ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Metalanalyse   

Steven Wilson à la croisée des chemins


En septembre 2011, pour la sortie de son opus Grace For Drowning, Steven Wilson nous avouait dans un entretien fleuve qu’il « aura fallu vingt ans d’expérimentation et d’exploration avec mes différents groupes et projets solo pour que je me sente enfin prêt à réunir tous les aspects de ma personnalité musicale et pour m’assurer que l’ensemble soit cohérent et complet, plutôt que de proposer un mélange d’idées complètement schizophrène. » Incontestable artiste impliqué dans de nombreux projets, c’est sur son projet solo que l’homme s’est le plus attelé ces dernières années. Le but étant de recentrer grâce à celui-ci un capital créatif profondément intime.

Selon l’artiste, « il ne devrait pas y avoir de règles en musique, c’est l’ennemi de la créativité » mais, semble-t-il, il est tout de même bon d’avoir une ligne directrice, aussi large soit-elle. Celle-ci se doit d’incarner (et de respecter) la cohérence d’un état d’esprit qui, à son tour, se retrouve sacralisé par et à travers la musique. Et c’est cela que Steven Wilson définit par l’expression « personnalité musicale ». Le nouvel album de Steven Wilson, The Raven That Refused To Sing (And Other Stories), tend à la sincérité au même titre que toute œuvre de l’artiste. Cependant est-il l’allégorie d’une philosophie concise, renouvelée et désormais stable ou seulement un album de plus, reflet d’un besoin artistique entretenu par une absence de règle ?

Steven Wilson rappelle que pour lui, « un artiste est quelqu’un qui crée quelque chose pour se faire plaisir ». Cette quête de plaisir passe par une liberté, d’où ce besoin personnel de proscrire toute règle en musique et, par analogie, dans l’art en général. The Raven That Refused To Sing (And Other Stories) est donc un album libre. Sa complexité ferait presque penser à un album de free-jazz ou de jazz-fusion : riche sur le volet musical, libre dans sa structure mais qui pourtant fait preuve d’une grande mise en place et précision (« Luminol », « The Holy Drinker »). Un opus qui creuse encore le fossé avec le metal. Un genre musical qui, selon Steven Wilson, est devenu une musique « trop générique aujourd’hui ». Plus particulièrement, sur l’album ce sont les échos des Pink Floyd (dont Wilson a pourtant nié l’influence par le passé), de Deep Purple, de King Crimson, de Rush (cette basse claquante à la Geddy Lee et ce motif rythmique vers la fin de « Watchmaker » qui fait penser à la fameuse instrumentale « YYZ » des Canadiens) mais aussi d’Opeth (particulièrement marquée sur l’intro de « The Holy Drinker ») qui se font entendre et apportent, conjointement à un état d’esprit ouvert, une réelle intensité à l’œuvre.

Bien que plus libre, Steven Wilson n’en n’est pas pour autant plus extraverti qu’à son habitude. Toutes les composantes qui font la musique de l’homme se retrouvent en cet album qui semble, en 54 minutes, plus concis et digeste que Grace For Drowning (2011) et plus riche et varié que Insurgentes (2008). The Raven That Refused To Sing (And Other Stories) est donc un album synthétique. Il s’agit certainement du résultat d’un travail d’introspection qui, après déjà deux essais, s’affine, se précise et tend, aujourd’hui, à représenter l’artiste dans la diversité qu’on lui connaît via ses différentes formations. Sur ce nouvel opus, les très dynamiques et jazzy « Luminol » et « The Holy Drinker » – avec saxophone, flûte et piano Rhodes qui donne parfois l’impression d’écouter du Herbie Hancock période Head Hunters – assurent la transition avec le précédent opus. « Drive Home » et son aspect plus « pop » n’est pas sans rappeler ce que l’on peut entendre dans Blackfield. « The Pin Drop », titre très rock est, pour sa part, proche de Porcupine Tree. Enfin, on peut même entendre du Storm Corrosion dans « The Watchmaker » ou encore ressentir par instant des touches à la No-Man ici et là. Le disque se termine par le morceau éponyme et sa structure en crescendo, dont l’atmosphère chargée en émotion est comparable à celle de « End Of The World » qui clôturait, elle, le second album de Blackfield. La palette des goûts et couleurs se trouve être large mais cohérente. Une cohérence sans doute facilitée par la fine équipe de musiciens qui interprètent les titres, celle-là même qui a fait ses armes aux côtés de Wilson sur sa dernière tournée (à l’exception du guitariste soliste Guthrie Govan) et est, de ce fait, aujourd’hui capable de totalement comprendre, restituer et même sublimer la vision du chef d’orchestre, offrant d’ailleurs au Tout une allure de véritable groupe. Une cohérence nécessaire puisque pour l’homme, un album est une œuvre à savourer dans son intégralité. Et c’est bel et bien en tant qu’ensemble – avec une fin qui se montre en contraste avec le début, tout en clôturant la boucle en s’appropriant le titre de l’oeuvre – que l’album (l’artiste ?) se révèle le mieux.

The Raven That Refused To Sing (And Other Stories) est l’aboutissement d’une carrière, synthétisant toute (ou presque) la culture musicale d’un individu ainsi que sa philosophie. Une œuvre puisant dans l’inspiration du passé pour ouvrir une nouvelle voie vers l’avenir, et notamment celui de Porcupine Tree. Une oeuvre qui pourrait bien représenter la jonction entre deux époques, dans la mesure où Steven Wilson est profondément indissociable de ses projets. Ses motivations, son état d’esprit, ses expériences, sa patte artistique, etc. s’y retrouvent nécessairement, égoïstement même. « Être un artiste est quelque chose d’égoïste par nécessité, il faut que ça le soit. Il faut créer la musique de façon pure. Si d’autres apprécient, super : s’ils n’apprécient pas, dommage, mais au moins, vous pourrez dire que votre art vient du cœur et de l’âme. » nous disait-il. Toujours est-il que l’avenir dira quelle empreinte laissera ces escapades solos – qui semblent avoir été vécues comme une libération – sur Porcupine Tree, qui doit enregistrer son nouvel album cet automne. Mais il y a fort à parier que, d’une façon ou d’une autre, elle sera importante.

Par une oeuvre telle que The Raven That Refused To Sing (And Other Stories), Steven Wilson donne une définition à la notion d’artiste, celui-là même qui se regarde et se cherche avec curiosité et certitudes à la fois. Un album libre mais cohérent, riche mais synthétique, réfléchi mais empreint d’émotions.

The Raven That Refused To Sing (And Other Stories), sortie le 25 février 2013 via Kscope.



Laisser un commentaire

  • Metonanorak dit :

    Bonjour,

    Si je peux me permettre, de qui tenez-vous le fait que Porcupine Tree enregistrera un album à l’automne ? Je n’arrive pas à recouper cette information, malgré toutes les interviews données par Steven Wilson ces dernières semaines…

    Merci d’avance !

    JM

    [Reply]

  • Bravo en plus vous avez une exclu ! Personne d’autre n’as pour l’instant jeté une oreille sur le nouveau Steven WIlson. La tournée s’annonce monstrueuse !

    [Reply]

    Leböwski

    Bah il y a des extraits dans le live « Get All You Deserve »

    CMA

    Non Lebowski, renseigne toi mieux, il y a juste Luminol sur le live.

    Le reste c’est que du nouveau. Cette album est un monument !

  • Une chronique aussi dense que l’oeuvre de SW. Bravo.

    [Reply]

  • Arrow
    Arrow
    Alice Cooper @ Paris
    Slider
  • 1/3