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Interview   

Stubora reste têtu


« La vie continue ». Pas d’optimisme dans une telle maxime, juste un fait. Qu’on y soit préparé ou non, qu’on ait des projets ou non, qu’on soit heureux, malheureux, en bonne santé ou malade, la Terre continue de tourner, on ne peut rien faire d’autre que l’accepter. En l’occurrence, la crise sanitaire que l’on vit actuellement force à continuer nos vies, malgré le fait que bon nombre de ses aspects aient été mis en suspens. Sur la majeure partie de 2020 et sur ce début de 2021, la musique doit vivre sans concerts. Certains disques sortent plus tard, d’autres sortent mais ne peuvent être défendus sur scène. Certains artistes repensent leur manière de promouvoir leur musique ou de se produire, comme les concerts à distance. On peut avoir une opinion sur ces nouvelles solutions ou même sur la situation générale, cela ne change rien, il faut faire avec.

Stubora n’avait probablement pas prévu de filer la métaphore de son dernier album Horizon Noir et de ressortir dans la foulée un nouvel EP. Mais la situation sanitaire en a voulu autrement. Le groupe a dû « ronger son frein », renoncer à tourner et, inspiré par la frustration du confinement, écrire ce Vision Obscure qui constitue une réponse de circonstance au disque précédent. Le groupe le confesse volontiers dans la suivante interview.

« Il faut parfois être bien têtu pour garder la motivation et savoir où on veut aller. »

Radio Metal : Stubora existe depuis 1996 et, au départ, le projet était plus orienté hardcore. En 2004, l’orientation du groupe a commencé à changer pour se diriger plus vers ce que l’on entend maintenant, avec ce metal très inspiré rock, avec un aspect très mélodique. Qu’est-ce qui a fait évoluer le projet dans cette direction-là ?

Cyril (chant & guitate) : C’est assez naturel. En fait, ça marque surtout le départ de certains membres du groupe et l’arrivée de Mick. À cette époque-là, j’avais aussi envie de changer un peu de style. De 1996 à 2003 et la sortie du deuxième album, ça fait quand même une période assez longue où nous étions dans le même style, donc tout naturellement, il y a eu une envie de s’ouvrir et de faire différentes choses qui ne soient pas dans la même lignée que ce que nous avions fait. En même temps, il y a eu l’arrivée de Mick : au départ, il était venu pour nous aider pour des dates, parce que le bassiste de l’époque était parti. Puis en discutant avec lui, j’ai appris qu’il cherchait un groupe, moi je voulais changer, le batteur de l’époque aussi, et ça correspondait pile-poil. C’était une opportunité pour nous d’évoluer, donc ça s’est fait assez naturellement. Nous nous sommes dit que nous allions essayer de faire autre chose, de faire sonner différemment, et nous sommes partis comme ça.

Maintenant, l’aspect hardcore est totalement absent de votre musique, si ce n’est peut-être avec l’accordage des guitares. Quelle est ta relation actuelle avec ces influences-là ?

C’est une de mes scènes et de mes influences principales. J’ai commencé la musique surtout avec le thrash de la Bay Area, tout ce qui était Metallica, Death Angel, tous ces groupes-là qui ont « bercé mon enfance », comme on dit. Après, je me suis tourné vers la scène hardcore et c’était peut-être aussi la grande époque de ce que l’on appelait le New York hardcore. Donc ça reste quelque chose d’important pour moi, puisque je sais que par défaut, quand j’entends un groupe de hardcore, j’ai toujours tendance à avoir une oreille plus attentive. Je pense que ce qui ne paraît pas dans la musique mais qui vient toujours de ce style, c’est l’énergie, celle que nous pouvons avoir sur scène ou celle que nous faisons passer quand nous essayons vraiment d’envoyer des tempos plus rapides. Ce n’est pas une influence directe, ce n’est pas sonore, mais c’est plus l’énergie, l’aspect parfois direct et la façon d’approcher la musique. Nous voulons que ça nous représente, que ça soit nous. C’est peut-être plus là-dedans que tu vas retrouver cette influence hardcore maintenant chez moi. Chez Mick et Niala, c’est différent, puisqu’ils ont aussi des parcours et des profils musicaux différents. Mais pour moi, c’est comme ça que s’exprime encore le hardcore aujourd’hui.

Dirais-tu que c’est quelque chose que tu essayes de mettre aussi dans votre jeu de scène ? Dans le fait de jouer sur scène avec l’énergie d’un groupe hardcore, même si ce n’est pas forcément le style de musique que vous faites ?

Oui. En ce moment, ça ne se voit pas trop, je dirais ! Mais généralement, nous sommes plutôt un groupe qui aime mettre de l’énergie sur scène, qui va se dépenser sur scène, parce que ça fait partie du truc. C’est se donner à fond pour que les gens qui viennent te voir aient vraiment envie de découvrir ton univers et partagent la même passion. Et ça fait partie du truc, c’est-à-dire que le concert et ce que tu représentes sur scène, ce n’est pas juste jouer tes morceaux dans un coin, c’est aussi tout ce qui va avec, tout ce que tu auras envie d’expulser. Donc c’est vrai que ça se sent aussi sur scène et quand nous sommes sur scène, ça se voit.

Penses-tu que les gens qui ont écouté votre musique récente et qui vous ont vus sur scène ont été surpris de cette énergie qui est décuplée lorsque vous êtes sur scène ?

Je n’en sais rien, car nous ne sommes quand même pas les seuls à le faire. Je pense que comme beaucoup de groupes de la scène metal en général, ça se voit. Il y a beaucoup de groupes qui se donnent et qui débordent d’énergie sur scène. C’est vrai que sur des titres un peu plus rock, si on ne regarde que ceux-là, c’est une scène qui est un peu différente, mais il y a quand même pas mal d’artistes qui sont énergiques. Par contre, comme nous mixons un peu tout, nous avons généralement différents styles de population dans nos concerts, aussi bien des gens qui viennent plus pour l’aspect rock que d’autres qui viennent plus pour l’aspect metal. Ça se mélange. Je ne dirais pas qu’ils sont choqués, parce que ça se voit quand même. Par contre, ça va plutôt nous mettre dans cette catégorie de groupes qui sont actifs sur scène.

L’arrivée de Niala à la batterie vous a apparemment permis de ne plus vous limiter, étant donné son bagage technique. Comment dirais-tu que son jeu vous a permis de vous ouvrir ?

Quand nous composons des titres, nous avons souvent une idée de rythmique, et le bagage technique de Niala nous permet d’aller encore plus loin. C’est-à-dire qu’étant capable de faire des rythmes asynchrones ou carrément de proposer des choses différentes qu’il est extrêmement difficile pour nous d’imaginer, il nous permet sur certains titres, certains passages, de développer de nouvelles idées. Et surtout, quand nous composons nos titres, nous n’avons plus besoin de savoir comment ça peut être fait à la batterie ou ce qui va être fait. Nous savons que de toute façon, Niala sera capable de jouer dessus et de faire ce qu’il faut. C’est pour ça que nous disons que nous n’avons plus aucune limite, c’est parce qu’il est vraiment capable de jouer tout ce que nous voulons, de nous proposer parfois des choses complètement nouvelles et différentes, et c’est en ça que ça nous permet vraiment de nous lâcher quand nous composons ou alors d’itérer sur des morceaux pour qu’il nous montre des trucs que nous n’aurions jamais pu imaginer avant.

« L’EP vient de notre frustration de ne rien pouvoir faire avec un album sur lequel nous avions investi deux ans. »

Est-ce que c’est arrivé qu’il vous pose une rythmique complètement différente, qui change l’esprit ou l’énergie du morceau que vous aviez prévu à la base ?

Oui, ça arrive régulièrement. Il y a des morceaux qui sont assez standards, c’est-à-dire que quand ce sont des trucs assez rapides, nous connaissons généralement toutes les façons de faire ressortir le morceau. Là où il va créer des choses complètement nouvelles, c’est plus sur des trucs plus planants ou plus calmes, où il va parfois nous proposer un truc complètement inattendu. Je parlais de rythme asynchrone, c’est un truc dont nous n’avions pas du tout l’habitude avant et qui parfois même nous trouble, au départ, sur certains de nos morceaux. Ça arrive parfois que nous ayons besoin de prendre du recul sur ce qu’il propose, car c’est tellement différent ! Pour ceux qui ne savent pas ce que c’est que l’asynchrone, c’est le fait de se mettre à l’envers du tempo, la rythmique est complètement à l’envers et il se remet dedans. Quand on est musicien, au départ, ça choque l’oreille quand on n’a pas l’habitude. Donc tous ces éléments qu’il nous a apportés, c’est vrai que ça a complètement perturbé. On l’entend parfois dans nos morceaux. Ce sont tous ces petits bouts-là qui parfois nous font complètement changer l’esprit d’un couplet, d’un refrain, car il peut proposer quelque chose de nouveau et nous faire varier complètement. On sous-estime souvent l’aspect rythmique dans les titres. Parce que quand les gens, d’un point de vue extérieur, regardent le batteur, ils n’ont pas l’impression que la batterie est le pilier de tout et qu’il peut tellement faire varier une chanson et l’ambiance complète du titre. C’est ça qu’apporte Niala quand il commence à nous apporter des structures rythmiques qui vont complètement nous faire passer dans une autre catégorie. Ça s’entend sur certains titres. Il y a d’autres titres où il ne le fait pas parce que c’est plus direct, on va dire. Là, sur l’EP, un titre comme « Atta, 451 » est assez direct, donc il n’y en a pas besoin. Là où on va plus l’entendre, c’est sur des titres un peu plus posés. C’est vrai qu’il arrive comme ça parfois à nous choquer, à nous faire prendre du recul sur certains titres et à varier la structure, voire même à refaire un round d’écriture sur le titre, parce que nous trouvons une idée tellement bonne que nous voulons la garder pour restructurer derrière.

Le nom du groupe, Stubora, en soi, n’a pas de sens, mais cela découle du mot « stubborn » en anglais, qui signifie « têtu ». Dirais-tu que votre détermination est quelque chose qui vous définit toujours ?

Je pense que oui, puisque ça fait plus de vingt ans que nous existons, alors que c’est quand même relativement dur. Surtout que comme beaucoup de groupes, sur la durée, nous avons eu une histoire assez compliquée ! Au départ, c’était plus dans la logique du groupe hardcore, donc relativement engagé, qui sait ce qu’il fait et donc relativement têtu parfois. Nous trouvions que ça représentait bien. Mais si tu reprends l’histoire complète du groupe, avec plus de vingt ans d’existence, des line-up qui changent, le style qui évolue, des problèmes comme tous les groupes peuvent en avoir lorsque l’on a un label, puis qu’on change, puis qu’on a une distrib, qu’on rechange… Tout cela fait que sur la durée, il faut parfois être bien têtu pour garder la motivation et savoir où on veut aller. Je dirais que ce n’est plus la même façon d’être têtu, mais le groupe est quand même tenace depuis tout ce temps.

Le mot « têtu » a quand même une connotation négative, avec ce côté « je campe sur mes positions et je n’accepte aucun compromis, même si ce n’est pas forcément une bonne chose ». Dirais-tu qu’avec l’âge, vous vous êtes un peu assouplis sur le côté têtu, tout en gardant le côté déterminé ?

Oui ! Ce n’est plus comme ça ! À l’époque, nous étions beaucoup plus jeunes, donc c’est sûr que ce n’est pas le même esprit. Maintenant, nous avons aussi acquis pas mal de choses avec tout ce que nous avons pu traverser. Nous sommes peut-être plus têtus entre nous, quand nous écrivons, quand nous apportons un morceau… Ce n’est pas têtu à l’extérieur du groupe, mais plus à l’intérieur. C’est-à-dire que parfois, nous avons des pensées assez fortes que nous aimons exprimer, donc nous sommes peut-être têtus l’un envers l’autre, surtout que nous sommes deux à écrire. Nous écrivons les titres entre Mick et moi, et Niala c’est tout ce qui est rythmique. C’est vrai que nous sommes peut-être têtus Mick et moi parce que nous avons tendance à bien défendre nos morceaux, bien défendre ce que nous voulons et comment nous voulons le faire sonner. C’est aussi en ça que nous sommes peut-être plus têtus maintenant qu’avant, où c’était peut-être un peu plus général. Nous défendons vachement le son, comment nous voulons le faire sonner, comment nous voulons le jouer… Mick est bassiste dans le groupe, mais il est surtout guitariste, donc ça va parfois être sur l’interprétation d’un riff à la guitare que l’on va argumenter sur comment le faire sonner ou comment faire sonner un solo. C’est peut-être là que l’on va retrouver notre côté têtu ! [Rires]

Vous écrivez et chantez à deux. Dirais-tu que ces moments d’échanges vocaux et d’échanges de textes vous permettent, au sein des morceaux, de confronter deux visions différentes ?

Nous n’écrivons pas en partageant. C’est-à-dire que quand quelqu’un écrit un texte, il l’écrit complètement et on ne challenge pas le texte de l’autre. On le fait sur la musique, mais pas sur le texte. Le texte est très personnel. Mais le fait d’avoir nos deux voix avec nos deux façons de chanter différentes, ça fait que nous allons parfois échanger sur comment nous allons le chanter ou sur qui va chanter quoi, mais pas le texte. C’est toujours chacun qui écrit son texte et après nous travaillons sur comment le chanter, comment l’interpréter, comment est la musique, mais pas le texte en lui-même.

« A chaque fois, nous rongeons notre frein parce que nous n’avons qu’une seule envie, c’est de jouer live. La musique se joue live et nous avons envie de jouer. Surtout que nous avons un album, nous avons dix-huit nouveaux titres, puisque nous avons treize titres sur l’album plus cinq nouveaux titres, que nous n’avons jamais joués live ! »

Seulement un an sépare les deux derniers disques. Vous n’aviez pas pu défendre Horizon Noir sur scène et vous vous êtes donc réorientés vers l’écriture. Dirais-tu que la frustration de ne pas pouvoir jouer en live a donné une couleur à cet EP ?

Je pense que clairement, oui. Nous avons sorti notre album le 20 novembre 2019, en pensant que nous étions partis pour quelques années – parce que généralement, en plus, nous ne sommes pas très rapides – pour en profiter, faire des concerts et avoir vraiment cet aspect live. Mais à partir de mars, là où nous aurions dû démarrer, c’est là que nous avons été confinés pour la première fois, que tout s’est arrêté, plus de concert, plus rien. L’EP vient de là, c’est notre frustration de ne rien pouvoir faire avec un album sur lequel nous avions investi deux ans. Nous avons mis deux ans pour écrire et produire l’album, parce que nous voulions quelque chose d’hyper léché, nous voulions aller dans le détail de tout. Nous avons fait beaucoup de choses pour mettre en place l’album, nous avons finalisé notre studio, nous avons tout fait comme ça, pour se rendre compte qu’au final, nous avions un album, mais il n’y avait plus rien qui pouvait se passer. Nous avons eu une telle frustration déjà par le fait d’être séparés, parce que nous n’habitons pas au même endroit, donc nous ne pouvions pas nous voir, nous ne pouvions pas jouer, nous ne pouvions rien faire… Nous nous sommes donc dit : « Il faut que tout ce qu’on accumule, tout ce qu’on emmagasine, qu’on puisse en faire quelque chose. » Très rapidement, après le premier confinement, quand nous avons vu que de toute façon, il n’y aurait pas de concert probablement avant l’hiver prochain, nous nous sommes dit : « Il faut qu’on fasse quelque chose, il ne faut pas qu’on reste inactifs. » C’est pour ça que nous avons décidé de faire un EP, et dans cet EP, il y a beaucoup de choses qui sont l’extension de l’album. Nous ne voulions pas quelque chose qui soit complètement différent. C’est comme si nous avions rajouté cinq titres à l’album. Nous voulions qu’il y ait quelque chose qui nous permette de continuer à être actifs.

Sur cet EP, vous avez inauguré une nouvelle manière pour vous de travailler, c’est-à-dire complètement à distance. Quel retour sur expérience fais-tu de ce processus-là ?

C’est différent, mais pas tant que ça. Comme je te le disais, nous n’habitons pas dans la même ville, donc nous avons toujours eu recours à des partages d’idées à distance, pour que chacun puisse réfléchir et itérer dans son coin, et proposer des choses pour que, quand nous nous rassemblions pour finaliser les morceaux, nous ayons déjà tous bien une image en tête de ce que ça pouvait donner. En fait, au départ, nous avons dû voir comment nous pouvions remplacer ça. Maintenant, heureusement, avec tout ce qui est visio et autre, c’est assez facile. Nous avons aussi tous des home studios, ce qui rendait la chose plus facile aussi. Nous avons réussi assez rapidement à faire un peu abstraction de la distance. Après, c’est sûr que nous aimons toujours être ensemble, parce que vivre les émotions des titres quand nous les jouons ensemble, c’est quand même différent, mais le fait d’arriver à être comme ça en visio, ça permet quand même d’échanger et de faire des propositions. Ça prend un peu plus de temps à finaliser, puisque, au lieu d’avoir des retours directs, nous sommes obligés de le faire sur plusieurs sessions, mais nous avons réussi à organiser notre travail sur les morceaux de manière complètement différente et surtout, pour nous, de manière rapide. Avant, le fait de se voir, c’est peut-être ce qui faisait que nous avions besoin de beaucoup plus de temps, parce que nous faisions une répète où nous travaillions un morceau ou deux, puis nous avions besoin d’en faire une autre, puis encore une autre… Alors que là, nous échangions tout le temps. Dès que quelqu’un avait le temps pour travailler, nous pouvions directement échanger. Nous y avons peut-être gagné en temps et nous avons surtout réussi à mieux nous encadrer. Mais c’est vrai que ça nous a demandé au départ pas mal d’efforts pour savoir comment nous allions faire pour échanger sur des morceaux. Heureusement, avec tout ce que nous avons à disposition en termes de technologie et de connexion, nous arrivons quand même à faire beaucoup plus facilement qu’avant.

Tu l’as évoqué, avant même le confinement, vous bossiez déjà à distance car vous n’habitez pas dans la même ville. Est-ce que l’impossibilité de se voir régulièrement toutes les semaines fait que quand vous vous retrouvez, il y a, au-delà de la collaboration musicale, ce côté « retrouvailles » qui rend les émotions de ce que vous vivez en écrivant encore plus fortes ?

Oui, c’est sûr. En fait, je dirais que maintenant, comme nous sommes à nouveau confinés, nous n’avons qu’une hâte, c’est de pouvoir répéter ensemble, préparer le live… C’est ce que nous attendons, et nous rongeons notre frein. En fait, à chaque fois, nous rongeons notre frein parce que nous n’avons qu’une seule envie, c’est de jouer live. La musique se joue live et nous avons envie de jouer. Surtout que nous avons un album, nous avons dix-huit nouveaux titres, puisque nous avons treize titres sur l’album plus cinq nouveaux titres, que nous n’avons jamais joués live ! Ça ne nous est jamais arrivé ! Nous avons cette envie, cette énergie, ce besoin d’échanger, parce qu’effectivement, là, ça va être l’excitation, presque comme de redémarrer quelque chose, parce que ça va être complètement nouveau de rejouer tous ces titres ensemble, de pouvoir refaire une setlist, de repréparer les lives… Il y a une excitation qui est à chaque fois différente et nous en profitons encore plus à chaque fois que nous pouvons jouer, c’est une certitude.

« Tu es pendant une semaine dans un studio et tu n’es jamais complètement satisfait parce qu’il te manque toujours une journée de plus. C’est ce qu’on dit, tu as beau prendre n’importe quelle durée, il te manque toujours une journée pour ajouter ce que tu voulais finaliser. »

Pour la tournée que vous ferez quand on sera sortis de cette période compliquée, ça sera un peu bizarre à marketer, non ? Finalement, ça sera la tournée pour promouvoir ce nouvel EP que vous sortez, mais peut-être aussi l’album d’avant ? Allez-vous jouer sur ce côté double promotion ?

Oui, ça va être quelque chose d’assez unique, car nous n’avons pas l’habitude, vu qu’on a eu de toute façon une période vraiment unique. Nous allons faire en sorte de pouvoir défendre les deux, puisque nous ne voulons surtout pas oublier l’album, car l’EP est vraiment une extension de l’album. C’est peut-être un autre regard, c’est lié aux thèmes de l’album et de l’EP qui sont une continuité. Donc ça fait partie, pour nous, des mêmes éléments, c’est la même histoire. C’est le même package entre l’album et l’EP. Pour nous, il n’y a pas vraiment de différence entre les deux, c’est unique. C’est presque comme si nous avions fait un double album, et que nous avions dévoilé la première partie l’année dernière et la nouvelle partie cette année. Nous ne les voyons pas séparés, nous les voyons ensemble. C’est peut-être aussi pour ça que ça se ressent sur la pochette, sur les textes… C’est vraiment la continuité.

Personnellement, entre Horizon Noir et ce nouvel EP, je trouve qu’il y a un écart – positif – en termes de prod. J’ai trouvé que sur cet EP, vous aviez gagné en puissance et en lourdeur dans le son. Je me suis même demandé si vous étiez descendus d’un ton ou deux sur vos guitares, alors que non, c’est la même tonalité. Y a-t-il eu un travail particulier là-dessus pour accentuer cet aspect-là ?

Nous ne nous étions pas dit avant comment nous voulions qu’il sonne. C’est vrai que nous portons une attention particulière à comment nous faisons sonner nos instruments et comment nous faisons sonner le tout. Et nous avons décidé, il y a quelques années, d’investir dans notre propre studio et de faire la prod nous-mêmes, puisque nous voulions avoir le temps. Nous avions tous eu des expériences où nous étions limités. Tu es pendant une semaine dans un studio et tu n’es jamais complètement satisfait parce qu’il te manque toujours une journée de plus. C’est ce qu’on dit, tu as beau prendre n’importe quelle durée, il te manque toujours une journée pour ajouter ce que tu voulais finaliser. Donc nous avons travaillé pour construire notre studio, les home studios de chacun. C’est vrai que petit à petit, chaque expérience nous apporte quelque chose et là, nous avons pas mal retravaillé les sons de guitare. Ce que tu décris vient probablement des sons de guitare où nous avons changé des trucs au niveau des enceintes, au niveau de la production, le mix, le master, les fréquences… Nous avons fait encore plus attention à tout ça. A chaque fois que nous entrons dans une nouvelle production, ça crée quelque chose de complètement différent. Quand les fréquences se mélangent, ça donne quelque chose d’unique. En plus, nous changeons souvent d’instrument d’une prod à l’autre, donc là nous n’avions pas les mêmes instruments. Mick n’a pas la même basse, moi je n’ai pas forcément les mêmes guitares. Nous essayons aussi de voir quels sont les nouveaux micros qui sortent, donc nous avons des micros qui sont différents. C’est tout l’ensemble qui fait qu’à un moment donné, nous travaillons, nous faisons particulièrement attention.

En plus, c’est vrai que l’EP, par rapport à l’album, est peut-être un peu plus rentre-dedans. Ce n’était pas quelque chose de voulu, mais nous avons des titres qui ont des tempos plus élevés. Sur cinq titres, nous en avons trois qui sont relativement élevés en termes de tempo par rapport à l’album. Donc c’était aussi nécessaire d’avoir quelque chose qui soit plus direct, plus dur, et ça se ressent vachement dans les guitares. C’est un peu notre côté mélange entre metal et rock. C’est-à-dire que moi qui aime bien tout ce qui est metal, j’aurai peut-être tendance à toujours faire sonner les guitares de façon relativement metal, et comme il y a de plus en plus de choses assez incroyables qui sortent pour justement travailler et avoir un super rendu guitare, ça se sent encore plus dans l’EP. A la basse aussi, nous avons retravaillé le son car nous faisons extrêmement attention. Comme nous sommes trois et que nous ne voulons pas que la basse soit juste là pour ajouter des fréquences basses, mais qu’on entende bien la tonalité, le jeu, en plus il joue aux doigts, donc c’est important de pouvoir entendre. Nous faisons extrêmement attention aux fréquences et c’est vrai qu’à chaque fois que nous faisons une production, nous arrivons à acquérir plus d’expérience et ça nous aide à nous guider pour savoir où nous voulons aller pour la prochaine étape.

Vous travaillez donc en auto-prod, un choix que vous avez fait suite à des expériences en studio qui vous ont déçus. Dirais-tu que maintenant, après avoir engrangé cette expérience, vous arrivez ou du moins vous vous approchez du résultat que vous auriez aimé avoir sur ces prods précédentes qui vous avaient déçus ?

C’est sûr que si nous avions les moyens et les connaissances que nous avons actuellement, je pense que oui, nous arriverions à corriger certaines choses ou certains aspects des prods du passé. Maintenant, je pense qu’il faut le prendre comme ça a été fait, puisque ça fait partie de l’histoire. Ce qui est intéressant à observer lorsque tu as une discographie importante, ce n’est pas seulement chaque album pour chaque album, mais c’est de ressentir comment le groupe a vécu et comment ça a pu impacter ce qu’il a pu faire. Sur le premier album que nous sortons, en 1998, le groupe a deux ans, nous manquons forcément d’expérience en studio, de plein de choses que nous ne connaissons pas sur comment produire la musique, mais en même temps, il représente l’aspect direct, l’honnêteté de tout ce que tu peux faire, puisque c’est vraiment faire ce que nous savions faire à l’époque. Je pense que c’est presque plus intéressant de regarder cette évolution et de la comprendre à travers tous les albums. Je ne dirais pas que j’ai envie ou besoin de corriger, parce que je trouve que c’est l’histoire ; montrer l’évolution, c’est aussi intéressant, parce que ça montre comment un groupe peut arriver à acquérir tout ce qu’il faut pour produire des albums et être en auto-prod, puis arriver à sortir des albums qui sonnent, qui ont un impact et qui arrivent à être dans une sorte de normalité de ce que l’on attend d’une production actuelle.

« Ce qui est intéressant à observer lorsque tu as une discographie importante, ce n’est pas seulement chaque album pour chaque album, mais c’est de ressentir comment le groupe a vécu et comment ça a pu impacter ce qu’il a pu faire. »

Au-delà du lien musical entre ces deux derniers disques, il y a aussi le lien au niveau des textes. Déjà, le précédent s’appelait Horizon Noir et le nouveau s’appelle Vision Obscure, donc il y a quand même un lien en termes de construction et de signification du titre. La seule petite différence est subtile, c’est qu’Horizon Noir suggère une idée de futur, alors qu’avec Vision Obscure, on est plus sur quelque chose d’ancré dans le présent. Dirais-tu que l’album précédent, c’était les craintes et que l’EP, c’est le constat, que le futur est arrivé, en l’occurrence avec la crise du Covid-19 ?

Oui, c’est exactement ça. Dans Horizon Noir, nous exprimons notre vision un peu pessimiste du futur, puisque c’était tout ce que l’on pouvait voir au niveau environnemental et tout ce que l’on pouvait sentir sur ce qui allait arriver dans le futur. Avec l’arrivée du virus, le fait d’avoir des confinements, le fait d’avoir à probablement changer pas mal de choses sur comment on vit et comment on interagit, ça s’est transformé en un présent relativement noir et obscur. Comme nous voulions inscrire l’EP dans la suite de l’album, pour nous c’était automatique que notre vision assez noire du futur était désormais le présent, comme tu l’as dit. C’est pour ça que nous l’avons appelé Vision Obscure, c’est vraiment ça. C’est vraiment le fait que ce que nous avions imaginé pour le futur, nous le ressentions maintenant au présent, et cette vision obscure, c’est vraiment le présent, qui est désormais obscur, parce qu’avec l’arrivée du virus, on voit bien que plus rien ne sera vraiment tout à fait pareil, et avec tout l’impact que ça a sur tout ce qui est culturel, on voit que c’est quelque chose qui est direct et qui a vraiment lieu aujourd’hui.

Le dernier titre de l’EP est un remix. Ce qui est intéressant, c’est qu’il a vraiment un petit côté cyber-punk. Dirais-tu que ce remix incarne bien vos craintes du futur ?

En fait, nous avons pris ce titre-là parce que les paroles sont fortes. Nous trouvions que c’était intéressant de le remettre en avant avec une version différente et une ambiance complètement changée, pour montrer quelque chose de nouveau, une ambiance différente. C’est vrai que pour nous, ça fait partie des points importants. Nous aimons écrire. C’est aussi pour ça que nous écrivons en français, c’est parce que nous souhaitons que nos textes puissent vraiment être travaillés comme nous le faisons avec la musique. Faire un remix, c’était quelque chose que nous n’avions jamais fait. Nous nous sommes dit que sur un EP, c’était bien de le faire. Ce n’était pas quelque chose que nous allions refaire dix fois, nous voulions juste en faire un. C’est moi qui voulais avoir un remix sur un EP, parce que je trouvais que c’était une approche musicale différente, une façon d’interagir différente, donc j’ai proposé de faire un remix et d’avoir quelque chose qui mette en valeur beaucoup moins la guitare. Pour un groupe rock / metal, c’est aussi quelque chose que je trouvais assez intéressant, parce que ça permettait de montrer d’autres aspects, puisque ça fait beaucoup plus la part belle à la basse, que l’on entend beaucoup plus, ainsi qu’au chant et à la batterie, et beaucoup moins la guitare en tant qu’instrument, mais plutôt en tant qu’ambiance, pour essayer d’apporter quelque chose de différent et pour montrer aussi que, même si nous sommes dans quelque chose de très électrique, tout ce que nous pouvons amener sur un titre permet de compléter peu importe le style de musique que tu as. C’est pour ça que nous voulions, sur cet EP, avoir quelque chose de surprenant avec un remix, alors que nous n’en faisons jamais.

J’ai cru comprendre que vous étiez de gros gamers et que le confinement vous avait permis de vous adonner un peu plus à cette passion-là. Peux-tu nous faire un petit point sur tes jeux du moment ?

J’ai joué à Assassin’s Creed Valhalla puisque j’aime bien l’univers. Les open worlds, c’est quelque chose de sympa. En plus, tu as toujours des ambiances, et tu as une histoire qui est toujours belle, qui est riche. Donc j’aime bien jouer à des jeux comme ça solo. Mais j’aime bien aussi tout ce qui est multijoueur, donc pendant le premier confinement, j’ai fait pas mal d’Overwatch, le jeu de chez Blizzard. Et à partir d’août, j’ai des amis qui m’ont ré-entraîné dans World Of Warcraft, juste avant la sortie, et j’y rejoue donc depuis la sortie de Shadowlands. Donc j’ai un peu abusé de Shadowlands au début, parce qu’on avait aussi pas mal de temps. Ca m’a permis de jouer une quinzaine d’heures par jour… J’ai vraiment joué pas mal ! [Rires] Autant j’ai une passion pour la musique, autant le jeu, j’en fais beaucoup aussi. J’aime bien tous les jeux online, donc généralement, je suis plutôt sur ces trucs-là.

Interview réalisée par téléphone le 15 décembre 2020 par Philippe Sliwa.
Retranscription : Robin Collas.

Site officiel de Stubora : www.stubora.com

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