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Chronique   

Steve Vai – Inviolate


Steve Vai n’a plus besoin de « repousser les frontières ». Il cherche davantage la fascination dans sa musique, déterminé à écrire différemment pour éviter la répétition… C’est d’ailleurs à un exercice singulier dans sa carrière qu’il s’attelait au début de la pandémie – un album acoustique chanté – avant de complètement réviser ses plans. Le temps de se remettre d’une opération des tendons de son épaule droite et de voir les restrictions sanitaires s’alléger, Steve Vai a donc décidé de laisser de côté son projet acoustique pour renouer avec des compositions instrumentales ambitieuses : celles qui forment Inviolate. Le titre de l’opus renvoie à l’idée d’une inspiration pure que Steve Vai met un point d’honneur à respecter. Inviolate se veut donc à la fois instinctif et accessible dans une certaine mesure. Pour Steve, la prouesse n’est pas qu’une question d’efforts ou de réflexion.

L’ouverture de l’opus « Teeth Of The Hydra » prouve effectivement la propension de Steve Vai à ne pas se complaire dans le conventionnel. « Instinctif » prend alors le sens de « fuir le tout-venant ». La guitare utilisée pour le morceau est un instrument customisé sur demande de l’artiste, qu’il a surnommé « l’Hydre ». « Teeth Of The Hydra » laisse transparaître des influences latines et orientales, et dessine une fusion entre broderie guitaristique, quelques plans plus heavy et percussions presque rituelles. L’« Hydre » est un instrument monstrueux, extravagant, une guitare à trois têtes qui fait office de sept cordes, douze cordes et même de basse. Le titre fait donc office de présentation de la bête avec la succession de sonorités adéquate. « Zeus In Chains » reprend une direction plus classique : un rock enjoué qui se mue peu à peu en élucubrations de guitares au sustain désormais légendaire. La composition souffre cependant de rythmiques relativement génériques, complètement étouffées par les tirades de guitare absolutistes. Comme si les batteries de Série B étaient une marque de fabrique des guitar-heroes de l’ancien temps. Heureusement, il s’agit là plutôt de l’exception qui confirme la règle : Steve Vai sait que la section rythmique a aussi son rôle à jouer dans l’attrait d’un morceau de musique. La différence est flagrante sur « Candle Power » où Terry Bozzio répond parfaitement au doigté et à la science harmonique de Steve Vai. À ce titre, Inviolate convie pléthore de musiciens à la fête : les bassistes Bryan Beller, Philip Bynoe, Henrik Linder et Billy Sheehan ainsi que le claviériste David Rosenthal et les batteurs Jeremy Colson et Vinnie Colaiuta. « Candle Power » est d’ailleurs l’un des monologues qui font le sel d’Inviolate. Il est l’occasion pour Steve Vai de présenter sa nouvelle technique de guitare intitulée « joint-shifting », plusieurs bends simultanés de cordes dans des directions opposées (on a mal à la main pour lui rien qu’à le voir faire…) pour un rendu assurément original. Un morceau joué sur une guitare typée Stratocaster on ne peut plus basique, en son clair, preuve que tout n’a pas encore été dit sur cet instrument.

Le poncif se vérifie : Steve Vai marque véritablement les esprits lorsqu’il prétend s’éloigner des sentiers battus. « Avalancha » a certes les vertus de l’accessibilité mais n’est qu’une énième exposition d’un heavy instrumental. À l’inverse, les élans langoureux de « Little Pretty », réalisés intégralement avec une Gretsch à corps creux, parfois brisés par des saccades rythmiques ou des plans funky, sont bien davantage éloquents. Le jeu de guitare de Steve Vai se doit d’être protéiforme. « Apollo In Color » vire carrément au jazz-fusion où batteur et bassiste s’en donnent à cœur joie. C’est également une ode à la polyvalence : le guitariste multiplie les arrangements d’instruments acoustiques tels que le sitar ou le cavaquinho et bien d’autres instruments dont il avoue « ne même pas connaître le nom ». Outre l’exotisme, Steve Vai peut retenir l’attention lorsqu’il surjoue les codes bien connus d’un genre éprouvé tel que le blues. « Greenish Blues » est une longue complainte de guitare qui prend soin de ne pas trop baliser ses progressions mélodiques, et ce malgré quelques phrasés pourtant stéréotypés. Steve Vai n’a pas encore rangé sa chemise violette en satin, celle qui laisse le col se mouvoir au gré des bends langoureux.

Inviolate est un album de guitar-hero avant tout : la guitare est évidemment sa principale raison d’être et son intérêt passe par les recherches techniques qu’il développe (on peut aussi citer « Knappsack » joué seulement à la main gauche par la force des choses, puisque Steve Vai ne pouvait faire usage de son bras droit au moment de la création du titre suite à son opération). Ces dernières laisseront inévitablement une partie du public de marbre, tandis que d’autres se délecteront des acrobaties du maestro et de sa patte singulière. Inviolate célèbre la richesse de la guitare sous presque toutes ses formes, physiques et stylistiques, des plus exubérantes aux plus sobres, du jazz au blues en passant par le heavy et les influences plus exotiques. En ça, Inviolate devrait inspirer pléthore de guitaristes aspirants comme confirmés… enfin, ceux qu’il n’aura pas découragés.

Clip vidéo de la chanson « Little Pretty » :

Chanson « Knappsack » :

Chanson « Candle Power » :

Album Inviolate, sortie le 28 janvier 2022 via Mascot Records. Disponible à l’achat ici



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  • J’écoute Steve Vai depuis les années 80 et je ne peux que constater l’immense talent de cet artiste hors-norme : de son arrivée sur scène les yeux bandés,en passant par le »Build me a song » exercice de création en direct avec des spectateurs pris dans le public jusqu’à l’exécution du morceau » Knappsack »d’une seule main, tout est spectaculaire avec Steve, tout concourt à l’émerveillement, à la sensation d’avoir vu quelque chose d’unique ! J’attends donc cet opus avec impatience, c’est Steve Vai,quoi !!!!

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  • pas facile de faire une carrière pure instrumentale dans ce monde de zapping , à l’image d’un certain Satriani , »son ami et guide » d’origine : Steeve Vai a non seulement une technique de guitare électrique irréprochable, mais trouve encore des idées et harmonies après tant d’années, pour le plaisir de ses fans.
    Chapeau l’artiste!

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