolo, c’est que Mehdi, à l’époque où nous avons intégré Guillaume, il y a une dizaine d’années, il avait fait les auditions pour jouer avec nous… Et nous ne l’avions pas pris ! [Rires]

Qu’est-ce qui a fait que cette fois, vous l’avez pris ? Qu’est-ce qui a changé chez lui ou chez vous ?

Chez nous, ce qui a changé, c’est qu’il s’est occupé d’enregistrer la partie vidéo de Warm Session. Fabrice Boy, notre ingé son, s’occupait de la musique. Nous avons enregistré quatre morceaux et deux ont été filmés. C’est donc Mehdi, qui était déjà le beau-frère de Bertrand, qui s’est occupé de ça. C’est un mec tellement posé, tellement calme, tellement sympa, qu’il nous a fait beaucoup de bien. Il faut savoir que c’est aussi un super guitariste, mais dix ans auparavant, beaucoup moins ! [Rires] Du coup, il s’est passé des choses, l’eau a coulé sous les ponts, et quand il s’est agi de se demander qui nous pouvions intégrer comme second guitariste, nous n’allions pas faire une Guitar Academy comme nous avions fait à l’époque, à recevoir plein de gens, etc. Nous nous sommes dit : « On va tester avec Mehdi et si ça le fait, c’est cool. » Et ça l’a fait dès la première répète.

Comme tu viens de le dire, vous étiez vraiment à la recherche d’un second souffle. Ça se traduit comment ? Qu’a-t-il amené à Stereotypical Working Class pour que vous ayez ce second souffle ?

Il a une énergie hyper positive, mais hyper calme, comme je te disais. Tu joues un peu comme tu es : ta personnalité se retranscrit par ta manière de jouer. Mehdi est venu enrober de pas mal d’effets certains riffs, il a beaucoup de trucs avec des notes très cristallines. Ça s’entend pas mal sur l’EP, toutes ces petites guitares un peu aiguës que l’on n’avait pas l’habitude d’entendre chez nous ou alors pas de la même manière. C’était beaucoup plus frontal comme manière d’aborder les effets. Quand nous avions deux guitaristes avant, c’étaient vraiment deux parties distinctes, avec une guitare à gauche et une guitare à droite. Lui va plus se mêler au riff et le galvaniser. Il a un côté hyper discret qui en même temps donne beaucoup de personnalité aux riffs quand il vient se poser dessus. Donc ça l’a fait sur les morceaux que nous avons réinterprétés lorsque nous jouions à quatre au départ et que nous nous sommes remis à jouer à cinq et ç’a été très clair, très rapidement. Et quand nous avons commencé à composer, et notamment l’EP Célestopol, nous avons vu que ça se concrétisait par des idées que nous n’aurions pas eues sans lui.

Avant que vous le recrutiez, comment se traduisait cet essoufflement ? Qu’est-ce qui vous a fait ressentir ce besoin de second souffle ?

À partir du moment où tu as l’impression d’être un groupe de reprises de toi-même, c’est qu’il faut faire quelque chose ! [Rires] C’est-à-dire que tu arrives en répète, tu trouves que ça sonne pas, puis tu n’as plus trop la motivation, puis la vie prend le dessus… Je le dis un peu dans toutes les interviews, mais nous avons tous un taf, nous avons tous une famille, nous avons tous des enfants… Aujourd’hui, le temps consacré aux Stereo est quand même bouffé par le temps consacré au travail. Nous portons bien notre nom, Stereotypical Working Class, ce n’est pas pour rien ! Forcément, si tu n’as pas une espèce de carotte au bout, car il n’y avait pas forcément beaucoup de projets de concerts, il n’y avait pas forcément d’envie de sortir un disque plus ou moins rapidement… Il fallait un truc. Je crois que si ça ne l’avait pas fait avec Mehdi, les Stereo seraient peut-être morts !

« Il y a beaucoup de groupes qui font des disques et qui disent : ‘Bon, maintenant, comment on va faire pour que ça sonne sur scène ?’ Nous, nous écrivons pour la scène et nous nous demandons comment nous allons faire pour que ça sonne sur le disque. »

Vous avez toujours maintenu une continuité dans votre musique en ajoutant des petites touches un peu discrètes qui créent la surprise et amènent de la fraîcheur, mais avec Célestopol, vous allez un peu plus loin que ça. Cette fois, vous avez mis une couleur mélancolique assez prononcée dans tout l’EP. Il y a pas mal de petites accalmies, il y a des mélodies très mélancoliques comme sur le morceau éponyme, sur le refrain de « Time Will Never Change », sur « Face Down »… Même la pochette a des tons froids et dépeint cette atmosphère. Qu’est-ce qui a inspiré cette couleur globale ?

La globalité et le côté cohérent des morceaux les uns avec les autres sont liés au fait que, j’allais dire que nous grandissons, mais que nous vieillissons, en fait ! Nous avons d’autres aspirations avec l’âge. Même si nous sommes capables, demain, de dire : « Tiens, j’ai un riff vraiment punk, on va faire un morceau quasiment punk », comme nous avons pu faire sur certains morceaux dans les précédents albums, nous continuerons à le faire, il y a un moment où quand nous rentrons dans les détails, nous sommes un peu plus précautionneux qu’avant, je pense. Nous faisons plus attention à certaines choses. L’oreille se développe, nous écoutons de plus en plus de musique, la musique autour de nous change également, donc forcément, ça doit entrer dans notre manière d’aborder la musique. Après, je suis partisan de dire que tout ce que tu écoutes et interprètes, c’est toi qui l’interprètes, mais nous, nous ne le choisissons pas. Nous ne choisissons pas ce que tu interprètes et surtout, nous ne choisissons pas ce que nous écrivons et comment nous l’écrivons. Tu ne te dis pas : « Tiens, je vais faire un morceau de telle façon. » Comme Mehdi joue un peu comme sa personnalité est, le groupe au global joue comme est la personnalité du groupe. C’est-à-dire que tu ne réfléchis pas ; le riff que par exemple Bertrand va amener sur un morceau, quand il l’amène, il a une couleur, et quand il est fini avec le groupe, il en a une autre. Ça, ce n’est pas quelque chose que tu décides. Après, l’inspiration, nous l’avons pas mal évoquée, le morceau et l’EP Célestopol sont inspirés d’un recueil de nouvelles d’Emmanuel Chastellière qui s’appelle justement Célestopol. Je pense qu’inconsciemment, ou consciemment, l’artwork a été inspiré du bouquin, et je pense qu’inconsciemment, les gens, vu que nous en parlons un peu, ce côté voyage lunaire, etc., ça doit impacter leur manière d’écouter la chose.

Il y a deux ou trois passages basse/batterie dans l’album qui ne sont pas forcément utilisés pour en mettre plein la vue mais plus pour créer des ambiances un peu planantes, comme sur « Testify », « Face Down » et « Célestopol », or quand on pense basse/batterie, on ne pense pas forcément à quelque chose d’ambient. Comment en êtes-vous venus à axer le travail sur les ambiances sur le binôme basse/batterie ?

Effectivement, quand tu dis que ça n’en met pas plein la vue, tu peux faire référence à ce que nous avons pu faire par le passé, car quand il y avait un basse/batterie, en général, Bertrand et moi avions tendance à en foutre un peu de partout, car tu as appris un nouveau truc, tu as trouvé un super groove, tu as envie de le mettre en avant… On va dire que ça fait un petit moment déjà que Bertrand et moi nous connaissons sur le bout des doigts et que nous n’avons plus grand-chose à nous prouver l’un à l’autre, aux autres musiciens et encore plus aux gens qui nous écoutent. Aujourd’hui, nous essayons de faire quelque chose de chouette et pas forcément démonstratif. Je pense que les moments où il y a le plus de choses démonstratives ne sont pas les moments où c’est le plus mis en avant. Sur « Face Down », ce couplet basse/batterie avec la voix parlée de Martin, c’est quelque chose que nous n’avions effectivement jamais fait. Nous avons beaucoup bloqué sur Karnivool, sur Black Peaks, sur des groupes comme ça, et sans aller jusqu’à dire : « Tiens, on va faire un morceau à la untel », ça t’influence. Nous ne le faisons pas parce que ça ressemble à tel groupe, mais parce que ça semble plus logique de le faire comme ça. Forcément, c’est influencé par la musique autour.

Malgré tout, l’album commence de manière assez classique, avec un morceau un peu « typique » des Stereotypical, avec ce riff très coloré, très punk-rock US, avec de l’énergie, de l’accroche, puis la mélancolie vient plus tard. Etait-ce voulu de commencer par un morceau auquel tout le monde peut se raccrocher, pour ensuite emmener l’auditeur ailleurs ?

Non, pas du tout. Quand tu composes, il y a forcément des choses que tu gardes et d’autres que tu jettes. Là, sur les cinq morceaux que nous avions décidé de garder, il y avait « Testify » dedans. Quand nous avons commencé à travailler avec Fred Duquesne, qui nous a enregistrés et a mixé cet EP, il a trouvé que c’était le morceau le plus efficace pour commencer et à mettre en avant, c’est pour ça qu’il est sorti avant l’EP. Mais encore une fois, c’est peut-être décevant de l’entendre, mais ce n’est pas voulu, ce n’est pas quelque chose que nous avons cherché. Finalement, nous pouvons écrire un morceau de punk mélodique parce que nous l’avons déjà fait, parce que nous savons le faire et que ça nous plaît de le faire également. Encore une fois, ce « Testify » est rentre-dedans et simple avec l’énergie qu’il a au début, puis il évolue avec ce passage basse/batterie, avec ce texte parlé, avec plein de trucs qui sont arrivés et qui nous plaisent à faire.

Célestopol est donc un recueil de nouvelles d’Emmanuel Chastellière sur une cité lunaire de l’Empire russe. Vous ne vous êtes pas inspirés d’un bouquin qui a une histoire bien définie, mais d’un recueil de nouvelles. J’imagine que ce qui vous a inspirés, ce n’est pas forcément l’histoire, mais plutôt l’atmosphère qui était dépeinte dans ces différentes petites histoires ?

Oui, complètement. C’est même plus qu’inspiré d’un recueil de nouvelles, c’est inspiré d’une nouvelle dans le recueil, avec le personnage qui s’appelle Nikolaï. Il y a deux choses super importantes dans cette histoire avec Célestopol, c’est que nous écrivons plus ou moins tous des textes, avec une prédominance pour Martin le chanteur et Bertrand le bassiste. Il y a également Ditty, notre tour manager, qui met la main à la pâte pour travailler. Mais ce texte-là a été écrit par Bertrand, c’est lui qui a amené le riff principal et les paroles. C’est lui qui a été touché par ce recueil-là, il a du coup été très prosélyte et nous nous sommes tous mis à lire le bouquin, forcément, puisque ça nous intéressait. C’est peut-être une des premières fois, en vingt ans d’existence, que le texte a inspiré la musique, au lieu que ce soit la musique qui inspire le texte. L’autre morceau où ça s’était passé un peu comme ça au niveau de la composition, c’était « Live And Learn », sur l’album Every Cloud Has A Silver Lining, donc il y a très peu de morceaux qui ont été composés de cette manière-là, où le texte arrive avant le morceau.

« Les mecs ne se disent pas : ‘J’ai écouté un album des Stereo, j’ai pris une tarte !’ Par contre, il y a des mecs qui ont dit : ‘Je suis allé voir les Stereo, j’ai pris une tarte !' »

En termes d’écriture, comment qu’est-ce que ça change pour vous quand vous passez d’une thématique d’un bouquin à l’écriture d’un morceau ?

Disons que tu es plus à l’écoute de ce qui est proposé. Quand tu prends l’exemple de « Testify », qui a donc été amené par un riff de Mehdi qui est celui du refrain, nous sommes partis du refrain et nous avons étendu les idées pour arriver à faire un couplet, une intro, un pont, etc., tu as les idées qui te viennent et tu te dis : « Ah, je ferais bien ça et ça ! » Ici, quand tu pars de quelque chose qui est plus qu’embryonnaire, qui est déjà avancé, quand tu proposes quelque chose, tu essayes vraiment de faire en sorte que ça colle à l’idée de base du morceau qui a été amené par Bertrand. S’il l’avait fallu, nous aurions pu le décomposer et le déstructurer pour refaire quelque chose. Il y a plein de morceaux qui sont partis d’idées et que nous avons étirés, recoupés, déchirés et qui ne ressemblent plus du tout à l’idée de base. Par exemple, sur l’album Every Cloud, « The Best That I Can » était une ballade à la base et nous en avons fait un morceau quasi punk, parce qu’il n’y avait pas de desiderata de Martin qui l’avait amené pour que ça reste une ballade. Ici, il y avait un truc, une ambiance qui avait été apportée et que nous avons gardée. Du coup, ça donne une couleur, un univers à quasiment tout l’EP. Et encore une fois, ce n’est pas quelque chose que nous avons décidé ! Je me répète ! [Rires]

Peux-tu nous en dire plus sur vos préparatifs pour défendre l’EP sur scène, sachant que nous sommes en 2020 avec une pandémie mondiale et que nous ne savons pas du tout où est-ce que l’on va ? Je sais qu’il y avait des projets de release party, que vous avez déjà plus ou moins travaillé pour commencer à caler des dates, mais comment ça se cale malgré les choses qui changent toutes les deux semaines dans notre pays, en Europe et dans le monde ?

Un concert, c’est quoi ? C’est une légende urbaine, ça n’a jamais existé ? Non, j’ai peur de comment ça va tourner. Nous avons reprogrammé au 15 mai la release party en étant optimistes. On évoque des vaccins, je pense que si demain – un « demain » hypothétique, dans un mois, deux mois, trois mois – il y a un vaccin, certains seront vaccinés, d’autres non, je ne juge pas, je m’en fous mais en tout cas, ça va permettre de débrider les choses et de peut-être revenir à une vie plus normale, même si je pense que tout a changé à jamais. Nous sommes encore en relation avec Opus Live, notre tourneur, qui bosse sur des dates, avec qui nous avons évoqué des festivals d’été. S’il y a des festivals qui sont maintenus, il y a des chances que nous nous retrouvions dans des festivals, des noms bien connus. Je croise les doigts. Je n’en dirai pas plus tant que ce n’est pas officiel. En tout cas, nous avons toujours vécu et fait de la musique par la scène. Il y a beaucoup de groupes qui font des disques et qui disent : « Bon, maintenant, comment on va faire pour que ça sonne sur scène ? » Nous, nous écrivons pour la scène et nous nous demandons comment nous allons faire pour que ça sonne sur le disque. Nous sommes plutôt dans la démarche inverse ! Nous n’enregistrons pas en live, mais nous le pourrions. L’EP Warm Session a été enregistré en live, et c’est un exercice que nous avons apprécié faire parce que c’est là que se trouve notre énergie. Après, le studio a ce côté où tu peux peaufiner les choses, ce qui rend le truc encore plus sexy. C’est un exercice que nous aimons aussi, mais c’est vrai qu’avant tout, Stereo est un groupe de live. Les mecs ne se disent pas : « J’ai écouté un album des Stereo, j’ai pris une tarte ! » Par contre, il y a des mecs qui ont dit : « Je suis allé voir les Stereo, j’ai pris une tarte ! » Effectivement, si nous ne pouvons pas le défendre sur scène, nous allons être énormément frustrés.

Est-ce que la situation vous a poussés à une forme de remise en question par rapport à ce côté « groupe de scène » ?

Tu le vois bien, nous ne sommes pas hyper prolifiques. Nous avons vingt ans d’existence et six ou sept disques à notre actif. Nous ne sommes pas des mecs qui font un disque par an et une tournée par an. A titre d’exemple, en 2019, il n’y avait pas de pandémie et nous avons joué trois fois ! Donc ce n’est pas grave ! [Rires] Là, ça commence à être long. La perspective de ne pas pouvoir mettre en place des choses, c’est chiant. C’est le syndrome du frigo vide : moins tu as de bouffe dans le frigo, plus tu as envie de manger. Là, nous sommes sur ce principe-là. On n’a pas le droit de faire des concerts, putain, j’en ai super envie !

Concrètement, en ce moment, que faites-vous ? Je sais que vous répétez au Warm Audio, mais celui-ci est fermé… Donc que faites-vous pour le groupe ?

Réponse : rien ! [Rires] Nous nous occupons de répondre à de sympathiques journalistes comme toi, nous nous occupons de faire un peu la promo de ce disque, nous sommes sur le qui-vive pour voir ce que nous pouvons caler… Nous avons enregistré début 2020, nous sortons l’EP fin 2020. Normalement, dans la logique des choses, nous aurions dû faire la tournée qui va avec. Maintenant, la période de déconfinement, même si elle n’a pas été très longue, nous a permis d’écrire deux ou trois morceaux. Donc si toutefois ça devait se prolonger sur l’année 2021 et qu’il n’y a pas de concert, nous trouverons un moyen pour aller enregistrer. Aussi, pour lutter contre la frustration, certains d’entre nous ont plusieurs projets pour pouvoir continuer à avoir des sources d’inspiration et des choses qui avancent.

« C’était la première fois que je m’asseyais derrière une batterie. Je me suis assis, j’ai regardé tout le monde et j’ai fait : ‘Elle est à l’envers ?’ Ils ont ri, d’abord, en disant : ‘Haha, mais non, il dit des conneries !’ Et quelques années plus tard, mon frère m’a dit : ‘Ah, mais en fait, tu es gaucher, c’est pour ça !' »

A propos de Warm Audio, vous y avez fait vos vingt ans l’an dernier. Il y avait une ambiance assez chouette. Que représentait ce concert pour vous ? L’avez-vous vécu différemment des autres concerts ?

Oui, énormément. Si tu veux, il y a eu ce truc de se dire : « Allez, on fait une fête, on organise un concert ! » En plus, comme nous n’avions pas beaucoup joué, nous avions envie de jouer et c’était une raison assez valable pour faire un gros concert. En fait, pour la préparation, tu as la tête dans le guidon, en plus c’est nous qui l’avons gérée, chose que nous ne faisions quasiment pas jusqu’à présent. Nous avons géré toute la partie billetterie, nous avons géré l’organisation avec le Warm, nous avons géré la première partie… Ce n’était pas forcément évident. Et quand nous sommes montés sur scène, il y a deux choses qui nous ont frappés. Déjà, tu avais toutes les générations qui écoutent les Stereo qui étaient présentes, c’est-à-dire qu’il y avait les gosses de nos fans qui nous écoutaient quand ils avaient quinze ans, des mecs d’une trentaine d’années, des quadra, des quinqua, nos parents… Tu avais vraiment plusieurs générations qui se croisaient. Et il y avait une ambiance hyper particulière, hyper joyeuse. Il y avait un côté « premier concert ». Nous étions super émus. Il y a eu deux, trois moments où il y a eu des regards sur scène où nous avions soit la banane, soit les larmes aux yeux… Nous avons fait venir notre ancien batteur, nous avons fait venir les Oakman pour jouer avec nous, nous avons fait venir les mecs de Nonsense, de Young Cardinals, de Vesperine… Il y avait pas mal d’invités. Il y avait tous les mecs qui répètent au Warm Audio, mais aussi des proches. Nous avons pu mettre aussi des moments acoustiques… Bref, nous nous sommes fait plaisir. Je pense que les gens ont été super contents de pouvoir avoir un peu tout le panel des morceaux sur les vingt ans, parce que d’habitude, quand nous jouons, nous jouons essentiellement les dernières nouveautés et quelques titres un peu connus des gens qui nous connaissent, mais là, nous sommes partis d’il y a vingt ans jusqu’à maintenant. Il y avait une saveur particulière sur ce concert.

Tu es un batteur gaucher. Tu vis donc dans un monde d’injustice permanente, car pour les gens qui ne connaissent pas forcément la batterie, être batteur gaucher demande une logistique particulière : quand tu prends des cours, ton prof n’a pas forcément le temps de changer toute la batterie pour la mettre en gaucher ; quand tu joues sur des multi-plateaux, tu ne vas pas toujours avoir le temps de démonter une batterie pour la mettre en gaucher… Comment as-tu vécu cela ?

[Rires] Extrêmement mal, depuis ma plus tendre enfance ! La première fois où je me suis installé derrière une batterie – puisque je me suis mis à la batterie parce que j’ai un frangin plus âgé qui faisait de la musique. J’allais le voir en répète, je regardais le batteur et je me disais : « Ah, je veux jouer de la batterie ! » Jusqu’au moment où le batteur de mon frère m’a dit : « Allez, vas-y, mets-toi derrière, tape un peu ! » C’était la première fois que je m’asseyais derrière une batterie. Je me suis assis, j’ai regardé tout le monde et j’ai fait : « Elle est à l’envers ? » Ils ont ri, d’abord, en disant : « Haha, mais non, il dit des conneries ! » Et quelques années plus tard, mon frère m’a dit : « Ah, mais en fait, tu es gaucher, c’est pour ça ! » Et j’écris de la main droite, donc c’est pour ça que ça a surpris tout le monde. Deuxième frustration : j’ai été pas mal d’années intermittent du spectacle dans le milieu de la reprise, ce qui amène des moments où tu vas taper le bœuf quand tu vas voir des potes. Donc je me suis tapé des soirées bœuf à jouer en décroisé, en mettant le pied gauche à droite de la caisse claire, tout tordu, pour pouvoir jouer avec les potes… Et après, j’ai vu le côté positif. C’est-à-dire que les multi-plateaux, comme tu l’as évoqué, c’était l’excuse pour dire : « Non, je ne joue pas sur ta batterie. Je joue avec la mienne » parce qu’entre complètement changer une batterie et mettre une batterie en gaucher, c’est plus rapide de complètement changer une batterie. Et ç’a aussi été l’occasion de dire : « Non, ne joue pas sur la mienne, tu vas jouer sur la tienne, car c’est plus rapide de changer une batterie. » Bref, j’y ai trouvé du positif, et j’ai quand même encore des gens qui me disent : « Putain, tu joues en gaucher ! Comment tu fais ? » Pose la question à un guitariste gaucher qui joue avec une guitare gaucher, comment il fait, lui ? [Rires]

Tu as dû, à certains moments, te forcer à jouer en droitier ?

Il y a une histoire charmante à te raconter par rapport aux Stereo. Au moment où je suis entré dans les Stereo, je remplaçais, en intérim officiellement, l’ancien batteur, surnommé l’Ancien, d’ailleurs, Olivier. Et pendant un an, j’ai joué avec eux, avec la perspective que je ne serais pas leur batteur définitif. J’avais un autre groupe à côté et je ne voulais absolument pas jouer de la même manière. Donc j’avais monté une batterie droitier avec un charley à câble, une double pédale droitier et je jouais positionné exactement comme le batteur de Faith No More. C’est une batterie droitier, mais au-dessus du charley, tu mets une ride, et tu fais tout en décroisé. Je me faisais ce kiff-là, à à tel point que nous avons fait une soirée où j’ai fait les deux concerts – avec Stereo et avec l’autre groupe qui s’appelait Mind The Step – où j’ai joué une fois avec la batterie en droitier et une fois avec la batterie en gaucher… Bref, je me suis fait chier volontairement, tout ça pour apprendre qu’au final, je quittais Mind The Step et restais avec les Stereo, et ça fait vingt ans que ça dure !

Interview réalisée par téléphone les 24 novembre 2020 par Philippe Sliwa.
Retranscription : Robin Collas.

Facebook officiel de Stereotypical Working Class : www.facebook.com/stereotypicalworkingclass

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