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Heavy Metal Food    Interview   

Steve Hogarth (Marillion) : l’immense privilège d’être vivant


La musique, tout comme la nourriture, est synonyme d’émotions et de partage. Inviter Steve Hogarth pour lancer cette nouvelle saison en votre compagnie, est un choix qui peut sembler quelque peu en décalage avec notre musique metal. Mais ce frontman charismatique qui dégage tant d’émotions sur scène est assez ouvert pour se livrer à une cérémonie sacrificielle du muffin. Alors je vous invite à découvrir ses propos pour cette première entrevue de la saison.

Avec lui, nous parlerons, comme avec d’autres avant lui, autour de quelques mets, de ses plus grandes émotions culinaires, de la place de la nourriture dans sa vie et surtout de l’immense privilège d’être vivant.


« Je n’y connais foutre rien en cuisine ! (rires) »

Regarder la vidéo sur Vimeo.

Gilles Lartigot : Parlons de cuisine, si tu veux bien. Fais-moi confiance.

Steve Hogarth (chant) : Eh bien, okay ! (rires) [Il boit.] Humm, c’est bon !

Ça te donne de l’énergie.

Combien dois-je en boire ?

La quantité que tu veux. On peut parler de nourriture maintenant ?

On peut, bien sûr. Eh bien, ce n’est pas une obsession, pour être honnête. J’aime la bonne nourriture et je fais assez attention à ce que je mange. Je n’aime pas la malbouffe. De temps en temps, je mets un peu d’argent de côté et je m’offre un restaurant étoilé.

Tu aimes les bons restaurants ?

Oui, bien sûr. Il y a un restaurant dans l’ Oxfordshire appelé Le Manoir des Quatre Saisons, qui est dirigé par un chef français, Monsieur Blanc. J’y suis allé plusieurs fois : c’est très cher mais incroyable. Tout autour du restaurant, le chef laisse pousser plein de choses, il y a une petite ferme : c’est magnifique. Je sais que la qualité d’une bonne cuisine vient avant tout des ingrédients.

Le chef possède sa propre ferme ?

Oui. C’est un vrai passionné.

Comment gères-tu en tournée tout ce qui est nourriture, les périodes de repos et aussi les tentations ?

En tournée, je mange seulement une fois par jour, et ce généralement à midi. Je prends un repas et c’est terminé pour la journée. Si nous nous trouvons près de la mer, j’essaie de manger ce qui vient d’être pêché – j’adore le poisson. Par exemple, à Boston, je mange au Lobster Pool parce que la nourriture y est incroyable. Hier, à Québec, j’ai été chanceux car on m’a emmené dans un restaurant près du fleuve où j’ai mangé des produits de la mer très frais. Aujourd’hui, je n’ai pas encore mangé : j’ai seulement bu une tasse de café.

Je t’ai amené des muffins très spéciaux…

Oh, OK ! (rires) A vrai dire, j’ai menti, car j’ai mangé un truc au jambon et au fromage en arrivant.

Je vois du miel bio près de toi.

Oui, ils laissent généralement du miel ou du citron pour ma voix, mais je n’en prends jamais. Mais comme beaucoup de chanteurs en demandent, ils en mettent dans les loges. Pour être honnête, ça ne fait aucune différence.

Es-tu plus thé ou café ?

Les deux. Je bois du café le matin au réveil et c’est tout. Le thé, je le prends l’après-midi. Mais je bois beaucoup de bières aussi ! (rires)

Vraiment ?

Eh bien, pas trop non plus, car sinon, j’aurais un énorme ventre ! Je bois plus que je ne devrais, sans doute, mais je suis quelqu’un qui est toujours stressé : c’est le lot des gens créatifs.

« Nous ne possédons pas le passé car il n’existe pas, ainsi que le futur qui n’est pas encore arrivé ou qui n’arrivera jamais. Tout ce que nous possédons c’est ce ‘Ici et Maintenant’. […] Si nous pouvons considérer la vie comme une succession de moments présents, nous devenons libres. »

J’aime les livres : je suis en train d’écrire un livre pour les jeunes sur les dangers de la nourriture actuelle. J’ai lu dans une interview que tu avais aimé le livre d’Eckhart Tolle, « The Power Of Now » : peux-tu nous en dire plus ?

Oui. Ce livre a été important pour moi. Tous ces livres de philosophie t’enseignent ce que tu sais déjà d’une certaine manière, mais tu dois cependant apprendre. Ils te montrent ce qui est évident et il nous faut parfois nous le rappeler. Par exemple, quand nous sommes allongés le soir dans notre lit, les yeux fermés, et que nous prenons le temps de réfléchir un instant, nous pouvons alors sentir cette vie en nous, et le fait d’être vivant. Si tu prends le temps de te rappeler l’immense privilège et bénédiction de ce que veux dire « être vivant », tu peux alors oublier beaucoup de choses qui te posent problème et prendre conscience combien le fait d’être vivant est magique et incroyable. Le titre du livre nous rappelle que tout ce que nous avons est ce « maintenant » : nous ne possédons pas le passé car il n’existe pas, ainsi que le futur qui n’est pas encore arrivé ou qui n’arrivera jamais. Tout ce que nous possédons c’est ce « Ici et Maintenant ». Si les gens se disent : « Ai-je un problème ici et maintenant ? », la réponse à cette question est toujours « Non ». Ainsi, si nous pouvons considérer la vie comme une succession de moments présents, nous devenons libres.

Crois-tu dans les signes que la vie peut nous envoyer de temps à autres ?

Eh bien, beaucoup de choses m’arrivent, presque quotidiennement mais je ne sais si je dois y croire ou pas ! Je suppose que je devrais y croire car cela arrive tous les jours, même si je ne le comprends pas. Un exemple : le code wifi que j’ai vu sur le mur là-bas, c’est 514. A l’envers, cela donne la date de mon anniversaire : le 14/5! Tu vois, il y a toujours quelque chose.

Cuisines-tu à la maison ?

Non, et je suis un cas désespéré ! Ma copine est un vrai cordon-bleu, elle prépare donc les repas. Je sais faire une omelette ! (rires) Cela fait 5 ans que je lui promets de lui faire un curry et je ne l’ai toujours pas fait ! Mais c’est toujours d’actualité. Je fais des cocktails mais je suppose que cela ne répond pas à la question ! (rires)

Quel est ton plat préféré ?

Eh bien, comme je te l’ai dit, j’adore les produits de la mer. Mais cela dépend aussi de l’endroit où je me trouve sur la planète. J’aime le saumon frais et, s’il est bien préparé, j’adore le foie de veau. Je ne suis pas très dessert, cependant j’adore cette tarte au citron que vous avez en France.

Te rappelles-tu ta première émotion culinaire ?

La première fut probablement le vinaigre sur des frites. Ma mère travaillait beaucoup, alors ma grand-mère venait tous les jours à la maison et nous faisait des œufs avec des frites. Tous les jours, nous mangions des œufs et des frites. En dessert, nous avions du pudding au riz. C’étaient les seuls plats qu’elle savait cuisiner. Le meilleur moment, c’était le vinaigre sur les frites : cela a donc été ma première émotion culinaire. La deuxième fut probablement celle d’en avoir assez de ces œufs et de ces frites ! (rires) Plus sérieusement, je déteste être pris pour un Anglais qui n’a aucune éducation, mais ma première émotion culinaire fut certainement un fish and chips au bord de la mer.

Voilà un truc pour toi : des « muffins for legends » !

Des « muffins for legends » ? (rires) Génial ! C’est très gentil.

Il y en a six…

Cuisiner pour quelqu’un est une manière de lui dire « Je t’aime », non ? C’est pour cela que je regrette de ne pas savoir cuisiner : tu peux vraiment montrer ce que tu ressens à l’autre.  

Je pense qu’il est important de cuisiner : il y a trop de nourriture industrielle, de restauration rapide. On a perdu le lien entre nous et les produits de la nature.

J’ai vécu à la campagne et certains de mes amis sont agriculteurs. Je suis plus conscient du problème que tu évoques que lorsque j’étais jeune. Là où je vivais, tu pouvais acheter directement tes œufs à la ferme et non dans une boutique ou un supermarché.

Le problème aujourd’hui, c’est que les animaux que l’on utilise dans l’industrie agro-alimentaire sont stressés et donc lorsque nous les mangeons, nous mangeons aussi leur stress également. C’est la raison pourquoi je privilégie les légumes verts.

« Manger son stress ». C’est un point de vue intéressant. [Gilles sort son couteau pour couper le muffin] Qu’est-ce que tu vas faire ? (rires) Tu vas l’attaquer au couteau : c’est la cérémonie sacrificielle du muffin ! (rires) Nous devons d’abord donner cette part aux dieux… Et cette part est pour moi. Y a-t-il des noix dedans ?

J’ai utilisé de la farine complète, des canneberges sèches et des graines de tournesols.

C’est très bon.

Il n’y a aucun produit d’origine animale, comme du lait ou des œufs. Je les ai remplacés par une purée de pommes et du lait d’amande, faits maison.

Je peux goûter ton lait d’amande ? Oh, c’est divin ! Je n’ai jamais goûté un truc comme ça !

Interview réalisée le 19 juin 2012, à Montréal, Québec.
Retranscription et traduction : Jean Martinez – Traduction(s) Net

Site officiel de Marillion : www.marillion.com
Site officiel de Steve Hogarth : www.stevehogarth.com

Album : Sounds That Can’t Be Made, sorti le 14 septembre 2012 via earMusic



Laisser un commentaire

  • Pour Gilles > si tu as bien aimé le livre d’Eckhart Tollé, je te conseille de lire « Bonheur de la méditation » de Yongey Mingyour Rinpotché. C’est mon livre de chevet ultime, et le titre rend pas trop hommage au contenu 😉

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    C’est noté. Merci pour cette information Ivan. C’est apprécié.

  • Une interview rafraichissante. J’adore Steve Hogarth !!! 😀
    Merci RM pour ce moment très sympa et très plaisant.

    [Reply]

  • Une lettre manque au mot avec, si je ne m’abuse…
    Sauf si vous avez voulu écrire « ave lui! », auquel cas ma remarque est nulle et non avérée

    [Reply]

    MegaRalf

    « nulle et non avenue », si je ne m’abuse ! =)

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