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Interview   

Sublime Cadaveric Decomposition : broyer le grind pour en faire sortir le jus


Le grindcore, né de l’accouplement sauvage du crust punk et du death metal, est sans nul doute une des branches les plus extrêmes du metal. On y trouve les titres les plus courts, les vocaux les plus gutturaux, les sons les plus cradingues, les rythmes les plus rapides et une imagerie très largement puisée dans les thématiques les plus gores. Autant dire que le commun des mortel – même parmi certains metalleux – a généralement le plus grand mal à associer ce genre au cinquième art. Certains s’imaginent d’ailleurs qu’elle est le résultat d’individus écervelés. Pourtant de nombreux musiciens de cette scène ont prouvé tout le contraire. C’est le cas par exemple du très réfléchi frontman de Napalm Death, l’un des piliers du genre (si ce n’est le pilier ?), Barney Greenway qui, à lui seul, casse tous les préjugés associés au genre.

Continuons donc à piétiner les préjugés et interrogeons un des pionniers du grindcore français : Sublime Cadaveric Decomposition. Ça tombe bien, ils étaient présents au Motocultor Festival cette année. C’était l’occasion d’en savoir plus sur leur passion pour le genre et leur vision de celui-ci.

« Pour avoir de la longévité dans le grind, il y a une chose qui nous semble impératif de faire – et tous ne le font pas forcément – c’est de nous remettre en question à chaque album et de faire évoluer notre style à chaque album. »

Radio Metal : Tout d’abord, comment ça va ?

Seb (chant) : Ça va super, on a fait un concert génial ! Il restera comme un des meilleurs de ces derniers temps.

Dagulard (batterie) : En tout cas le meilleur depuis que l’album est sorti.

Duff (basse) : Clairement, le meilleur pour moi aussi.

Seb : C’est surtout parce qu’on a eu un excellent son, on a eu du monde et on a fait un set pour lequel on a vraiment eu du temps. On s’est vraiment éclaté sur scène et il y a eu une bonne réponse du public. Tout du moins, les gens à qui on a pu parler semblaient vraiment content.

Vous avez sorti un album intitulé Sheep’n’Guns l’année dernière, est-ce que vous pouvez nous en parler ?

L’album est sorti pour les quinze ans du groupe, le groupe existe maintenant depuis seize ans. Il symbolise beaucoup de choses pour nous. En premier lieu la date anniversaire, ensuite l’évolution depuis les débuts underground, le grindcore le plus extrême, en passant par beaucoup de labels différents. On a eu la chance de pouvoir faire des concerts un peu partout dans le monde, États-Unis, Europe… On a fait une longue tournée pour l’album précédent. On a bossé pendant trois ans sur cet album et il marque vraiment l’évolution du groupe depuis ses débuts ; et maintenant le début des concerts où nous allons pouvoir nous faire plaisir et profiter.

Quinze ans que le groupe existe, pourtant vous paraissez encore relativement jeune !

Oui, enfin, personnellement je suis plus dans la fin de la trentaine, trente huit pour être exact.

Duff : Nous avons commencé à écouter du grindcore, nous avions une petite quinzaine d’année.

Seb : Treize ans même pour moi. Je dirais même que le grind nous conserve. Il nous permet de défier le temps !

Le grindcore étant un style assez particulier, pouvez-vous nous expliquer comment faire pour avoir de la longévité dans ce genre ?

Pour avoir de la longévité dans le grind, il y a une chose qui nous semble impératif de faire – et tous ne le font pas forcément – c’est de nous remettre en question à chaque album et de faire évoluer notre style à chaque album. Bien évidemment, qui dit évolution et changements radicaux sur chaque album, dit aussi critiques du public qui aimera tel album et pas un autre, et qui de nouveau aimera le suivant. Nous, cela nous permet de ne pas stresser et de trouver constamment l’énergie et le plaisir de le faire et de ne pas tourner en rond. Par exemple, quand nous faisons un concert comme ce soir, où nous avons un nouvel album à présenter, qui est différent, nous avons envie d’aller le défendre devant le public, ;et surtout, au-delà de ça, nous n’avons pas l’impression de refaire un concert que nous avons déjà fait. Il y a énormément de morceaux nouveaux et c’est un nouveau démarrage à chaque album pour le groupe.

A propos de Gronibard : « Quand ils sont arrivés ils étaient considérés comme des ovnis. C’est sûr, ils faisaient rire tout le monde car ils avaient un état d’esprit qui faisait que, forcément, ils étaient appréciés […]. Ce qui a été bizarre, par contre, c’est qu’avec le temps c’est devenu représentatif du grindcore. »

Justement, le fait de se renouveler en permanence, cela peux rappeler un groupe comme Napalm Death…

Exactement. Napalm Death, Carcass ou Entombed – qu’on écoutait justement dans la bagnole en arrivant – qui sont des groupes que nous avons découverts quand nous étions jeunes et nous sommes devenus fans, voire « amoureux » de ces groupes en se disant : « Ma vie ne sera plus jamais la même après les avoir écouté. » Et par la suite nous formons un groupe où nous poussons à l’extrême tout ce que nous avons écouté étant plus jeunes. Et sur l’album suivant, nous nous souvenons des fondamentaux, des groupes qui nous plaisaient étant jeunes, et nous avons envie de réinjecter cela dans notre musique alors que nous ne l’avions pas fait sur les autres albums. C’est une évidence que ces groupes-là sont des modèles pour nous.

Ils ont su évoluer et chaque album est différent. Entombed, par exemple, j’avais adoré les premiers albums, après j’avais un peu décroché – m’étant plus tourné vers le grind plus gore – et je suis retombé sur l’album Uprising, longtemps après sa sortie, alors que, pour moi, Clandestine restait leur meilleur album, et j’étais comme un fou en l’écoutant. Donc ce sont des groupes qui restent, pour moi, précurseurs d’un style et d’un état d’esprit où ils n’ont pas hésité à évoluer et à faire évoluer l’ensemble de la scène avec eux, ce sont des références que nous essayons de suivre dans notre parcours propre.

C’est vrai que ces groupes ont vraiment évolué. Carcass a perdu en grande partie son côté grind et est devenu beaucoup plus accessible. Napalm Death a énormément évolué également, en passant par une période très orientée sur des riffs power à l’américaine…

C’est exactement ça. Pour les gens qui écoutent du grind, ces groupes-là continuent d’être des groupes de référence même avec les derniers albums. Avec l’évolution qu’ils ont apportée, ils se sont écartés complètement de la scène dont ils étaient issus voire, pour certains, qu’ils avaient créée. Dans le cas de Carcass, par exemple, des gens venant d’univers complètement différents, que ce soit du grind, soit du death metal, ou encore tout autre style de musique, écoutent ce qu’ils font et trouve cela bien. Ces groupes ont su évoluer et ont réussi à dépasser leur style musical de base.

« Il faut que les gens viennent au grindcore par goût et pas pour « faire » grindcore. »

Comment vous situez-vous par rapport à ces groupes qui évoluent ? Essayez-vous vous aussi de tendre vers un style de musique moins grind, ou préférez-vous rester attachés au style de musique de vos débuts ?

Nous sommes ce que nous sommes. Nous n’avons pas créé le groupe en nous disant : prenons le créneau du grind même si cela ne nous correspond pas. En fait, quand nous composons un album nous n’avons aucune idée de ce qui va en sortir à la fin, de ce que cela va être. Nous ne nous disons pas que nous allons faire un album différent du précédent pour aller dans cette voie-là. C’est notre évolution personnelle, au fil des répétitions hebdomadaires, où l’on se rend compte des choses qui vont bien ou pas, et c’est uniquement à la fin, une fois l’album composé que nous nous rendons vraiment compte que nous avons fait du chemin par rapport à l’album précédent. C’est ce qui constitue notre moteur au fil des années.

Dagulard : On trouve toujours le moyen de faire sonner nos nouvelles influences de manière grindcore. Car notre terreau et le dénominateur commun reste quand même le grindcore, avec son côté offensif, etc. Nous n’allons pas faire de la pop non plus, cela reste profondément grindcore. Il n’y a que des gens hypocrites qui diraient le contraire.

Seb : Le death reste une de nos grosses influences. Les gens qui écoutent du grindcore ont commencé en écoutant du death ou du crust ou des choses comme ça. On arrive au grindcore après avoir traversé plusieurs styles de musiques et une fois qu’on y est arrivé, on a tout ce bagage grâce à tout ce qu’on a écouté et tout ce qu’on va découvrir par la suite, soit par des gens que l’on rencontre, soit en tombant par hasard sur quelque chose qu’on ne connait pas en se disant : « Eh bien, ça, ce n’est peut-être pas du grind mais c’est super bien ! » Tout ça, au fur et à mesure des années, on le digère et ça se retraduit dans la musique qu’on fait.

Que pensez-vous du fait que lorsque l’on fait référence au grind, tout se suite beaucoup de gens pensent au grind marrant, à Gronibard, par exemple, dans le cas du grind français ?

A l’époque où nous avons formé le groupe, le côté fun du grind était totalement inexistant. Il y avait juste le death extrême, le crust extrême, donc tout le côté gore qui était loin de l’univers fun de maintenant ; avec Carcass à leurs débuts ou la scène vraiment très underground qui était très orientée films d’horreur, tueurs en série et autres. En parallèle existait le punk d’où est dérivé le crust, le punk extrême en fait. Au final, même si les deux scènes s’étaient développées séparément, les deux styles étaient devenus tellement proches que lors des festivals les deux scènes et leurs publics étaient mélangés – ceux plus gore/bière d’un côté, et de l’autre ceux avec leur tracts et… (il réfléchit) de la bière quand même aussi (rires) – et tout se passait bien. Le côté fun est arrivé bien plus tard et était complètement anecdotique. Nous croisions Gronibard de temps en temps lors de concerts underground en Belgique. Mais quand ils sont arrivés ils étaient considérés comme des ovnis. C’est sûr, ils faisaient rire tout le monde car ils avaient un état d’esprit qui faisait que, forcément, ils étaient appréciés – en tout cas ils ne se prenaient pas des pierres. Ce qui a été bizarre, par contre, c’est qu’avec le temps c’est devenu représentatif du grindcore alors que ça ne l’est pas du tout. Aujourd’hui, c’est un fait, il y a plein de groupes qui font ça. Il y a un état d’esprit dans certains festival où, effectivement, tout le monde se marre bien. Ça marche très bien, c’est indéniable. Après, c’est à titre personnel, mais je reste très attaché à des groupes comme Disrupt, Brutal Truth, Napalm Death, etc. Et le côté fun, je n’y adhère pas trop.

Au final, trouvez-vous dommage que le grind soit plus connu désormais via ce côté humoristique ?

Non, pas nécessairement. Les deux styles continuent de coexister. Après, les gens vont écouter ce qu’ils veulent. Certains écoutent les deux, d’autres uniquement le côté fun mais sans forcément connaître ce qui reste. Pour moi, la définition même du style. Quoi qu’il en soit, cela ne nous empêche pas de continuer dans la droite ligne des groupes qui ne sont pas fun mais qui s’amusent bien à le faire tout de même. (rires)

« Ce qui est classe dans ce style de musique, c’est que les groupes les plus talentueux sont souvent pas les plus cons et sont souvent très sympas. »

On parle souvent du mode de vie rock’n’roll, par exemple. On constate souvent que des gens sont venus à une musique, plus par goût pour son apparence que pour le son en lui-même. Qu’en est-il du grindcore ?

Dagulard : C’est une illusion, cela sert juste à pouvoir étiqueter les gens. Il faut que les gens viennent au grindcore par goût et pas pour « faire » grindcore.

Seb : De plus, le milieu grindcore rassemble des gens d’horizons différents, ce qui fait que, au final, le mode de vie grindcore, si on peut l’appeler ainsi, ressemble à la vie de tout le monde.

Duff : Ce phénomène a toujours existé. Nous vivons avec mais sans y prêter attention.

Dagulard : À mon sens, il faut bien être attiré par quelque chose au début. Je me rappelle quand j’ai vu les premiers punks, je les trouvaient cool, et à force de les côtoyer, tu écoutes ce qu‘ils écoutent et ainsi de suite. Et je pense que ça se passe comme ça dans la vraie vie. Tu ne lis pas dans un magazine « Devenez metalleux ! » en te disant : « Ha, tiens, pourquoi pas ! ». (rires) Non, la démarche normale d’un fan, c’est de voir dans la rue des gens atypiques, discuter avec eux, écouter leur musique et commencer à adhérer à un état d’esprit et la musique va avec. C’est un cheminement normal. Tu adhères peut-être d’abord par l’apparence extérieure mais, à un moment donné, tu fais tes propres recherches et, quelque part, tu te mets en situation d’immersion de manière consciente.

Seb : Et encore, même pas forcément car, je me souviens, j’avais treize ans, je ne savais pas ce que je voulais écouter et je suis tombé sur un album et, juste en l’écoutant, ça a été clair pour moi. C’était la première fois où je me suis dit : « J’aime, j’adore, qu’est-ce que c’est ?! » C’est là où j’ai essayé de trouver d’autres groupes. Et à l’époque il n’y avait pas internet. Et puis après tu vas a un concert pour la première fois et tu te dis : « Et en plus les mecs qui viennent là, ils sont super cool ! » Et tu t’y retrouves et tu y restes.

Reste l’impact de l’effet de mode sur les groupes. Tous les genres musicaux y sont passés à un moment ou à un autre. Le rock’n’roll a eu son effet de mode lui aussi par exemple…

Oui, c’est vrai. Un vrai effet de mode va connaître un pic, puis va redescendre petit à petit. Quand le pic dure des décennies, c’est que cela n’est plus un effet de mode et que ça va bien au-delà. C’est ce que l’on peut constater avec le metal en général, et le grind en particulier qui a toujours été présent depuis le début des années 80 malgré le fait qu’il soit resté très underground à ses débuts. Il fallait quand même le vouloir ! Ce n’est pas ce qui attire le plus d’aller dans des squats et d’avoir à voyager beaucoup pour aller voir les groupes. Mais de nos jours il est présent un peu partout et se porte bien.

Napalm Death joue ici tout à l’heure, vous comptez aller les voir ?

Évidemment. Non seulement ils sont une de nos références principales – même bien avant de commencer la musique – et nous avons eu la chance de pouvoir les rencontrer plusieurs fois. Et ce qui est classe dans ce style de musique, c’est que les groupes les plus talentueux sont souvent pas les plus cons et sont souvent très sympas. Ce qui fait que c’est encore plus un plaisir lorsque tu as l’occasion de rencontrer des groupes qui t’ont fait rêver pendant des années. Déjà de pouvoir jouer avec eux, c’est un rêve, alors si en plus ils se révèlent être des crèmes, c’est d’autant plus génial.

Pour finir, faisons une petit questionnaire grind :

Une boisson grind ?

La bière. C’est même metal en général. Nous devrions tous être sponsorisés à mon avis, avec des coupons de réduction.

Un repas grind ?

Duff : De la charcuterie en entrée, ensuite des tripes ou un tartare, ou bien une bonne grosse pizza avec de la bière.

Dagulard : Une fondue savoyarde aussi.

Duff : Ou une bonne raclette.

La position sexuelle grind ?

Seb : Celle du mec bourré à la bière ! Sur le dos alors… (rires)

Un sport grind ?

Le slam, le stage-diving. Ça pourrait être olympique !

Dagulard : C’est un sport d’équipe, avec de la stratégie. Il faut des gens pour te rattraper, te porter… Il faut communiquer parce que sinon tu te casses la figure et ça provoque des accidents ! Certains savent de quoi je parle… (rires)

Un évènement grind ?

Duff : Une chirurgie esthétique qui a mal tourné. Une nana qui se retrouve avec un téton en haut et l’autre en bas. On pourrait faire une pochette de grind primaire avec ça. Même si ça reste du grind gentillet, « con-con » et « cul-cul ».

Une série télé grind ?

Dagulard : Desperate Housewives. Pas dans le sens où ça représente le grindcore mais parce que ça représente tout ce qui est combattu par le grindcore et tout ce qui nous permet de nous tenir sains, pour ne pas finir avec des problèmes psychologiques dans ce monde de valeurs inversées. (rires)

Un objet grind ?

Duff : La pédale de disto qui a permis de faire le son des albums de Nasum et de tous les groupes suédois.

Et justement, comment obtient-on ce son ?

Ha, non je ne vais pas vous le dire, c’est un secret détenu par les anciens ! (rires) Apparement c’est une Boss… Tu mets tout à fond : là, c’est suédois. (rires)

Interview réalisée le 18 août 2012 lors du festival Motocultor
Transcription : Grégory

Page Facebook du groupe : Facebook.com/scdmusic



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  • super introduction! vraiment cool et intéressant!
    ça me rappel un meme avec le métalleux pas chanceux… « arrive 10 minutes en retard a un concert de Grindcore, rate les 2 premier groupes ». xD

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