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Interview   

Stuck Mojo, partie 1 : de la reformation à la refonte


Rich WardL’idée de voir Stuck Mojo se reformer avec son line-up de 1996 à 1998, qui a enregistré les grands classiques Pigwalk et Rising, c’est-à-dire avec le bassiste Corey Lowery et surtout l’emblématique rappeur Bonz, avait provoqué une vague d’enthousiasme chez les fans du groupe, d’autant que quelques mois auparavant la carrière de celui-ci semblait encore être au point mort.

Mais voilà, il n’aura pas fallu longtemps, à peine quelques mois voire semaines après le concert de reformation du 26 décembre 2014, pour que la relation entre Bonz et le directeur artistique de la bande, le guitariste Rich Ward, s’effondre pour la troisième fois. L’album étant malgré tout déjà en route, Ward a fait marcher son flair pour dénicher un nouveau talent, en la personne du rappeur montréalais Robby J.. Ainsi ce septième album, baptisé Here Come The Infidels, ouvre un nouveau chapitre de l’histoire de Stuck Mojo.

Il est évident que beaucoup de questions se posent. Des questions que nous avons posé à Rich Ward et auxquelles il a répondu, comme toujours, avec beaucoup de sincérité et de générosité, faisant toute la lumière sur l’échec de la reformation avec Bonz, pourquoi Lord Nelson n’a pas été reconduit à son poste, sur le recrutement de Robby J., etc. ainsi que sur le nouvel album en tant que tel. Un entretien forcément long et riche, découpé en deux parties, la seconde partie se concentrant davantage sur sa vision du monde, avec les thématiques politiques, religieuses et sociétales que l’on retrouve dans sa musique.

Stuck Mojo 2016

« Je reviens toujours à Stuck Mojo parce que c’est un vecteur d’expression qui me satisfait de manière indescriptible. Il possède une colère et une agressivité qui convient parfaitement à ma personnalité, artistiquement. »

Radio Metal : Tout d’abord, revenons un peu dans le temps. La dernière fois que nous nous sommes parlé, en juillet 2014, il n’y avait aucun signe de reformation avec Bonz et, en fait, tu disais que tu n’avais rien de prévu avec Stuck Mojo. Pourtant, tu as annoncé seulement quelques mois plus tard que le line-up de 1998 se reformait pour un concert le 26 décembre. Comment ça s’est fait ?

Rich Ward (guitare) : Ce line-up, c’est vraiment un groupe de mecs explosifs. Nous nous aimions énormément et pourtant, ça a toujours paru difficile de travailler ensemble. Dès que tu as une équipe, que ce soit un groupe de musique ou une équipe sportive ou même dans le business, il est important que les gens puissent avoir différents rôles pour que l’équipe fonctionne. Et dans ce line-up en particulier, il y avait plein de gens qui voulaient jouer le même rôle. Il y avait beaucoup de luttes de pouvoir qui créaient des tensions inutiles. Aussi il y avait beaucoup de peine qui subsistait des années passées lorsque nous étions jeunes et immatures et venant de mauvaises choses que nous nous sommes dites. J’étais tout aussi fautif que n’importe qui, lorsque nous étions coincés ensemble dans un van pendant trois cents jours par an, avec tout ce qui vient avec le fait d’être un groupe metal de classe ouvrière qui galère, sans jamais vraiment pouvoir apprécier le succès que nous rencontrions parce que nous nous concentrions toujours sur le négatif : « Pourquoi ça ne se passait pas ? Pourquoi ça ne se passait pas ? » Du coup, souvent tu dirigeais ta frustration et ta colère vers les uns et les autres parce que nous n’étions pas assez matures pour pouvoir soit garder les choses en nous, soit se défouler et les gérer. Maintenant que nous sommes quadragénaires, nous voyons bien qu’il est possible de gérer ces choses.

Malheureusement, même lorsqu’il a été décidé que nous essaierons de faire cette reformation, tout le monde est arrivé en étant sur la défensive. La première réunion que nous avons faite était autour d’un dîner, et j’avais prévu avec notre manager : « Pourquoi ne planifions-nous pas trois ou quatre dîners-réunions avant de ne serait-ce que prendre une guitare et un micro ? Voyons juste comment nos personnalités fonctionnent lorsque nous sommes ensemble dans une pièce. » Au tout début, tout le monde était surexcité mais on pouvait aussi bien voir qu’ils étaient tous sur la défensive et qu’il restait de l’animosité, hérité, comme je l’ai dit plus tôt, des erreurs que nous avons tous commises.

Les choses se sont faites très rapidement, depuis le coup de téléphone de notre manager Mark Willis – qui nous manage depuis le tout début. L’idée était de fêter les vingt ans de l’album Snappin’ Necks, même si Corey et Frank n’ont pas joué sur cet album, car notre batteur et notre bassiste de cette époque ont pris leur retraite. Donc ça avait plus de sens d’essayer de réunir le line-up de Pigwalk et Rising pour faire ce genre d’anniversaire. C’était super, nous avons vraiment apprécié et ensuite, la même chose qui nous a fait dire que ça n’allait pas marcher la première fois s’est reproduite.

Est-ce que ça veut dire que vous n’avez pas changé ? Vous n’êtes pas devenus plus sages ?

Si ! Mais je pense que le plus grand problème était que nous sommes effectivement devenus bien plus sages mais en vieillissant, tu commences à devenir très rigide dans ta façon de voir le monde. Lorsque tu es plus jeune, tu es bien plus flexible et malléable. Car lorsque tu es dans tes jeunes années, tu as toutes ces idées et tu te concentres à essayer de trouver qui tu es en tant qu’artiste, qui tu es en tant qu’adulte et comprendre toute cette évolution et ces changements par lesquels tu passes. Et une fois que tu atteins la quarantaine, la plupart des gens deviennent complètement accomplis en tant qu’artistes et en tant qu’hommes. Je crois simplement que nous étions très différents et que ça allait être dur pour nous de maintenir le line-up de Stuck Mojo de 1996, 1997 et 1998. Ça allait être si dur pour moi que je ne pensais pas que ça en valait la peine. En d’autres termes, je ne pense pas que nous aurions pu réaliser d’aussi bons albums que ceux que nous avions faits à l’époque. Je ne pense pas que nous aurions apprécié l’expérience. Il y aurait eu tellement de tensions et de désaccords que je ne pensais même pas que ça allait en valoir la peine. Même au-delà de ça, il y avait des problèmes juridiques. Il y avait tout un tas de choses qui n’avaient rien à voir avec le groupe, mais sur une certaine période de temps, les gens font des choix dans leur vie et parfois, ces choix posent problème et nous étions confrontés à plein d’obstacles que nous aurions dû surmonter avant que nous puissions ne serait-ce qu’essayer de sortir du pays pour tourner.

Ensuite, à un moment donné, tout de suite après que nous ayons joué nos premiers concerts, Corey Lowery, notre bassiste, a reçu une offre pour rejoindre un super nouveau groupe, ça s’appelle Saint Asonia, et c’est là que j’ai vraiment pris conscience que nous avions énormément de choses à surmonter. Tu connais ce genre de situation où la réponse est indéniable mais tu vas quand même faire tout ton possible pour te convaincre que ce que tu vois n’est pas vrai ? Mais ensuite, il suffit d’un ou deux trucs qui se rajoutent pour que tu te rendes compte, si tu crois en Dieu ou si tu crois en l’univers ou si simplement tu crois au destin ou au karma, que ces choses sont évidentes et que ceux qui décident d’ignorer la vérité ne feront que se forcer un passage à travers des blocs de béton [rires] et là, il y avait simplement trop béton à traverser. Donc, c’est simplement que ça ne marchait pas !

Ce qui est malheureux dans tout ça, c’est que c’est moi qui ai appelé tout le monde pour essayer de faire cette reformation. Je veux dire que j’adore Fozzy, j’adore mes collègues, je trouve que ce groupe est génial et suis heureux d’être dans ce groupe, mais ce groupe est très différent de Stuck Mojo et, artistiquement, il me satisfait différemment. C’est pourquoi je reviens toujours à Stuck Mojo parce que c’est un vecteur d’expression qui me satisfait de manière indescriptible. Il possède une colère et une agressivité qui convient parfaitement à ma personnalité, artistiquement. Et il y a les riffs, étant un groupe à une guitare, avec ce genre de line-up classique à quatre membres et ensuite, encore plus important, le fait de pouvoir parler de choses en politique, en sociologie et à propos du monde que Fozzy n’aborde pas. C’est un repas qui me rassasie complètement autrement, ce qui explique pourquoi j’y retourne constamment. Je veux dire que nous nous sommes séparés avec Stuck Mojo en 2000 et ceci aura été la troisième fois que nous essayons de nous reformer avec Bonz et faire en sorte que ça fonctionne. A chaque fois, je ne me dis pas : « Je sais que ça va échouer mais je vais quand même essayer. » Je suis toujours plein d’espoir que des années plus tard, nous pourrions parvenir à le faire. Mes intentions sont toujours honorables et elles viennent toujours d’un désir pur que ça se produise et malheureusement, encore une fois, ça n’a tout bonnement pas marché.

« C’est toute cette imprudence et ce désordre qui l’entourent qui fait de [Bonz] un super artiste. Le problème est que je pouvais faire avec lorsque j’avais vingt-cinq ans mais maintenant que j’en ai quarante-sept, […] je n’étais pas disposé à risquer ma carrière en continuant comme ça. »

Mais y avait-il un événement particulier ou quelque chose qui s’est produit qui t’a fait vraiment dire que ça n’allait pas marcher ?

Il y avait plein de choses d’un point de vue créatif pour lesquelles je me disais que ça allait être difficile mais je pourrais m’y faire, car j’estime que le compromis, au niveau créatif, est une bonne chose. Je savais que ça, ce serait un défi. L’autre défi est que j’avais conscience de tout le passif que nous portions avec nous et qui remonte à des années et des années en arrière, comme je te l’ai expliqué plus tôt, avec toutes les mauvaises choses que nous nous sommes dites et l’irrespect dont nous avons fait preuve les uns envers les autres ; je savais que ce serait un défi mais que nous pourrions aussi faire avec. La chose qui, vraiment, à mes yeux, m’a fait dire « ça ne va pas marcher », c’était lorsque nous avions planifié de commencer à écrire le nouvel album. J’étais déjà en train d’écrire des riffs et j’avais commencé à structurer des chansons, mais nous avions calé un jour où Bonz et moi devions nous retrouver au studio pour commencer à travailler ensemble. Car je trouvais que c’était une très bonne idée que nous allions en studio tous les deux pour faire marcher l’alchimie plutôt que je sois tout seul à écrire les riffs, programmer des patterns de boite à rythme et ensuite lui dire : « Bon, contente-toi d’écrire des paroles là-dessus. » Je voulais que nous soyons ensemble dans une pièce. Et la veille au soir du jour où nous étions supposés commencer à composer, Bonz m’a appelé et a dit : « J’ai besoin de te parler. Es-tu disponible ? » Et j’ai dit : « Bien sûr, qu’est-ce qu’il se passe ? » Et il a dit : « Je déménage à Madison dans le Wisconsin. » Et Madison dans le Wisconsin, c’est à seize heures de route d’où j’habite à Atlanta. Ce n’est donc pas vraiment possible de faire la navette en voiture, si tu vois ce que je veux dire. C’est une chose de vivre à deux heures l’un de l’autre mais là, c’est un voyage longue distance.

Je lui ai demandé : « Bon, tu déménages quand ? » Il a répondu : « Je déménage ce soir. » Et j’ai dit : « Mais nous étions censés commencer à travailler demain ! » Et il avait rencontré une femme dont il était tombé amoureux et il voulait déménager ! A ce moment précis je me suis dit que quelqu’un qui déménage aussi rapidement, sans tenir compte des autres membres du groupe qui ont organisé leurs vies et carrières, pendant que lui décide sur un coup de tête de partir… Et alors j’ai dit : « Qu’est-ce que tu fais de l’album ? » Et il a répondu : « Envoie-moi juste les chansons et je vais essayer d’écrire des paroles et nous pourrions nous renvoyer des enregistrements. » Et j’ai dit : « Mais ce n’est pas ce que nous avions convenu ! Nous avions convenu de nous retrouver dans une pièce et faire cet album comme un groupe, pas un projet ! » Car c’est un peu ce que Stuck Mojo était devenu avec les années, c’était un genre de projet parce que nous n’avions plus cette alchimie. Je voulais vraiment retrouver un groupe où nous aurions à nouveau été nous quatre à défier le monde, comme un gang. Et lorsqu’il a décidé qu’il déménageait, j’ai commencé à repenser aux autres choses. Par exemple, nous avions planifié onze répétitions pour nous préparer à notre concert de reformation à Atlanta, c’était la ville où nous vivions, et Bonz n’a fait que trois des onze répétitions, et c’était en local, où nous pouvions tous soit prendre les transports en commun, nous faire conduire par un ami, y aller avec notre propre voiture ou peu importe. Il était évident que s’il déménageait à Madison, il ne pourrait pas venir aux répétitions, et alors je savais que ça n’avait aucun sens d’essayer de se convaincre que ça allait pouvoir fonctionner avec lui vivant aussi loin du reste d’entre nous.

Je n’ai jamais raconté cette histoire auparavant, tu es la première personne à qui je raconte ça, je n’en avais encore jamais discuté. Et je ne dis pas ça pour manquer de respect à Bonz parce que c’est simplement ainsi qu’il vit sa vie. C’est une personne qui a un esprit libre. Il fait ce qu’il veut. Il vit dans l’instant présent et il base ses décisions sur ce qu’il ressent. Et c’est une créature très sensible, ce qui fait de lui un incroyable artiste. C’est toute cette imprudence et ce désordre qui l’entourent qui fait de lui un super artiste. Le problème est que je pouvais faire avec lorsque j’avais vingt-cinq ans mais maintenant que j’en ai quarante-sept, être sujet à ce genre d’instabilité et ne sachant s’il allait venir au studio ou pas, ne sachant pas s’il allait venir aux répétitions, ne sachant pas toutes ces choses, je n’étais pas disposé à risquer ma carrière en continuant comme ça. Car il n’y a pas seulement moi, il y a trois autres membres, un manager, un tourneur, une équipe de tournée et notre maison de disque. Lorsque tu ne penses que pour toi, au lieu de penser que nous sommes une équipe, que nous dépendons tous les uns des autres et que nos succès et nos échecs sont conditionnés par le niveau d’engagement et de travail que chacun veut bien fournir… Tes échecs seront le résultat du membre le plus faible dans le groupe et de son engagement, et je n’étais pas disposé à prendre le risque.

Est-ce que je pense qu’il aurait été possible, si j’avais été disposé à prendre l’avion et faire des allers-retours où il a déménagé, de faire en sorte que ça fonctionne ? Bien sûr ! Mais je pense, encore une fois, que ça aurait créé et érigé plus de murs entre la relation que nous entretenions lui et moi, et une nouvelle fois j’allais être celui qui aurait fait tout le travail, aurait écrit toutes les chansons et aurait fait tous les arrangements et ensuite, en retour, je… Tu sais, c’est un autre aspect de la chose. Dans les années 90, je conduisais le van, je m’occupais des réservations d’hôtel, je m’assurais que tout le matériel était géré, je payais la location de la salle de répétition, je réservais le studio, je m’occupais de… En gros, j’étais le tour manager, le guitariste et le compositeur ! Et après plusieurs années, j’ai commencé à ressentir de l’animosité à l’encontre de mes partenaires qui ne me donnaient pas l’impression de faire leur part du boulot. Car ils s’amusaient, sortaient avec des filles, prenaient de la drogue et tous ces trucs marrants qui vont avec le fait d’être dans un groupe, pendant que moi, j’étais le gars qui cherchais à garer le van dans New York après les balances [petits rires]. Tout ça, ce sont des choses, lorsque tu n’es pas dans le groupe, qui peuvent ne pas sembler très importantes mais lorsque tu es dans le groupe, que tu es censé être une équipe et qu’il n’y a qu’un mec sur le terrain à courir après la balle, c’est là où ça devient difficile de maintenir le groupe en vie.

C’était la troisième fois que ta collaboration avec Bonz échoue. Est-ce que tu as désormais complètement abandonné l’idée de te réunir avec Bonz dans Stuck Mojo ?

Oui et la raison pour laquelle j’ai abandonné cette idée, c’est parce que j’ai trouvé quelqu’un que j’aime tout autant, et peut-être même plus encore, dans ce rôle, en la personne de Robby J., le nouveau chanteur de Stuck Mojo. Lord Nelson, qui a fait Southern Born Killers et The Great Revival avec le groupe, était un incroyable chanteur. J’aimais vraiment Lord Nelson, c’est une bonne personne et j’aimais voyager avec lui mais j’avais le sentiment qu’il n’allait jamais être la personnalité qui serait mon partenaire dans le groupe. A ce moment de nos vies, le groupe était devenu un groupe à temps partiel. Après le premier échec de la reformation de Stuck Mojo avec Bonz [en 2005], j’ai rencontré Lord Nelson et nous avons fait deux supers albums mais nous n’avons tourné que deux fois. Nous n’étions vraiment pas un groupe actif. Nous n’étions qu’un projet parallèle, un projet de studio. Et ça, c’était en partie dû au fait que Lord Nelson avait une carrière à plein temps en tant que développeur informatique et il avait une super famille à la maison, et il était entendu dès le départ qu’il n’allait pas quitter sa carrière pour devenir musicien de tournée et artiste. Donc ces derniers temps, lorsque nous avons décidé que cette reformation n’allait à nouveau pas marcher, j’ai rencontré Robby J. Il est de Montreal, au Canada, donc j’ai pris l’avion depuis Atlanta à trois reprises pour aller travailler avec lui sur la composition, dans un studio et pour enregistrer, et je suis tombé amoureux de lui, en tant que personne et en tant qu’artiste. J’ai vraiment le sentiment qu’il n’y a plus besoin d’envisager de reformation.

Rich Ward

« Ils s’amusaient, sortaient avec des filles, prenaient de la drogue et tous ces trucs marrants qui vont avec le fait d’être dans un groupe, pendant que moi, j’étais le gars qui cherchais à garer le van dans New York après les balances [petits rires]. »

Je suppose que tu peux faire un parallèle avec n’importe quelle relation : lorsque tu as un mariage ou une relation romantique avec un partenaire qui a échoué et que tu ne parviens pas à satisfaire ce rôle pour « remplacer cet intérêt amoureux », lorsque tu ne vois pas arriver cette personne qui recréerait ce sentiment, il y a toujours ce désir de revenir en arrière, car ce sentiment te manque, l’excitation et ces émotions que te procurait cette autre personne te manque. Et puis, un jour, tu trouves quelqu’un qui te procure ces mêmes émotions et ce même bonheur, cette même joie, cette même créativité, et qui efface ce désir. J’imagine que c’est comparable à une addiction aux drogues, lorsque tu trouves un moyen de remplacer cette addiction par quelque chose d’autre dans ta vie. Car, soyons réalistes, la plupart des relations ne seront pas parfaites, donc la plupart des gens sur cette planète trouvent des moyens pour qu’elles fonctionnent. Après plusieurs années, la plupart des relations, s’il elles n’ont pas de raison d’exister, vont s’effondrer et il en faudra beaucoup pour trouver quelqu’un qui remplira ce trou et ce vide.

Je ne vois aucune circonstance… Je veux dire que je ne serais certainement pas contre le fait de rejouer avec Bonz à l’occasion d’un genre de concert, par exemple si nous faisions un concert pour fêter les vingt ans de Rising et que nous l’invitions. Nombre de mes groupes préférés ont fait ça : ils ont un nouveau chanteur mais ils font venir l’ancien chanteur pour faire quelques chansons. Je n’ai pas d’aversion contre Bonz et je ne suis même pas contre l’idée de travailler avec lui. C’est juste qu’il n’y a pas de place pour lui dans Stuck Mojo, d’après tout ce que je sais en ayant été dans un groupe avec Bonz pendant vingt-huit ans. J’ai rencontré Bonz en 1989 et c’est là où nous l’avons intégré à Stuck Mojo. Donc je connais Bonz aussi bien que n’importe qui sur cette planète. Encore une fois, j’essaie juste de déterminer ce qui est le mieux. Je sais à quoi ressemble cette relation et elle ne marchera pas. Comme tu l’as dit, c’est la troisième fois que j’ai essayé et après que ça n’ait pas marché cette fois encore, j’ai trouvé le moyen de passer à autre chose.

Ce que tu viens de dire au sujet de Lord Nelson, en as-tu parlé avec lui ? N’est-il pas un peu déçu ?

J’imagine qu’il l’est mais je pense qu’il comprend que… Tu sais, je pense qu’une des choses les plus importantes lorsqu’on est artiste et qu’on enregistre des albums est de savoir qui on est et de définir une personnalité qui soit unique et qui touche le public. Je crois qu’en partie, mon incapacité à sentir que Lord Nelson était la bonne personne pour continuer à plein temps vient du fait que… Car il a eu une famille tout de suite en sortant de l’école et faisait de la musique en tant que hobby, et ensuite je l’ai rencontré, Stuck Mojo était son premier groupe, il n’avait jamais passé beaucoup de temps à développer qui il était en tant qu’artiste. Et je pense qu’en partie, selon moi, nous avions besoin de quelqu’un qui soit devant, qui pourrait être le leader. Je n’ai pas vraiment envie d’être le visage et le leader du groupe. Je veux être le guitariste, comme tous mes héros, comme Zakk Wylde par rapport à Ozzy Osbourne ou Slash par rapport à Axl Rose. J’aime cette dynamique où le guitariste n’est pas le visage du groupe mais un musicien et directeur musical du groupe, et j’ai besoin de quelqu’un pour diriger le groupe dans le futur. Et le talent n’a rien à voir avec le fait d’être un artiste. Il y a des millions de supers guitaristes et des millions de supers chanteurs mais ça ne veut pas dire que ce sont des artistes spéciaux capables à l’avenir de mener un groupe à faire quelque chose de spécial et d’unique.

C’est-à-dire qu’il n’y a rien d’irrespectueux envers Lord Nelson parce qu’il est incroyablement talentueux et je trouve son chant sur ces deux albums… En fait, je trouve que Southern Born Killers est un meilleur album vocalement que tout ce que nous avons fait jusqu’à ce stade. J’aime écouter le chant de Lord Nelson et ce qu’il a fait sur cet album, plus encore que Rising et Pigwalk ; à mon goût, nous étions un meilleur groupe musical, nous faisions des choses très intéressantes mais je ne pense pas qu’il allait être la personnalité et le leader qui prendrait les rênes du groupe. Et encore une fois, je ne veux pas être le leader de Stuck Mojo. J’aime faire partie d’un groupe un peu comme les [Red Hot] Chili Peppers, où Anthony Kiedis et Flea ont un partenariat. J’adore cette idée ! J’aime Van Halen lorsque David Lee Roth et Eddie Van Halen sont partenaires. Avant, j’avais toujours le sentiment que j’allais être le leader alors que ce n’est plus le cas avec Robby J. J’ai le sentiment que c’est la bonne personne, que c’est la voix, qu’il a la… Je crois qu’il a la personnalité et le talent artistique pour faire avancer ce groupe.

Apparemment, tu as découvert Robby J. via une vidéo YouTube. Qu’est-ce qui t’as fait dire que c’était la bonne personne à ce moment-là ?

C’était incroyable parce qu’après la conversation où nous avons décidé que nous n’allions pas continuer avec Bonz, j’avais cinq ou six chansons déjà écrites pour l’album, juste des structures grossières, de la batterie, de la basse, de la guitare et quelques idées de paroles, c’était de toutes premières démos grossières. Je ne savais pas ce que j’allais en faire à ce moment-là et je me suis souvenu d’un message sur Twitter d’un guitariste qui disait : « Hey, j’ai eu un super compliment aujourd’hui parce que quelqu’un m’a dit que je lui rappelais Rich Ward. Et j’ai pensé : ‘Wah, c’est flatteur !’ » Donc j’ai cliqué sur la vidéo YouTube de son groupe et le chanteur de ce groupe m’a complètement mis sur le cul ! L’une des raisons pour lesquelles je l’ai adoré, c’est parce que je ne pouvais pas dire quelles étaient ses influences. Je veux dire que lorsque tu regardes Bonz, quelles sont ses influences ? Personne n’en a la moindre idée parce qu’il est un artiste à part entière. Lorsque tu le vois sur scène et que tu entends sa voix, il sonne juste comme lui-même. Ce n’est pas comme si tu écoutais Ice-T, Doctor Dre ou Henry Rollins. Bonz sonne comme Bonz. Et c’était en partie le truc avec Lord Nelson, car il avait un peu de Chuck D en lui mais aussi il ne cachait pas ses influences.

Stuck Mojo - Here Come The Infidels

« Je n’ai pas vraiment envie d’être le visage et le leader du groupe. […] J’aime cette dynamique où le guitariste n’est pas le visage du groupe mais un musicien et directeur musical. »

Et je pense que, pour ma part, lorsque j’ai vu Robby J., j’ai vu un gars qui ressemblait à un gamin fan de heavy metal mais il avait aussi un look et une attitude de skater. Il avait l’air de pouvoir traîner avec un mec comme Andrew W.K., mais aussi il rappait et avait des influences d’Eminem et de divers artistes noirs, et je me disais qu’il ressemblait à dix ou douze excellentes personnes balancées dans un mixeur et je ne peux pas dire qu’il ressemble à une personne en particulier. Il me rappelait la première fois que j’ai vu Mike Patton de Faith No More, j’ai juste dit : « C’est Mike Patton ! Qui sonne comme Mike Patton et lui ressemble ? » Et au moment où je l’ai vu en 1991, ou peu importe quand c’était, personne n’était comme Mike Patton. Idem avec Anthony Kiedis des Red Hot Chili Peppers, c’était un artiste totalement accompli qui avait sa propre personnalité, sa propre approche de la musique et c’est ce qui m’a stupéfait à propos de Robby J., le fait qu’il était lui-même. C’était une combinaison de dix ou douze choses différentes mélangées que j’adorais, et je le trouvais incroyable vocalement !

Je ne savais pas dans quelle mesure c’était des bidouilles de studio ou ses véritables capacités. C’est pour ça que je l’ai contacté et que j’ai voulu qu’il vienne à Atlanta. Car, tu sais, de nos jours tu peux faire plein de choses avec du montage digital, tu ne te rends pas vraiment compte du talent de quelqu’un en écoutant son album ou en le voyant sur YouTube, car tu ne sais pas à quel point ça a été édité en studio. Je l’ai donc fait venir à Atlanta et il était immédiatement en train d’écrire ce que je considérais comme des paroles très intelligentes, très pertinentes, et il les faisait de façon créative et différente, et j’aime le fait qu’il ait une vision du monde différente. Nous sommes un groupe de mecs venant du sud-Est des Etats Unis, donc culturellement, nous étions exposés à des choses que nous voyions durant notre éducation. Robby est né et a été élevé à Montreal, au Canada, qui est une ville à l’européenne avec un gouvernement à l’européenne. Et donc il avait une expérience de vie complètement différente compte tenu de la façon dont il a été élevé et éduqué, et pour moi, c’était vraiment excitant aussi parce qu’il a apporté un élément totalement nouveau au processus créatif. Au lieu que nous soyons tous les quatre de la même région, maintenant nous avions une certaine diversité culturelle dans le groupe, ce qui je pensais était très bon pour nous.

Tu as cette fois décidé de sortir l’album, Here Come The Infidels, via Pledge Music et non un label. Comment as-tu eu l’idée de faire ceci ?

Mon manager m’a approché… En fait, il m’a approché pour la reformation originale. Encore une fois, nous avons discuté de sortir un album de reformation avec le line-up de Pigwalk. Donc dès le début nous parlions de l’idée de Pledge Music et la raison était que nous voyions des groupes comme Twelve Foot Ninja, Korn, Cheap Trick, Rob Zombie, Megadeth… Il y avait plein de groupes qui ont beaucoup de succès qui faisaient appel à la plateforme Pledge Music pour sortir leurs albums. Et notre manager avait un très bon argument, qui était que Pledge Music c’est juste… Il faut envisager ça comme ta boutique en ligne. Donc lorsque tu donnes un concert, les gens vont à ton stand de merch et achètent un CD ou un t-shirt et c’est leur façon de soutenir directement le groupe, sachant que lorsqu’ils achètent le t-shirt au concert, l’argent va directement au groupe. Alors que si tu signes un contrat traditionnel pour l’album, la maison de disques paie pour que tu puisses enregistrer l’album et, je généralise, il y a différents types d’accords, mais quatre-vingt-dix pour cent des contrats d’albums stipulent que la maison de disques te donne un budget pour faire l’album et ensuite ils te reversent un petit pourcentage des profits lorsque l’album commence à se vendre. Et ça te met aussi dans une position où tu es en partenariat avec la maison de disque. Donc s’ils n’aiment pas la direction que prend les paroles, les photos ou la pochette, tu es partenaire avec eux, donc ils ont leur mot à dire. Car si tu prends leur argent et si tu te mets en partenariat avec eux pour la distribution, alors ils ont un siège à la table et ça devient une démocratie. Et je voulais faire un album qui serait une vraie représentation de certaines choses que je voulais exprimer et qui allaient être controversées, et nous avions le sentiment que ça pourrait créer une situation où il y aurait des hésitations de la part de la maison de disques pour assumer certaines de ces idées.

Ensuite, l’autre facette était que nous voulions faire quelque chose à la Southern Born Killers où mon manager, encore une fois, m’a convaincu de mettre l’album gratuitement sur internet avec un bouton pour faire un don. Donc ça, c’était en 2006 et j’avais payé pour faire un album avec Andy Sneap sur Southern Born Killers et ensuite nous avons offert l’album gratuitement. Nous avons d’ailleurs rencontré pas mal de succès avec cet album parce que les gens ont aimé l’idée de directement soutenir le groupe. Et tu peux le lire, si tu vas sur certains site web et que tu lis les forums, plein de gens vont justifier le fait de télécharger un album gratuitement sur un site de torrent ; disons que je veux télécharger le nouvel album de Dream Theater mais que je ne veux pas payer pour, je peux le justifier en expliquant : « Pourquoi devrais-je dépenser quinze dollars chez le disquaire à côté de chez moi alors que Dream Theater ne verra pas vraiment la couleur de cet argent ? Tout l’argent ira dans les poches de la maison de disques. » Eh bien, avec Pledge Music, lorsque quelqu’un nous achète l’album, en fait, ils nous soutiennent. Donc ça responsabilise les fans et soutiens du groupe, sachant que s’ils paient dix dollars pour télécharger l’album en digital ou quinze pour le CD, l’argent nous revient pour nous aider à payer la réalisation de l’album. Nous n’enregistrons pas ces albums chez nous sur un ordinateur portable. Nous avons été en Angleterre et avons enregistré avec Andy Sneap, l’un des producteurs de musique les plus réputés et onéreux au monde ! Et nous l’avons fait parce que nous voulions faire un album qui soit génial et nous ne voulions pas rogner sur la qualité. Mais c’était très cher et lorsque les fans nous achètent directement les albums, ça nous permet de rembourser les dettes que nous avons contractées pour faire notre album.

Est-ce que ça signifie que vous allez complètement vous passer de label ? Car tu as mentionné Southern Born Killers mais cet album avait fini par sortir sur un label un an plus tard…

Oui et nous ferons aussi ça. En fait, Plastic Head nous achète nos produits donc ils vont mettre notre musique en magasin. L’album sera dans les bacs mais pour le moment, au lieu de signer un contrat d’exclusivité, nous allons juste être en partenariat avec Plastic Head afin que nous soyons la maison de disque et eux le distributeur, et nous aurons notre musique en magasin. Donc le premier juillet, l’album sera disponible chez tous les disquaires à travers l’Europe.

En 2012, tu avais envisagé de faire un EP avec Stuck Mojo qui aurait coïncidé avec l’élection présidentielle parce que tu étais « très inspiré par ce qu’il se passait sur le plan politique à l’époque et [tu] voulais écrire un album sur le sujet.», mais cet EP n’a finalement jamais vu le jour. Du coup, j’imagine que ce n’est pas un hasard si le nouvel album de Stuck Mojo sort cette année, qui est à nouveau une année d’élection présidentielle…

Oui ! [Petits rires] Et l’EP ne s’est pas fait simplement parce que… Je voulais aussi faire un autre album solo. Je veux dire que j’adore l’album My Kung Fu Is Good. J’adore faire des albums et j’adore essayer différentes choses mais en 2012, les choses ont vraiment commencé à prendre pour Fozzy et nous tournions pas mal, nous avons été trois fois en Europe cette année-là et nous avons été en Australie, et ensuite nous sommes directement retournés en studio pour faire un nouvel album… Il y avait donc tellement de choses qui se passaient que je… Et parce que Stuck Mojo était devenu un projet parallèle et Fozzy mon groupe principal, je devais mettre la priorité sur ce qui se passait avec Fozzy à l’époque.

« Je suis certain de pouvoir faire les choses à quatre-vingt pour cent au lieu de cent pour cent et personne ne verra la différence mais moi je la vois. »

Donc c’était plus facile cette fois parce que j’ai parlé à Chris Jericho, le chanteur dans Fozzy et mon partenaire, et j’ai dit que je voulais prendre un peu de temps pour pouvoir travailler sur un nouvel album de Stuck Mojo et tourner un peu, et il a dit : « Super ! » Il m’a toujours encouragé pour ça. Il a donc fallu que je prenne des congés, comme tu le ferais avec un autre travail, et réserver du temps pour le faire parce que ça prend beaucoup de temps d’écrire et enregistrer des albums et ensuite partir en tournée, faire de la promo, faire des vidéos… Ce n’est pas quelque chose que tu peux faire en te prenant une semaine ou deux. Ces choses prennent des mois et des mois à se faire, surtout si tu es comme moi. Je suis un dingue lorsqu’il s’agit de faire en sorte que tout soit comme il faut. Je suis certain de pouvoir faire les choses à quatre-vingt pour cent au lieu de cent pour cent et personne ne verra la différence mais moi je la vois. Donc je veux être sûr que tout est aussi bien que possible. Et donc voilà pourquoi il a fallu attendre jusqu’à aujourd’hui pour que je prenne le temps de faire le nouvel album.

Est-ce que tu as utilisé des chansons, parties ou idées de paroles qui étaient à l’origine prévues pour l’EP de 2012 ?

Non ! Les seules idées que j’ai écrites pour l’EP 2012 se sont retrouvées… Certaines de ces idées, musicalement, ont été utilisées avec Fozzy. Car Fozzy et Stuck Mojo sont similaires musicalement, simplement parce que, hey, c’est moi qui écris la majeure partie de la musique pour ces deux groupes. Il y a donc des similarités et les idées de musique que j’avais pour cet EP et que je pensais pouvaient coller avec Fozzy, je les ai réinterprétées. Je ne les ai pas utilisées exactement comme elles étaient mais j’ai faire quelques changements dans les arrangements et elles sont devenues de super chansons de Fozzy.

Tu disais que tu avais déjà quelques chansons de faites avant que Robby J. intègre le groupe. Comment ces chansons ont-elles changées une fois qu’il était là ?

Elles n’ont pas énormément changé parce que sur les chansons que j’avais déjà composé, Robby rappait la plupart des paroles que j’avais écrites. Donc quand j’ai rencontré Robby pour la première fois, j’avais deux chansons de terminées avec les paroles et tout. Il est arrivé et, en gros, a fait les chansons telles qu’elles étaient écrites. Les autres chansons que j’avais composées n’avaient que la musique et les mélodies mais il n’y avait pas de paroles pour le rap, donc aucun motif rappé. Du coup, Robby a évidemment apporté beaucoup à ces chansons parce qu’elles étaient comme une toile vierge pour lui. Et c’est ce qui était super dans le fait de travailler avec lui. Je voulais découvrir au cours de ces premières sessions : « Est-ce, selon moi, quelqu’un qui, d’un point de vue créatif, peut bien représenter le groupe ? Et est-ce, selon moi, quelqu’un qui, d’un point de vue créatif, est une bonne voix pour Stuck Mojo ? » Et dès le premier jour, j’étais complètement sur le cul ! Ses rimes étaient géniales, j’adore sa voix. Il a en fait une façon un peu mélodique de rapper. Je veux dire qu’il ne chante pas mais il y a presque une qualité mélodique dans sa prestation vocale et j’adorais ses idées. Donc lorsque nous écrivions, trouvions des concepts ensemble, éventuellement j’amenais quelques phrases pour un refrain et ensuite je disais juste : « Écris ce qui tu penses fonctionne le mieux. »

En gros, il logeait chez mon manager et j’allais le chercher le matin, nous allions au studio et nous écrivions ensemble, nous travaillions et nous enregistrions. Et ensuite, une fois que nous avions fini, je le re-déposais chez mon manager en début de soirée et je disais : « Ok, voilà tes devoirs pour ce soir. Travaille là-dessus, écoute ces riffs… » Je lui donnais des démos d’idées de riff et je disais juste : « Ok ! Voilà le titre de la chanson, travaille là-dessus et fais-moi savoir ce que tu trouves. » Et j’allais le récupérer le jour suivant et nous travaillions sur ses idées. Et nous avons conservé presque tout ce qu’il a écrit ! Je ne déconne pas ! Le pourcentage des premières idées qu’il a écrit et qui sont restées sur l’album est très élevé ! C’est un super parolier et j’adore ça parce que, comme je te l’ai dit plus tôt, je veux avoir un partenaire. Je ne veux pas que Stuck Mojo soit le groupe de Rich ward, je veux être dans un groupe avec des gens en qui j’ai confiance, que je respecte et avec qui je veux faire un album et tourner. Et Robby, dès le tout début, a mérité chaque parcelle de respect de ma part et du reste des gars dans le groupe.

De tous les albums de Stuck Mojo, celui-ci est probablement celui qui a la plus grande diversité vocale. Au point où on peut parfois difficilement déterminer qui chante, si c’est toi, Robby J. ou des invités. Du coup, d’où vient cette diversité ?

Ouais, ça vient en partie de lorsque… Nous n’avions pas de bassiste lorsque nous avons enregistré l’album, j’avais juste rencontré Robby et il n’y avait que Frank Fontsere, moi et Robby. Donc pendant que j’écrivais ces chansons, j’écrivais pour le genre de bassiste-chanteur que Corey était ou que Dan Dryden était sur Declaration Of A Headhunter. En conséquence, nous avons effectivement fait intervenir quelques chanteurs en invité. Si tu écoutes Rising ou Declaration Of A Headhunter, Donnie Hamby a chanté plusieurs chansons sur ces albums, comme « Dry », « Tears » et « Trick », tout ça était fait par Donnie. Nous avions donc un mec extérieur au groupe qui sur cet album faisait vraiment office de cinquième membre. Et il y a un mec qui s’appelle Terry Chism, qui était le chanteur de Walking With Kings et qui est aussi devenu un peu comme le cinquième membre de mes groupes. Il joue du clavier sur tous les albums de Fozzy, il chante également des chœurs sur ceux-ci et lui et moi sommes devenus des partenaires en studio. Et, de bien des façons, lorsque tu regardes les albums comme ceux que Mutt Lange a fait, il utilise très souvent les mêmes choristes parce qu’il créé une relation avec les musiciens de studio avec lesquels il travaille vraiment bien. Et j’adore la voix de Terry, donc Terry a pas mal chanté sur l’album. Aussi, un de mes chanteurs préféré, c’est Nathan Hunt, qui vient d’un groupe qui s’appelle Shaman’s Harvest, avec qui Fozzy a tourné, et j’adore sa voix. J’ai dit : « Hey mec, j’ai du chant à faire qui n’est pas vraiment dans mon style. » Car je pense que je suis un bon chanteur mais j’ai un style particulier. Si tu écoutes mon chant sur Declaration Of A Headhunter ou Southern Born Killers, je chante d’une certaine façon et parfois, lorsque j’écris, les parties ne collent pas si bien à ma voix. Et donc mon idée, à ce stade… Car l’album était plutôt comme un projet. Comme je l’ai dit, nous n’avions même pas de line-up complet – Dan Dryden, notre bassiste sur Declaration, a joué sur trois chansons et pour le reste des chansons de l’album j’ai embauché un bassiste de studio pour venir jouer avec nous. C’était un peu comme un album de Pink Floyd où il y avait énormément d’expérimentation. C’est donc pour ça que tu entends quelques voix différentes, simplement parce qu’il y avait deux autres chanteurs invités sur l’album.

Sur quelles chansons ils chantent, d’ailleurs ?

Oh, bon dieu, il faut que je me remémore ! Mais le chant grave qui sonne un peu comme ZZ Top sur « Tamborine », c’est Nathan. Nathan chante aussi l’intro de « Blasphemy ». Il chante aussi les mélodies de « The Business Of Hate » et… Bon sang, je sais qu’il a au moins une autre partie ! Et ensuite Terry Chism chante le chant mélodique sur « Verbal Combat » et le refrain mélodique de « Fire Me ». Ouais, donc il y a une bonne diversité ! Je chante aussi sur l’album. Et nous avons en fait un groupe de personnes, des musiciens du coin que j’admire, ils sont des environs d’Atlanta, et qui sont venus et ont fait des voix de gangs. Nous avons donc passé toute une journée à faire des chœurs de gang avec notamment un gars qui s’appelle Nick Parsons et, bien sûr, comme je l’ai dit, d’autres gars venant d’autres groupes. C’était un travail collaboratif, vraiment. Je veux dire que le noyau dur était constitué de Robby, moi et Frank ; toute la composition et tout c’était nous. Mais ensuite, nous avons fait intervenir toute une équipe pour nous aider à donner le sentiment que c’était un travail de groupe.

Stuck Mojo 2016

« Parce que nous sommes des fans de metal de la vieille école et parce que nous existons depuis longtemps, nous supposons que ce sera difficile de faire percer un vieux groupe avec un nouveau line-up. […] Mais il y aura plein d’autres gens qui le verront différemment. »

Ce ne sera pas difficile de reproduire toutes ces parties de chant en live ?

Eh bien, je suppose que ce sera comme lorsque Robby J. va reprendre les parties de chant de Bonz des premiers albums ou lorsqu’il rappera « Open Season ». Ça ne sonnera pas comme eux, ce sera différent. C’est pareil lorsque Sepultura donne un concert, ça ne sonne pas comme Max Cavalera ; il a son propre style. C’est comme ça que ça se passe lorsque tu n’as pas le même line-up sur une longue période de temps ; tu auras différents musiciens jouant différents rôles. Ça a été pareil avec Megadeth. Je veux dire qu’en ayant eu autant de guitaristes différents qui sont passés dans le groupe au fil des ans, ça ne sonnera pas pareil. Donc nous ferons ce qui je pense sera une bonne réplication de l’album parce que je crois être un bon chanteur et Len [Sonnier], qui est notre nouveau bassiste dans Stuck Mojo, est un excellent chanteur. Et si Len avait rejoint le groupe avant l’album, je me serais contenté de le faire chanter, mais tu sais, je ne l’avais même pas rencontré à l’époque, nous étions toujours dans la phase où nous nous demandions qui nous allions prendre comme bassiste. Nous faisions l’album avant même d’avoir un line-up figé. C’est pour ça qu’il y a pas mal d’invités au chant. C’est pareil avec Anthrax lorsqu’ils ont eu Dimebag qui a joué pas mal de solos sur quelques-uns de leurs albums… Est-ce que ça sonnera comme l’album ? Non ! Mais devine quoi ? Ça ne sonnerait pas comme l’album même si ça avait été les mêmes gars parce que l’expérience live sonne toujours différemment de l’album.

Le précédent album de Stuck Mojo, The Great Revival, était assez expérimental. Mais cette fois, on dirait que vous vous êtes plutôt concentrés sur des chansons de Stuck Mojo classiques. Cherchiez-vous à rassurer les fans ?

Je ne pense pas que l’idée était de rassurer les fans. Je pensais que c’était la bonne chose à faire. A l’époque où nous avons fait The Great Revival, je venais juste de faire My Kung Fu Is Good quelques années auparavant, qui est mon album solo de melodic rock, et j’avais le sentiment que Stuck Mojo avait besoin d’évoluer. Bonz était parti, nous faisions des albums avec Lord Nelson et j’avais l’impression que nous étions à un stade où nous devions peut-être essayer de nouvelles choses. Nous avons toujours essayé de nouvelles choses. Si tu écoutes Snappin’ Nicks, c’est un album qui sonne très différent de Pigwalk. Et ensuite Pigwalk sonne très différent de Rising. Je veux dire que Pigwalk était un album brutalement heavy metal et Rising possédait plein d’influences de rock sudiste. Et puis entre Rising et Declaration, nous avons beaucoup expérimenté avec le metal mélodique, avec bien plus de chant mélodique. Stuck Mojo évoluait à une cadence très rapide sur une période de cinq ou six ans, ce que je pense beaucoup de gens ne… Si tu réécoutes ces albums, ce sont des albums qui sonnent très différemment et l’écriture est très diversifiée.

Donc le truc c’est que nous avons été un peu trop loin dans l’expérimentation. Je pense qu’il y a pas mal d’expérimentation sur Here Come The Infidels, il y en avait un peu aussi sur Southern Born Killers. Je pense juste que sur The Great Revival, nous avons fait un pas de trop et je m’en suis rendu compte. Une fois que l’album était terminé, il était particulièrement évident que j’avais été trop loin. Il y avait des passages qui sonnaient comme Stuck Mojo, il y avait des passages qui auraient pu être sur mon album solo, il y avait des passages qui auraient pu être sur un album de Fozzy et il y avait des passages qui auraient pu être sur un album de rock sudiste. J’ai donc le sentiment que nous n’avions pas une bonne continuité dans notre réflexion sur cet album. J’ai écrit cet album sur une période d’environ deux ans et j’ai l’impression que peut-être j’aurais pu un peu mieux cadrer l’album et que la critique comme quoi il est trop hétérogène, j’aurais pu la surmonter.

J’aime vraiment cet album, je l’écoute souvent. J’aime les chansons qui sont dessus. Je trouve que le chant de Lord Nelson est incroyable sur cet album et que c’est vraiment un super album ! C’est juste qu’en tant qu’album expérimental, je trouvais qu’il ne remplissait pas tout à fait tous les critères pour être un album de Stuck Mojo. Pris indépendamment, je trouve que l’album est excellent mais, comme je l’ai dit, en tant qu’album de Stuck Mojo, nous sommes allés un peu trop loin dans l’expérimentation et que si j’avais l’occasion de le refaire, j’aurais écarté quelques chansons et je l’aurais mieux cadré.

La chanson « Destroyer » sort un peu du lot dans le nouvel album en étant un peu plus posé et un peu expérimental, justement. Peux-tu nous en dire plus sur cette chanson ?

Ouais, j’ai co-écrit cette chanson avec un mec dénommé Johnny Andrews, qui est un ami à moi et un compositeur qui vit à Atlanta. Et j’ai aussi co-écrit le single du dernier album de Fozzy, qui s’appelle « Lights Go Out », avec Johnny. J’adore travailler avec Johnny. Avant que nous commencions à composer Here Come The Infidels, j’ai travaillé avec Johnny et nous avons fait cette chanson. Je lui ai demandé si nous pouvions l’utiliser sur le nouvel album de Stuck Mojo parce que je trouvais que ce serait un bon tournant dynamique pour l’album. Et il a dit : « Bien sûr ! » Je pense que la raison pour laquelle elle est un peu différente est parce que, encore une fois, elle possède l’influence de l’écriture de Johnny. Mais elle me rappelle un peu ce que « The Sky Is Falling » et « Open Season » étaient pour Southern Born Killers. Ça arrive à un bon moment qui aide à proposer quelque chose d’un peu différent sur l’album et je sens vraiment qu’il en avait besoin. Si tu écoutes tout l’album, il y a une sorte de continuité thématique, musicalement, qui est que l’album est basé sur un blues-rock très agressif. Lorsque je le réécoute, il y a pleins de riffs heavy à la Deep Purple là-dedans, il y a des riffs à la Black Sabbath, il y a des passages à la Clutch, il y a des passages à la Pantera, il y a plein d’influences dans cet album qui prennent racine dans le blues. Et je sentais que l’album avait besoin d’un moment comme « Destroyer » pour un peu briser le thème. D’un point de vue mélodique, je trouve que ça aide vraiment à faire quelque chose d’autre et à créer quelque chose d’unique dans l’album.

Dans la chanson « Verbal Combat », il y a cette section centrale où vous listez des noms de quelques rappeurs mais aussi Anthrax et Dimebag Darrell. Quel est le message que vous vouliez faire passer avec ça ?

Ces gens sont en grande partie responsables de qui nous étions. Lorsque j’ai écouté pour la première fois Among The Living d’Anthrax, ça a changé ma vie ! C’était l’un des premiers albums de thrash qui m’a vraiment parlé. Je veux dire que j’adore Metallica, j’adore Slayer mais ce qu’Anthrax faisait sur Among The Living me parlait vraiment en tant que musicien. Nous découvrons des albums et artistes qui nous parlent parce qu’ils résonnent en nous. De la même façon que lorsque j’écoute Megadeth, je reconnais que c’est un super groupe mais je ne l’aime pas autant que j’aime Metallica, simplement parce que leur approche est différente. J’aime la glace au chocolat, contrairement à d’autres qui aiment la framboise, mais ça ne veut pas dire que la framboise ce n’est pas aussi bon, ça met juste en évidence mes goûts et quelle palette musicale j’aime. Donc nous mentionnions des groupes qui ont été très importants dans notre éducation et nos influences, et c’était une façon de les remercier et de les reconnaître comme étant de grands pionniers qui ont façonné qui nous étions.

« Il y aura plein d’anciens fans et soutiens de Stuck Mojo qui ne voudront pas soutenir ce groupe sans Bonz parce que, pour eux, c’est lui le chanteur de ce groupe. Et je les respecte. Je ne peux pas leur dire qu’ils ont tort ! »

Dans la vidéo making of, tu racontes comme Andy Sneap te canalise en terme de style et de son parce que tu aimes énormément de styles de musique. Est-ce que ça veut dire que, sans quelqu’un comme Andy, ta musique irait dans tous les sens ?

C’est une possibilité et c’est en partie, je pense, ce qu’on entendait dans Declaration Of A Headhunter, Southern Born Killers et The Great Revival. On entendait bien plus d’expérimentation et j’essayais plein de nouvelles choses. Et je pense que c’était très important, surtout dans la mesure où deux des membres du noyau dur du line-up de reformation n’allaient pas être dans le groupe. Parce qu’il n’y avait que Frank et moi, je trouvais que c’était très important qu’Andy, qui était très impliqué et très important dans certains de nos albums classiques, soit là et fasse partie du groupe et de l’équipe qui réalisait l’album. J’aurais probablement quand même fait appel à lui-même si ça avait été le line-up de Pigwalk/Rising, mais j’ai pensé que ce serait encore plus important qu’il soit impliqué en étant comme Frank et moi de ce line-up d’origine. J’avais besoin de quelqu’un pour aider… C’est ça le boulot de producteur ! J’ai observé Andy lorsqu’il travaillait avec Accept sur l’album Blood Of The Nations, car ils travaillaient dessus à Nashville, dans le Tennessee, qui est à seulement quelques heures de chez moi. Donc Andy m’a invité à venir et je suis resté chez Wolf [Hoffmann] pendant quelques jours avec Andy, et je l’ai regardé travailler avec Wolf et Peter [Baltes] et les aider à mettre en forme ces chansons. Est-ce qu’il composait les chansons ? Non ! Mais il aidait à guider le groupe et se concentrer sur le côté plus heavy, au lieu des trucs plus radiophoniques qu’Accept a fait à un moment dans leur carrière. Et ça ne signifie pas qu’Accept n’aurait pas fait un super album sans Andy mais j’ai eu l’impression qu’il était très important dans ce processus et le voir dans ce processus avec Accept, m’a vraiment, vraiment conforté dans l’idée qu’il serait très important pour Here Come The Infidels.

Qui joue ce rôle qu’Andy a joué sur cet album de Stuck Mojo lorsque tu es avec Fozzy dont tu as produit les albums toi-même ?

Personne, je joue ce rôle. Donc lorsque tu écoutes un album de Fozzy, tu entends mon style de composition et une grande partie des paroles sont de Chris Jericho. Ce que je veux dire, c’est qu’il écrit la majorité des paroles mais la majorité de la musique et des mélodies qu’on entend sont mes idées et je fais office de producteur et d’ingénieur. Donc ces albums sont davantage une pure canalisation de mes idées, sans filtre. Ceci dit, j’ai un ingénieur de mixage. Sur ces albums, j’avais un mixeur qui s’appelle Shawn Grove que j’ai intégré aux dernières étapes pour m’épauler. Donc j’avais au moins quelqu’un pour m’aider sur le mix parce que si une seule personne produit, conçoit, compose et mixe un album, ce n’est pas la meilleure idée. Tu as besoin d’avoir quelqu’un avec toi, à un moment donné, pour aider à avoir un avis et une oreille extérieure.

Ecoute, si j’avais chanté sur l’album de Fozzy au lieu que ce soit Chris Jericho, ça aurait sonné totalement différemment. Si j’avais joué la batterie à la place de Frank, ça aurait été totalement différent. Les gars dans le groupe font de ces albums des albums de Fozzy. Simplement parce que je suis l’architecte des idées ne signifie pas que c’est mon album. Je suis certain qu’Eddie Van Halen est le compositeur principal dans Van Halen mais une fois que tu entends l’album, ça sonne comme Van Halen grâce aux autres membres, à leurs styles, à leur apport, c’est très important pour le produit final. Donc sans le style vocal de Chris Jericho, sans son côté fanfaronnant, son apport et ses paroles, l’album ne sonnerait pas du tout pareil, ce serait un processus complètement différent. Mais pour ce qui est de faire voler l’avion, conduire la voiture et faire avancer le train, je suis effectivement celui qui fait tout. Et je ne pensais simplement pas que ce serait une bonne idée que je fasse tout sur le nouvel album de Stuck Mojo. J’avais vraiment besoin d’aide.

La dernière fois qu’on s’est parlé, tu nous as dit qu’à ce stade, tu ne pensais pas que Stuck Mojo serait « quelque chose dans laquelle [tu] voudrais investir beaucoup de temps », te concentrant davantage sur Fozzy. Penses-tu que ça pourrait changer maintenant que tu as fait un nouvel album avec Stuck Mojo, même si c’est encore avec un autre chanteur, ou bien est-ce que ça restera un genre de projet parallèle par rapport à Fozzy ?

J’aimerais que les deux groupes soient actifs. Je n’ai aucune attente par rapport à ce que ça impliquerait parce que je suis à la merci de plein de forces qui sont hors de mon contrôle. L’industrie musicale est un grand organisme et je peux vouloir ardemment quelque chose, ça ne signifie pas que ça va se produire. J’ai donc appris, à mesure que je vieillissais et devenait plus sage, que la meilleure chose à faire est juste de travailler très dur sur tout ce que tu fais. Et ensuite, quel que soit le résultat, c’est le résultat. Tu ne peux que déterminer l’effort. Tu ne peux pas déterminer l’issue de ces choses. Je sais que Stuck Mojo va faire une tournée en Europe à la fin de l’année, une série de dates sur peut-être quatre ou cinq semaines, où nous aurons l’occasion de jouer pour de gros marchés et de petits marchés, et j’espère vraiment que ça décollera.

Je veux dire que j’ai eu beaucoup d’occasions d’y réfléchir. Lorsque nous avons tourné avec Lord Nelson en Angleterre et… Tu sais, nous avons donné quelques concerts en France mais la plupart des concerts étaient en Allemagne et en Angleterre sur nos deux grandes tournées européennes que nous avons effectuées. Et pour plein de gens, la première fois qu’ils ont vu Stuck Mojo ou nous ont entendus, c’était avec Lord Nelson. Ils n’avaient donc aucune idée qu’il existait un Rising ou un Pigwalk. Il y a un écart générationnel et plein de gens ont découvert les vidéos de « Verbal Combat » ou « Charles Bronson » sans avoir jamais entendu parler de Rising, ils ne savaient même pas que Southern Born Killers existait parce que ce sont des jeunes qui recherchent de la nouvelle musique. Tu sais, « Verbal Combat » passe sur les grandes radios satellites partout à travers les Etats Unis maintenant, donc il y a littéralement des millions de gens qui entendent notre single et qui n’ont aucune idée que Stuck Mojo était un groupe qui a sorti d’autres albums. Lorsqu’ils chercheront sur internet, ils trouveront : « Wah ! Ok, je ne me doutais absolument pas que ce groupe existait avant. » Mais parce que nous sommes des fans de metal de la vieille école et parce que nous existons depuis longtemps, nous supposons que ce sera difficile de faire percer un vieux groupe avec un nouveau line-up. Bon, c’est juste à cause de la façon dont nous voyons les choses. Mais il y aura plein d’autres gens qui le verront différemment.

Je me souviens, juste avant que The Great Revival ne sorte, Stuck Mojo était en ouverture de Volbeat partout en Europe, et nous jouions face à quatre ou cinq mille personnes par soir. Très peu d’entre elles avaient ne serait-ce qu’entendu parler de nous avant. Et nous avons vendu plein d’albums et nous avons gagné plein de nouveaux fans en jouant face à un nouveau public. Et je pense que ce devra être notre but parce qu’il y aura plein d’anciens fans et soutiens de Stuck Mojo qui ne voudront pas soutenir ce groupe sans Bonz parce que, pour eux, c’est lui le chanteur de ce groupe. Et je les respecte. Je ne peux pas leur dire qu’ils ont tort ! Lorsque j’ai regardé des vidéos sur YouTube d’Axl Rose en train de chanter pour AC/DC, je n’ai pas aimé. Ça ne veut pas dire que c’est mauvais ! En fait, je trouve même que c’est très bon ! Axl est un super chanteur et AC/DC joue toujours super bien mais c’est mon opinion. Donc je n’ignore aucun vieux fan s’il dit : « Hey, je suis un grand fan et je déteste votre nouvel album. Je déteste le fait que ce ne soit pas avec Bonz. » Qu’est-ce que je peux bien dire ? Qu’il a tort ? Il n’a pas tort ! Il a raison pour lui-même ! Et je suis très reconnaissant du soutien qu’ils nous ont témoigné dans le passé mais je ne peux pas maintenir [le line-up original de] Stuck Mojo pour leur faire plaisir, pour que finalement le groupe se sépare à nouveau dans six mois. Si je sais que l’ancien line-up ne marchera pas… Et ça ne marchera pas parce que ce n’est pas que moi qui le dis, c’est le manager, c’est le tourneur, c’est le batteur, c’est tous ceux qui sont impliqués dans le groupe, qui ont vu ce qui se passait lorsque ce line-up se reformait et disent : « Non, ça ne marchera pas. » Je sais que ce n’est pas possible. Il faut juste que je dise à ces fans que je suis désolé qu’ils soient en colère contre moi, je suis désolé que nous n’ayons pas pu conserver ce groupe et je les remercie pour leur soutien pendant toutes ces années.

Mon espoir est que certains de ces anciens fans apprécient la musique, de la même façon que j’aime le Van Halen de Sammy Hagar, de la même façon que j’aime le nouvel album d’Arch Enemy. Il y a plein de groupes qui ont un nouveau chanteur que j’aime beaucoup et qui je trouve sont mortels. Je suis surexcité d’entendre Rainbow avec le nouveau chanteur. Il y a des groupes qui ont eu des changements de line-up que j’ai aimé et d’autres non, mais je suis prêt à tenter le coup. Je veux dire que j’aime toutes les versions de Deep Purple. J’aime presque toutes les versions de Black Sabbath. Je suis donc disposé à donner à tous les groupes une chance et parfois, pour moi, ça fonctionnera et parfois ça ne fonctionnera pas. Juste parce que ça ne me va pas ne signifie pas que c’est bien ou pas, tout est subjectif. Et nous écoutons tous la musique à travers nos propres désirs et nos propres préférences. Donc, avec un peu de chance, le groupe trouvera un nouvel élan avec de nouveaux fans, tout comme, évidemment, nous perdrons des fans.

Stuck Mojo 2016

« J’ai essayé dans ma vie d’être sûr de me demander : ‘Qui suis-je en tant que guitariste ? Qui suis-je en tant que compositeur ? Et cet album est-il une représentation artistique de qui je suis ? Ou bien suis-je en train d’essayer d’imiter quelqu’un d’autre avec cette chanson ?' »

Et je vais ajouter ceci : Lorsque nous avons sorti Pigwalk, nous avons perdu plein de fans du début parce qu’ils trouvaient que l’album était trop heavy. Et ensuite, lorsque nous avons sorti Rising, plein de fans ont dit : « Vous êtes des vendus parce que vous avez des refrains mélodiques, vous jouez des chansons de rock sudiste et vous avez un orgue dans ‘Southern Pride’. » Et puis il y a des gens qui ont adoré Rising parce qu’ils ont adoré ce son sudiste et qui ont ensuite dit : « Que s’est-il passé ? Pourquoi avez-vous commencé à jouer des riffs heavy avec de la double grosse caisse ? Nous préférions carrément les riffs bluesy ! » Donc lorsque n’importe quel groupe tente quelque chose de nouveau, tous les fans n’aiment pas, même si c’est le même line-up. C’est dans la nature du musicien. Tu plairas à certains fans et pas à d’autres. Tu ne peux pas courir après tes fans, tu ne peux pas courir après leurs désirs et tu ne peux pas courir après l’industrie musicale et ce qui est populaire. Tout ce que tu peux faire, c’est essayer de faire des albums qui soient fidèles à qui tu es en tant que groupe et qui te représentent bien.

Je ne compte plus le nombre de fois où j’ai entendu de nouveaux groupes essayer d’être Scorpion Child ou Clutch parce qu’ils aiment le nouveau stoner rock ou les Queens Of The Stone Age. Et je ne compte plus les nouveaux groupes que j’ai entendus et qui essaient d’être ce genre de… Tu sais, je les voyais dans les années 90, essayant de faire du néo metal et, pour moi, ça ne fonctionnait pas parce qu’ils essayaient d’être quelque chose, et ce n’est pas qu’ils étaient mauvais, c’est juste qu’ils imitaient quelque chose. Du coup, j’ai essayé dans ma vie d’être sûr de me demander : « Qui suis-je en tant que guitariste ? Qui suis-je en tant que compositeur ? Et cet album est-il une représentation artistique de qui je suis ? Ou bien suis-je en train d’essayer d’imiter quelqu’un d’autre avec cette chanson ? » Et c’est délicat parce que j’adore Diary Of A Madman [d’Ozzy Osbourne] et j’adore Screaming For Vengeance [de Judas Priest] et j’aime Holy Diver [de Dio] mais je dois m’assurer que je ne suis pas en train d’imiter ces albums. Je dois admettre que ces albums m’ont influencé mais en tant qu’artiste qui se connait bien, tu dois pouvoir faire la différence entre une imitation et une influence. Je sais que cet album est qui nous sommes et j’en suis fier. C’est en fait un de mes albums préféré parmi tous ceux que j’ai fait. Je viens juste de l’écouter aujourd’hui lorsque j’étais à la salle de sport, j’ai écouté ma propre musique. C’est le signe que tu as fait de la musique que tu aimes vraiment, lorsque tu l’écoutes pendant ton propre temps récréatif !

J’aime vraiment ce nouvel album de Stuck Mojo parce que je n’ai fait aucun compromis. Il n’y a rien sur cet album où je me dis : « Bon, j’aurais aimé ne pas avoir mis ça là-dessus mais c’est un groupe et parfois tu fais ce que tu fais parce que tu es dans un groupe. » Il n’y a rien sur cet album qui me fait grimacer lorsque je l’écoute. Car même si la plupart des idées de paroles ne sont pas les miennes, il disait des choses dont j’étais très fier et que je trouve brillantes, et je trouve le jeu de batterie de Frank très bon sur cet album. Il y a un super groove sur cet album. Et le bassiste de studio, ce mec Marshall Coats que j’ai embauché, c’est le plus épatant des bassistes avec qui j’ai jamais joué ! Musicalement, il a fait des choses sur cet album qui m’ont fait penser différemment. Le simple fait d’être dans une pièce avec un musicien différent te donnait une perspective différente sur la musique et ça aidait ces chansons à faire des choses qu’elles n’auraient pas faites si j’avais joué la basse ou si Dan Dryden avait joué sur tout l’album ou si Corey avait joué. Car Corey et Dan sont des bassistes de rock. Le gars que j’ai embauché était un genre de super musicien. Il peut jouer du prog, il peut jouer de la funk, il peut jouer du R n’ B… C’est juste un maître qui pourrait aussi facilement être dans Kool And The Gang que dans Yes ! Et être entouré de personnes comme lui, ça me pousse à penser différemment. Je suis donc très fier de cet album. J’en suis très content. Je suis très content d’avoir l’occasion de le jouer en concert avec quelques nouveaux gars que j’apprécie beaucoup et qui apporteront quelque chose de spécial. Car pendant la période avec Lord Nelson, nous avions Sean Delson qui était le bassiste de Fozzy, nous n’avions pas vraiment notre propre groupe. C’était le groupe de Fozzy avec Lord Nelson. Et cet album, avec ce line-up, c’est un groupe différent de Fozzy, c’est vraiment séparé. Je trouve que ça représente bien mieux la voix de ce groupe. Donc je suis surexcité !

A propos de ce bassiste qui a joué sur l’album : n’as-tu pas envisagé qu’il reste de manière permanente dans le groupe ?

Je lui ai demandé et il a refusé ! [Rires] Il a un jeune enfant et il est marié. Il donne des cours, il fait du travail en studio et il a son propre groupe en ville. Et il ne voulait simplement pas changer de vie parce que dès que nous avons une tournée, ça aurait nécessité qu’il parte pendant je ne sais pas combien de semaines et ce n’est pas quelque chose qu’il était prêt à faire. J’étais absolument amoureux de lui ! Et il est très différent. Len Sonnier, qui est le bassiste du groupe maintenant, est un choix beaucoup plus naturel pour qui nous sommes en tant que groupe, dans le sens où il a grandi avec King’s X, Pantera, Van Halen, Black Sabbath… Nous avons des influences similaires, donc nous allons très bien ensemble, alors que Marshall Coats, il était le plus extraordinaires des musiciens avec qui j’ai pu me poser dans une pièce et ce qu’il a fait pour cet album est absolument incroyable, et il pouvait chanter ! Sa voix est juste sensationnelle ! Mais encore une fois, c’était très différent. Je pense qu’il aurait amené le groupe dans une direction légèrement différente, dans le sens où ça aurait été un peu plus groovy, un peu plus funky que heavy metal parce qu’il n’a jamais joué dans un groupe de metal de sa vie. Donc, encore une fois, avoir Marshall dans le groupe aurait été génial mais ça aurait rendu le groupe un peu différent.

J’ai vu sur Pledge Music que tu vas mettre à disposition un streaming du concert de reformation avec le line-up des albums Pigwalk et Rising que vous avez donné en décembre 2014. As-tu prévu de sortir ça en format physique ?

Oui, je vais le faire. La raison pour laquelle je le diffuse en streaming pour le moment, c’est parce que nous n’avons pas vraiment eu le temps de faire un DVD correctement produit. Donc, ce que j’ai pensé, c’était que pour tous ceux qui auront acheté l’album sur le site de Pledge Music, je leur donnerais un code pour regarder le concert gratuitement et plus tard, il y aura un DVD disponible, de façon à ce que les gens puissent avoir leur exemplaire, sans avoir à le regarder sur internet.

Il y a d’ailleurs quelque chose que je vais sortir et apporter en Europe la prochaine fois que nous irons : j’ai un paquet de concerts classiques qui ont été filmés professionnellement mais sur cassettes Super VHS, donc la qualité n’est pas du dix sur dix mais c’est probablement du sept sur dix et nous les avons converti en fichiers numériques. Donc j’ai la release party de l’album Pigwalk, j’ai celle de l’album Rising et j’ai quelques autres concerts de cette époque qui sont des concerts où nous étions en tête d’affiche, qui sont très bons et que je vais mettre sur des clés USB pour les vendre au stand de merch. Pour les fans du Stuck Mojo classique, ce sont de bons concerts, ils sonnent bien… Ça montre bien notre jeunesse. Lorsque je les ai regardés, je ne me suis même pas reconnu ! Tu sais, parfois tu vois des choses que tu as faites dans le passé, on dirait un miroir, et parfois tu vois des choses que tu as faites il y a vingt ans et c’est genre : « Je reconnais cette personne mais on ne dirait plus le même mec, » si tu vois ce que je veux dire.

J’ai vraiment apprécié regarder ces concerts parce que j’étais très en colère et pas très instruit, je ne réfléchissais pas bien aux choses. Donc lorsque je disais des trucs dans le passé, souvent je le disais pour obtenir des réactions. Maintenant, ça fait vraiment vingt ans que je lis diverses formes de pensées et que je m’immerge dans la littérature classique, en ne racontant plus des choses parce que ça me semble bien mais parce que j’ai essayé de vraiment comprendre ce que j’en pense. Qu’est-ce que je pense vraiment de l’avortement ? Qu’est-ce que je pense vraiment du droit des armes ? Qu’est-ce que je pense vraiment sur des sujets importants de notre culture ? Et à l’époque, c’est comme regarder un petit gars qui veut juste faire le fou ! Et je pense que ça se manifestait vraiment dans ce groupe parce que, physiquement, j’étais vraiment en feu mais lorsque j’entends mes interviews, je me dis : « Pouah ! J’aurais aimé ne pas avoir dit ça ! » Car à l’époque j’étais quelqu’un de très différent et je crois qu’avoir été marié à une formidable femme pendant plus de dix ans m’a calmé. Et aussi, je pense avoir compris que je ne sais pas tout… Toutes les quelques semaines, je me rends compte que je ne suis pas si malin que ça et que j’apprends quelque chose de tout nouveau auquel j’aurais aimé avoir ne serait-ce que pensé. Je me rends compte que j’ai encore énormément à apprendre. A l’époque, je pensais tout savoir. Et ça m’a vraiment aidé de voir et entendre mes anciennes interviews et je me rends compte que dans vingt ans, je vais probablement penser complètement différemment, simplement parce que, je suppose, nous sommes le produit de nos expériences, de la vie, de nos erreurs et de nos réussites.

Interview réalisée par téléphone le 25 mai 2016 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Céline Hern.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Page Facebook officielle de Stuck Mojo : www.facebook.com/StuckMojo

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