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Interview   

Storm Orchestra prêt à se déchaîner


Autant celui-là, il a mis du temps à arriver, autant pour le prochain, Storm Orchestra veut enchaîner. Sept années d’existence et de travail, avec son lot de belles expériences mais aussi de passages à vide, ont abouti à une sorte de « reboot » du groupe et la réalisation de ce nouvel EP de cinq titres (quatre titres studio plus un ancien morceau retravaillé en acoustique). Le trio parisien est content des fondations solides que ces années ont permis de construire, mais souhaite naturellement que cela permette au groupe d’avancer plus efficacement. Et, pandémie mondiale et ralentissement des activités culturelles mis à part, cela en prend bien le chemin avec déjà un nouvel album en prévision, une réflexion, voire une remise en question de cet EP et l’envie de tourner.

Mais d’ici là, le groupe nous parle dans cette interview d’un EP accrocheur, taillé pour le live et la diffusion radio mais non sans surprises.

« C’est vraiment l’idée que nous voulons exprimer, le chaos du rock, et en même temps une puissance très organisée. »

Radio Metal : Le nom du groupe est Storm Orchestra. Il y a un oxymore avec ce nom-là, entre le chaos que peut amener une tempête et le côté organisé d’un orchestre. D’un autre côté, ces deux mots se réunissent beaucoup derrière l’idée de puissance. Diriez-vous que ce nom représente vraiment la volonté de puissance que vous voulez dégager ?

Maxime (chant & guitare) : Il a été choisi pour ça, je dirais même ! C’est vraiment l’idée que nous voulons exprimer, le chaos du rock, et en même temps une puissance très organisée, nous sommes très ensemble. Le but est vraiment de faire un rock très puissant et très organisé en même temps.

Est-ce que derrière ce nom il n’y a pas aussi un côté ironique et une envie de taquiner la puissance sonore d’un orchestre mais juste à trois, façon David contre Goliath sur le terrain de la guerre du son ?

Maxime : Oui, il y a un peu de ça, c’est vrai. Nous avions fait une vidéo, qui n’est plus d’actualité aujourd’hui, où nous avions mis : « N’en déplaise au Conservatoire. » Donc c’est vrai qu’il y avait une petite pique sur ça qui nous faisait marrer.

Quand on écoute votre musique, il y a évidemment cette puissance sonore, il y a un côté très catchy, il y a la part belle aux mélodies, mais il y a aussi pas mal de passages calmes avec la pression qui retombe un peu. C’est ce qui fait que votre musique se démarque. D’où est venu ce mélange un peu surprenant ?

Adrien (basse) : Je pense que, pour faire le parallèle avec un orchestre, dans la musique classique, il y a des dynamiques très grandes, c’est-à-dire qu’on commence très bas pour aller très haut, c’est justement ce qui fait la puissance d’un orchestre de musique classique. J’aime cette façon qu’a la musique, quand tu écoutes un morceau, d’avoir un flot, des vagues, d’un coup tu vas t’en prendre plein la gueule, d’un coup ça va redescendre et tu vas être surpris. Personnellement, j’aime beaucoup ça. Donc je pense que naturellement, ça se ressent dans nos compositions. Je pense que ça vient aussi de notre background musical, avec tous les groupes des années 2000 que nous écoutions à l’époque où nous étions ados, les Muse, les Radiohead, pour ma part en tout cas. Ça restait toujours dans cette espèce de truc un peu ambient, avec la pression qui redescend.

Maxime : C’est vrai que dans les influences, nous allons vraiment de Metallica, AC/DC, Rage Against The Machine, à Radiohead, et du coup, nous aimons les deux, et ce qui nous plaît, c’est de pouvoir allier les deux dans un morceau, de pouvoir passer d’un riff très violent à un fond très calme, où nous exprimons d’autres émotions, ce qui fait que dans un seul morceau, nous pouvons exprimer une grande variété d’émotions.

Vous revenez beaucoup sur les orchestres, vous venez encore d’en parler. Quel est votre rapport à la musique classique de manière générale, et aux orchestres ?

Maxime : Nous n’avons pas de formation traditionnelle telle que le Conservatoire, par exemple, mais c’est clair que nous en écoutons. Il y a énormément de choses à aller puiser dans la musique classique, en termes d’arrangements, d’harmonie et de puissance aussi. Il y a énormément de choses. Donc nous aimons la musique classique.

Adrien : Pour être plus large et pour divaguer sur d’autres styles de musique, je considère qu’il y a vraiment un truc à prendre dans chaque style de musique, qu’on aime ou pas le style de musique. Il faut être très attentif à ce qui sort et ce qui se fait. Je pense qu’il y a vraiment des trucs à prendre dans tous les styles.

Vos morceaux, même s’ils ont un potentiel très accrocheur, ont dans leur structure un côté malgré tout atypique. C’est ça votre approche : être efficaces sans non plus la jouer trop « safe » ?

Adrien : Je ne sais pas s’il y a eu une conscientisation de quelque chose. Nous avons fait comme ça. C’est vrai qu’une fois que le titre est fini, nous allons nous dire : « On va enlever telle partie… » Mais dans la composition générale, non, c’est ce que nous sommes. Nous ne réfléchissons pas vraiment à ça. Nous l’analysons après, souvent. Donc là, oui, c’est vrai que c’est comme ça.

Maxime : On va dire que notre approche du truc est assez instinctive. Même moi, j’ai l’impression que les morceaux sont limite trop « mainstream », donc si tu me dis ça, ça me fait plaisir, ça veut dire que ça fait réagir différemment de ce que nous pensons. Je pense que c’est très instinctif et que nous réfléchissons surtout à ce que nous aimons faire.

« A un moment, faut essayer de surprendre un peu, déjà se surprendre soi-même, artistiquement, essayer d’autres choses, et surprendre les gens, pour que ça ne soit pas non plus téléphoné. »

On parlait de votre mélange avec ce côté très riffu, très accrocheur, et en même temps ces petites accalmies qui viennent mettre une respiration dans vos morceaux. Pensez-vous qu’à terme, ça pourrait devenir une marque de fabrique, ou qu’au contraire, vous allez essayer d’éviter d’en faire une formule ?

Adrien : C’est déjà une marque de fabrique, du coup nous sommes déjà un peu saoulés dans ce truc-là… Donc nous essayons, sur les morceaux qui arrivent – bon, il y aura toujours des rechutes, hein, ça va arriver ! [Rires] – de changer cette formule-là, qui marche. Donc à un moment, faut essayer de surprendre un peu, déjà se surprendre soi-même, artistiquement, essayer d’autres choses, et surprendre les gens, pour que ça ne soit pas non plus téléphoné. Nous faisons une musique qui n’est relativement pas très compliquée, donc si nous commençons à tout le temps faire les mêmes morceaux, nous, déjà, ça va nous saouler, et ce n’est plus très surprenant. Donc là, sur les morceaux que nous sommes en train de composer, je dirais qu’il y a un peu moins d’accalmies, c’est toujours un peu plus énervé, on va dire.

Maxime : Ça fonctionne par vagues. Nous sommes sur une vague de morceaux assez énervés dans ce que nous composons, et dans quelques mois possiblement ça sera plus calme… Après, c’est vrai que nous essayons toujours de sortir de notre zone de confort et d’aller plus loin. Si ça, nous savons le faire, nous allons nous dire : « Qu’est-ce qu’on va pouvoir faire de nouveau, de différent ? » Alors forcément, à chaque fois, nous sommes ce que nous sommes, ça reste de la musique à nous, mais nous essayons vraiment toujours de sortir de notre zone de confort.

Les structures de vos morceaux sont très liées aux textes, et notamment aux émotions qu’ils retranscrivent. Pouvez-vous nous décrire ce processus, et comment les émotions, l’état d’esprit qui vous traverse se retranscrit dans la musique ?

Maxime : Adrien m’envoie des morceaux qui sont pratiquement finis, à chaque fois. Et moi, j’ai des textes à côté de ça. La chanson m’inspire quelque chose, et je vais me dire : « C’est tel texte qui va aller le mieux avec, ce sont les idées qu’il y a dans ce texte-là. » Ou alors, aucun texte ne convient, donc j’écris directement le texte sur la chanson. Mais c’est vrai que les deux sont particulièrement liés parce que le texte découle souvent de la musique.

Avec l’EP, nous avons eu un descriptif de chaque morceau, or quand vous décrivez les thèmes, vous restez très vagues et très succincts. Est-ce que l’idée est avant tout de dégager une ambiance et de laisser la porte ouverte à l’auditeur pour qu’il se crée son propre univers ?

Maxime : Oui. Après, il y a quand même des idées assez marquées dans les morceaux, mais je préfère ne pas livrer nos titres entièrement expliqués, il faut aussi laisser la place à l’imagination. Moi, j’en fais mon interprétation, mais à chacun de faire la sienne. Donc je préfère ne pas dire : « C’est comme ça qu’il faut l’interpréter, c’est ça l’idée. » Je préfère que tout le monde y trouve ce qu’il veut à l’intérieur.

Il y a un thème qui revient deux fois dans l’EP, donc deux fois sur quatre, ça fait quand même une bonne moitié ! C’est le thème de l’amour. Comment ce thème-là, qui a quand même beaucoup été exploité dans la musique, vous a-t-il inspirés ?

Maxime : Ce sont les thèmes de la vie ! Depuis que nous écrivons de la musique, c’est l’amour, la mort, et je ne sais plus, la guerre par exemple, mais ce sont les relations humaines ! Donc c’est du vécu, tout le monde vit ça. Ça fait toujours du bien de l’écrire, c’est une forme de catharsis. Mais oui, c’est ce que je vis, c’est ce que je ressens. Ça s’impose, ce n’est pas voulu, je ne veux pas en parler particulièrement. Pour les autres thèmes, c’est la même chose, c’est l’écologie, c’est l’air du temps, donc c’est ce qui nous entoure, ce qui fait nos vies.

Une chose qui peut surprendre est que vous avez tendance à parler aujourd’hui de votre nouvel EP comme d’un premier EP, or Storm Orchestra a sorti d’autres disques avant. Du coup, que représentent ces disques et quelle est leur importance pour le groupe aujourd’hui ?

Maxime : Déjà, nous avons changé de batteur entre-temps. C’est un des changements qu’il y a eu entre cet EP et les deux précédents. Il y en a un, le tout premier, qui est sorti à peu près un an après notre formation qui était vraiment un EP de début. Nous avions sept chansons, nous étions contents et nous avons sorti ça très rapidement. Nous l’avions mixé nous-mêmes, du coup le son n’était pas top, et en le réécoutant cinq ans après, nous trouvons que ce n’était vraiment pas au niveau. La prise de conscience a vraiment eu lieu à la première écoute de l’EP mixé. Avant de l’entendre mixé, nous avions nos démos, du coup elles sonnaient à peu près aussi bien que les morceaux d’avant, mais quand nous avons reçu les versions finales du studio, nous avons réfléchi, en nous disant qu’il fallait peut-être enlever le reste. En fait, l’EP qui sort maintenant, avec un son vraiment meilleur car c’est le premier que nous faisons mixer à l’extérieur, nous en sommes nettement plus fiers que tout ce que nous avons fait avant et nous ne voulons pas que quelqu’un qui nous découvre avec les nouvelles chansons écoute ensuite les autres et soit déçu.

C’est seulement lié à une qualité de production ou d’enregistrements, ou bien il y a aussi une remise en question par rapport aux morceaux eux-mêmes ?

Maxime : Les morceaux en eux-mêmes, un peu, mais ces anciens morceaux étaient dans un style plus classic rock qu’aujourd’hui. Enfin, il faut vraiment aimer le rock pour entendre la différence, mais je pense qu’on comprendrait moins si on les comparait avec ceux d’aujourd’hui. Il y a la qualité des compositions en elles-mêmes et puis la découverte d’ajouter plus d’instruments… Même dans notre façon de nous habiller, nous opérons un changement, donc c’est un changement qui est vraiment global. Après, on parle de « premier » EP, parce que nous sommes un groupe tellement jeune que de parler de renouveau ou de choses comme ça, c’est un peu pompeux. Mais il y a clairement l’idée de nouveau départ.

« Quand nous avons reçu les versions finales du studio, nous avons réfléchi, en nous disant qu’il fallait peut-être enlever le reste. […] L’EP qui sort maintenant, nous en sommes nettement plus fiers que tout ce que nous avons fait avant et nous ne voulons pas que quelqu’un qui nous découvre avec les nouvelles chansons écoute ensuite les autres et soit déçu. »

Vous avez en quelque sorte fait disparaître ces anciens morceaux – sur Deezer par exemple il n’y a plus que les nouveaux morceaux. Ça n’a pas été mal pris par le public qui vous suivait depuis le début ?

Maxime : Nous avons peut-être eu un ou deux messages de gens qui nous ont dit qu’ils ne pouvaient plus les écouter. A ceux-là, nous leur avons envoyé les fichiers audio. Nous l’avons fait sans problème, car nous n’avons pas envie que des gens qui aimaient écouter ces chansons ne puissent plus. Après, non, pas vraiment. Nous leur avons expliqué comme je viens de t’expliquer et ils ont compris. Après, il y en a que nous jouons encore en live. Il y en a deux ou trois qui passent bien, car ce sont des morceaux qui tapent dur, mais ils sont amenés à disparaître du live aussi. Il y a par exemple sur l’EP « Motions » qui n’est jamais sorti mais qui faisait partie de cette époque et que nous avons retravaillé en piano-voix. Ce n’est pas impossible que nous en retravaillions sous d’autres versions ou que nous les remixions.

Les titres de ce nouveau « premier » EP, donc, sont le résultat de deux ans de travail. Pouvez-vous nous parler de ces deux années et comment vous avez travaillé sur cet EP ?

Maxime : Il y a eu des titres avant, mais qui ont un peu servi de base à ceux-là, ça a été la préparation. Là, ce sont les quatre titres que nous avions particulièrement envie de montrer au public. Ces dernières années, quand nous avons fait le Zebrock, et que nous l’avons gagné, nous avons joué sur la scène de la Fête de l’Huma, ça a été une énorme expérience, et à partir de là, après, il y a eu, il faut se l’avouer, un petit passage à vide, et c’est là qu’il y a eu une prise de conscience. Le Zebrock nous avait apporté énormément de choses, et avec tout ce qu’il nous a apporté, nous avons vu de nouvelles possibilités, et nous nous sommes dit que c’était le moment de faire peut-être moins de choses, mais de nous poser et de composer plus profondément.

Donc sur ces deux années-là, il n’y a que ces quatre titres-là, vous n’avez rien gardé d’autre ?

Maxime : Nous n’avons rien gardé d’autre. Nous préférons proposer moins de chansons, mais que des chansons qui collent mieux à notre univers qu’en mettre plus, avec le risque que ça ne plaise pas.

Adrien : Il y a plein de titres que nous n’avons pas gardés, en effet. Du coup, ça nous a permis de justement savoir comment nous fonctionnons et comment nous travaillions. Et à ce moment-là, nous avons eu une rapidité et une efficacité de composition qui nous ont vraiment fait grandir. Parce que là, nous avons fait quatre titres, donc ce sont les prémices, on va dire. Enfin, comme l’a dit Maxime, ce sont les quatre titres que nous voulons présenter. Et en fait, de là a découlé une attitude de travail, et nous sommes vachement plus efficaces, quand nous commençons un morceau, nous savons où nous allons… Du coup nous écrivons beaucoup de morceaux !

Maxime : Là par exemple, pendant le confinement, nous avons composé l’équivalent d’un album ! Nous avons maintenant trouvé un son et une manière de faire. Sur les nouvelles compos que nous avons faites, nous sommes allés encore plus loin dans le sens de cet EP, donc c’est très intéressant, y compris pour nous : nous nous sommes ouverts à plein de choses. La sauce a pris à fond avec Loïc, et avec Adrien, nous avons trouvé d’autres manières de composer, car nous ne pouvions plus nous voir à cause du confinement. Ça a été intéressant, il y a eu beaucoup de créativité.

Ces deux ans de travail et ce petit passage à vide ont-ils finalement été quelque chose de nécessaire qui va vous permettre d’enchaîner plus vite dans les années à venir ?

Maxime : Il n’y a plus de passage à vide, là ! Nous ne voulons plus qu’il y en ait ! Là, c’est parti ! La composition à fond, nous espérons faire un max de concerts aussi, nous en avons fait pas mal l’an dernier et nous espérons continuer. Malheureusement, maintenant, j’ai l’impression que ce ne sera pas avant 2021 – peut-être que les petits concerts à notre niveau pourront redémarrer avant, j’ai l’espoir – mais là, c’est vraiment parti. Je dirais que pendant ces deux ans, nous avons coulé les fondations, et là, nous allons construire au-dessus.

Justement, quand le confinement a été annoncé, j’imagine que c’est tombé au plus mauvais moment pour vous, car vous étiez dans un élan…

Maxime : [Rires] Un peu. Pour le live, nous avions envie de faire une belle release party sur Paris. Nous avions quelques dates en plus dans des salons de tatouages qui avaient l’air hyper sympa. Tu as dû le voir, Adrien et Loïc sont tatoués de la tête aux pieds, c’est quelque chose qui leur plaît beaucoup. Donc c’est vrai que c’est un peu dur, mais nous avons essayé d’en tirer le meilleur. Nous avons fait comme nous avons pu. Il ne faut pas se laisser abattre. Nous avons donc fait de la compo, nous réfléchissons à des clips que nous allons essayer de tourner le plus vite possible. Mais c’est vrai que ça a cassé l’élan de cet EP. Nous avons été obligés de décaler, faute de clips ; nous ne sortons pas de morceau sans clip, car un clip c’est essentiel aujourd’hui. L’EP était censé sortir en mai. Là, nous ne sommes pas encore très clairs sur les dates, nous sommes en train d’essayer de nous organiser. Nous faisons un peu au jour le jour. Nous allons essayer d’avoir un clip pour avant l’été, en juin, et je pense que l’EP va sortir en septembre.

Interview réalisée par téléphone les 11 février & 19 mai 2020 par Philippe Sliwa.
Retranscription : Robin Collas & Nicolas Gricourt.

Site officiel de Storm Orchestra : stormorchestra.com.



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