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Interview   

Steve ‘N’ Seagulls cultive la différence


Steve 'N' Seagulls

Avec internet, l’effet de buzz vient souvent avec la curiosité, et dans cet optique, on a vu nombre de musiciens se faire un nom rien qu’en proposant des reprises originales et décalées. On connait les Rob Scallon et autre Anthony Vincent, mais aussi des groupes comme nos Pastors Of Muppets et Dancefloor Disaster nationaux, et puis Steve ‘N’ Seagulls qui aujourd’hui parvient même à tourner en tête d’affiche. S’appropriant les standards du hard rock et du metal au sens large à la sauce bluegrass pour cul-terreux, à grands coups de banjo, accordéon, mandoline et contrebasse, ils ont aussi séduit par leur sens de l’humour. Mais ne pas croire que l’oeuvre des finlandais n’est que légèreté, derrière les salopettes et mines farfelues, se cache en réalité beaucoup de travail.

Imaginez-vous reprendre un « Wishmaster » au banjo ou un « Aces High » à la contrebasse ! Le travail d’arrangement est énorme, sans même parler de la performance technique du musicien qui doit transposer une partie à l’origine jouée avec un instrument électrique, peut-être même avec quelques effets, sur un instrument folk tout ce qu’il y a de plus brut et acoustique. C’est donc pour parler de tout ceci, et de leur nouvel album Brothers In Farms, que nous nous sommes entretenus avec le bassiste Pukki et le chanteur Remmel.

Steve 'N' Seagulls

« Les mecs dans le metal sont généralement des musiciens vraiment talentueux, le jeu de guitare comprend beaucoup de travail avec les doigts, donc ensuite tu essaies de suivre et tu es au bord de la crise de nerfs [petits rires]. »

Radio Metal : Tout d’abord, pouvez-vous nous parler un peu de vos parcours musicaux ?

Pukki (basse, contrebasse, chant) : J’avais une guitare et un piano quand j’étais enfant. Après ça, j’ai pris une basse électrique au début de mon adolescence et puis je suis passé à la contrebasse. Ensuite je jouais juste dans des groupes, j’étudiais la musique à côté des concerts que je donnais, en gros je vis de la musique depuis douze ans maintenant.

Remmel (chant, guitare, mandoline) : J’ai commencé avec la guitare électrique de mon père et ses vinyles [petits rires], et puis j’ai commencé à jouer dans des groupes, je pense que le premier était lorsque j’avais treize ans. Ensuite il y a eu différents groupes et un petit peu d’études musicales, pas tellement, rien dans de vraies écoles de musiques. Ensuite j’ai vécu à moitié [de la musique] durant les quinze dernières années et je suis à plein temps un musicien depuis les trois dernières années et demi.

Vous avez révélé que vous n’aviez aucun background bluegrass, malgré le fait qu’il y ait une petite scène bluegrass en Finlande. Du coup, comment en êtes-vous arrivé à monter ce projet ?

Au départ, je n’étais pas dans le line-up original, mais ça fait depuis 2010 qu’ils ont ce line-up.

Pukki : Ouais, c’était sous un autre nom mais nous avions un autre chanteur avant et c’était plus des reprises de chansons grand public. Ce n’était qu’un projet parallèle à l’origine, un groupe conceptuel peut-être destiné à faire des tournées de vingt concerts dans des restaurants en Finlande. Ce n’était qu’un projet à part mais nous ne voulions pas en rester là. Et lorsque qu’il est monté à bord…

Remmel : Ca fait maintenant dix ans.

Pukki : Ouais, et ça a un peu changé toute l’approche avec ce que nous faisions. Je veux dire que c’est devenu maintenant plus un truc acoustique, folk et bluegrass. C’était vers ce moment-là que notre banjoïste a échangé sa guitare pour un vrai banjo et pas une guitare banjo qu’il utilisait avant.

Remmel : Même si nous n’avions pas tellement un background country ou bluegrass, je pense que c’est un style de musique avec lequel nous étions familiers en tant qu’auditeurs. Et une fois que tu as le groupe, tu commences à te dire « ok, peut-être qu’une mandoline… » l’accordéon est un instrument magnifique dans n’importe quel groupe, donc ça se passait d’explication [petits rires]. Mais c’est encore en train de se mettre en place chaque jour et il se peut que nous ajoutions d’autres instruments. C’est plus un mélange de musique folk finlandaise, de country, de bluegrass, de musique dance finlandaise, de metal, de rock, de pop… C’est un monstre qui n’arrête pas de grandir [rires].

Avez-vous dû apprendre comment jouer du bluegrass et des instruments comme le banjo ou la mandoline pour ce projet ?

Pukki : Il a dû apprendre le balalaika…

Remmel : Et la mandoline ! Je pense que la plupart d’entre nous avons dû apprendre plein de nouveaux instruments. Notre batteur Puikkonen a probablement pris une autre configuration de batterie, peut-être plus percussive, pour une approche de jeu plus percussive.

Pukki : Ouais, il a ajouté plein de trucs à sa batterie et a tout changé parce qu’il ne peut pas toujours utiliser un vrai set de batterie. Et moi-même j’apprends constamment de nouvelles choses sur la contrebasse ! Ca offre plein de liberté d’essayer différentes choses. Avec un projet comme celui-ci, nous essayons d’aller chercher de nouvelles influences de partout.

Est-ce que ça a été un challenge de jouer ces instruments, surtout en concert ?

Oh ouais ! C’est beaucoup de travail ! Beaucoup d’efforts ! Un grand merci, en fait, revient à notre ingénieur du son qui est tout le temps avec nous. C’est le sixième membre du groupe. Il travaille beaucoup sur le son en live. Car avec tous les instruments acoustiques, tu as tous ces problèmes de larsens et ce genre de choses.

Quels sont vos critères pour choisir les chansons à reprendre ?

Remmel : Nous choisissons les chansons qui nous semblent naturelles ; si ça parait naturel et donne le sentiment d’être la bonne chose. Et bien sûr, dans tous les cas, c’est une chanson que nous connaissons déjà de notre jeunesse ou d’aujourd’hui.

Pukki : La plupart des trucs que nous faisons sont des choses que nous avions l’habitude d’écouter ou ou que nous écoutons aujourd’hui. Je ne sais pas, c’est un peu comme martyriser nos idoles d’enfance, en un sens [petits rires].

Remmel : Et la chanson devrait avoir quelque chose dans son essence, un bon riff, une bonne mélodie, une bonne ligne de chant, un bon refrain, quelque chose qui permet de commencer à travailler dessus.

Steve 'N' Seagulls - Brothers In Farms

« C’est un grand challenge parce que tu n’as jamais de distorsion ou d’écho, de réverbération, quoi que ce soit de ce genre pour t’aider, contrairement à certains guitaristes qui, par exemple, utilisent beaucoup d’effets. Si tu leur donnes une guitare acoustique, ils sonnent comme de la merde. »

Comment procédez-vous pour réarranger les chansons ?

Pukki : Principalement en jouant. Je veux dire qu’habituellement, quelqu’un a une idée, il se peut que ce soit une vague idée de chanson et d’approche pour commencer à l’arranger, mais autrement, c’est juste en jouant, en gros. Nous devons nous retrouver et essayer différentes choses pour arranger les chansons, essayer différents angles, différentes approches. Il y a un paquet de chansons qui ont peut-être nécessité quelques répétitions pour qu’elles soient comme il faut. Le processus est assez intuitif. Nous essayons de ne pas trop analyser, nous faisons juste à l’oreille.

Remmel : Je pense que ça implique de beaucoup jouer. Tout le processus pour faire en sorte qu’une chanson soit prête à être enregistrée, c’est surtout du jeu. Tout est une question de feeling. A la ligne d’arrivée, le rythme ou peu importe peut changer pour quelque chose sorti de l’esprit de quelqu’un. Généralement Hiltunen, notre accordéoniste trouve les trucs les plus dingues [petits rires].

Pukki : Ouais, les mélodies les plus folles ! Je veux dire qu’il sort des trucs vraiment déglingués avec sa mandoline ou son accordéon, généralement l’accordéon [rires].

Vous avez aussi repris des chansons de pop, comme Lady Gaga ou A-Ha. Comment compareriez-vous le fait de reprendre une chanson de pop et une chanson de hard rock ou heavy metal ?

Le processus de base de l’arrangement des chansons est exactement le même, ça ne change pas, mais… C’est dur à dire parce que les choses que nous avons faites avant sont un peu plus grand public, donc il est possible qu’elles aient été moins arrangées, en un sens. « Poker Face » de Lady Gaga était la première chose que nous avons faite et Puikkonen, notre batteur, était celui qui a fait le chant sur celle-ci. Nous l’avions faite quelques fois en live et avons décidé d’en faire une démo, c’était juste pour une utilisation promotionnelle ; nous ne l’avons pas sortie ou quoi que ce soit. Ce n’est pas si différent mais nous sommes plus heureux à jouer des chansons de metal.

Remmel : On dirait que ce qui nous éclate le plus dans le fait de jouer des chansons de metal, c’est lorsque tu as quelque chose avec des riffs vraiment durs ou un truc [rapide] et puis tu dois transférer sur ces instruments. Car les mecs dans le metal sont généralement des musiciens vraiment talentueux, le jeu de guitare comprend beaucoup de travail avec les doigts, donc ensuite tu essaies de suivre et tu es au bord de la crise de nerfs [petits rires]. Donc ça fait que ça reste vraiment intéressant.

Avez-vous déjà pensé à travailler sur des reprises de metal extrême ?

Pukki : Oh ouais ! Nous devrions y venir à un moment donné. Possiblement du Cannibal Corpse, ça fonctionnerait bien. Nous devrons simplement essayer et voir comment ça se passe.

Remmel : Le seul petit, pas problème, mais challenge avec ce genre de chansons, c’est qu’en gros, il n’y a pas ou très peu de mélodie vocale. Donc probablement que nous devrons trouver une mélodie ou autre.

Il y a des parties très techniques dans l’album. Etait-ce important de rendre justice, ou même rendre hommage, à la virtuosité qu’on peut entendre dans le metal ?

Pukki : Ça fait un peu partie de tout le truc. Je veux dire que c’est quelque chose que tu trouves dans le bluegrass et la musique folk aussi, dans le sens où… Comme il l’a dit : le travail des doigts ! C’est quelque chose qui existe dans les deux styles, je pense. Donc je suppose que c’est globalement une part importante.

Remmel : Je ne pense pas que nous considérons ça comme le fait de rendre les choses difficiles. C’est vrai ce qu’il a dit, le fait que dans les deux mondes les musiciens sont très talentueux avec leurs instruments. Mais ça rend la chose intéressante et amusante si tu peux repousser les limites de tes capacités et tu dois le répéter en concert, c’est là où la merde apparaît au grand jour [rires]. Par exemple, nous avons fait notre release party officielle en Finlande samedi, c’était la première fois que nous avons joué tout le nouvel album en concert, et après quelques chansons, moi et Hiltunen, nous jouions de la mandoline, nous étions comme [prend une grande respiration] [rires]. Mais ouais, ça implique de beaucoup répéter.

Pukki : C’est un grand challenge parce que tu n’as jamais de distorsion ou d’écho, de réverbération, quoi que ce soit de ce genre pour t’aider, contrairement à certains guitaristes qui, par exemple, utilisent beaucoup d’effets. Si tu leur donnes une guitare acoustique, ils sonnent comme de la merde.

Remmel : En gros, tu es tout nu avec des instruments acoustiques.

Quel est le plus grand challenge que vous ayez rencontré avec ce projet, en reprenant des chansons de hard rock et metal dans un style bluegrass ?

Une chose pourrait être de faire en sorte que les gens ne nous considèrent pas à cent pour cent comme un groupe humoristique, simplement pour… pas prouver mais peut-être montrer que, même si nous aimons que ça reste amusant – il faut que ce soit amusant pour que le public et nous-mêmes apprécions -, nous pouvons rendre le contenu, les chansons en tant que telles et la musique, aussi carrés que possible. Donc ça veut dire beaucoup de travail et de répétition, et aussi beaucoup se casser la tête.

Pukki : Mon vieux professeur d’instrument a dit que dès que ça devient difficile, il faut faire en sorte que ça ait l’air facile, essayer de faire en sorte que ça ait l’air marrant et à la fois, pouvoir jouer tout le truc de façon suffisamment précise pour que ce soit en place. C’est probablement le plus grand défi.

Steve 'N' Seagulls

« [Notre accordéoniste] est un genre de professeur fou, lorsqu’il s’agit de musique. Il peut probablement combiner de la danse latine avec du death metal si ça lui venait à l’esprit ! Il est très créatif… »

Diriez-vous qu’il y a autant de créativité dans ces reprises que lorsqu’on fait des chansons originales ?

Ouais, parfois. Je veux dire que ce n’est pas exactement pareil mais, en un sens, c’est parfois un peu plus difficile parce que tu as besoin de conserver les éléments essentiels des chansons d’origine et à la fois, penser à de nouvelles choses. Comparé à d’autres groupes dans lesquels nous avons joué et qui faisaient des chansons originales, lorsque tu joues des concerts, le public n’a pas vraiment d’attente avec les chansons, contrairement à maintenant où la plupart connaissent les originaux, donc ils savent bien à quoi s’attendre, et tu dois servir cet objectif de conserver le noyau intact mais quand même en en faisant quelque chose de nouveau.

Remmel : Ouais, je pense que c’est un petit peu des choses différentes qui sont touchées, d’une certaine façon, mais bien sûr, il y a un respect énorme pour les compositeurs originaux. Nous ne voulons pas nous moquer d’eux. Donc nous voulons faire ces arrangements et, à la fois, respecter les groupes originaux, mais sans être trop sérieux [petits rires]. C’est un [objectif] assez difficile à atteindre.

D’ailleurs, quelle est la prochaine étape pour Steve ‘N’ Seagulls ? Peut-on s’attendre à voir le groupe faire davantage de chansons originales, comme, dans un autre style, Apocalyptica l’a fait à un moment donné ? Ou bien pensez-vous qu’il y a suffisamment de matière pour continuer à faire des reprises pour encore quelques albums supplémentaires ?

Pukki : Les deux, en fait. Il y a une chanson originale sur le nouvel album et il y en aura probablement plus. Nous travaillons sur des choses en ce moment mais nous avons aussi plein d’idées pour de nouvelles reprises. Donc j’espère qu’il y aura des deux. Possiblement, si nous faisons un prochain album, il y aura deux ou trois chansons originales en plus et puis aussi un paquet de reprises. Il y a tellement de super chansons que nous n’avons pas encore touché [petits rires].

Remmel : Peut-être est-ce une façon de rester honnête avec nous-même et ce qui nous paraît bien, ne pas forcer les choses, ou faire en sorte que ce soit fluide. Tant que ça donne le sentiment d’être bien, je pense que nous devrions peut-être avoir confiance et être honnête, genre : « Ok, ça semble bien, faisons ça. » Ne pas trop réfléchir : « Ok, peut-être que dix personnes aimeront comme ci et douze comme ça. » Nous poursuivons sur la même lancée que jusqu’à présent.

Pukki : Et nous sommes un genre de « démocratie scandinave », dans le sens où, généralement, nous essayons et faisons des arrangements de chansons dont tout le monde est content, je veux dire, tout le groupe. Et si en tant que groupe nous sommes contents avec quelque chose, alors, généralement, une grande partie du public le sera aussi.

La chanson « Born To Be Wild » possède un côté un peu oriental mélangé au bluegrass et “Sad But True” a un côté à la Ennio Morricone dans le refrain. Comment avez-vous eu l’idée d’inclure ces influences ?

Remmel : Je pense que le côté oriental vient de notre accordéoniste [petits rires]. C’est un genre de professeur fou, lorsqu’il s’agit de musique. Il peut probablement combiner de la danse latine avec du death metal si ça lui venait à l’esprit ! Il est très créatif…

Pukki : Surtout avec ces sortes de courtes mélodies qu’il ajoute à certaines parties. En général, comme je l’ai dit, c’est lui qui trouve les idées les plus dingues. Je veux dire que si nous commençons à faire le travail préparatoire, il ne touche pas tellement aux progressions d’accords ou aux rythmes mais il ajoute ses petits trucs fous par-dessus l’ensemble. Ça fonctionne bien. Et le truc avec le côté western spaghetti à la Ennio Morricone, nous avons déjà fait ça auparavant. Nous avions l’habitude d’avoir beaucoup ça à nos débuts. Nous avons fait une version de « Thriller » de Michael Jackson et ça allait plus dans cette direction. C’était marrant de ramener cet élément dans la musique. C’est quelque chose qui nous a manqué pendant un moment.

Remmel : Et peut-être que ce type de musique et de film est toujours assez populaire en Finlande, pour une raison ou une autre, je ne sais pas pourquoi. Bien sûr, Ennio Morricone est connu partout dans le monde, mais je ne sais pas, on dirait que ça semble naturel en Finlande. Car il y a pas mal, par exemple, de groupes de surf rock qui incluent un peu de ce feeling dans leur musique en Finlande. Donc peut-être que ça a un lien avec la sombre mentalité nordique [rires].

Quelles réactions avez-vous récolté de la part des scènes et publics metal mais aussi bluegrass ?

Pukki : Etonnamment bonnes ! Je veux dire que les deux publics ont très bien pris nos trucs. En gros, nous n’avons eu aucun retour négatif. Il n’y a que quelques commentaires ici et là, mais c’est principalement positif. Parce que, tout d’abord, nous étions sûrs en allant jouer dans des festivals metal, par exemple, que ce serait un putain de cauchemar. Nous pensions que nous allions nous faire défoncer à moment donné mais ils l’ont vraiment bien pris.

Remmel : Ouais, nous avons eu beaucoup de chance. C’est une surprise à chaque fois de voir comme les metalleux sont si ouverts d’esprit par rapport à la musique. Ils semblent être des gens qui adorent s’amuser, même s’ils sont vêtus de noir et ont l’air d’être des durs, peu importe, mais ils ont l’air de s’éclater, avec plein de bière, plein de musique et ce sont des gens joyeux, ce qui est vraiment sympa.

Steve 'N' Seagulls

« Nous étions sûrs en allant jouer dans des festivals metal, par exemple, que ce serait un putain de cauchemar. Nous pensions que nous allions nous faire défoncer à moment donné mais ils l’ont vraiment bien pris. »

Avec internet, ces reprises originales deviennent souvent virales. Comment expliquez-vous qu’il y ait un tel intérêt de la part des gens pour ça ?

Pukki : Je ne sais pas. Il se peut que beaucoup de gens qui ont à peu près le même âge que nous écoutaient pas mal les mêmes choses que nous lorsqu’ils grandissaient et que ce type de musique leur manque, ce type de feeling, ce côté live. Et en ce sens, c’est aussi un continuum pour toute la musique folk. De toute façon, c’est grosso-modo de la musique folk. C’est juste que YouTube et les réseaux sociaux offrent une nouvelle plateforme, et ça se répand plus rapidement, je suppose.

Remmel : Et peut-être qu’il y a un élément de surprise, en parcourant les archives infinies de youTube, s’ils trouvent quelque chose qui les surprend… Ça m’arrive parfois lorsque je regarde des vidéos, s’il y a quelque chose de nouveau ou surprenant, je continue à regarder, en essayant de comprendre pourquoi ça m’intéresse.

Est-ce que des groupes vous ont contacté en disant qu’ils aimaient ou même détestaient ce que vous aviez fait avec leur musique ?

Pukki : Très peu. En gros, nous n’avons eu des échos de personne directement. Sauf pour Nightwish. Nous les avons rencontrés plusieurs fois, certains d’entre eux tout du moins, et ils semblent approuver notre version de « Wishmaster ». Mais non, pas vraiment, pas les grandes stars internationales.

Remmel : Nous avons rencontré le batteur de Pantera, Vinnie Paul, lorsque nous tournions. Nous avons joué quelques concerts en Amérique du Sud il y a tout juste une semaine, mais j’avais trop peur de lui dire quoi que ce soit. En gros, c’était : « Hello, je suis Tommy, est-ce que je peux prendre une photo ? » [Rires] car je me souviens dans les années 90, nous n’arrêtions pas d’écouter ses parties de batterie, à essayer de comprendre, genre : « Bordel mais qu’est-ce qu’il se passe là-dedans ? » [Petits rires] Donc lorsque je l’ai vu en coulisse, il était là avec Hellyeah, son récent groupe… Ça aurait été sympa de discuter avec lui mais je n’ai pas eu les couilles de le faire [rires].

Comment parvenez-vous à obtenir les droits pour reprendre ces chansons ?

Pukki : La maison de disque s’en charge. Avant, à nos débuts, nous le faisions nous-même, mais en général ça ne pose pas de problème. Je veux dire que nous ne percevons pas de royalties sur les arrangements ou les compositions ou quoi que ce soit de ce genre, donc je suppose que c’est légitime que les compositeurs et paroliers des chansons originales reçoivent les royalties pour ça et nous avons les crédits pour le morceau. Mais ouais, c’est étonnamment facile.

Le nom du groupe est un jeu de mot avec le nom de l’acteur Américain Steven Seagal. Quelle est votre relation à lui et ses films ?

Son meilleur film, de loin, pour moi est et sera toujours Marked For Death.

Remmel : J’aime beaucoup ses films. Je les ai beaucoup regardés lorsque j’étais jeune, comme plein de films où il y avait du karaté et ce genre de choses [petits rires]. Je ne sais pas grand-chose sur sa musique mais j’aime vraiment les films.

Pukki : Il est très bon en aïkido.

Remmel : Nous ne nous payons pas sa tête, nous l’adorons [petits rires].

Vous avez cette image de fermiers qui, évidemment, colle bien à ce style de musique et est assez marrante. Mais avez-vous une relation à la vie de fermier et à la campagne ?

Pukki : Ouais, trois d’entre nous, moi y compris, avons grandi à la campagne et venons de familles de fermiers, même si nous n’avions pas de bétail ou bien juste quelques cochons et poules, à un moment donné. Autrement, nous sommes assez ruraux, en ce sens. Et les deux autre gars, lui et le batteur Puikkonen, n’ont pas non plus grandi dans de grandes villes.

Remmel : Ouais, j’ai grandi dans une petite ville et du côté de ma mère, ma famille était composée de fermiers pendant environ deux cent ans, donc j’ai passé tous mes étés à leur ferme. Aussi, pour les lieux, la première vidéo, « The Trooper », a été filmée au chalet estival de notre banjoïste et la majorité des autres ont été filmés à la ferme de notre accordéoniste. Donc nous n’avons pas dû inventer des choses ou trouver un styliste, nous portons juste de vieux habits. En général, je prends mes jeans usés.

Nous voyons beaucoup de gens de nos jours dans le metal se prendre la tête sur leurs goûts musicaux et dans des querelles de chapelles. Et vous, en fait, vous reprenez des chansons de tous les styles, heavy metal, thrash, grunge, punk, pop rock, classic rock… Est-ce votre façon de montrer qu’une bonne chanson est une bonne chanson, peu importe quel son et quel arrangement on lui donne ?

Pukki : Il n’y a pas grand-chose que nous pouvons ajouter à ça. C’est exactement ça !

Remmel : Ouais, c’est bien dit ! Au moins pour ma part, la musique, ça reste de la musique. J’aime écouter du tango ou du death metal ou Raised Fist ou de l’opéra…

Pukki : Il y a de bons opéras aussi ! Pas beaucoup mais… [Petits rires]

Remmel : Et parfois les très gros ensembles classiques sonnent comme d’énormes orchestres heavy metal lorsqu’il y a quarante personnes qui jouent très forts. Ça te fait vraiment un gros kiff. La musique reste de la bonne musique !

Pukki : Peu importe le style.

Interview réalisée en face à face le 20 septembre 2016 par Valentin Istria.
Fiche de questions, retranscription et traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Jaakko Manninen.

Site officiel de Steve ‘N’ seagulls : stevenseagulls.com

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