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Interview   

Stratovarius : instinct de survie


Survivre. Voilà un mot qui sied bien à Stratovarius, lui qui a connu moult changements de line-up, le groupe ne ressemblant plus en rien à celui des premières années. Le plus grand coup dur, celui qui a bien failli être fatal au groupe, a certainement été le départ du guitariste-compositeur-leader Timo Tolkki en 2008, avec, quelques années auparavant, ce fameux « incident » sur scène impliquant du pipi, suivi d’une dépression nerveuse et d’un album mal compris des fans… Mais force est de constater que le groupe a toujours su rebondir et maintient la forme, comme en témoigne Survive, justement.

Un seizième album aux allures écolo, par sa pochette et certaines thématiques abordées, pour lequel le groupe a voulu changer ses méthodes. Fini les échanges impersonnels par Dropbox, le chanteur Timo Kotipelto, le guitariste Matias Kupiainen et le claviériste Jens Johansson se sont réunis pour composer physiquement ensemble. Drôle de moment, diront certains, à l’heure des restrictions, où les groupes ont souvent dû apprendre à travailler à distance, pour opter pour une telle méthodologie, mais Stratovarius a toujours eu ce côté un peu tête brûlée. Nous parlons donc de ce nouvel album, de survie et d’écologie avec Jens Johansson, en remontant jusqu’à sa carrière pré-Stratovarius où il a eu le loisir de collaborer avec Yngwie Malmsteen et Ronnie James Dio, excusez du peu.

« Nous avons remarqué que même quand nous n’avions pas de nouvel album, notre situation live ne cessait de s’améliorer, donc je soupçonne que nous sommes en train de devenir un groupe dit ‘classique’. »

Radio Metal : Survive sort sept ans après Eternal. Même en mettant les deux années de pandémie de côté, ça fait long selon les standards de Stratovarius. Qu’est-ce qui a pris autant de temps ?

Jens Johansson (claviers) : Nous n’avons pas été complètement inactifs. Il y a quelques aspects qui expliquent ça, mais le principal est que ça coûte cher d’enregistrer des albums alors qu’on ne gagne aucun argent à en faire, donc je préfère être complètement satisfait de la musique et d’y passer autant de temps que nécessaire. Bien sûr, nous avons aussi fait l’autre album sorti en 2018 (Enigma: Intermission 2, NDLR), mais ce n’était pas un album normal, nous n’avions fait que deux nouvelles chansons et le reste étaient des titres bonus et des versions orchestrales d’autres chansons. La raison principale est que quitte à enregistrer de la musique, il fallait que ce soit aussi bon que possible. L’idée était de nous concentrer autant que nous le pouvions sur la composition, étant donné que, selon moi, on obtient de meilleures chansons quand on se réunit et qu’on commence à débattre à leur sujet. Ça permet notamment d’essayer des choses avec le chanteur, car c’est évidemment lui qui va devoir chanter les parties, donc sa participation est précieuse. Il n’y a rien de mieux que le fait de faire des essais et de voir comment ça sonne avec lui physiquement dans une pièce. On obtient deux types de réactions, soit il est là : « Ah, je n’ai pas envie de chanter ça ! », soit il est content.

Avec les précédents albums que nous avons faits, la composition se déroulait un peu plus via Dropbox et WhatsApp, c’est-à-dire qu’on écrit un tas de trucs de son côté, on met une démo dans la Dropbox et on dit : « Ecoute ce morceau. Comment aimerais-tu chanter dessus ? » Ensuite, deux mois plus tard, tout le monde fait d’autres choses et on se dit : « Peut-être qu’on devrait enregistrer cette chanson ! Ça sonne plutôt bien. » On commence à enregistrer, même si les chansons ne sont pas forcément à cent pour cent terminées ou qu’on est encore en train de débattre sur les thématiques qu’elles devraient aborder, sur les textes et sur les mots qui devraient être chantés. Du coup, en procédant comme nous l’avons fait cette fois, ça fonctionne bien mieux. Les paroles et les couches vocales étaient complètement écrites quand nous avons commencé à enregistrer la batterie. Les chansons étaient à peu près finies, alors que par le passé, je pense que nous essayions de faire plus de choses en parallèle et ce n’était pas aussi bon. C’est la version longue, mais courte de l’histoire !

On sait comment fonctionne l’industrie musicale aujourd’hui et qu’il y a de moins en moins d’argent. Est-ce que ça pourrait aussi décourager de faire des albums, surtout pour des artistes de la « vieille école » comme Stratovarius ?

Je pense que « décourager » n’est peut-être pas le bon mot, mais c’est sûr que nous étions plus sélectifs sur l’enregistrement. On prend cette habitude parce que la tendance a beaucoup changé, mais disons que si on était un groupe il y a vingt ans, le fait d’enregistrer était son boulot principal et le fait de tourner, c’était pour soutenir les enregistrements. On enregistrait des chansons pour pouvoir gagner de l’argent et ensuite la tournée était là pour promouvoir l’album – dans notre cas, nous faisions, par exemple, la tournée Visions pour soutenir l’album. Aujourd’hui, avec Spotify et tous ces trucs, c’est tout l’inverse. Les albums sont là pour soutenir les tournées, parce qu’on gagne de l’argent avec ces dernières et plus personne n’en gagne avec les albums à moins d’être Lady Gaga ou Beyoncé. D’une certaine façon, toute l’industrie musicale a été mise sens dessus dessous. Nous avons remarqué que même quand nous n’avions pas de nouvel album, notre situation live ne cessait de s’améliorer, donc je soupçonne que nous sommes en train de devenir un groupe dit « classique ». Je ne suis pas en train de dire que nous sommes aussi bons qu’Iron Maiden ou quoi, mais c’est la même idée : si Iron Maiden n’a pas de nouvel album, ils peuvent quand même tourner parce qu’ils ont vingt albums ou chansons qu’ils peuvent jouer. Je pense que plus longtemps on fait ça, plus on tombe dans cette catégorie de groupe. C’est un peu triste, mais c’est aussi bien, en un sens.

C’est principalement la faute de l’industrie musicale, à cause de ce qui est arrivé avec Spotify, YouTube et toutes ces plateformes qui, en gros, ne payent presque rien, donc on fait une démo très onéreuse pour pouvoir faire des concerts. Telle est la situation. Si tu enregistres une démo onéreuse, tu dois au moins t’assurer que les chansons sont aussi bonnes que possible, donc dans notre cas, ça a pris plus de temps. Comme je l’ai dit, notre but était d’essayer de nous réunir, et bien sûr, ça a été lourdement impacté par la pandémie. J’ai remarqué que de nombreux groupes disaient : « Oh, on a fait quelque chose de complètement nouveau. Nous avons fait cet album en utilisant Dropbox et WhatsApp ! » Nous étions là : « C’est exactement ce qu’on essayait de ne pas faire » [rires]. La pandémie a un peu contrecarré nos plans en ce sens, donc ça a pris peut-être un an et demi de plus. Mais il n’y avait aucune tournée, donc pour cette raison, ça n’avait aucun sens de sortir un album, personne ne pouvait tourner de toute façon. C’est une longue histoire impliquant l’industrie musicale, mais tel est le petit bocal à poisson dans lequel on vit tous, malheureusement.

« J’ai remarqué que de nombreux groupes disaient : ‘Oh, on a fait quelque chose de complètement nouveau. Nous avons fait cet album en utilisant Dropbox et WhatsApp !’ Nous étions là : ‘C’est exactement ce qu’on essayait de ne pas faire’ [rires]. »

En expliquant pourquoi vous avez changé le processus, tu as dit qu’après Eternal, la façon dont celui-ci se passait vous ennuyait. Pourquoi ? Est-ce à cause de ce que tu disais au sujet de la composition via Dropbox ?

Je ne dirais pas que ça nous ennuyait, mais d’une certaine façon, je poussais pour ça parce que je me disais que les chansons seraient meilleures si nous en discutions comme il faut, surtout au niveau chant et paroles. Personne d’autre que Timo dans le groupe sait chanter, donc quand nous écrivons une chanson, nous mettons une mélodie sur une partie de clavier ou de guitare, et c’est difficile d’imaginer ce que ça va donner et comment Timo se sentira quand il essayer de la chanter. Et bien sûr, si nous écrivons les paroles à la dernière minute, il n’aura pas le temps de s’entraîner pour savoir comment chanter et sa prestation ne sera pas bonne.

Tu penses que la différence est significative dans le résultat final ?

Absolument. Maintenant que l’album est sorti depuis quelques semaines, je vois à la réaction des gens qu’ils aiment beaucoup les chansons, donc je pense que c’était la bonne chose à faire. Je ne sais pas si cet album va bien marcher. Comme je l’ai dit, on fait des albums pour soutenir l’industrie des tournées, d’une certaine façon, or celle-ci est encore dans un état un peu bizarre à cause du Covid-19, mais nous espérons qu’il marchera bien. Nous essayons de mettre en place une grande tournée en Europe, mais avant ça, nous allons faire la Finlande et l’Amérique latine. Ça se profile assez bien. J’espère que nous pourrons aller au Japon, car c’est toujours amusant et ça fait des années que nous n’y sommes pas allés. On verra ! Mais jusqu’à présent, les retours sont très bons et ça marche bien dans les playlists, sur Spotify, YouTube, etc. Les gens semblent aimer !

Contrairement à la composition, l’enregistrement a été plus éparpillé à cause des circonstances, mais aimerais-tu à l’avenir appliquer à l’enregistrement ce que vous avez fait avec la composition, c’est-à-dire enregistrer davantage ensemble ?

Absolument, j’aimerais que nous fassions ça, mais il faut que je choisisse mes batailles. Il se peut que ce soit plus difficile maintenant. Matias [Kupiainen] va probablement passer de plus en plus de temps au Brésil, car il vit là-bas à mi-temps maintenant, donc rien qu’à cause de ça, ça va devenir très compliqué. Pour moi, la composition est beaucoup plus importante que la production de l’album, je pense que c’est soixante-dix pour cent du boulot alors que la production c’est trente pour cent. Matias pourrait ne pas être d’accord, mais je trouve la composition super importante. Mais j’adorerais si nous pouvions au moins être dans la même ville au moment où nous enregistrons !

On dirait aussi que de nombreux groupes se remettent à enregistrer leurs albums en live. Penses-tu que ça conviendrait à Stratovarius ?

Enregistrer en live, ce serait peut-être aller un peu loin, car ça fait vingt ou trente ans que nous avons une production très léchée, et nous faisons très rarement des jams, donc ce ne sera probablement pas adapté de faire un album en live. Mais bien sûr, nous avons fait des albums live où nous nous contentons de jouer les chansons, donc d’une certaine façon, ça donne des versions bâclées des morceaux, car c’est ce qu’on obtient lors des concerts [rires]. Je n’écarte pas totalement l’idée, mais je pense que pour notre type de musique, c’est probablement mieux si on fignole et peaufine la musique.

Dans la chanson « We Are Not Alone », on peut t’entendre jouer des sons un peu typés eurodance aux claviers. Est-ce que ce genre de musique est l’un de tes plaisirs coupables ?

Pas vraiment. C’est surtout l’idée de Lauri [Porra], car c’est lui qui a écrit cette chanson. Il avait mis des sons plus EDM sur sa démo. J’ai proposé un tas de sons alternatifs, mais j’ai fini par opter pour ce qu’il voulait cette fois. J’écoute un peu de ce genre de musique – peut-être pas les gros tubes, mais parfois dans les jeux vidéo, il y a des musiques étranges qui sont intéressantes – mais je n’en suis pas un grand consommateur. Et honnêtement, je ne crois pas que ce soit le cas de Lauri non plus [rires]. Il était là : « J’ai entendu parler d’EDM, c’est vachement à la mode. » J’ai rétorqué : « Oui, il y a vingt ans ! » « J’ai entendu parler d’un truc qu’ils appellent le son Hoover, ça sonne moderne ! » « Oui, en 1994… » Je pense que c’est ainsi que ça se passe quand on compose une chanson, on entend des choses dans sa tête et très souvent, quand on fait des démos, on a envie de garder ce qu’on a mis dessus. Ça peut être parfois difficile de faire dévier les gens de ce qu’ils avaient sur leurs démos, en termes de mélodies vocales, d’idées générales, de breaks de batterie ou de claviers, mais ça ne me dérange pas, ça va.

« Nous avons commencé les enregistrements en août 2021 et encore plus de merdes ont eu lieu depuis, donc je pense que ça colle bien. Mais j’espérais qu’au moment où l’album sortirait, les choses se seraient améliorées, mais malheureusement, ce n’est pas le cas ! »

L’album s’intitule Survive et le morceau d’ouverture est la chanson éponyme qui est très positive et donne de la force. Penses-tu qu’après deux années de pandémie difficiles, sachant qu’on a en plus maintenant le retour de la guerre en Europe, une telle chanson et un tel album est ce que les gens ont besoin d’entendre ?

C’est possible. Nous avons terminé cette chanson l’an dernier pendant l’été et je pense que nous avons eu le titre de l’album et de la chanson à peu près au même moment. On réfléchit à ce genre de chose pendant qu’on écrit, on met sur papier des trucs qui sonnent bien et on essaye de trouver des mots qui ont du sens. Il y a plein d’autres chansons qui auraient probablement été bonnes mais que nous n’avons pas enregistrées. Nous avions quelque chose comme vingt-cinq ou vingt-six idées différentes, même si certaines n’étaient pas terminées. Nous n’avons pas pensé qu’il y aurait peut-être une guerre un an et demi plus tard, nous ne nous en doutions pas du tout, et la pandémie était en train de se relâcher. Pas mal de chansons traitent du sujet du changement climatique et ça, bien sûr, ça ne disparaîtra pas de sitôt. Je pense que certains textes sont un peu sinistres parce que nous ne voulions pas avoir des paroles qui donnent dans le cliché du power metal, c’est-à-dire sur les dragons, les épées, etc. Nous voulions que ça parle de choses dont nous nous soucions, je suppose.

C’est important d’avoir un équilibre entre le côté sinistre de certains textes et la musique qui est plus optimiste et sur laquelle on peut chanter en chœur ?

Tu as probablement raison. Aujourd’hui, il y a soixante-dix pour cent de ce côté morose. Ce serait super si on pouvait revenir dans le passé et qu’il y ait un bouton pour réduire ça à quarante-cinq pour cent, mais ça ne fonctionne pas ainsi. On travaille avec les chansons qu’on estime être les meilleures et parfois les textes sont déjà terminés ou on a une idée ou un concept, donc je pense que ça s’est fait tout seul, c’est vraiment aléatoire. Ça peut donner l’impression d’un plan qui a été bien réfléchi quand on regarde l’album dans sa globalité, mais il s’agissait juste de choisir les chansons dont tout le monde était content et nous sommes tombés sur cette proportion par accident.

Soit dit en passant, le groupe est finlandais. La Finlande étant voisine de la Russie et son gouvernement ayant demandé à entrer dans l’OTAN, comment les gens là-bas gèrent-ils la situation actuelle ? Comment est l’atmosphère là-bas avec ce qui s’est passé ces six derniers mois ?

Je pense que les Finlandais sont très pro-Ukraine car ils ont connu une situation plus ou moins similaire durant la Seconde Guerre mondiale quand l’Union soviétique a essayé d’envahir la Finlande. Ils savent ce que ça fait d’être dans la position d’un petit pays que la Russie a envie d’envahir, donc il n’y a pas beaucoup de pro-Russes en Finlande. Je dirais aussi qu’après avoir vécu cinquante ans à côté de la Russie, il y a un certain pragmatisme, ils regardent les choses différemment. La Finlande a été un partenaire commercial de l’Union soviétique et maintenant elle commerce avec la Fédération de Russie, donc il y a aussi un aspect réaliste là-derrière. Ils sont pro-Ukraine et certaines personnes détestent probablement les Russes, mais je pense que traditionnellement, il y a une forme de compréhension envers la Russie, car il y a eu beaucoup de commerce et ce sont des voisins, donc ce sont des émotions mitigées. Je pense que tout le monde est content de rejoindre l’OTAN parce que les gens ont peur d’être eux aussi envahis. Je ne sais pas à quel point cette menace est sérieuse. Je ne crois pas que la Russie envahirait la Finlande ou la Suède de sitôt, mais on ne sait jamais.

Il y a un message écologique qu’on retrouve clairement sur l’artwork. L’environnement et le futur de l’humanité ont toujours été des thèmes importants et récurrents dans la musique de Stratovarius. Les circonstances et le contexte dans lesquels cet album a été créé ont-ils été particulièrement inspirants pour vous ?

Je pense, oui. Nous nous sommes souvent retrouvés durant l’été et il y avait pas mal de feux de forêt autour de nous. Normalement, il fait environ vingt ou vingt-deux degrés et là il faisait trente degrés, le soleil brillait pendant des semaines et il y avait ces feux de forêt, donc ça a tendance à un peu influencer ta perception. Mais comme je l’ai dit, le fait que les paroles soient très centrées sur ces thèmes, c’est un peu un hasard, en raison du choix des chansons. Au final, quand tout a été réuni, avec le titre de l’album, la chanson éponyme et l’artwork, tout coïncidait. Le monde n’est pas devenu moins merdique quand nous avons enregistré l’album. Nous avons commencé les enregistrements en août 2021 et encore plus de merdes ont eu lieu depuis, donc je pense que ça colle bien. Mais j’espérais qu’au moment où l’album sortirait, les choses se seraient améliorées, mais malheureusement, ce n’est pas le cas !

« Je sais que la position normale pour les musiciens est d’être un peu à gauche et de détester Trump, et je ne vais pas le défendre, mais c’est un gros problème quand quelqu’un dit quelque chose de juste et est discrédité simplement parce qu’il se trouve que c’est Donald Trump qui le dit. S’il a raison, il a raison. »

Surtout en tant que groupe qui tourne dans le monde entier, prenez-vous des actions ou avez-vous des comportements particuliers en faveur de l’environnement ?

Je pense que ces problèmes sont tellement grands qu’ils doivent être résolus au niveau gouvernemental. Je ne suis pas en train de dire que c’est complètement inutile, mais ça reviendrait à déporter le problème sur les gens en bas de l’échelle. Je pense que nombre de ces problèmes doivent être résolus par des décisions politiques, des décisions qui doivent être prises à un haut niveau. En l’occurrence, je suis favorable à l’énergie nucléaire parce que ça ne produit pas d’émission de carbone, alors qu’on a ces mouvements écolos qui disent ne pas vouloir de cette énergie car elle n’est pas renouvelable ou peu importe. Mais je pense qu’on doit faire quelque chose, car ce ne sera pas facile d’augmenter le nombre de térawattheure afin de subvenir à nos besoins avec d’autres sources d’énergie. C’est malheureux que parfois il faille choisir le moindre mal, mais je pense que c’est le cas de l’énergie nucléaire. On s’est un peu tiré une balle dans le pied en Europe, comme en Allemagne, qui a démantelé son parc nucléaire. Je sais que Greta Thunberg était là : « Non, on ne devrait pas avoir d’énergie nucléaire » et maintenant elle a changé d’avis, genre : « Merde, on pourrait avoir besoin de ça… » [Rires] Mais bien sûr, avec tout ce baratin sur le sujet, on perd de nombreuses années de développement. Je ne suis pas particulièrement politique, car je trouve que nombre de ces partis politiques font des choses stupides. Donc je ne sais vraiment pas, je suis un petit peu comme Lemmy là-dessus, la politique ce n’est que des conneries ! [Rires]

On voit clairement que l’énergie est un sujet complexe…

Ça l’est. Je sais que la position normale pour les musiciens est d’être un peu à gauche et de détester Trump, et je ne vais pas le défendre ou quoi que ce soit, mais il a dit dans un discours à un moment donné, il a trois ou quatre ans : « L’Allemagne, vous êtes fous ! Vous achetez du gaz à la Russie et démantelez votre parc nucléaire, ça ne va pas bien finir. » Les gens étaient là : « Ha ha ha. Quel idiot. » Mais bien sûr, il avait raison. Je trouve que c’est un gros problème quand quelqu’un dit quelque chose de juste et est discrédité simplement parce qu’il se trouve que c’est Donald Trump qui le dit. S’il a raison, il a raison. Les gens qui n’aiment pas Trump diront qu’il ne peut pas avoir raison, mais dans ce cas, en fait, il avait raison.

On voit une décharge avec plusieurs objets brisés sur l’artwork de l’album : une tablette, un smartphone et même un CD de Stratovarius. Penses-tu qu’on soit allés trop loin avec notre consumérisme, surtout avec tous ces objets technologiques ? Soutiendrais-tu même la décroissance ?

Je ne pense pas. Nous avons suggéré cette espèce de terrain vague à l’artiste et pour la blague, j’ai dit : « Peut-être que tu peux aussi y mettre un CD de Stratovarius. » Ça représente un genre de désert où l’humanité ne joue plus forcément un grand rôle. Je préfèrerais largement qu’on transforme le pétrole en plastique plutôt que de le brûler. Si tout ce qu’on voit sur la pochette finit dans une décharge, au moins c’est dans la décharge et pas dans l’atmosphère… Je ne suis pas un anticonsumériste, je suis plutôt un anti-émission de gaz à effet de serre. Les gens devraient consommer, mais en faisant attention à leurs émissions de gaz. En dehors de ça, je pense que tout ira bien. A bien des égards, les choses deviennent de plus en plus efficaces. Il y a de gros problèmes, mais avec un peu chance, il y aura une fin heureuse. Evidemment, quand on fait un album de metal, on peut avoir envie de mettre un crâne dessus. Je crois que c’était l’idée de Havancsák Gyula de mettre un crâne avec une fleur sur l’artwork. Je lui ai envoyé quelques vagues idées en guise de suggestions, et l’une d’entre elles était une image du film Wall-E où on voit une chaussure avec une plante qui pousse dedans. Il a pris l’idée de la plante qui pousse et l’a intégrée au crâne, et je trouve que c’est une très bonne idée. Quand il a eu cette idée, j’ai dit : « Mets peut-être un smartphone ou l’un de nos CD là-dedans. » Il avait un CD qui traînait, donc il l’a mis sur la pochette. C’est une sorte de photo qu’il a prise et il a peint par-dessus.

D’ailleurs, parmi tous vos albums, lequel jetterais-tu comme ça dans une décharge ?

Plein de gens pensent que nous avons dû vouloir dire quelque chose avec ça, que nous n’aimions pas cet album ou quoi, mais ce n’est pas vrai. Il se trouve juste que c’était celui qui traînait. Ce n’est pas un message sur la musique ou un quelconque membre du groupe. J’ai écrit un e-mail : « Eh, ce ne serait pas super si tu mettais un de nos CD là-dessus ? » Evidemment, si on évoque l’anti-consumérisme, il faut dire que les gens ne devraient pas non plus acheter de CD parce que c’est du plastique, et puis on ne devrait pas être trop imbu de soi-même. Le plus cool, ça aurait été si nous avions pu avoir le design de l’album Survive pour que ce soit lui dans la décharge, mais bien sûr, au moment où il a pris cette photo, nous ne savions pas à quoi allait ressembler la pochette. Mais ils ont pressé des CD et symboliquement, ça aurait été idéal de voir dans les détritus le vrai CD qu’on tient entre nos mains, mais ce n’était pas possible, car quand il a pris la photo, le CD n’était pas encore fabriqué, nous n’avions même pas encore fini d’enregistrer le chant. Mais non, dans la vraie vie, je garde mes CD. Si je les jette, quelqu’un les brûlera et ça produira du dioxyde de carbone. Je plaisante ! A la limite, il y a peut-être un best-of où je pourrais me dire : « Pourquoi ont-ils fait celui-là ? », comme The Chosen Ones. Quand nous avons quitté le label, ils ont immédiatement fait un best-of avec un horrible artwork fait pour avoir l’air drôle. La pochette représente cinq gars qui nous ressemblent mais qui sont en fait des élans en train de vomir et il y a une mer de vomit vert. T’es là : « Quoi ? » [Rires] Mais c’est aussi un bon album, je ne suis pas en train de dire qu’il est mauvais, ce n’est juste pas mon préféré.

« Timo Tolkki parle de faire une reformation, mais je crois qu’il ne réalise pas qu’on ne peut pas remonter le temps et il n’aimerait plus l’industrie musicale telle qu’elle est à notre niveau. »

L’idée de survie peut aussi faire référence à l’histoire du groupe et à sa longévité. Qu’est-ce qu’il faut pour durer aussi longtemps et survivre à toutes les difficultés ?

Encore une fois, une réponse très ennuyeuse, mais il s’agit de bien gérer l’aspect business et je pense que s’il y a une chose que nous avons faite comme il faut, c’est le partage des revenus. Peu importe qui est dans le groupe, ils reçoivent tous un cinquième du revenu total, pour qu’il n’y ait pas ce côté « eux et nous » où il y aurait des patrons dans le groupe et les autres seraient des employés. Nous sommes un groupe relativement démocratique et nous partageons équitablement. Je pense que ça court-circuite toutes les conneries qu’on voit en temps normalement dans les groupes, où des gens commencent à se détester ou à se demander : « Pourquoi est-ce qu’il gagne plus d’argent que moi ? » Bien sûr, c’est un business et les gens en vivent. Si nous devons faire quelque chose de difficile, disons que nous avons une tournée de deux mois avec très peu d’argent, c’est plus facile de motiver les gens à faire ça s’ils savent que tout le monde gagnera la même somme aujourd’hui et dans le futur. Nous savons que nous investissons de notre temps, mais ce n’est pas comme si nous le faisions pour quelqu’un d’autre, nous le faisons pour nous-mêmes. Je pense que c’est important et c’est la raison pour laquelle nous existons depuis si longtemps, car nous avons conservé ce genre de principe.

En parlant de survie, probablement que le pire moment dans la carrière du groupe était quand Timo Tolkki est parti en 2008. Maintenant que vous avez du recul, comment vois-tu toute cette période ?

Timo Tolkki est un gars hyper sensible. Disons que si on est tous dotés d’antennes normales, lui a une énorme antenne qui capte toutes les émotions. C’était donc probablement nécessaire qu’il parte. Il n’aurait pas aimé être là entre 2007 et 2011 parce que, vu la direction que prenait le groupe, il n’était pas heureux dans la vie et ça aurait empiré avec la tournure que pouvaient prendre les choses. Avec le recul, c’était probablement nécessaire. Bien sûr, je sais qu’à l’époque il se disait qu’il avait fait une erreur et qu’il aurait dû rester dans le groupe. Il voulait revenir, il voulait récupérer le nom, il voulait tuer le groupe et tout ça. Nous n’avions pas d’autre choix que de faire face à la situation et je pense que nous nous sommes très bien débrouillés, c’est devenu quelque chose de complètement différent et c’était nécessaire. En y repensant, je me dis que nous n’aurions de toute façon pas pu continuer comme ça, mais Timo Tolkki a été le premier à s’en rendre compte grâce à ses grandes antennes. C’était nécessaire pour nous comme pour lui. Maintenant il parle de faire une reformation, mais je crois qu’il ne réalise pas qu’on ne peut pas remonter le temps et il n’aimerait plus l’industrie musicale telle qu’elle est à notre niveau. Je sais qu’il fait d’autres trucs, avec une certaine nostalgie, je crois qu’il fait des concerts au Mexique ; il n’enregistre plus tellement, mais il fait des concerts. Il n’aimerait pas revenir dans ce business à notre niveau car toutes ces tournées, c’est un peu moche et repoussant.

Il vous a demandé de vous reformer ?

Non, mais je crois qu’il en a parfois parlé dans la presse. J’ai déjeuner avec lui il n’y a pas très longtemps, il y a peut-être environ trois mois, et il a amené le sujet : « On devrait faire quelque chose. » J’ai dit : « Ouais, peut-être… » mais c’est dur d’imaginer ce que ce « quelque chose » pourrait être en impliquant également tous les autres.

Je me souviens, vers la fin de l’ère Timo Tolkki, d’une histoire où tu avais fait pipi sur lui sur scène…

Oh, oui, c’était en 2003 ou 2004. Timo Tolkki a eu cette idée que nous devrions faire comme si le groupe s’était séparé, que tout le monde était furieux les uns contre les autres, alors que ce n’était pas vrai. Donc il m’a dit : « Il faut que tu me pisses dessus sur scène ! » Ça faisait partie de ce jeu qu’il voulait jouer avec le public, j’imagine. J’étais là : « Bon, ok. » Je suis un bon petit soldat, je n’étais pas timide, donc je l’ai fait pendant qu’il était en train de jouer un morceau acoustique sur scène, mais c’était complètement quelque chose qu’il avait planifié. Je crois qu’il y avait quelques journalistes ce soir-là et il a simulé qu’on lui avait donné un coup de poing dans la rue et que quelqu’un avait essayé de le poignarder, il avait même fait appel à un maquilleur pour mettre du faux sang sur son bras. Il essayait d’attirer l’attention des médias, mais bien sûr, ça n’a pas marché ! Deux ou trois mois plus tard, il a réalisé : « Qu’est-ce que j’ai fait ? » [Rires] Il s’en est beaucoup voulu. Comme on vient d’en parler, deux ans plus tard, il a quitté le groupe. Ça a évidemment créé beaucoup de problèmes. Il voulait un maximum de psychodrames et d’attention de la part des médias en prévision de la sortie de l’album sans titre sorti en 2005, mais ça n’a pas vraiment marché. Je suppose que ce n’était pas seulement de sa faute, j’aurais aussi probablement dû l’arrêter, mais à la place, j’étais là : « Oh, peut-être que c’est une super idée. »

L’autre chose qui s’est passée était que le label a presque fait faillite, donc l’album a été retardé de six mois. Je pense qu’il voulait faire de cet album le nouveau Black Album de Metallica ou quelque chose comme ça, mais bien sûr, tout a été mal planifié et il a été hospitalisé pour une dépression nerveuse peu de temps après l’incident du pipi et de la fausse agression. J’imagine que c’était un pari qui a échoué, mais je trouve quand même que l’album est correct. Il n’est sans doute pas aussi bon que le Black Album de Metallica, mais du point de vue musical, nous avions essayé une approche metal symphonique sur les albums précédents et cette fois, c’était une approche plus hard. Je ne trouve pas que ce soit de mauvaises chansons, ça aurait pu marcher sans tout ce qui a foiré, comme la dépression nerveuse. Le pipi n’était absolument pas la pire partie de l’histoire, c’était juste un étrange service que je lui ai rendu [rires]. C’était une époque bizarre ! Nous lui faisions tous confiance, mais nous étions tous là : « T’es vraiment sûr de ton coup ? Ça paraît un peu dingue. » Je suis probablement la deuxième personne la plus fautive car j’aurais pu dire que c’était stupide et que nous ne devrions pas faire ça, il m’aurait peut-être écouté, mais je ne l’ai pas fait et c’est dommage. Je ne faisais pas attention. Je me suis dit qu’il devait savoir ce qu’il faisait, donc s’il me demandait de lui pisser dessus, je lui pissais dessus.

« Je me disais que Timo Tolkki devait savoir ce qu’il faisait, donc s’il me demandait de lui pisser dessus, je lui pissais dessus. »

Stratovarius s’est formé en 1984 avec des gens complètements différents de ceux qu’on retrouve dans le groupe aujourd’hui. Comment vois-tu ces premières années avant Fourth Dimension ? As-tu l’impression que c’est un tout autre groupe ou bien le reconnais-tu comme étant lié au Stratovarius actuel ?

Je pense que c’est complètement différent. Le line-up entier a déjà été remplacé deux fois, donc c’est presque comme un club de football, genre Milan ou Liverpool. Il n’y a pas les mêmes gens qu’en 1985. Nous avons le même nom, mais les gens ont déjà été changés à deux reprises. Le chanteur est très important. Je pense qu’on peut compter les époques de n’importe quel groupe suivant qui était le chanteur. L’époque Kotipelto actuelle de Stratovarius est, évidemment, celle qui a le plus de succès. Nous essayons simplement de rester pertinents. Mais comme je l’ai dit, on tourne beaucoup de nos jours. Le travail d’enregistrement n’importe pas beaucoup, donc il y a toujours cette peur de devenir un pur groupe nostalgique qui ne joue que des morceaux des deux premiers albums ou quelque chose comme ça. J’espère que nous trouvons un juste équilibre, mais je ne sais pas à quoi ressembleront les cinq prochaines années, on verra.

A la différence de Timo Kotipelto, tu as eu une carrière assez riche avant de rejoindre Stratovarius. Quels ont été pour toi les moments les plus mémorables de ta carrière pré-Stratovarius ?

Nous avons fait pas mal de choses intéressantes avec Yngwie Malmsteen. Nous avons voyagé dans des endroits qui n’existent même plus ; par exemple, nous sommes allés en Union soviétique, c’était assez intéressant. En dehors de ça, le fait de jouer avec Ronnie James Dio que j’avais beaucoup écouté quand j’étais gamin était spécial, en un sens. Beaucoup de choses se sont passées en très peu de temps car tout le monde était jeune et c’était les années 80. Nous avons aussi fait de très grands concerts. Une fois, nous avons joué devant soixante-dix mille personnes à San Francisco avec le groupe d’Yngwie. Le fait de jouer dans différents groupes avec Joe Lynn Turner et Ronnie Dio en l’espace de seulement trois ans était très intéressant. Dix ans plus tôt, j’allais à l’école et on écoutait Joe Lynn Turner et Ronnie Dio en tant que fans de metal. J’ai aussi rencontré des gens comme Bob Daisley qu’on écoutait aussi en tant que fans… En dehors de ça, je me suis beaucoup amusé !

Tu étais surtout connu pour avoir joué avec Yngwie Malmsteen, mais tu as effectivement enregistré l’album Lock Up The Wolves de Dio. Quels sont tes souvenirs de cette période ?

Ça n’a pas duré longtemps. L’histoire, c’est qu’il avait son groupe dans les années 80 et il avait énormément de succès, il avait des disques de platine. Il vendait un million d’exemplaires physiques de ses albums, ce qui aujourd’hui serait faramineux. C’est à se demander comment c’est possible. Je crois qu’il a vendu un million de vinyles et de CD pour The Last In Line. A la fin des années 80, la scène était un peu en train de changer, le grunge arrivait et je pense qu’il s’en rendait compte. La maison de disques te met aussi une grosse pression quand tu as un disque de platine, elle te donne une grosse avance dans l’espoir que tu vendes à nouveau un million d’exemplaires, donc tu dois répondre aux attentes du label. Je pense qu’il a essayé de faire un album un petit peu grungy, et pas aussi pop ou hair metal que l’album précédent et il avait un peu du mal parce que ce qui en a résulté n’était probablement pas le son qu’il avait en tête. Il voyait ça comme étant encore plus heavy, genre à la Black Sabbath. Je dis toujours que quand il a fait Angry Machines, cette époque de Dio était probablement plus proche de ce qu’il cherchait à faire avec Lock Up The Wolves. En ayant un pied dans les années 80, c’était difficile de s’adapter. Je sais qu’il était frustré et à un moment donné, il a viré tout son groupe. Il avait ce nouveau guitariste, Rowan [Robertson], qui faisait partie du groupe, mais tous les autres ont été dégagés. Ensuite, il s’est constitué un nouveau line-up et j’en faisais partie. Je dirais que quatre-vingt pour cent des musiques étaient écrites et il essayait de faire un album plus grungy de Dio.

Je crois que l’album a marché correctement, mais bien sûr, pour le label qui voulait en vendre un million d’exemplaires, c’était un flop, car il ne s’est vendu qu’à cent cinquante mille exemplaires, ce qui serait énorme dans le monde d’aujourd’hui, mais pour lui en 1990, c’était un échec. Je sais qu’il était là : « Merde, qu’est-ce que je vais faire de ma vie ? » Après ça, il a rejoint Black Sabbath pendant quelque temps et il a fait Strange Highways. C’était une période de transition pour lui et comme vous le savez, il a fait de la musique de qualité après, mais c’est devenu encore plus dur. Je trouve qu’il a fait certains de ses meilleurs morceaux dans les années 90 mais la plupart des gens ne le voient pas ainsi, car son succès commercial était dans les années 80, c’était plus facile pour lui de faire des albums car la scène le soutenait. Dans les années 90, il était confronté à plus de résistance, mais je trouve que c’était tout aussi intéressant. Bien sûr The Last In Line et le premier album sont géniaux, et il y a eu de bons albums ensuite, mais je pense que Lock Up The Wolves était un peu une transition entre le hair metal des années 80 et le grunge des années 90, et il y avait aussi ces questionnements sur ce qu’il devait faire de sa vie. Je sais qu’il commençait à flirter avec les gars de Sabbath et il a fait Heaven And Hell plus tard, et sa carrière solo n’était plus aussi sérieuse, d’une certaine façon, il tentait des choses, ce qui est bien, en un sens.

« Yngwie Malmsteen n’est pas une mauvaise personne, mais il est hyper têtu et il enregistrerait sans doute des musiques plus intéressantes s’il écoutait quelqu’un d’autre, un producteur, des musiciens ou n’importe qui. »

Récemment, Yngwie nous a dit qu’il ne collaborait avec personne. Il a dit que « c’est comme si on disait que le cinquième violoncelle dans le Concerto Brandebourgeois collabore avec Johann Sebastian Bach. Non, il joue ce qu’il y a sur la partition. » Quelle a été ton expérience de « non-collaboration » avec lui, si je puis dire ?

Il se peut que ça se passe ainsi maintenant, mais pas dans les années 80, car nous étions tous des gamins, c’était plus du donnant donnant. C’était avant qu’il prenne la stature qu’il a aujourd’hui, car il n’était pas célèbre à l’époque. La première fois que je l’ai rencontré, nous étions aussi inconnus l’un que l’autre, nous étions juste deux gamins suédois. Donc, c’est peut-être vrai aujourd’hui, mais pas à l’époque. C’est devenu vrai avec le temps. Je pense qu’il aimait cette idée. Quand tu as des idées, tu n’as évidemment pas envie que quelqu’un d’autre fasse n’importe quoi avec, mais je pense – et ça vaut pour Stratovarius – que la musique est meilleure quand on en discute avec des gens qui eux aussi savent de quoi ils parlent, quand on a un deuxième avis et qu’on doit défendre son idée. J’ai bien peur qu’aujourd’hui, il n’a pas à défendre ses idées auprès de quiconque. Quoi qu’il fasse, les gens doivent le jouer, c’est exactement comme Bach et son Concerto Brandebourgeois – c’est sûr que le cinquième violoncelle ne discute pas. D’un autre côté, je ne suis pas certain qu’il atteigne le niveau de Bach. Peut-être que ce serait bien pour lui qu’il ait quelqu’un avec qui débattre. Avec Stratovarius, nous nous sommes volontairement mis dans une situation où nous devions nous confronter les uns aux autres et discuter des morceaux, au lieu d’échanger par le biais de la Dropbox. Donc, si c’est sa vision de la chose, peut-être qu’il devrait changer d’avis, mais je ne pense pas qu’il le fera, car c’est quelqu’un de très têtu. Je lui souhaite bonne chance. Je ne suis pas en train de dire que c’est une mauvaise personne ou quoi que ce soit, mais il est hyper têtu et il enregistrerait sans doute des musiques plus intéressantes s’il écoutait quelqu’un d’autre, un producteur, des musiciens ou n’importe qui.

Il n’était pas aussi têtu à l’époque ?

Il a toujours été très têtu, mais maintenant, il l’est en étant assis dans cette très grande forteresse. C’est Yngwie Malmsteen et il peut dire à n’importe qui d’aller se faire foutre. A l’époque, il était têtu, mais nous étions tous nouveaux et nous venions de Suède, donc c’était une autre forme de d’entêtement. Il n’est pas têtu pour être têtu, il n’essaye pas de jouer au con. Il est authentiquement têtu. C’est un trait de caractère et c’est ce qui lui a permis d’arriver là où il est. C’est probablement vrai maintenant, je n’ai pas joué dans son groupe depuis trente ans, mais ce n’était pas comme ça dans les années 80. Je pense que s’il était intelligent, il s’exposerait à davantage de discussions pour voir ce que ça donne, il pourrait être surpris.

Interview réalisée par téléphone le 19 octobre 2022 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Emilie Bardalou.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Jarmo Katila.

Site officiel de Stratovarius : stratovarius.com

Acheter l’album Survive.



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  • excellente interview avec un Johansson lucide à bien des égards sur la vie sociétale et l’environnement.
    Stratovarius existe bien sans son guitariste originel grâce à l’intelligence de ses autres musiciens qui ont trouvé des ressources pour toujours faire briller le genre « le power métal optimiste ».
    Super dernier album :vivement une tournée prochaine pour les retrouver

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