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Chronique   

Strigoi – Viscera


Alors que vient de sortir le nouvel album de Bloodbath, ce club de gentlemen du metal réunis autour du culte du death old school auquel Nick Holmes de Paradise Lost prête sa voix, c’est au tour de Greg Mackintosh, guitariste des Anglais, d’offrir un nouvel épisode de ses escapades en terrain fangeux. Cependant, alors que Bloodbath applique une formule assez rudimentaire dont la vocation ne dépasse pas l’hommage à l’âge d’or du death metal, Strigoi démontre une ambition plus personnelle. Entre Vallenfyre — projet cathartique mené par Greg Mackintosh suite au décès de son père — et Strigoi, l’écart est mince, mais commence à se dessiner plus nettement. A la fois exutoire débridé et retour nostalgique sur les sons de son adolescence, Vallenfyre amalgamait à un death originel fortement chargé de doom des fragments de grindcore, de crust punk et de black metal en un défouloir que le premier album de Strigoi canalisa un peu. La limite entre les deux projets tenait surtout initialement à la raison d’être particulière de Vallenfyre, naturellement parvenue à son terme. Le chapitre du deuil refermé, Strigoi en ouvrait un nouveau, peu différent sur le fond, mais remanié sur la forme. Les inspirations musicales, similaires, y bénéficiaient d’un travail plus approfondi et d’un traitement moins chaotique.

Dans les contrées roumaines où ils ont été observés, les strigoi sont des défunts à l’esprit tourmenté qui reviennent persécuter les vivants et absorber leur force vitale. Une mission qui ressemble à celle que se sont fixée Greg Mackintosh et son acolyte Chris Casket. Leur première création prônait l’abandon de toute foi ; la deuxième n’en redonne aucune. C’est sur le plan de la cohérence que cette nouvelle manifestation de la bête surpasse la première. Moins éparpillé stylistiquement, Viscera rassemble ses forces pour mieux asséner sa vision sans appel d’un monde où seules la solitude, la souffrance et la cruauté sont des réalités palpables. Death, doom, black, les composés sont les mêmes, mais leur répartition est plus minutieusement réfléchie et affirmée (les tendances doom s’étalent sur des compositions de plus de six minutes tandis que les claques de death brut avoinent en deux minutes et demie). Le but que Strigoi s’était fixé, créer une fresque structurée, forte d’une certaine portée dramatique, y est superbement atteint.

« United In Viscera » ouvre l’album sur un death-doom oppressant, ourlé de guitares lead à la Paradise Lost, mais aussitôt, « King Of All Terror », en un sursaut de blast beats et de cris d’épouvante, nous arrache à cette sombre léthargie presque confortable. Puis le morceau retombe en une paire de minutes d’un death metal hargneux à un death-doom terrassant. Le corps s’enlise dans le fiel et les larmes mêlés, tandis qu’un riff de guitare lancinant vrille la chair jusqu’à la moelle. Minoritaires, les courtes décharges de brutalité pure ne sont pas pour autant sans effet. Toujours plus intéressés par la noirceur du monde tel qu’il est que par celle d’hypothétiques mondes imaginaires, Greg Mackintosh et Chris Casket s’alarment de l’abolition de la liberté par les tenants d’un monde globalisé à travers « Napalm Frost », rare incursion dans le grindcore de l’album, comme le clin d’œil de son titre le laisse deviner. En fin d’album, « Redeemer », rouleau compresseur carburant au dégoût de l’espèce humaine, achève ceux qui respirent encore.

Riffs tournoyants, growls extraits de profondeurs viscérales et bruits d’outre-tombe posent l’ambiance intensément funèbre d’« Ocean Of Blood », évocation des conflits existentiels et de « l’horreur de la condition humaine », selon le groupe. Greg Mackintosh y délivre encore une variété de lignes de guitare lead poignantes, qui ravivent le souvenir de Paradise Lost, en y ajoutant la pointe de morbidité propre à Strigoi. Bien plus que dans les précédentes œuvres solos de Greg Mackintosh, l’ombre de Paradise Lost est ici omniprésente, rappelée par la grandeur tragique que le musicien parvient à déployer. Les parties de guitare, souvent magistrales, des riffs rythmiques écrasants aux phases lead déchirantes, en passant par quelques mesures de tremolo picking pour achever le travail de sape, y jouent un rôle majeur. Les proportions du cocktail death/doom se sont inversées, passant d’un death teinté de doom à un doom teinté de death, de telle sorte que le sentiment de tristesse l’emporte légèrement sur le sentiment d’horreur. Nombre de morceaux, portés par le mixage de Kurt Ballou, atteignent des sommets d’intensité et surtout, l’attention portée aux arrangements donne corps à ce flot continu de détresse et d’acrimonie : les chœurs lugubres de « Bathed In A Black Sun » accompagnent les growls profonds de Greg Mackintosh tel un tourment engloutissant irrémédiablement l’esprit, ceux de « Byzantine Tragedy », mêlés à des riffs aigus comme des lames, portent toute la nature viciée de la religion que dénonce le groupe.

« Viscera » : rarement un titre aura semblé si approprié à un album tant celui-ci sonne comme une émanation directe d’entrailles tordues d’angoisse. À l’image du dégorgement de noirs boyaux figuré sur la pochette, chaque morceau est un fragment de tripes craché, tout empesé de bile, à la face du monde. Nulle lumière ne filtre, nul espoir n’est permis : « I must escape this blackness », gronde Greg Mackintosh en une plainte vaine dans « Hollow »…

Clip vidéo de la chanson « An Ocean Of Blood » :

La chanson « King Of All Terror » :

Clip vidéo de la chanson « Hollow » :

Album Viscera, sortie le 30 septembre 2022 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



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  • Pas mal du tout. Mais pourquoi donc RAdio metal, renvoyez-vous le achat de l’album sur Amazon ? ça fait chier.

    [Reply]

    Je m’étais posé la question aussi, surtout que souvent les albums concernés sont sur Bandcamp. Mon hypothèse est que ce sont des liens sponsorisés et que ça aide RM à vivre, donc j’ai un peu fait mon deuil.
    Les MP3 (sans DRM, c’est déjà ça) de Amazon Music me servent d’ailleurs parfois de solution de repli quand un truc n’est pas sur BC et que je ne veux pas m’encombrer d’un disque. J’ai un peu honte mais bon, pour Soen, Katatonia, Leprous et compagnie…

    Hey ! Non on gagne pas d’argent dessus et c’est juste un mauvais réflexe que l’on a depuis longtemps et il faut qu’on mette le lien de la Fnac.

    Spaceman

    En fait, si techniquement on devrait gagner de l’argent dessus (pas beaucoup ceci dit, je pense, mais je n’ai pas vérifié), c’est juste que tu n’as jamais réclamé ton dû Amaury 🙂

    Ben file moi 5000 euros alors Nico pour compenser !!! Nan bah c’est tellement infime que j’ai pas fait gaffe. Je vais voir avec ma comptable car elle a les traces comptables de notre compte Amazon.

    Haha cet échange m’a fait rire comme un abruti en pleine réunion.
    Ouais bon après la Fnac ils m’ont traumatisé en mettant une fois un bon mois à se rendre compte qu’ils ne retrouvaient plus leur exemplaire d’un album de Gris, et pendant ce temps ils n’expédiaient pas le reste de la commande, haha.

    Bon, en attendant : https://strigoiofficial.bandcamp.com/

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