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Interview   

Stuck Mojo, partie 2 : fidèle à la parole libre


Rich WardLes élections présidentielles sont toujours propices à libérer la parole politique chez les artistes, ce n’est pas un hasard si les musiciens de Rage Against The Machine sont de retour cette année sous le patronyme de Prophets Of Rage pour renvoyer à la face du monde leurs chansons engagées. Et ce n’est pas non plus un hasard si Stuck Mojo a choisi 2016 pour faire son retour avec son nouvel album Here Come The Infidels.

Rich Ward l’a prévenu, certains trouveront les paroles offensantes, mais pas parce qu’il y a une volonté d’offenser mais parce qu’on est, selon lui, devenu une société molle. Ce n’est donc pas tant un album de prises de positions politiques qu’une revendication de liberté de parole, et même de liberté tout court, dans un monde que Ward constate comme étant de plus en plus muselé.

Dans l’entretien qui suit, il n’est donc pas question de musique – pour ça on vous renvoie vers la première partie – mais de politique et de religion où Rich Ward nous explique sa vision et son militantisme libertaire, indispensable pour comprendre l’artiste et son oeuvre avec Stuck Mojo. A quelques jours du résultat d’une des élections américaines les plus sulfureuses et commentées de l’histoire, voilà de quoi continuer à alimenter les débats et réflexions sur nos sociétés.

Rich Ward

« Le thème qui parcourt la majorité du nouvel album est la nouvelle tendance à faire taire les discours pour lesquels on n’est pas d’accord, que ce soit le racisme, l’homophobie ou l’antisémitisme. Je ne suis d’accord avec aucune de ces choses mais je me battrais pour leur droit de dire ces choses. »

Radio Metal : A quel point le climat politique actuel a-t-il inspiré le nouvel album de Stuck Mojo, Here Comes The Infidels ?

Rich Ward (guitare) : L’album parle plus de discours qu’il ne parle de candidats, car je ne m’intéresse pas tellement aux personnalités, aux candidats, à « qui » et aux partis, nous sommes plus sur les idées. L’une des choses qui rend l’Amérique unique est l’idée de notre constitution et que nous sommes une nation de lois, nous sommes une république et non une démocratie. Dans une démocratie, la majorité gouverne, donc si tu as une population à soixante-dix pour cent blanche, parfois il se peut que les gens prennent de mauvaises décisions, comme en Amérique lorsqu’on a eu l’esclavage. L’esclavage n’était pas une erreur de l’Homme, c’était une erreur de gouvernement. Le problème est que lorsque les hommes peuvent prendre des décisions, car ils représentent la majorité, alors c’est comme l’idée selon laquelle trois loups peuvent voter que le seul mouton sera au dîner. L’idée de liberté est vraiment au cœur du nouvel album, dans la mesure où la culture américaine est en train de rapidement changer pour museler la liberté de parole. L’idée de notre premier amendement de notre constitution est qu’on a le droit de dire tout ce que l’on veut, peu importe à quel point le discours est abject, dégoûtant et mal. L’idée de la liberté de parole est de protéger le plus moche des discours, car le discours qui est populaire n’a pas besoin de protection, c’est le discours moche qui en a besoin, ce qui ne veut pas dire que l’on doit y adhérer. Je pense que le thème qui parcourt la majorité du nouvel album est la nouvelle tendance à faire taire les discours pour lesquels on n’est pas d’accord, que ce soit le racisme, l’homophobie ou l’antisémitisme. Je ne suis d’accord avec aucune de ces choses mais je me battrais pour leur droit de dire ces choses. Et l’autre versant est que lorsque tu supprimes ces discours, tu ne fais que déplacer la haine dans l’ombre et alors elle devient plus dangereuse, alors que lorsque la haine est au grand jour, tu peux choisir avec qui tu veux t’associer. Je pense que c’est ça, le fil conducteur. Donc au lieu que nous parlions d’Hillary Clinton ou Donald Trump, de ces fortes personnalités… Je les trouve tous les deux dangereux ! Car les deux veulent museler les discours avec lesquels ils sont en désaccord, et donc, je me bats contre cette idée, non les politiciens eux-mêmes.

Il y a quelques mois j’ai parlé à James Michael et Nikki Sixx de Sixx: A.M. et ils me disaient que « les gens ne sont pas subtils, les gens ne sont pas calmes et c’est pourquoi des politiciens comme [Donald] Trump ou Bernie Senders gagnent une telle adhésion, car ils sont bruyants, ils haussent la voix et sont tapageurs, que l’on soit d’accord ou pas avec leurs positions sur quelque politique que ce soit, l’idée est que ce n’est pas une période pour être calme. » Es-tu d’accord avec ça ?

Absolument. Je pense que Donald Trump est la réaction aux huit dernières années d’Obama. Je pense que l’idée d’Obama était qu’il allait incarner un grand changement dans la façon dont le gouvernement fonctionnerait, qu’il allait être le remède contre cette grosse machine oppressante qu’est le gouvernement. Mais ce que nous avons découvert, c’est que rien n’a changé, sauf pour les groupes qui étaient protégés. Sous George W. Bush, l’idée était que les grosses entreprises, comme les compagnies pétrolières, étaient favorisées et l’armée était au premier plan, mais sous Obama, c’était juste d’autres entreprises qui étaient protégées. Il y avait donc toujours de grands intérêts corporatistes, c’est juste qu’ils ont changés, et donc il y avait toujours de l’argent en jeu. Mais ce qui finit par se passer lorsque tu as des extrémités… Car Obama était une réaction à George W. Bush ! Donc le pendule ne fait que se balancer de droite à gauche. Le problème est que Hillary Clinton et Donald Trump ne sont pas si éloignés dans leur vision du rôle du gouvernement. Après, ils peuvent avoir des vues différentes sur la politique mais ils croient quand même que le gouvernement est la réponse.

En d’autres termes, notre philosophie est : « Une super idée n’a pas besoin d’être forcée par la main autoritaire d’un gouvernement. » Si l’énergie éolienne était une forme d’énergie alternative viable, personne n’utiliserait les énergies fossiles, mais nous ne sommes pas encore au point avec la technologie des batteries, nous n’avons pas encore trouvé de façon de stocker l’énergie éolienne et la rendre plus productive. Mais le gouvernement va dépenser des milliards de dollars pour la subventionner, ce qui revient à faire du favoritisme. Du coup, ils donnent des milliards de dollars à des sociétés qui sont incapables d’engranger de l’argent par elles-mêmes. C’est comme, tout le monde est impressionné par la voiture électrique et raconte que c’est un succès, mais le gouvernement américain donne des milliards de dollars à Tesla pour le développement. Et sous George W. Bush, il y eu de grands plans de sauvetage pour les fabricants automobiles, comme Chrysler et Chevrolet. Ce sont donc simplement les mêmes réponses aux mêmes problèmes, dans le sens où si quelque chose échoue, leur plan est juste de dépenser plus d’argent dedans ; ce n’est que leur idée d’à qui il faut donner cet argent qui change. Alors que mon idée – et notre philosophie de la liberté – est que les gens devraient avoir le droit d’échouer parce que si on pousse la démarche aux extrêmes, si l’album de Stuck Mojo ne se vend pas bien, alors je devrais aller voir le gouvernement et dire : « Vous devez nous donner de l’argent pour financer notre prochaine tournée et notre prochain album, et ensuite prendre de l’argent à Metallica, Rage Against The Machine, Guns N’ Roses et AC/DC en les taxant parce que ce n’est pas juste que ces groupes réussissent bien mieux que nous ! Donc nous demandons au gouvernement de prendre de l’argent à James Hetfield pour le donner à Rich Ward parce que Rich Ward n’a pas eu de succès ! » Mais je pense que ce n’est pas comme ça que les choses devraient marcher. Je ne pense pas que je mérite l’argent de James Hetfield, et je pense que Donald Trump croit que c’est convenable pour lui de prendre l’argent de James Hetfield pour le donner à Rich Ward, car il veut aplanir le terrain de jeu.

Je pense que la raison pour laquelle les gens aiment Donald Trump, c’est parce que c’est une opposition en colère contre le politiquement correct que Barack Obama a affiché, mais ils ne sont pas si éloignés que ça dans leurs solutions ! L’autre chose à propos de Barack Obama est qu’il a fait campagne en tant que candidat anti-guerre et pourtant, soixante-treize pour cent des victimes par les troupes américaines ont eu lieu durant les huit dernières années, sous la présidence de Barack Obama. Nous utilisons toujours des drones pour lancer des missiles à trente-mille pieds d’altitude, ce qui a causé des pertes civiles. Il n’est donc pas ce grand candidat anti-guerre. Nous avons toujours la Baie de Guantánamo, le camp de prisonniers de guerre à Cuba, c’est toujours ouvert ! Nous continuons à loger des centaines de prisonniers là-bas. Donc ce n’est pas comme si les choses avaient vraiment changées, ce n’est que le verbiage qui a changé. Ces politiciens ont appris à utiliser les réseaux sociaux. Car combien de personne font vraiment attention ? Tu sais, ils lisent les gros titres, ils lisent les tweets, mais combien de personnes prêtent vraiment attention à ce qu’il se passe ? Je pense que c’est pour ça, malheureusement, que nous sommes dans une situation où on va justifier le mauvais comportement de nos candidats, de nos partis, et on condamnera le même mauvais comportement de quelqu’un qui n’est pas de notre parti ou avec qui on est en désaccord, alors que je pense qu’il devrait y avoir une cohérence morale. Si quelqu’un de notre parti ou candidature ment, on devrait lui réserver le même traitement que quelqu’un avec qui on est politiquement en désaccord.

Stuck Mojo 2016

« Le danger est lorsque le gouvernement dit que ceci est illégal parce qu’alors, ils en font un crime, tu peux aller en prison, on peut te prendre ta propriété, ta vie peut être détruite pour avoir eu une opinion ! »

Tu as dit que tu te battais pour la liberté de parole, même les discours les plus moches. Donc tu n’estimes pas qu’un discours puisse parfois être dangereux ?

Si, mais alors qui devient la police qui va déterminer où est la limite ? Et fait-on confiance à ces humains pour prendre les bonnes décisions ? Pour moi, c’est ça le problème dans le fait d’habiliter des gens à déterminer ce qui est mauvais. Car ce que tu penses être un discours dangereux n’est pas la même chose que ce je pense être un discours dangereux, ce qui n’est pas la même chose que ce que James Hetfield ou Tom Morello pensent être un discours dangereux. Nous voyons tous le monde différemment. Donc l’idée, surtout dans la société multiculturelle dans laquelle nous vivons, où avant c’était… Tu sais, il y a cinquante ans, l’Amérique était très différente, mais culturellement, nous sommes très divers et trouver un terrain d’entente pour tout le monde… Car tu ne peux plus rien dire sans blesser quelqu’un, tu ne peux pas dire que quelqu’un est gros, tu ne peux pas dire que quelqu’un est moche, tu ne peux rien dire sur la taille des organes génitaux de quelqu’un, tu ne peux rien dire sur l’orientation sexuelle de quelqu’un. Mais il y a une idée avec laquelle j’ai grandi, et qui faisait partie de ma génération, que mes parents avaient pour habitude de me dire avant que j’aille à l’école, et c’était : « Les bâtons et les pierres peuvent te briser les os mais les mots ne peuvent jamais te faire de mal. » Et je crois en ça. Je crois que nous sommes devenus mous. Lorsque je vois des étudiants d’université qui manifestent parce que quelqu’un a dit quelque chose avec laquelle ils ne sont pas d’accord et qui disent que ce discours est dangereux… Mais je crois que seules les actions sont dangereuses et nous ne pouvons jamais arrêter les fous. Il n’y a pas plus de tueries d’étudiants qu’il y en avait il y a vingt ans, il n’y pas plus de tueries de masse, il n’y pas plus de meurtres en séries, il n’y a pas plus de tueries racistes en Amérique qu’il y en avait il y a cinquante ans. Malgré tout, tu ne peux pas changer les fous, les fous feront des choses horribles et le simple fait d’établir qu’il est illégal pour eux de dire des choses et d’entendre des choses ne changera pas leur manière d’agir.

Pour tout dire, il y avait une personne qui m’a menacé pendant des années ; je veux dire des menaces de mort, disant qu’il allait me tuer sur scène de la même façon que Dimabag [Darrell] a été tué sur scène. J’ai évité de jouer dans certains coins des Etats-Unis parce que ça durait depuis environ sept ans. Ce n’était pas juste un ou deux emails, il postait sur Blabbermouth, sur ma page Facebook et sur des forums. Je me souviens avoir parlé à un ami policier et je lui ai dit : « Qu’est-ce que je devrais faire ? Je ne sais pas trop comment gérer ça. » Et il m’a recommandé un agent qui travaillait au FBI. Donc j’ai parlé à l’agent du FBI et il a dit : « On peut aller frapper à sa porte et lui faire peur pour qu’il arrête et ne dise plus ces choses. » Mais il a dit que ce qu’ils ont découvert, c’est que lorsqu’ils sont confrontés, poussés et menacés, il y a davantage de chance que les gens passent à l’acte parce qu’ils se sentent acculés et ça attire leur hostilité. Et donc parfois, lorsque quelqu’un fait une remarque raciste, ou dit quelque chose d’homophobe, tu ne peux pas lui faire changer d’avis. Donc à quoi bon essayer de pousser le gouvernement à les museler, ou les rappeler à l’ordre ? C’est différent si c’est Facebook. Facebook est une société privée, ils peuvent décider qu’ils ne veulent pas de ce genre de langage et d’opinion sur leur plateforme. Tout comme Twitter, Twitter n’appartient pas au gouvernement, donc Twitter peut décider tout ce qu’il veut. Exactement comme je le disais plus tôt, si je suis signé sur Century Media Records, ils peuvent dire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que tu dis et nous n’allons pas sortir cet album. » Le danger est lorsque le gouvernement dit que ceci est illégal parce qu’alors, ils en font un crime, tu peux aller en prison, on peut te prendre ta propriété, ta vie peut être détruite pour avoir eu une opinion ! C’est un crime de pensée, tu ne l’as jamais fait suivre d’acte, tu n’as jamais fait de mal à personne, tu n’as jamais rien fait d’autre que de dire quelque chose qui est impopulaire. Et pour ma part, je n’ai pas envie de mettre aux responsabilités un gouvernement qui peut légalement te prendre par la force des armes et te mettre en prison pour avoir eu une opinion. Je n’ai pas envie d’en être responsable !

Qu’est-ce que ce mec qui te menaçait avait contre toi ?

Il était furieux parce que Stuck Mojo s’était séparé et me tenait pour responsable d’avoir splitté le groupe. Et je lui répondais parce que c’était un énorme fan ! Tu te rendais compte qu’il y avait quelque chose qui n’allait pas chez lui parce qu’il disait : « Rich Ward est le meilleur musicien, il est meilleur que ce type… » Et il se disputait sur le fait que j’étais le meilleur et tout d’un coup, il changeait et disait ces trucs démentiels, et j’essayais de lui parler en le suppliant : « S’il te plaît, pourquoi dis-tu ces choses ? » Je lui envoyais des emails ou je postais sur les forums, mais on parle de quelqu’un qui est fou. Les gens normaux ne menacent pas de tuer les gens. Donc, pour ma part, dire que ça devrait être illégal… Il est fou, n’est-ce pas ? Ce ne sont pas les pensées et les mots d’une personne normale. Malheureusement… Et je ne peux parler que pour la société américaine parce que je n’ai pas mon mot à dire sur quiconque venant d’un autre pays, sur ce qu’il devrait ou ne devrait pas faire parce que je n’y vis pas, je n’y paie pas d’impôt et ce n’est pas mon droit de parler à la place des Français, ou des Hollandais ou des Allemands, ce n’est pas mes oignons. Lorsque je vais en Allemagne ou en France, j’obéis aux règles du pays, car je respecte l’opportunité qu’ils m’offrent de venir et jouer ma musique, et s’il y a des lois qui m’empêchent de dire certaines choses, alors je leur obéis parce que ce n’est pas mon pays et je ne suis pas un citoyen. Je suis là par la permission du gouvernement Français, donc je vais suivre les règles de ce pays, car c’est ainsi qu’il faut faire les choses. Mais en Amérique, la constitution est fondée sur l’idée de liberté de parole et liberté de pensée et liberté de s’associer avec les gens que l’on souhaite, et ceci ne devient criminel que lorsque l’on joint les actes à la parole.

La politique n’est pas le seul grand thème de cet album. La religion en est un également. Je sais que tu te considères comme un libertaire, donc penses-tu que la politique et la religion sont les deux grands problèmes dans le monde qui menacent la liberté ?

Non, je pense que les gens et le pouvoir sont le problème parce que dit toi bien que les religions et la politique, ce ne sont que des gens, n’est-ce pas ? Et le problème survient lorsque nous donnons le droit à ces gens de dicter comment nous vivons. La religion n’a aucun pouvoir et le gouvernement n’a aucun pouvoir à moins que nous le leur donnons, et c’est ça qui devient problématique. C’est comme, les personnes religieuses en Amérique préfèreraient que le mariage gay ne soit pas légal parce que sous leur position, leur idée dans la Bible, dans leur foi chrétienne et leur foi judaïque, est que le mariage devrait être entre un homme et une femme, comme Adam et Eve, c’est donc leur croyance fondamentale. Le problème est que, à un moment donné, nous avons décidé que c’était une bonne idée de donner le droit au gouvernement de délivrer des certificats de capacité matrimoniale. Et lorsque nous avons décidé ceci, alors nous leur avons donné la permission de dire qui peut et ne peut pas se marier. Alors que ça ne devrait pas regarder le gouvernement, et ainsi la religion peut dire « nous n’approuvons pas » mais qui en a quoi que ce soit à faire de ce qu’ils disent ? Ce n’est que leur avis ! Le problème survient lorsque le gouvernement peut dicter ces règles. C’est la même chose avec l’esclavagisme ; l’esclavagisme est apparu seulement parce que le gouvernement a dit que c’était possible. C’est pareil avec le droit de vote des femmes ; le droit de vote des femmes était un produit du gouvernement. Les noirs ne pouvant pas se marier avec des blancs, les mariages mixtes étaient illégaux aux Etats-Unis, c’était une décision du gouvernement. C’est pourquoi je trouve que le gouvernement peut être dangereux. Lorsque tu confères au gouvernement [le droit] de prendre des décisions, c’est là que le problème se pose.

Stuck Mojo - Here Come The Infidels

« Pense à King Diamond, Ozzy Osbourne, Slayer, Deicide, Morbid Angel, Sepultura, ces groupes qui nous faisaient dire ‘oui !’, qui se défendaient contre la nature oppressive de la religion organisée, et on adorait ça ! Et pourtant, on devient des tapettes dès qu’il s’agit de dire quoi que ce soit à propos de l’Islam ! »

Et le gouvernement casse des choses. Par exemple, en Amérique, notre système de santé est exécrable mais c’est le résultat du gouvernement, pas parce qu’ils ont essayé de le réparer. A chaque fois qu’ils font quelque chose, ça empire et ils viennent nous dire : « Les services de santé sont épouvantables, nous devons intervenir et les réparer. » Et je suis là : « Attend une seconde, c’est toi qui a cassé la fenêtre ! Pourquoi devrions-nous payer pour que tu la répare ? Tu es le problème ! » Nous nous portions très bien, notre système scolaire était bien mieux avant que nous fédéralisions le comité d’éducation. Toute notre éducation aux Etats-Unis était complètement locale et lorsque les choses sont entièrement locales, tu en as un meilleur contrôle. Je veux dire qu’il y a trois cent soixante millions de gens qui vivent aux Etats-Unis, c’est l’une des masses terrestre les plus grandes du monde ! Comment le petit gouvernement d’une ville, à Washington DC, peut-il savoir ce qui est le mieux pour la Floride, pour la Californie et pour l’Idaho ? Ils ne savent pas ! Tu laisses ça aux locaux. Dès qu’un grand gouvernement fédéral devient si gros qu’il prend des décisions pour les gens à un niveau local, ça ne sera jamais dans le meilleur intérêt de ces gens. Et c’est la même chose avec la religion ; la religion n’a strictement aucun pouvoir ! A moins qu’elle soit sous la supervision et le pouvoir du gouvernement, ce qui explique pourquoi l’Islam militant peut être si dangereux, car il est sponsorisé par des gouvernements dans certains de ces pays.

J’ai envie de dire qu’il y a deux millions de gens qui vivent aux Etats-Unis, lorsqu’ils répondent aux formulaires de recensement, ils s’identifient en tant que Musulmans, et pour autant, nous n’avons pas d’armée musulmane en Amérique parce que nous avons une société libre qui n’a pas de religion établie. Donc on dit que ce n’est pas l’Eglise Catholique, ce n’est pas l’Eglise Evangélique, ce n’est pas le Temple Juif, ce ne sont pas les Mormons et ce ne sont pas les Musulmans. Ils n’ont pas leur mot à dire dans la façon dont le gouvernement est dirigé. Donc, alors, ces religions ne peuvent pas être dangereuses car elles ne peuvent pas m’obliger à aller à l’église. Je vais à l’église seulement de mon plein gré. Le problème quand le gouvernement et la religion sont de connivence, c’est lorsque le gouvernement dit, comme il le fait dans de nombreux pays musulmans, que tu dois être islamique et que l’enseignement des textes judéo-chrétiens est illégal. Pour moi, c’est un problème. Mais ces pays ne sont pas mes pays, donc c’est à eux de voir, mais je n’ai aucun problème avec L’Islam et je n’ai aucun problème avec le Christianisme et je n’ai aucun problème avec le Judaïsme. Je pense que ça convient à plein de gens et la foi est une composante importante pour plein de gens, mais j’ai plein d’amis qui sont athées et ils sont tout aussi heureux et trouvent qu’ils ont une super vie. Je pense juste que la religion peut être dangereuse seulement lorsqu’elle est de mèche avec le gouvernement.

Les présidents américains finissent généralement leurs discours avec « Que Dieu bénisse l’Amérique » et lorsque tu es au tribunal, tu dois jurer sur la Bible…

Oui mais ce sont des traditions, il y a une différence. Tu sais, on célèbre Noël et on célèbre Hanoukka, et ces trucs traditionnels comme Pâques. Plein d’athées vont célébrer Noël parce que c’est devenu une tradition, donc ça a moins à voir avec le fait de jurer devant Dieu qu’avec d’anciennes traditions, n’est-ce pas ? Donc lorsque je mets ma main sur la Bible et je dis : « Je le jure devant Dieu », si tu es athée, tu ne jures pas devant Dieu, ce sont des traditions qui sont en place depuis deux cent trente et quelques années de république américaine. Mais je pense vraiment que cette partie de nos traditions vient des gens qui ont fondé l’Amérique. Ça a été fondé avec le judéo-christianisme. Les pèlerins, les gens qui ont fondé ce pays, se sont installés et ils étaient principalement des adeptes de la foi judéo-chrétienne. Mais la raison pour laquelle ils ont quitté l’Angleterre, la raison pour laquelle ils ont quitté l’Europe, était qu’ils ne voulaient pas que le gouvernement leurs disent quelle église et quel Dieu prier. Et je pense que c’est ce qui a séparé… La majorité des gens qui ont fondé des Etats-Unis croyaient qu’il y avait une place pour Dieu, mais c’était à nous de décider, et que les fondements et les piliers étaient basés sur les Dix Commandements, « tu ne tueras point, tu ne voleras point. » Ceux-ci sont des principes qui précèdent la Bible, mais la Bible est devenue ce vers quoi les gens convergent pour se rassembler autour de ces valeurs. Donc je pense que lorsque les gens mettent leur main sur la Bible, pour ceux qui sont chrétiens, très bien, alors ils disent ceci à Dieu, mais pour ceux qui ne le sont pas, je pense que ça se résume à un système de valeur. Lorsqu’on dit « devant Dieu », en fait, il y a plein de dieux pour plein de gens. Evidemment, ça ne les limitent pas au dieu de Jéhovah ou Jésus Christ ou Mahomet ou Buddha ou Shiva. Tu te mets dans une position où la majorité des gens qui vivent aux Etats-Unis croient en un dessein intelligent et en une sorte de force omnipotente qui guide et a créé ce pays. Et si à un moment donné ce n’est plus le cas et les gens décident qu’ils veulent s’en débarrasser, alors très bien ! Qu’on s’en débarrasse ! Mais je pense que ça a davantage à voir avec la tradition.

En fait, je disais ça parce qu’en France, on n’imaginerait pas un Président faire référence à Dieu dans un discours officiel. Ca créerait certainement une polémique.

Ouais, et peut-être est-ce polémique de ma part de dire ceci, mais instinctivement, il y a une part de nous qui a très envie d’avoir le sentiment de faire partie de quelque chose. Nous sommes tous de nature tribale, il y a quelque chose en nous qui veut faire partie de quelque chose et ces gens qui ne trouvent pas dans la religion une philosophie à laquelle appartenir, ils trouveront quelque chose d’autre vers laquelle graviter, un groupe. Parfois c’est le réchauffement climatique, parfois c’est la politique, parfois c’est le mouvement transgenre comme nous avons aux Etats-Unis, parfois c’est le monde universitaire… Les gens veulent avoir le sentiment de faire partie de quelque chose, ils veulent avoir le sentiment de faire partie d’une cause ou d’un mouvement. Et je pense que la raison pour laquelle les gouvernements forts aimeraient se débarrasser de toute mention de Dieu, supprimer l’idée de religion et devenir des sociétés laïques est parce que ça les valorise. Car si tu ne crois pas en Dieu, si tu ne crois en rien, en quoi crois-tu ? Car, comme je l’ai dit, il a été prouvé au fil du temps que si tu ne croies en rien, tu choisiras quelque chose en laquelle croire, et je pense que les leaders forts veulent briser ces fondamentaux parce qu’alors, ça les rend plus puissants et ça pousse les gens à se tourner vers eux.

Rich Ward

« Les gens percevront [cet album] comme étant offensant parce qu’on nous transforme en de petits flocons de neige qui sont offensés par tout et n’importe quoi. »

Encore une fois, je ne m’identifie à aucun type de religion spécifiquement ; je crois en Dieu, je crois que le monde est trop complexe pour que tout ça soit un accident. Lorsque je vois la façon dont notre ADN fonctionne et la façon dont nos globules blancs combattent les maladies… Ca fait aussi que j’apprécie davantage la nature. Lorsque j’étais enfant, je me souviens avoir tué un oiseau avec un BB gun et je me souviens à quel point c’était horrible de voir l’oiseau mourir et ça m’avait fait me sentir mal. Maintenant, lorsque j’admire la nature et je regarde les oiseaux et les insectes, je pense que tout est là pour une raison. Ma femme et moi ne tuons pas les araignées chez nous. Nous allons chercher une tasse et nous sortons l’araignée dehors parce que nous ne la voulons pas dans la maison [petits rires] mais nous ne voulons pas non plus la tuer, car j’ai le sentiment qu’il y a dessein à tout. Croire en Dieu et croire en ce dessein me pousse à mieux respecter la nature, ça me pousse à ne pas vouloir polluer, ça me pousse à ne pas vouloir jeter des ordures, ça me pousse à vouloir conduire une voiture plus économique, ça me pousse à vouloir protéger l’environnement. Je crois dans le fait d’être quelqu’un possédant une foi connectée à l’écologie. Je veux dire que je suis végétarien. J’ai simplement l’impression qu’il y a quelque chose qui nous relie tous, et cette compassion vient de la compréhension que nous avons tous un but et que nous sommes tous ici pour une raison. Et ça ne comprend pas que les humains, ça comprend tout. Je me tiens dehors, dans ma voiture, en train de regarder les oiseaux sur ma mangeoire, me disant à quel point c’est incroyable que les gros oiseaux mangent les petits oiseaux [petits rires] et ensuite, le chat arrive dans ton jardin et essaie de manger les gros oiseaux. Tout a sa place dans la nature, et je trouve ça juste fascinant.

En parlant de religion, en 2006, vous aviez une chanson intitulée « Open Season » qui a soulevé une grosse polémique parce qu’elle avait été mal interprétée. Penses-tu que cette chanson soit encore plus pertinente aujourd’hui ?

Absolument. Et c’est à cause du politiquement correct et notre refus d’appeler les choses ce qu’elles sont, ce qui nous ramène à l’idée du discours dangereux. Je pense que la religion peut être dangereuse lorsqu’elle s’organise et devient militante sous le couvert de l’enseignement, et je pense qu’on devrait dire les choses mais on vit une époque où on ne peut pas ! J’ai récemment lu un article qui disait que les Eagles Of Death Metal ont été retirés de deux festivals français parce que le chanteur a dit qu’il avait vu des gens faire la fête dans la rue. Je ne vois pas ça comme un discours particulièrement haineux, il l’a vu, il rapportait tout juste ce qu’il avait vu. Mais le problème, c’est lorsqu’on dit tous qu’on doit faire très attention à ce que l’on dit… Ecoute, je crois que les gens qui vont à la mosquée toutes les semaines et les gens qui prient cinq fois par jour ne sont pas d’accord avec les gens qui font la fête à l’extérieur d’un concert de rock juste après que des centaines de personnes aient été tuées, et je ne pense pas que ces terroristes furieux parlent pour les gens qui sont réformistes. Soyons honnêtes, il y a eu plein, plein d’atrocités commises au nom du christianisme, mais le christianisme a été réformé et il a été décidé que « œil pour œil, dent pour dent » était une mauvaise idée, n’est-ce pas ? Il a été décidé que les lapidations était une idée horrible, donc il y a des choses dans les vieux textes des systèmes de croyance chrétiennes et judaïques qu’on a décidé être inacceptables en société. L’Islam en est à un stade où il a besoin d’être réformé, car les enseignements de Mahomet ne sont pas violents, c’est juste ceux qui ont appris une version pervertie ou violente de ce texte qui le sont.

Je ne crois pas du tout que l’Islam soit une mauvaise religion ! A vrai dire, il y a de nombreux intellectuels islamiques qui vivent en Amérique et que j’admire et que je trouve être des gens brillants, et ils dénoncent la violence perpétrée au nom de Mahomet. Pense au heavy metal et au rock n’ roll, nous étions les principales personnes à combattre la censure chrétienne, pense à King Diamond, Ozzy Osbourne, Slayer, Deicide, Morbid Angel, Sepultura, ces groupes qui nous faisaient dire « oui ! », qui se défendaient contre la nature oppressive de la religion organisée, et on adorait ça ! Et pourtant, on devient des tapettes dès qu’il s’agit de dire quoi que ce soit à propos de l’Islam ! Et je ne comprends pas pourquoi, car Slayer ne dit pas que les Chrétiens sont mauvais, Slayer a juste dit qu’on devrait combattre socialement la vision oppressive de la part conservatrice de la religion, pas avec le pouvoir du gouvernement mais sous une forme artistique. Slayer a décidé de s’ériger contre la compréhension et l’organisation fondamentales de la religion aux Etats-Unis, et je trouvais ça génial ! Où est donc cette grande protestation contre les fondamentalistes en Islam qui disent et font des choses horribles ?! Il n’y en a pas ! Et la raison est qu’ils ont été mis sur une liste spéciale et c’est juste affreux. C’est comme, si un noir dit quelque chose et qu’il a tort, on devrait tous le critiquer et le dire, et non pas : « Bon, il est noir, donc on ne peut rien dire parce qu’il représente une minorité. »

Et encore une fois, je ne veux pas que le gouvernement décide mais je pense que nous, en tant que personnes libres, on devrait se permettre, on ne devrait pas brider notre parole, on devrait davantage parler, n’est-ce pas ? Je veux voir davantage de gens qui disent de mauvaises choses et davantage de gens qui disent de bonnes choses, je veux davantage de groupes chrétiens et davantage de groupes satanistes, je veux davantage de tout ! La truc à ce sujet, c’est que la liberté, ce n’est pas lorsque tout le monde pense pareil. C’est le problème en Amérique aujourd’hui, tu dois accepter les personnes transgenre et tu dois accepter l’enseignement de ceci et de cela… Non ! On devrait être disponibles et ouverts à accepter tout ce que nous voulons. C’est ça la liberté ! La liberté d’expression, la liberté de penser, la liberté d’expression artistique ! Je m’en fiche. Tu veux mettre Jésus sur une croix et le retourner ? Très bien ! Je ne le ferais pas mais pourquoi aurais-je mon mot à dire sur ce qui est bien et ce qui n’est pas bien pour autrui, c’est son expression.

Et donc, je n’ai jamais compris, lorsque nous avons sorti « Open Season », pourquoi il y a eu une telle protestation contre cette chanson. Nous n’avons pas dit que l’Islam était mal, nous n’avons pas dit que les Musulmans étaient mauvais. En vérité, nous aurions dû être un point de ralliement pour que les Musulmans viennent et nous rejoignent pour dire : « Oui ! L’Islam militant, c’est mal, tuer des gens qui sont chrétiens et juifs, c’est mal, lapider des femmes coupables d’adultère, c’est mal, dire que les femmes ne peuvent pas conduire, c’est mal… » Tout ça, ce sont des idées sur lesquelles le reste de la société a avancé et, pourtant, il y a une portion du monde qui a décidé qu’ils allaient utiliser la force du gouvernement et de l’armée pour pousser les gens à vivre au XIIIème siècle. Je ne suis pas d’accord avec ça, donc je veux écrire une chanson à ce sujet. J’accepte que des gens ne soient pas d’accord avec moi mais je pense aussi que le gouvernement ne devrait pas censurer ce discours.

Stuck Mojo 2016

« On est en train de revenir à l’époque où on brûlait des livres, lorsqu’on disait qu’on ne veut pas que quiconque puisse lire les choses avec lesquelles on n’est pas d’accord parce que ce discours est dangereux. Mais pour qui est-ce dangereux ? Parce que ça te fait de la peine ? Ça me fait de la peine ? »

Au sujet des annulations des Eagles Of Death Metal, ce n’était pas seulement parce que Jesse Hughes pensait avoir vu des gens faire la fête dans les rues, c’était surtout parce qu’il a dit des choses qui ont été jugées racistes. Je ne dis pas qu’ils avaient tort ou raison, mais c’était surtout ça les raisons de ces annulations.

Ça ne me dérange pas si le festival veut les annuler parce que le festival n’est pas une entité gérée par le gouvernement. Ils peuvent faire ce qu’ils veulent ! Et je respecte le festival pour avoir pris position. Je veux dire que c’est leur droit de faire ça. De la même façon que si quelqu’un voulait annuler King Diamond parce qu’il n’aime pas le message satanique, il devrait en avoir le droit. C’est juste que je ne suis pas d’accord avec eux. Je pense que l’art devrait… Tout d’abord, l’Islam n’est pas une race, l’Islam est une religion, donc on ne naît pas Musulman, on choisit d’être Musulman, de la même façon qu’on ne naît pas Chrétien. C’est une philosophie à laquelle tu choisis d’adhérer. Il n’a rien dit d’anti-Arabe, il n’a rien dit d’anti-Noir, ce n’est pas raciste de dire quelque chose contre la religion, et c’est le problème que j’ai avec tous ces codes que l’on applique à la parole. Après, ça sera quoi ? Car tout est incrémental, n’est-ce pas ? Je suis végétarien mais je ne veux pas forcer Ted Nugent à arrêter de tirer sur Bambi. J’aimerais qu’il le fasse mais, à un moment donné, si la décision populaire est que je dois empêcher Ted Nugent de tirer sur des biches, et alors ce sera quoi après ? Est-ce que je devrais faire en sorte que ce soit illégal pour McDonalds de vendre des hamburgers parce qu’alors, tout d’un coup, un jour, c’est devenu populaire de dire que tuer des vaches est une mauvaise idée ? A un moment donné, pour toute pensée, il y aura des gens qui ne seront pas d’accord. Mais l’idée selon laquelle on va dire que l’Islam est une classe protégée… Nous n’avons jamais protégé les Chrétiens, nous n’avons jamais protégé les Juifs. On ne devrait pas ! Il faut les laisser mener leurs propres batailles, et je ne veux pas dire avec leurs poings mais avec leurs mots. C’est ce qui nous sépare du royaume animal, le fait que nous avons cette capacité à débattre. On peut s’asseoir ensemble dans une pièce et avoir des discussions intelligentes où on peut ne pas être d’accord, mais on peut aussi trouver des terrains d’ententes, qui sont que je ne veux pas tuer tes congénères, tu ne veux pas tuer mes congénères, je veux que tu puisses dire ce que tu veux dire et tu me laisse dire ce que je veux. Mais le problème est que cette société a décidé qu’au lieu de passer du temps à se concentrer sur les quatre-vingt pour cent sur lesquelles on est d’accord, on se bagarre sur les vingt pour cent sur lesquelles on n’est pas d’accord, et je pense que ça a fait de nous une culture énervée et divisible.

Votre album s’intitule, à l’instar de sa chanson d’ouverture, Here Come The Infidels (Voici venir les infidèles). Est-ce ainsi que tu te considères, que ce soit au niveau politique, religieux ou même en musique, comme étant hors du système ou un rebelle ?

Absolument. Je pense que le terme « infidèle », c’est un peu comme les termes raciaux dans les années cinquante et soixante, durant la ségrégation en Amérique, lorsque les blancs faisaient référence aux noirs avec le mot qui commence par « N », et maintenant les rappeurs s’appellent ainsi parce qu’ils ont décidé de s’approprier ce mot. Alors ça devient leur façon de se rebeller contre cette terminologie. Et je pense que pour nous, « infidèle » devient quelqu’un qui refuse de se conformer, quelqu’un qui ne restera pas dans le rang et ne dira pas ce que tous les autres disent et ne pensera pas les mêmes choses. J’ai vu que le dernier album de Megadeth est sorti et a eu de mauvaises critiques mais c’était à cause de ses paroles. Qu’est-ce que Rolling Stone Magazine veut ? Est-ce qu’ils veulent que tous les groupes pensent de la même manière ? On est tous poussés de force dans un enclot comme des moutons qui sont censés penser pareil, on est tous censé agir de la même façon et on est censé être de bon petits soldats du gouvernement, et on ne fait que répéter les phrases qu’on nous dit qu’il faut penser. Le gouvernement a brillamment contrôlé le système éducatif, à tel point qu’ils peuvent contrôler ce que l’on apprend. Je pense qu’être un infidèle, c’est protester fermement contre ça. Nous ne voulons pas être comme tous les autres, nous ne voulons pas répéter les mêmes phrases politiquement correctes qu’on nous a apprises durant toute notre vie. Et je trouve que c’est un mot puissant. Et je trouve aussi qu’il évoque une puissante imagerie.

Tu as dit dans la vidéo making of que les gens entendront des choses dans cet album qu’ils trouveront offensantes et ils voudront peut-être vous qualifier d’incitateurs à la haine. Penses-tu qu’il faille être offensant pour secouer les gens et les pousser à réagir et penser ?

Absolument pas. Je pense que ce que je dis est absolument raisonnable. Je pense juste que les gens le percevront comme étant offensant parce qu’on nous transforme en de petits flocons de neige qui sont offensés par tout et n’importe quoi. On en revient à la conversation que nous avions plus tôt : on nous programme. Les choses qu’on avait l’habitude de voir à la télévision il y a trente ans, c’était politiquement incorrect de les faire et les gens disaient : « Wow ! » Mais on ne voulait pas essayer de faire virer ces gens et bannir ces films. Je veux dire qu’on est en train de revenir à l’époque où on brûlait des livres, lorsqu’on disait qu’on ne veut pas que quiconque puisse lire les choses avec lesquelles on n’est pas d’accord parce que ce discours est dangereux. Mais pour qui est-ce dangereux ? Parce que ça te fait de la peine ? Ça me fait de la peine ? Qui est-ce que ça regarde ? Je crois que strictement rien de ce que je dis n’est offensant ! Je pense simplement que dans notre petite société sensible que nous sommes devenus, les gens l’interpréteront comme offensant.

Vous avez une chanson à propos de l’acteur Charles Branson. De quoi parle-t-elle ?

Charles Branson était un peu un acteur coriace, il venait d’Europe de l’Est et il a déménagé en Amérique et est devenu… Il n’a jamais été aussi populaire que John Wayne ou Clint Eastwood mais il était presque aussi populaire. C’était un dur, c’était un cowboy et puis, dans les années soixante-dix, il y a une période où il a rencontré le succès dans une série de films qui s’appelait Death Wish, et l’idée du film était qu’il était architecte, c’était un homme normal, c’était un homme très instruit et c’était un libéral. Et des criminels ont suivi sa femme et sa fille chez elles, ils ont tué et violé sa femme et violé sa fille, et cette action horrible l’a changé. Il a commencé à voir le monde à travers le prisme différent d’un monde violent. Il n’avait jamais vu le monde comme étant violent, il n’avait jamais vu le monde à travers la laideur qu’était devenue New York City, et il s’est mis à devenir un peu comme Batman. C’est devenu un combattant du crime, une personne qui voyait la société comme un endroit imparfait et immonde. Il allait faire ce qu’il estimait que la police ne pouvait pas faire. Et je trouvais que la chanson « Charles Branson » représentait un peu ce côté sombre qu’on a tous dans nos personnalités. Lorsque tu vois quelqu’un qui viole et tue des enfants, il y a une part de la psyché humaine qui dit : « On doit faire quelque chose contre ça. C’est mal. » Et faire de l’auto-défense… Personne ne devrait jouer les justiciers mais il y a quelque chose dans la condition humaine qui fait que lorsque l’on voit des gens sans défense, lorsque l’on voit des opprimés et ces gens qui ne peuvent pas éviter d’être tués et que des crimes horribles se produisent, il y a une nature en nous qui veut y aller et faire des choses terribles à ces [agresseurs] . Donc c’est un peu une chanson sur un fantasme, sur ces rêves de voir d’horribles atrocités se produire. Je veux dire que c’est la même chose que… Plein de gens, je suis certain, à travers l’histoire, ont rêvé et pensé à : « Si seulement j’avais pu atteindre Hitler avant l’holocauste… » « Si seulement j’avais pu atteindre Mussolini… » « Si seulement j’avais pu atteindre Charles Manson… » « Si seulement j’avais pu atteindre Jeffrey Dahmer… » Tu sais, il y a des personnes diaboliques dans la société, et je ne pense pas qu’on devrait nous-même prendre les choses en main, mais il y a une part de nous qui dit : « Si seulement j’avais pu, si seulement j’avais sauvé ces gens, j’aurais pu changer ces terribles événements. » Et c’est de ça dont parle cette chanson.

Interview réalisée par téléphone le 25 mai 2016 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Céline Hern.
Traduction : Nicolas Gricourt.

Page Facebook officielle de Stuck Mojo : www.facebook.com/StuckMojo

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