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Interview   

Steven Wilson : la réussite hors des cases


Savez-vous quelle est la différence entre Ariana Grandé et Miley Cyrus ? Pour Steven Wilson, il n’y en a aucune, artistiquement parlant. L’artiste britannique déplore aujourd’hui la standardisation de l’industrie musicale, qui empêche des artistes (comme lui) ayant développé une personnalité distincte, mais aussi tournés vers l’expérimentation, d’accéder au mainstream et à leur public potentiel. On sent donc toujours cette légère frustration chez Steven Wilson, même si son dernier album To The Bone (avec notamment l’excellente chanson pop « Permanating ») lui a ouvert pas mal de portes.

A l’occasion de la sortie d’un DVD capté en mars au Royal Albert Hall de Londres, le musicien revient pour nous sur les changements survenus depuis la sortie de To The Bone en termes de public, de setlist, d’approche de la scène et de notoriété. En guise de teasing final, il nous parle (un peu) de son prochain album, sur lequel il commence tout juste à plancher.

« Mon objectif d’essayer d’être quelqu’un qui évolue hors des cases, quelqu’un qu’on n’identifie pas comme étant dans un style particulier : je suis en train de l’atteindre. »

Radio Metal : Tu sors Home Invasion: In Concert At The Royal Albert Hall, enregistré durant la tournée To The Bone. To The Bone est déjà une étape importante dans ta carrière en raison de son succès, grâce à l’approche pop sophistiquée que tu as prise. On a vu ton public grandir considérablement à tes concerts. As-tu constaté des changements dans ton public, dans leurs réactions, et est-ce que ça a changé ton propre lien au public durant tes concerts ?

Steven Wilson (chant, guitare, basse, clavier) : Tout d’abord, en dehors du public, une chose que, j’ai vraiment l’impression, To The Bone a changée est le concert en tant que tel, on dirait qu’il y a un meilleur équilibre. Le concert contient plus de joie, car avant ça, c’était toujours un concert rock conceptuel assez sérieux. C’était super, mais ce que j’adore dans mes concerts maintenant, c’est que les musiques plus directes, la sensibilité pop plus proéminente a conféré au show un meilleur équilibre. Il y a donc des moments joyeux et des moments intellectuels. Il y a même des passages où les gens peuvent danser, ou au moins bouger. Ça a rendu le show mieux équilibré et plus agréable pour moi. Et je suppose qu’en termes de public, j’ai remarqué quoi qu’il en soit au fil des dernières années une diversification de ce dernier. Tandis que quand j’étais dans Porcupine Tree, le public était peut-être entièrement masculin, maintenant, je dirais qu’il y a vingt-cinq à trente pour cent de femmes, ce qui est super, et je vois également plus de diversité dans les âges. Il y a donc aujourd’hui les vieux fans et des gens qui viennent en amenant leurs enfants, et des familles entières…

Tout ça me dit que mon objectif d’essayer d’être quelqu’un qui évolue hors des cases, quelqu’un qu’on n’identifie pas comme étant dans un style particulier : je suis en train de l’atteindre. Être quelqu’un qui crée son propre univers musical, qui ne dépend pas du fait d’être associé à une démographie particulière ou un style particulier, c’est très dur. Il faut le gagner, et ça prend des années et un paquet d’albums, et de grosses… pas déceptions, mais il faut se confronter aux attentes de ses vieux fans, ce que j’ai fait avec To The Bone, comme je l’ai fait avec les albums précédents. Et il y a toujours un petit quelque chose à faire passer. Et j’ai le sentiment qu’avec To The Bone, le message est passé et plein de vieux fans qui étaient peut-être sceptiques, ou pas certains, ont maintenant plus ou moins accepté tout le truc avec To The Bone. Donc, la réponse à ta question est oui, le public s’est clairement élargi et le show, je pense, possède désormais un aspect plus joyeux.

Penses-tu qu’avec chaque album tu t’es retrouvé avec un nouveau type d’audience, qui s’ajoutait à la précédente ?

Je le pense, oui. Chacun entre dans ton univers musical par une porte différente. Il y a des gens qui m’ont découvert avec To The Bone, et d’autres avec chacun de mes albums précédents. Il y a donc toujours de nouvelles personnes qui prennent le train en marche, et elles ont trouvé une porte pour le faire. Je ne sais pas ce que c’est, peut-être une chanson ou… Il y a toujours quelque chose qui a offert aux gens une première connexion vers ce que tu fais. Et To The Bone probablement plus que mes autres albums, simplement parce que certaines des chansons ont davantage bénéficié de passages radio, de soutien sur les radios. Ceci m’a donc mis dans le mainstream, juste un tout petit peu, parce que je n’ai pas l’habitude d’en faire partie. Il y avait donc des gens qui n’auraient probablement jamais entendu ma musique et ne seraient jamais entrés dans mon monde musical mais qui, pour la première fois, ont eu l’opportunité d’entendre mon nom et, j’espère, d’explorer tout mon répertoire musical. Je peux reconnaître ces gens quand ils viennent aux concerts, parce qu’ils ne savent pas trop ce qu’il se passe [petits rires], ils ont sans doute entendu seulement une chanson ou deux. Mais, arrivés à la fin, avec un peu de chance, ils comprennent à peu près qu’il s’agit d’un artiste qui fait des albums depuis vingt-cinq ans et que j’ai tout un univers musical. Parce que certaines de ces personnes se tiennent côté à côte avec des gens qui suivent ma musique depuis vingt-cinq ans, les vrais fans purs et durs, et ça doit être étrange quand on découvre un artiste pour la première fois et qu’on se rend compte qu’il y a des gens qui écoutent ce qu’il fait depuis vingt-cinq ans et connaissent chaque chanson. Donc c’est marrant à voir !

En fait, on a pu remarquer un comportement assez ahurissant d’une part du public durant cette tournée : au concert de Lyon, en l’occurrence, bien que la salle n’ait pas de siège mais juste des marches au fond, on pouvait voir des gens demander à d’autres devant eux de s’asseoir, parfois de manière agressive et même t’interrompant pendant un discours. La sécurité a d’ailleurs dû intervenir durant l’entracte parce que la salle n’était pas configurée pour qu’autant de gens soient assis. Penses-tu que ce genre de conflit comportemental est la conséquence directe d’être un artiste aussi changeant avec un public très varié ?

Je le pense, et aussi, selon moi, un des problèmes est qu’il est très difficile de savoir exactement quoi faire durant mes concerts. Quand on est un groupe de metal ou de punk, il est évident que le public sera debout. Quand on est Eric Clapton, Paul Simon ou autre, il est évident que ce sera un concert assis. Mon concert n’est ni l’un ni l’autre, d’une certaine façon. Je peux complètement comprendre pourquoi quelqu’un voudrait s’asseoir et se plonger dans les visuels. Mais il y a des moments dans le concert où c’est rock’n’roll… Bon, pas rock’n’roll, mais c’est assez rock ou pop. Et je le ressens aussi sur scène. Je ressens ce conflit aussi, parce qu’il y a certaines chansons pendant lesquelles ça me paraîtrait étrange que le public soit assis. Et il y a d’autres chanson où ça me paraîtrait étrange qu’ils ne soient pas assis. Donc, il faudrait que tout le monde soit assis, puis il faudrait les faire se relever, puis rasseoir, debout, assis… Et je le fais à certains concerts. Certains concerts n’ont que des sièges, et je vais demander au public de se lever pour certaines chansons en particulier. Mais ça aussi, c’est un peu étrange, parce que tout le monde ne veut pas se lever. Donc quand tu dis au public « levez-vous », il y en a toujours quelques-uns qui sont là : « Je ne veux pas me lever. » Et là, ils se retrouvent avec des gens devant eux et deviennent ronchons. C’est difficile de trouver une solution… Encore une fois, quand tu dis que ça vient de la diversification du public, je dis que c’est aussi dans la nature de la musique, car c’est difficile de savoir exactement ce qu’il faut faire. Les meilleures salles, pour moi, pour mes concerts, sont celles où il y a une fosse en bas où il faut être debout et des balcons assis en haut. Celles-là sont parfaites. Mais il n’y a pas toujours des salles comme ça disponibles.

« Il y a une petit part de moi, encore aujourd’hui, qui veut toujours être Prince [rires]. Mais je pense que c’est bien parce que ça m’a encouragé à essayer de penser à mon apparence, à ma façon de bouger, à l’aspect visuel du concert. Même si ça ne sera jamais mon point fort, je pense qu’il est important d’essayer de se dépasser. »

Au concert, quand tu as entendu quelqu’un crier que les gens devraient s’asseoir, tu as fait un « shhht » et dit avec humour que tu as l’habitude d’être comme un instituteur sur scène. Et tu as aussi fait un discours à propos des gens qui utilisaient leurs agaçants smartphones. Est-ce le rôle d’un artiste d’éduquer son public ?

Je n’irais pas jusqu’à employer le verbe « éduquer ». Je pense que c’est plus une question de faire prendre conscience aux gens de leur propre comportement. Si je peux être plus spécifique : pour moi, c’est comme brandir un miroir et montrer aux gens leur propre comportement, et ensuite, tu les laisses se décider. S’ils se sentent coupables ou gênés… Ils devraient, parfois. Et je fais ça maintenant parce que… Pour te donner un autre exemple, avant je ne parlais pas du tout sur scène du fait d’être végétarien ou quoi que ce soit de ce genre, et j’ai commencé à le faire maintenant. Une des raisons pour lesquelles je n’en parlais jamais avant est que j’avais l’impression que ce n’était ma responsabilité de prêcher ou, comme tu le dis, éduquer, parce que je n’ai pas envie de passer pour quelqu’un de condescendant. Il y a de grands artistes qui ont beaucoup de succès, comme Bono ou Bruce Springsteen, qui disent à leur public : « Vous devriez voter pour cette personne. » Or je n’ai jamais envie de tomber là-dedans. Je pense que c’est plus une question de soulever une problématique – et je le fais aussi au travers des chansons, bien sûr, dans certaines chansons je parle de certaines problématiques –, et ensuite, tu laisses les gens se décider, voir s’ils se sentent coupables ou peu importe comment. Donc, désormais, avec le végétarisme, en introduisant la chanson qui s’intitule « Song Of Unborn », je dis : « Cette chanson parle d’espoir pour le futur, d’espoir pour les enfants qui ne sont pas encore nés et je crois que c’est un message important dans le monde dans lequel on vit, qui est en ce moment une planète avec plein de problèmes, et nous avons tous nos propres raisons de penser que cette planète… Pour moi, personnellement, un des plus gros problèmes est le fait qu’on pense encore que ce n’est pas un souci de tuer et manger de belles créatures avec lesquelles nous partageons cette planète. » C’est ce que je dis. Je ne dis pas : « Vous devriez être végétariens. » Donc, je dis ça, et ensuite, les gens sont là : « De quoi il parle ? »

Et je pense que c’est la même chose avec l’histoire des téléphones. Je ne dis pas que ça m’importune, et je ne sais pas spécifiquement ce que j’ai dit à Lyon, mais je crois que normalement, je dis : « Ce n’est pas que ça m’embête, c’est que ça embête les autres gens autour de vous », ce que je crois vraiment. Quand tu es debout à un concert et que la personne devant toi est comme ça [bandit son téléphone] : c’est tellement agaçant ! Tu vois le concert à travers le téléphone de la personne devant toi ! Donc, encore une fois, c’est juste une question de brandir un miroir et dire : « Regarde, voilà ce que tu fais, tu trouves que ça va ? Est-ce que tu peux te mettre à la place des autres gens ? » Et certaines personnes ne saisissent pas, elles continuent à ne pas comprendre, mais ce n’est pas vraiment à moi, comme tu dis, d’éduquer ; je ne crois pas qu’il s’agit d’éducation. Pour certaines personnes, le message ne rentre tout simplement pas.

Pendant la tournée To The Bone, ce qui est amusant est que tu commençais le second set en jouant à la suite « Arriving Somewhere But Not Here », qui est une chanson très longue et progressive, et « Permanating », ta chanson la plus pop voire disco. Ce sont deux opposés radicaux. Y avait-il une part de provocation et de volonté de défier ton public en faisant un enchaînement aussi « audacieux » ?

Je ne pense pas l’avoir envisagé comme ça. Quand je mets en place un concert, c’est la même chose que quand je fais un album, je pense à essayer d’emmener l’auditeur dans un voyage fait de contrastes, d’émotions différentes, de textures différentes… De la même façon qu’un réalisateur de film le fait : si tu veux créer un impact au cinéma, il se peut que tu fasses précéder un événement tragique, une scène tragique, par une scène de famille heureuse, où tout est génial, et puis tout d’un coup il y a un choc, un incident tragique. Donc pour moi, si cette analogie a du sens, il s’agit de créer ce même type de contrastes. Donc je ne crois pas que je pensais forcément à provoquer les gens. Je pensais juste à comment je peux maintenir l’implication des gens, comment je peux les surprendre ? Ainsi, commençons la deuxième moitié du concert avec quelque chose qu’ils n’attendent probablement pas, une chanson vieille de vingt ans et longue de quinze minutes. Maintenant, quelle serait la chose logique à mettre après ça ? Quelque chose de court et accrocheur ! Parce qu’ils ont eu ce gros morceau de rock conceptuel et épique. Maintenant il faut quelque chose d’accrocheur, court et instantané, qui leur permette un peu de débrancher leur cerveau. C’est tout ce à quoi je pensais, vraiment. Je ne me dis pas : « Comment je peux énerver ou provoquer les gens ? » Il s’agit juste de faire que les choses changent constamment, que le paysage change constamment, que les émotions, les textures, les sujets abordés changent, de la même manière qu’on cadencerait un album ou un film.

Durant « Permanating », tu avais une boule à facettes donnant au concert une allure de boîte disco, et sur le concert au Royal Albert Hall, tu avais même des danseuses. Qu’as-tu pensé de l’atmosphère unique que cette chanson créait en live ?

Quand nous avons commencé à partir faire les concerts de To The Bone, je n’étais pas sûr comment cette chanson passerait auprès du public. Je me disais que peut-être la moitié allait être grincheuse et l’autre moitié l’apprécierait vraiment. Et ça m’a paru extraordinaire quand tous les soirs, presque sans exception, tout monde se prenait au jeu, se levait, dansait, y compris les metalleux ronchons, tout le monde l’adorait. Et ce que ça me dit est que, en fait, au bout du compte, n’importe qui et tout le monde peut apprécier une chanson pop accrocheuse. Parfois, sur scène, je dis : « Tout le monde aime ABBA, et si vous me dites que non, je ne vous crois pas », parce que c’est vrai, tout le monde aime ABBA ! On peut n’aimer qu’une ou deux chansons, mais tout le monde aime ABBA. Vraiment, s’ils se l’avouent, tous les gens aiment ABBA. Pour la même raison, tout le monde adore les Beatles : de super chansons pop ! Vraiment, tous les gens qui se plaignaient de « Permanating » parce qu’elle est trop pop – je parle de certains vieux fans –, en fait, s’ils s’autorisent à… C’est une chanson pop amusante ! Comment ne peut-on pas adorer et apprécier une super chanson pop ? J’ai donc voulu célébrer ça sur scène, et particulièrement à l’Albert Hall qui m’offrait l’opportunité de faire venir les filles de Bollywood. Rien qu’en regardant le public quand nous faisions ça, on pouvait voir de larges sourires sur tous les visages, tout le monde souriait. Or les gens ne me voient pas comme quelqu’un qui fait de la musique joyeuse, et je n’ai pas l’habitude de ça, que mon public sourie comme ça et s’implique dans l’instant. C’était donc fantastique, j’adore faire cette chanson !

« C’est comme les top-modèles : elles sont tellement belles et parfaites qu’elles se confondent presque, et l’attraction physique a souvent plus à voir avec les imperfections, les bizarreries et les étrangetés. Et je pense que c’est pareil avec la musique. »

Tu as joué la chanson de Porcupine Tree « Even Less » sous une forme très minimaliste, seul avec ton petit ampli d’entrainement. On aurait dit que ça te renvoyait à quand tu étais adolescent, seul à jouer de la guitare dans ta chambre. Est-ce que cet adolescent fait toujours partie de toi ?

Je crois que tout le monde a encore… Selon le dicton « l’enfant est le père de l’homme », et évidemment ma personnalité a été forgée quand j’étais un très jeune enfant, mes goûts musicaux, tout mon ADN ont été forgés quand j’étais jeune. Donc oui, bien sûr, et il y a encore une part de moi qui est toujours… Je repense aux rêves que j’avais étant adolescent d’être sur scène à jouer ma musique à un public qui la connaissait et l’aimait, et avec ce que je fais aujourd’hui, même si je peux me plaindre que je n’aie pas le niveau de succès que j’aimerais avoir, parfois je dois me rappeler : « Regarde, quand tu avais quinze ans, ceci est exactement ce dont tu rêvais. Et tu es là, tu le fais ! » Particulièrement ces moments quand je suis debout sur scène en train de jouer « Even Less », c’est juste moi, ma guitare et le public, et c’est une chanson que la plupart d’entre eux connaissent, c’est extraordinaire ! C’est juste moi, avec ma voix et ma guitare, et une chanson qui crée cette connexion avec le public. Donc oui, parfois, quand j’y pense vraiment, ça me paraît toujours incroyable que j’aie accompli, d’une certaine façon, ce que je rêvais d’accomplir, même si l’industrie de la musique n’est plus celle qu’elle était. Quand je rêvais d’être une pop star, un musicien ou peu importe ce dont je rêvais étant gamin, l’industrie musicale était complètement différente, et elle s’est transformée en tout autre chose aujourd’hui, et il faut que je l’admette. Mais oui, je suis toujours cet enfant, avec sa première guitare et son premier ampli. Ça me renvoie à ce sentiment.

Avec la quantité d’albums que tu as faits dans ta carrière et le vaste éventail de musique que tu as, tu peux t’adapter à toutes les situations, comme au Hellfest où tu as joué un set plus heavy. Mais, d’un autre côté, ça ne devient pas compliqué désormais pour toi de mettre en place une setlist pour les concerts ?

Je comprends totalement la question. Encore une fois, je n’en suis pas nécessairement conscient. Enfin, quand je joue au Hellfest, bien sûr, je suis conscient que le public n’est pas mon public. Dans ce cas, je pense davantage à la façon dont je vais gérer la situation. Parce que lorsqu’on fait un festival ou un concert face au public de quelqu’un d’autre, pour moi, c’est comme une bataille. Tu vas au combat, tu pars affronter des gens qui se fichent de toi, ils ne te connaissent pas, ils attendent Slayer ou je ne sais qui, et il faut tous les convaincre. C’est comme un combat : « Ok, je vais te battre. » Donc je mets en place un show qui, selon moi, les convaincra. Mais, en mettant un instant de côté le scénario des festivals, c’est mon concert, alors je suis presque entièrement égoïste dans ma manière de construire le show, je joue ce que j’ai envie de jouer. Je ne sais pas si je l’ai fait à Lyon, mais une des choses que je dis parfois au public est que ce qu’il y a de bien dans le fait de ne pas avoir ce qu’on pourrait appeler des hits, c’est que c’est libérateur, car je n’ai pas de « Purple Rain », de « Roxanne », une énorme chanson que tout le monde s’attend à entendre. C’est donc libérateur, dans le sens où je peux proposer un show en ne jouant que ce que je veux jouer.

Et les chansons que je choisis… Par exemple, tu as mentionné une chanson de Porcupine Tree, mais pour moi, ce sont toutes mes chansons, mais je comprends pourquoi tu dis ça ; les chansons ont été originellement enregistrées par Porcupine Tree ou Blackfield, ou proviennent de ma carrière solo, mais pour moi ce sont toutes mes chansons, et je choisis simplement celles que j’ai envie de jouer, ou celles dont, selon moi, mon groupe pourrait faire une interprétation particulièrement intéressante, ou celles dont les sujets contenus dans les textes se relient bien aux sujets abordés dans To The Bone, et ce sont là mes seules considérations par rapport au show. Et aussi, encore une fois, il y a cette idée de créer un voyage. Il nous faut donc une bonne chanson épique ici, après il nous faut une bonne chanson pop immédiate, après il nous faut quelque chose d’un peu plus électronique… Voilà ce qui me passe par la tête, pour créer ces contrastes, créer quelque chose qui paraisse cohésif. Et j’ai désormais un vaste répertoire, donc je peux revenir dessus et dire : « Ah, cette chanson pourrait marcher. Qu’est-ce qu’il pourrait y avoir d’autre ? » C’est là mes seules considérations.

Il ne s’agit donc pas de satisfaire les vieux fans ou autres en pensant : « Oh, il faut que je joue une chanson de Porcupine Tree là ! » Ce sont mes chansons. C’est honnêtement ainsi que je le vois. Parfois j’oublie même ! Les gens me disent : « Oh, tu joues une chanson de Porcupine Tree ! » Et je suis là : « C’est Porcupine Tree ? C’était ma chanson ! » Et ensuite, je réalise : « Oh oui, c’était sur un album de Porcupine Tree. » Et maintenant, j’ai juste un grand répertoire de chansons. C’est une position assez luxueuse et privilégiée, où je peux mettre en place des concerts de deux heures et demie ou trois heures, balayer tout ce répertoire et choisir ce que j’ai envie de jouer. Et peut-être que certaines personnes sont parfois surprises par les chansons que je choisis, et je pense que c’est une bonne chose.

Que ce soit dans tes clips ou en live, tu sembles être davantage expressif avec ton corps, en faisant des gestes particuliers et en dansant un petit peu, ce que tu ne faisais pas tellement par le passé. L’expression physique est-elle quelque chose que tu as consciemment développé, un petit peu, ou bien est-ce venu naturellement au fil de ta carrière solo ?

Quand j’étais adolescent, mon héros était Prince. C’est comme lorsque tu parlais de revenir à mon enfance et à mes rêves. Quand je rêvais d’être une pop star, comme la plupart des adolescents le font à un moment donné, Prince était mon idole, mais évidemment j’ai réalisé assez vite que je n’allais jamais être ce type d’artiste. Mais il y a une petit part de moi, encore aujourd’hui, qui veut toujours être Prince [rires]. Mais je pense que c’est bien parce que ça m’a encouragé à essayer de penser à mon apparence, à ma façon de bouger, à l’aspect visuel du concert. Même si ça ne sera jamais mon point fort, je pense qu’il est important d’essayer de se dépasser. L’autre chose que je dirais est : ce qu’il se passe, avec le temps, est que tu gagnes en assurance sur ce genre de chose. Quand je suis monté pour la première fois sur scène, il y a vingt-cinq ans, j’étais tellement timide que je regardais mes chaussures toute la soirée – ou en l’occurrence mes pieds. Je ne regardais même pas le public, je ne pouvais pas. J’ai donc gagné en assurance en tant que showman, ce qui est naturel, vu que tu gagnes en expérience, et aussi, encore une fois, les chansons issues de To The Bone ont un côté plus joyeux. C’est amusant de bouger dessus, c’est amusant de voir le public bouger dessus. Donc à ma façon, modestement, j’essaye aujourd’hui d’aller vers quelque chose de plus expressif, plus personnel, y compris dans ma façon de parler au public. Et encore une fois, ceci vient aussi avec le sentiment qu’ils sont de mon côté, que le public est avec moi. Je ne ressentais pas ça au début, c’est comme ce que j’expliquais à propos de voir ça comme une bataille ; parfois on a l’impression qu’il faut rallier le public à sa cause. Aujourd’hui, quand je monte sur scène, c’est mon concert, je sais qu’ils sont déjà ralliés à ma cause. Je peux leur parler comme je parlerais à un ami, je peux bouger. Le problème qu’il y a toujours avec ça, c’est qu’on n’a pas envie d’avoir l’air d’un idiot, de dire ce qu’il ne faut pas, de bouger d’une manière qui paraisse ridicule. Tout est donc une question d’assurance. C’est un long concert, je fais désormais des sets de trois heures, et j’apprécie énormément toute l’expérience aujourd’hui, et je pense que ça se ressent dans ma façon de bouger et d’interagir avec le public.

« Il y a une frustration de voir cette barrière entre la musique et le public potentiel qui apprécierait probablement ce que je fais, parce que je ne crois pas que ce soit une musique particulièrement difficile à apprécier. Il y a donc toujours cette frustration d’être un artiste “culte”. Je préférerais avoir un profil plus mainstream, simplement parce que je veux partager ce que je fais avec plus de gens. »

Dans de récentes interviews, tu as mentionné Neil Young, Bob Dylan, Robert Wyatt ou encore Roger Waters comme étant de grands artistes qui ne sont pas forcément de grands chanteurs, mais qui ont trouvé leur son, leur personnalité, et tu t’identifies à eux pour cette raison. Mais autant on peut entraîner sa technique vocale pour s’améliorer, autant comment s’entraîne-t-on pour développer une personnalité ?

Je ne pense pas qu’on puisse le faire. Soit c’est là, soit ça ne l’est pas. Ce qui est marrant est que, quand on regarde dans un miroir, la dernière chose qu’on voit c’est soi-même. On voit tous les détails qui nous agacent, on voit : « Oh, mes cheveux ne sont pas… » Donc, d’une certaine façon, on ne voit jamais sa propre personnalité, c’est le genre de chose dont on ne peut pas avoir conscience soi-même, ce sont les autres gens qui nous le reflètent. Quelqu’un te dira : « Oh, tu es très ci ou tu es très ça. » « Je n’en ai pas conscience mais c’est très intéressant. » Et je pense que c’est la même chose quand on est musicien : je ne suis pas sûr de savoir quelle est ma personnalité musicale, mais après toutes ces années, je réalise plus ou moins que je dois en avoir une, qu’il y a quelque chose qui est manifestement moi dans tout ce que je fais. Donc si je fais « Permanating », un vrai morceau de pop joyeuse, ou « Song Of I », qui est plus un morceau électronique et sombre, ou « Arriving Somewhere But Not Here », qui est plus épique, en surface ce sont toutes des approches musicales complètement différentes, mais en fait, tous ces morceaux sonnent comme moi, comme provenant du même artiste. Donc je n’ai pas conscience de ce qui, dans ce que je fais, fait que tout sonne comme moi, mais je sais que de nos jours, à peu près tout ce que je fais aura quelque chose qui sera distinctement et manifestement moi. Et ça, pour moi, ça crée un contraste direct avec ce que l’industrie aujourd’hui encourage les gens à être.

Si on regarde les émissions comme X Factor et ce genre de chose, on voit bien les types de personnes qui réussissent les auditions, leur type d’approche, ils sont assez impersonnels, ils n’ont pas de personnalité distincte. Très souvent, une personnalité distincte, comme celles de Bob Dylan, Neil Young, Tom Waits, ce type de personne, ça vient de bizarreries, ça vient de ce qu’ils ne peuvent pas faire, plutôt que de ce qu’ils peuvent faire. On voit ces extraordinaires chanteurs de RnB, ils peuvent tout chanter, ils peuvent balayer quatre octaves, mais ensuite, on a quelqu’un comme Tom Waits qui ne fait que coasser, ou Bob Dylan qui possède une tessiture limitée, et tu sais quoi ? Ce sont ces bizarreries qui leur donnent leur personnalité. C’est comme les top-modèles : elles sont tellement belles et parfaites qu’elles se confondent presque, et l’attraction physique a souvent plus à voir avec les imperfections, les bizarreries et les étrangetés. Et je pense que c’est pareil avec la musique. Et c’est quelque chose que l’industrie semble avoir oublié, en tout cas l’industrie de la pop grand public. Je ne perçois aucune personnalité dans la plupart des grands artistes pop de nos jours, ils sont très impersonnels. Je ne pourrais pas te dire la différence entre Ariana Grandé et Miley Cyrus. Je ne vois pas de différence, elles sonnent comme des chanteuses génériques de RnB, selon moi. Mais si tu me faisais écouter deux secondes de Tom Waits, ou Bob Dylan, ou Neil Young, instantanément je saurais qui c’est. Et j’espère que ça vaut aussi pour moi. Mais, encore une fois, je ne peux pas le voir moi-même.

Plusieurs médias grand public t’ont décrit comme « l’artiste inconnu le plus populaire du moment ». Avec les années d’expérience que tu as acquises, comment perçois-tu la notion de célébrité ?

Je mentirais si je disais que je n’aimerais pas bénéficier d’une présence plus mainstream, parce que j’aimerais. Encore une fois, je rêvais d’être une pop star étant enfant, et je voulais être en couverture de tous les magazines et tout. Maintenant, ce n’est pas le cas, et je me suis résigné au fait que je serais – tout du moins c’est ce que j’ai été jusqu’à présent – ce que la plupart des gens décrivent comme un artiste « culte », en d’autres termes : quelqu’un qui a une communauté de fans et se porte bien, mais qui est largement invisible du grand public. En termes de ventes, de positions dans les classements, de salles dans lesquelles je joue, de nombre de billets que je vends, je suppose que la plupart des gens diraient que j’ai un certain niveau de succès. Mais d’un autre côté, si tu vas dans la rue et demande à cent personnes qui est Steven Wilson, je soupçonne que tu auras de la chance si tu en trouves deux qui me connaissent. Et ça aussi est une frustration, parce que je ne pense pas que ma musique soit si dure à apprécier. Donc, pour moi, il y a une frustration de voir cette barrière entre la musique et le public potentiel qui apprécierait probablement ce que je fais, parce que je ne crois pas que ce soit une musique particulièrement difficile à apprécier. Il y a donc toujours cette frustration d’être un artiste « culte ». Je préférerais avoir un profil plus mainstream, simplement parce que je veux partager ce que je fais avec plus de gens. Je n’ai pas forcément envie d’être une célébrité – être une célébrité n’est de toute façon pas quelque chose qui, je pense, me serait très confortable –, mais j’aimerais que la musique atteigne plus de gens.

Tu as prouvé avec To The Bone que la pop rock sophistiquée pouvait encore séduire beaucoup de gens, mais aussi inimaginable que ça puisse paraître aujourd’hui, fut un temps où le grand public pouvait être synonyme non seulement de sophistication mais aussi d’expérimentation, comme Pink Floyd ou Jimi Hendrix l’ont démontré. Penses-tu que ça pourrait encore être le cas ?

Je pense que c’est peu probable. Avec To The Bone, ayant vécu le processus pour essayer de lancer cet album sur les radios mainstream, les grands services de streaming, auprès de tous les gens qui sont encore la porte d’entrée vers un plus grand public, le public mainstream… Je veux dire que même une chanson comme « Permanating » était considérée comme étant trop étrange pour les radios britanniques, et si cette chanson est trop étrange pour eux, alors je ne sais pas ce que je pourrais faire qui leur plairait, parce que le paysage est bien plus conservateur aujourd’hui qu’il ne l’a jamais été. To The Bone renvoyait à l’époque où Tears For Fears, Depeche Mode, Talk Talk, Prince, Kate Bush, ce genre d’artistes, pouvaient bénéficier d’un énorme soutien du mainstream. Ils n’obtiendraient pas de soutien du mainstream aujourd’hui. Tous ces artistes seraient considérés comme trop excentriques, bien trop étranges. C’est triste. Je pense qu’on peut réussir à être un petit peu expérimental si on vient du milieu de la musique urbaine. Si on est Kanye West ou Beyoncé, quelqu’un comme ça, je pense qu’on peut faire quelque chose qui soit un peu étrange. Mais face à quelqu’un comme moi, un Anglais de cinquante ans venant d’un background plus ou moins rock, ils sont quoi qu’il arrive suspicieux. C’est donc très dur de faire passer quelque chose qui n’est relativement pas conservatif et sans risque. J’espère que les choses puissent changer, mais je n’en vois aucun signe pour le moment, malheureusement.

« To The Bone renvoyait à l’époque où Tears For Fears, Depeche Mode, Talk Talk, Prince, Kate Bush, ce genre d’artistes, pouvaient bénéficier d’un énorme soutien du mainstream. Ils n’obtiendraient pas de soutien du mainstream aujourd’hui. Tous ces artistes seraient considérés comme trop excentriques, bien trop étranges. C’est triste. »

Tu as déclaré que le Royal Albert Hall de Londres était « probablement [ta] salle préférée dans le monde ». Qu’est-ce que cet endroit a de si spécial pour toi ?

Premièrement, c’est ma ville, ce qui est important. Quand je joue là-bas, je sais que mes amis et ma famille seront là. Deuxièmement, le côté historique. Quand on monte sur la scène de l’Albert Hall, un peu comme l’Olympia à Paris, tu as conscience de l’histoire, des fantômes des gens qui ont été sur cette scène avant toi, que ce soit les Rolling stones, Cliff Richards, ou qui que ce soit, mais tu sais que tout le monde a été sur cette scène, et tu le ressens. Tu ressens cette espèce de présence. Et troisièmement, et plus important encore je crois, l’Albert Hall est un bel espace où se produire. Il y a quelque chose dans la manière dont elle a été construite : c’est grand et pourtant ça donne une impression d’intimité. C’est en partie dû au fait que le public part en hauteur et non en profondeur. Normalement, quand tu joues dans une salle de quatre mille personnes, le gars qui a acheté son billet en dernier est littéralement à quatre cents mètres de toi. Dans l’Albert Hall, tout le monde est autour de toi, tu peux littéralement voir chaque personne dans le public, et tu es sur scène et tu ressens l’audience autour de toi. Tu ressens tout le monde. Et ça semble très intime, bien que ce soit une grande pièce, un grand public. Il y a une magie là-dedans. Et la quatrième chose est quelque chose qu’on ne peut jamais expliquer : certaines salles paraissent tout simplement magiques, et c’est le cas de celle-ci, je ne pourrais pas te dire pourquoi.

Au tout début du DVD (du concert) on peut voir un petit film avec des mots associés à des images. Au début, les mots collent aux images, puis tout s’accélère et se mélange. C’est évidemment pour faire réfléchir sur le sens qu’on associe aux mots. As-tu le sentiment que non seulement la vérité devient une notion flexible, comme tu nous l’avais déjà expliqué, mais aussi que n’importe quels mot et valeur baignent désormais dans la confusion ? Que les gens sont désorientés ?

Ouais, en partie ! C’est aussi pour faire comprendre que ce qu’on appelle la vérité est, en fait, majoritairement, si ce n’est tout le temps, une perception ; ce n’est pas la vérité. Ta vérité est différente de la mienne. La vérité est quelque chose qui est affecté par notre ethnie, notre bord politique, notre sexe, notre éducation, notre lieu géographique ; toutes ces choses affectent notre vérité. Donc la vérité n’est pas vraiment la vérité, c’est une perception. Et j’ai pensé que la façon la plus simple de faire passer cette idée était de prendre une image, disons, par exemple, celle d’un père tenant sa fille dans ses bras, et d’avoir en légende le mot « père » ou « famille », et ensuite, une minute plus tard, montrer la même image mais cette fois avec le mot « menace », et le mot a tout autant de sens, d’une certaine façon, car nous vivons une époque de prédateurs sexuels et ce genre de choses. Donc cette idée que la même image puisse être perçue de deux manières totalement différentes, simplement en changeant le mot, la légende qui l’accompagne, je trouve ça fascinant. Et d’une certaine façon, c’est là toute l’idée distillée dans sa forme la plus simple, comme quoi on voit tous le monde de manière totalement différente, on a tous une perception totalement différente du monde, encore plus maintenant que les réseaux sociaux font de leur mieux pour nous embrouiller et nous induire en erreur. La question, c’est donc vraiment notre manière de traiter l’information qu’on nous donne. Et je trouve que c’est une idée très intéressante pour démarrer le concert, en illustrant aux gens, de la manière la plus simple possible, comment la même chose peut être perçue sous différentes perspectives, suivant je ne sais quel prisme, éducation, bord politique, religion. Voilà vraiment à quoi ça se réfère.

To The Bone est sorti il y a maintenant plus d’une année, donc je suppose qu’on peut peut-être s’attendre à un nouvel album l’année prochaine. Sais-tu déjà où tu veux aller à partir de là ? Est-ce que tu resteras sur l’élan que To The Bone t’a offert ou bien comptes-tu encore changer ?

C’est encore différent. La semaine dernière j’ai été au studio pour la première fois pour commencer à travailler dessus. C’est à nouveau très différent. Tout ce que je peux dire est que ça me paraît être l’étape logique après To The Bone. C’est… [Hésite] Je pense qu’il est trop tôt pour que je dise quoi que ce soit de particulier. Une chose que je peux dire : s’il est vrai que les deux ou trois derniers albums que j’ai faits, à leur façon, ont tous été des hommages à des périodes musicales antérieures, comme To The Bone qui était une sorte d’hommage à la pop sophistiquée des années 80 et Hand. Cannot. Erase. qui était plus ne sorte d’hommage au rock conceptuel des années 70, cette fois j’ai envie de faire un album qui soit complètement ancré dans le présent. Comprenez ce que vous voulez, je ne peux pas en dire plus. C’est tout ce que je dirais pour l’instant.

Tu as remixé pas mal d’albums classiques de Marillion, Yes, Jethro Tull ou King Crimson. J’imagine que ce doit être très éclairant de plonger dans les entrailles de ces albums. Qu’as-tu appris en faisant ça et comment ta musique en a bénéficié ?

Je pense qu’avec le processus de déconstruction de la musique d’autrui et ensuite de reconstruction, on comprend un petit peu plus comment cette musique a été créée, le processus. J’ai appris de nombreuses choses en faisant ça. J’ai mixé des albums des années 60, j’ai mixé des albums des années 80, c’est très intéressant de voir comment toute la philosophie de l’enregistrement a changé. Comme lorsque je remixe un vieil album de Jethro Tull de 1968 et qu’ensuite je remixe un album de Tears For Fear datant de vingt ans plus tard, on voit l’énorme changement dans toute la philosophie d’enregistrement et des techniques. Et elles ont tout autant de valeur, dans le sens où, au final, je suis quelqu’un qui est très fasciné par le processus de création de la musique en studio. Il y a toujours quelque chose de nouveau à apprendre. Donc, sans donner d’exemple spécifique, ça a été une éducation, c’est certain. Je pense que toute ma boîte à outils de production est bien plus vaste maintenant, ayant décomposé cette musique et compris : « Ah, ils ont fait ça comme ça ! Ah, voilà comment ils ont fait ça ! » Pour ensuite la reconstruire. C’est un sentiment magique de pouvoir faire ça. Donc oui, ça a été un processus très enrichissant et je pense qu’on entend certaines des choses que j’ai apprises quand on écoute certains des albums récents. Ce n’est pas une coïncidence si To The Bone, par exemple, était un petit peu un hommage aux années 80, parce que je travaillais sur le répertoire de Tears For Fears quand je commençais à composer cet album. Donc ma tête était pleine de cette musique. Et puis, avant ça, quand j’ai fait l’album plus rock conceptuel, j’avais probablement travaillé sur King Crimson et Yes. C’est donc naturel, si ta tête est pleine de la musique de quelqu’un d’autre, que ça commence à se manifester à travers ta propre musique.

Interview réalisée en face à face le 2 octobre 2018 par Claire Vienne.
Fiche de questions : Claire Vienne & Nicolas Gricourt.
Transcription : Claire Vienne & Adrien Cabiran.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Steven Wilson : stevenwilsonhq.com

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  • Je déteste le penser, mais il commence à m’agacer.

    Je suis un immense fan, j’adore à peu près tout ce qu’il fait, dont une bonne partie de To the Bone, mais sa frustration de ne pas être Prince commence à se voir trop et, quoi qu’il en dise, ça nuit à son travail.

    Il suffit de regarder tous les clips qu’il a fait dans sa carrière et de les comparer à ceux de To the Bone. C’est affligeant de contraste. Essayer de toucher les masses, je veux bien, et je comprends l’envie, mais le faire au prix d’une baisse aussi effarante de la qualité, j’ai du mal.

    Et j’aimais bien aussi le fait qu’il s’interdise tout discours « éducatif » sur d’autres sujets que la musique. Je ne vais pas à des concerts pour qu’on me parle comme à un gamin, ou qu’on me redise ce que les journaux me disent tout le temps, j’y vais pour écouter de la musique. Si Steven commence à militer sur scène, alors je n’irai plus le voir.

    Et tant pis si ça fait de moi un de ces « vieux fans ronchons et bornés »…

    [Reply]

    Mouarf, ça restait concis et léger, les trucs « éducatifs ». Rien de spécialement traumatisant, selon moi. Pis ça peut permettre de mieux cerner la personne, et de voir l’artiste un peu plus comme un humain que comme… un truc qui est là pour produire des sons. Surtout s’il peut y avoir un rapport avec les thèmes – parfois obscurs – de certains morceaux. À voir comment ça évolue, mais il a l’air de se fixer des limites assez saines et tout.

    Content que l’article donne quelques précisions sur le bordel du concert de Lyon. Ça m’avait vraiment mis mal à l’aise, ces gens qui s’insultent soudainement. D’autant plus que je ne pigeais pas exactement ce qu’il se passait ; j’ai même cru au tout début qu’ils gueulaient sur l’artiste, haha…

    Fikmonskov

    Oui, j’ai effectivement l’impression qu’on n’en est pas au niveau de U2, par exemple, où ça devient franchement gênant.

    Mais quand même, savoir qu’il ne mange pas de viande ne m’apporte rien, et je suis assez grand pour décider tout seul de ce que je fais. Et s’il en parle dans les morceaux, alors pas besoin d’en rajouter : ceux qui veulent comprendre ont déjà les éléments.

    Après il fait ce qu’il veut, évidemment, mais ça fait quelques temps que ses interviews m’agacent un peu, alors qu’il était passionnant avant.

    Et puis franchement, s’il veut éduquer les gens, il a déjà tellement de boulot sur le thème de la musique…

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