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Chronique   

SubRosa – For This We Fought The Battle Of Ages


SubRosa - For This We Fought The Battle Of AgesAprès le succès, tant en termes d’accomplissement artistique que de reconnaissance, de More Constant Than The Gods, les Américains de SubRosa se trouvent dans la situation délicate de proposer à un public plein d’impatience autant que d’appréhension un nouvel album qui ne devra pas déparer face à son illustre prédécesseur. En une dizaine d’années de carrière, ces musiciens originaires de Salt Lake City ont élaboré un style si unique qu’il ne permet la comparaison qu’à lui-même. Fondant riffs écrasants, section rythmique solide, envolées de violon et voix tantôt incisives, tantôt balsamiques (les deux violonistes, Kim Pack et Sarah Pendleton, venant mêler leur chant à celui de Rebecca Vernon, chanteuse, guitariste et compositrice principale du groupe) en un doom grandiose et subtil, le groupe déploie une esthétique unique, empreinte de romantisme sombre et d’american gothic, qui évoque autant Earth ou Agalloch que de la musique de chambre ou PJ Harvey époque White Chalk. For This We Fought The Battle Of Ages, le quatrième album du quintet, en est la dernière incarnation.

Tout d’abord, l’impression de familiarité est immédiate. On retrouve les longs titres d’une dizaine de minutes, les atmosphères sombres et raffinées, les mélodies ancestrales (« Il Cappio », qui fait penser au « House Carpenter » de No Help For The Mighty Ones), et l’enchaînement parfois un peu prévisible mais toujours irrésistible de passages doux et mélodiques et de déferlements de riffs extrêmement lourds auxquels les aficionados du groupe sont habitués. Même les nouveaux auditeurs seront accueillis en douceur par la bien nommée « Despair Is A Siren » [« le désespoir est une sirène »] qui les attirera par une basse veloutée, quelques arpèges et la voix caressante de Vernon, avant de les prendre au piège dans ses méandres mélancoliques et étouffants. Pour autant, pas de doute, le groupe ne stagne pas : à l’image de la pochette dessinée par Glyn Smyth (avec qui le groupe a collaboré de manière très réussie sur ses trois derniers albums), élégante, épurée, féminine et atemporelle, il s’affirme, s’affine, et propose un résultat d’une grande beauté.

Ainsi, si on ne retrouve pas sur For This We Fought The Battle Of Ages de titres aussi accrocheurs que pouvaient l’être « The Usher » ou « Cosey Mo » sur More Constant Than The Gods, chaque chanson de ce nouvel opus a la richesse et la complexité d’une œuvre indépendante dont on découvre à chaque nouvelle écoute une facette différente. Tout ce que le groupe a pu perdre en puissance organique, il le compense en sophistication majestueuse, et les mélopées de « Troubled Cells » prouvent que malgré un ensemble plus exigeant, Vernon sait toujours composer des mélodies entêtantes qui hanteront l’auditeur dès la première écoute. Le fil conducteur de cette vaste fresque ? Nous autres de Yevgeny Zamyatin, roman dystopique datant de 1921 où George Orwell a puisé l’inspiration pour son célèbre 1984. Pas de quoi parler d’album-concept cependant : le groupe reste fidèle à la célébration de l’obscurité et au style poétique – les paroles de SubRosa étant, c’est assez rare pour le signaler, de véritables poèmes pouvant se lire indépendamment de la musique – qui lui sont propres. Mais ce choix de s’appuyer sur un texte qui évoque une société ayant opté pour la surveillance de masse en échange de la surpression de la souffrance lui permet d’aborder le même propos de manière plus concrète et plus ancrée dans le temps présent. Au point même que c’est en réaction aux positions de l’église mormone vis-à-vis de la communauté LGBT que Vernon, mormone elle-même, a composé « Troubled Cells » en s’inspirant cette fois-ci d’une nouvelle d’Ursula LeGuin intitulée The Ones Who Walk Away From Omelas.

Finalement, ce que SubRosa joue, ce qu’il glorifie, ce qui l’inspire et ce qu’il inspire à l’auditeur, c’est la pesanteur et la grâce : de l’angoisse écrasante de « Despair Is A Siren » à la mélancolie élégante de « Killing Rapture » en passant par la beauté sombre et épique de « Black Majesty », avec For This We Fought The Battle Of Ages le groupe tisse en nuances subtiles un nouvel hymne à la noirceur. Brillant.

L’album en écoute intégrale :

Album For This We Fought The Battle Of Ages, sorti le 26 août 2016 via Profound Lore Records. Disponible à l’achat ici.



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