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Interview   

Summer Storm : l’artisan devient artiste


Cela fait quarante ans que Patrice Vigier, en tant que luthier de renommée internationale, fournit certains des plus grands musiciens en guitares et basses parmi les meilleures au monde. Il a su imposer une marque synonyme à la fois de qualité et d’innovation. Mais qu’en est-il de Patrice Vigier le guitariste ? Sa carrière à lui ne commence véritablement que cette année avec son projet Summer Storm, pour lequel il s’est adjoint les services des trois quarts de Satan Jokers, à savoir le bassiste Pascal Mulot et le batteur Aurélien Ouzoulias, ainsi que l’inégalable Renaud Hantson au poste de frontman.

Autant dire que pour cette première expérience Patrice est bien entouré, mais qui dit première expérience, quand on a une telle réputation et expertise dans la conception d’instruments de musique, dit forcément une certaine pression, qu’il s’impose d’ailleurs de lui-même. Mais plus qu’une pression, c’est avec une vision et un plan sur plusieurs années que Summer Storm est né, avec pour première étape un album sobrement intitulé First.

Afin d’en savoir plus, nous avons tour à tour échangé avec Renaud Hantson et Patrice Vigier. Deux compères qui se sont bien trouvés : on reconnaît chez eux des traits de caractère communs, comme leur franchise ou leur sens de la taquinerie, mais aussi un grand respect mutuel qui n’a rien de feint.

« Patrice, pourquoi je l’aime autant, c’est justement parce que c’est un mec qui est beaucoup plus torturé que ce que l’on peut croire, donc en cela, il est très semblable à moi, même si nous n’avons pas forcément les mêmes manières de régler nos comptes avec nous-mêmes. »

Radio Metal : Tout le concept de Summer Storm a l’air très planifié à l’avance, puisqu’il y a le premier album, le deuxième qui est déjà quasiment fini…

Renaud Hantson (chant) : Je vais te faire plein de réponses au deuxième degré : Patrice est fou, car c’est un créatif, donc il s’est fixé des choses dont nous n’avons même pas connaissance. Donc lui, dans sa tête, il veut faire un deuxième album à telle période, mais on ne sait pas du tout avec quelle équipe ce sera, logiquement ce sera avec la même équipe, puisque c’est un truc qui a fonctionné avec Aurélien, Pascal et moi… Pascal est un peu à l’initiative de toutes ces rencontres puisque quand Patrice cherchait un chanteur, Pascal lui a proposé l’équipe quasi intégrale de Satan Jokers, et j’avais une relation avec la marque Vigier par rapport au premier bassiste de Satan Jokers, qui est décédé, malheureusement, Laurent Bernat, qui jouait sur Vigier dans les années 1980. Donc si tu veux, comme c’est un gentil fou, Patrice, en fait, il a fixé des choses, mais on ne sait pas du tout. Il avait aussi fixé que nous ferions des concerts cette année, mais nous n’en ferons pas. Donc il y a plein de choses qui risquent de se faire, et des choses qui seront plus compliquées à mettre en pratique. Il ne faut pas trop se formaliser de ce qu’a envisagé Patrice. L’idéal serait un deuxième album studio, et il voudrait que nous fassions un live ensuite. Mais tout ça montre, même s’il me contredit à chaque fois avec ça, un attachement à la carrière d’un Blackmore. Parce que Ritchie Blackmore avait fait un premier album, un deuxième, et ensuite un live. Lui me soutient le contraire, mais je pense que, secrètement, ou alors il ne s’en rend pas compte, le planning qu’il s’est fixé est à peu près le même que celui de Blackmore lorsqu’il a monté Rainbow. Donc je ne peux pas te dire. Le marché du disque a complètement changé, est-ce que ça va être possible à mettre en place ? Je n’en sais rien. J’espère. En tout cas, son planning est bon, ce serait une bonne idée, mais je ne sais pas si ça va pouvoir se faire.

Quand on écoute cette rencontre entre le hard et le progressif, et qu’on pense à la carrière globale de Satan Jokers, finalement, Satan Jokers était vraiment un groupe de hard, mais dans lequel il y avait régulièrement des incursions prog et expérimentales. Dirais-tu que Summer Storm pourrait être une sorte de suite logique à Satan Jokers, surtout qu’il y a la quasi-intégralité du groupe ?

Je ne pense pas que ce soit une suite logique à Satan Jokers. Nous sommes dans une écriture qui, à mon sens, est moins fusion que Satan Jokers. Plus que « progressif », le mot qui correspond à Satan Jokers est « fusion-metal ». Donc nous étions plus dans la fusion des genres, nous aimions le jazz-rock et le hard rock, mélangé avec des mélodies pop ou très metal, comme Judas Priest, Black Sabbath, Led Zeppelin. Rock, mais mélodique, mais en fusionnant deux genres qui sont le metal et le jazz-rock. Avec Patrice, nous utilisons le mot « progressif » parce qu’il y a beaucoup de plages musicales, avec des changements de tempo, des climats mélodiques, des climats harmoniques, mais nous ne sommes même pas vraiment dans le progressif, parce que pour moi, dans le progressif, il y a tout de suite un côté pompier, avec les claviers, à la Genesis ou Dream Theater, qui sont des groupes que j’aime beaucoup. Mais moi, je trouve que nous sommes plutôt dans du classic rock, avec Patrice Vigier. Pour moi, nous avons fait un très bon album de classic rock, de classic hard rock ; pas au sens néoclassique, mais au sens classique comme Deep Purple, Rainbow, Led Zeppelin, comme Glenn Hughes le fait aujourd’hui, ou bien Michael Schenker. Nous sommes plus dans une démarche presque AOR. Pas hard FM, mais pas loin, mais avec des touches de progressif, c’est vrai.

En termes de line-up, à part la guitare, c’est Satan Jokers. Donc même si les deux projets n’ont rien à voir, en termes d’écriture et de jeu, comment comparerais-tu ces deux line-up ? Parce que c’est pratiquement la même équipe qui travaille, qu’est-ce qui change ?

Ce qui change, c’est le jeu et le son de guitare. Nous ne sommes pas du tout dans les mêmes horizons avec Michaël Zurita, qui lorgne plus vers un Steve Vai, Zakk Wylde, des guitaristes comme ça. Patrice travaille plus sur l’aspect mélodique des choses que sur l’attaque et le côté incisif ou agressif, ou flamboyant dans la dextérité qu’a Michaël Zurita. Les solos de Patrice sont vachement plus épurés et mélodiques, à mon sens. Mais je pense qu’il pense la même chose. Il a mis beaucoup de temps à faire un album – puisqu’il fait son premier album à cinquante-neuf ans, donc soixante piges – parce qu’il avait un gros complexe vis-à-vis d’autres guitaristes. À force de construire des guitares pour les meilleurs guitaristes de la planète, il me l’a dit, il avait une forme de complexe. En fait, je pense que cet album l’a totalement décomplexé, parce qu’il y a des parties de guitare qui sont super.

Dans cet album, tu as plutôt choisi de t’exprimer en anglais, à l’exception de « Natural Born Lover », qui contient un peu de français. Est-ce que c’est lié à des ambitions internationales pour ce projet-là ?

C’est un mélange des deux. C’est une décision de Patrice qui entendait son projet en anglais, parce que lui a un marché au niveau de la guitare qui est international ; et parce que moi, je n’ai que Furious Zoo en anglais, et en même temps, la musique de Vigier n’est pas non plus supra-éloignée de Jokers ou de Furious Zoo, du fait qu’il y a le même chanteur et le même mélodiste, car c’est moi qui écris les mélodies. L’idée de l’anglais, c’est venu de Patrice qui ne voyait pas de langue française. C’est lui aussi qui m’a dit que ça serait peut-être bien qu’il y ait des allusions à des expressions typiquement françaises sur un texte, donc je lui ai chié « Natural Born Lover » parce que je me suis dit qu’il y avait un truc marrant à faire, ce sont toutes les menaces que font les gonzesses qui sont amoureuses à leur fiancé, leur prétendant. Et ça a donc donné un texte plutôt fun et à prendre au vingtième degré, et c’est d’ailleurs la première fois que je fais un truc comme ça. Ça m’a fait marrer de faire cet exercice de style. Mais l’anglais vient vraiment de Patrice. Au niveau des textes, j’ai essayé de respecter le cahier des charges. La première fois que j’ai rencontré Patrice, nous avons bouffé au resto ensemble, nous avons bu pas mal de pinard, et j’avais un petit calepin, et je voulais savoir de quoi il souhaitait parler sur son album. J’ai fait ça de manière très méthodique.

« Cet album m’évoque Rainbow Rising, il m’évoque Ritchie Blackmore, à l’époque de Rising, le deuxième album qu’il avait fait avec Ronnie James Dio. Et là, je me suis amusé à me prendre pour Ronnie James Dio, ou Glenn Hughes. J’ai essayé de chanter dans cet état d’esprit-là. »

C’est un projet que j’adore, Summer Storm. Je me suis régulièrement pris la tête avec Patrice sur la manière dont il faut procéder pour faire la promotion de cet album, parce que je ne suis pas en phase avec certaines choses, et que je sais qu’on est dans un marché du disque qui est moribond, et que lui aurait peut-être espéré que, de suite, ça bombarde en promo, etc., et que ce soit plus simple. Je lui ai dit : « Tu sais, tu fais un album, mais méfie-toi, ça va être compliqué. Le hard rock, c’est un marché qui est mort… » Et tous les marchés, d’ailleurs, pas seulement le hard rock ! Parce que la niche du hard rock fonctionne plutôt pas mal, et le public est un bon public, fidèle. Donc j’ai respecté le cahier des charges. Il y a une chanson sur son père, il y a une chanson un peu ésotérique, dont nous avons sorti le clip, il y a une chanson qui s’appelle « Summer Storm » parce que sa maquette s’appelait Summer Storm, donc je me suis fait chier à trouver un texte où ça puisse parler de Summer Storm… C’est la chanson qui m’inspirait le moins, j’avais du mal, et je lui ai demandé de venir au studio avec moi pour enregistrer la partie de voix, parce que je ne m’en sortais pas, je n’arrivais pas à trouver le texte. C’était tellement compliqué, avec sept minutes de musique, je n’arrivais pas à structurer tout seul, donc il est venu en studio, nous nous sommes fendu la gueule comme jamais, c’était génial à faire, et lui a souhaité appeler l’album Summer Storm. Moi, je trouvais que c’était la chanson la plus bancale du disque… Voilà le genre de petit désaccord très amical que nous avons entre nous, mais comme c’est son projet, je vais vraiment dans son sens, j’essaie de respecter à bloc ce que lui souhaite, parce que c’est un mec que j’adore, c’est vraiment un mec bien, c’est une très belle rencontre.

C’est marrant ce que tu dis sur la chanson « Summer Storm », parce que quand on l’écoute, elle est très accrocheuse, donc spontanément, on se dit que ça a dû sortir assez facilement…

Moi, je ne trouve pas. D’abord, elle fait sept minutes et quelques, donc à moins d’avoir Radio Préhistoire à écouter, c’est un peu compliqué, parce qu’aujourd’hui, les formats, c’est trois minutes, trois minutes trente, et au-delà de ça, ils passent une pub à la radio. J’ai vraiment galéré. J’ai facilement trouvé la mélodie, mais je ne savais pas où la placer. Je ne savais pas les moments où lui entendait du chant, et les moments où il n’y en avait pas. Parce que comme c’étaient de longues plages instrumentales… Mais c’est ce qui donne le charme de cet album. Tout comme sur « Free Days », qui est un peu une espèce de faux hymne Hell’s Angels, à la bécane et à la liberté, aux longues balades à moto sur les highways aux États-Unis – ça peut être dans le Berry ou dans le Vercors aussi [rires] – qui est une chanson sur laquelle je ne trouvais rien. Je lui avais dit : « Écoute, celle-là, je trouve qu’elle n’a même pas sa place sur l’album, parce qu’en instrumentale elle est moyenne, tu devrais faire une autre chanson, tu devrais écrire un « Highway Star », un truc qui speede… » Il était en désaccord total avec ce que je disais, et un jour, je me réveille le matin – c’est rare que je me réveille le matin –, je lui téléphone et je lui dis : « Ça y est, j’ai trouvé un truc. Rendez-vous demain au studio, je t’enregistre une partie de voix. » Et il me répond : « Wouah, génial ! », il était ravi comme tout. Et à l’heure qu’il est, pour moi, c’est ma meilleure partie vocale de l’album. J’ai rarement chanté comme je chante sur cette chanson sur un disque.

Ça veut dire qu’il avait vraiment senti un truc, qu’il avait vraiment senti le potentiel de cette chanson, alors que toi, tu ne te l’imaginais peut-être pas tout de suite ?

C’est toujours l’éternel dilemme, quand tu n’as que des créatifs dans une équipe, c’est que le mec fait sa petite chanson dans son coin, il entend des choses, que l’on n’entend pas forcément quand on vient se greffer dessus. Ce n’est pas si facile que ça. Ce qui m’a plu dans l’exercice Summer Storm, c’est justement que ça ne soit pas facile à faire. Et c’est pour ça qu’il dit des choses si gentilles, si admiratives par rapport à mon travail, et qu’il utilise le mot de « génie », que je trouve très exagéré, ça me flatte, et je suis très gentil… Mais c’est le truc le plus difficile que j’ai fait dans ma vie artistique, parce que tout était prêt ; je suis venu mettre des mélodies sur des trucs où tout était fait.

Par rapport à ce que Patrice disait vis-à-vis de son complexe, lorsqu’on lit le texte promotionnel, ça parle du fait qu’il avait conscience d’avoir encore tout à prouver au niveau de la guitare…

[Coupe] Il se sent inférieur à des Ron Thal, à des Christophe Godin, des gars qui jouent sur sa marque, et il trouve qu’il n’est pas au niveau de ces mecs-là. Alors que moi, je trouve que justement, il a un charme dans son jeu, il a une patte à lui, parce que ces riffs qu’il fait, ils sont vraiment assassins. J’adore les riffs que fait Patrice.

Et il a clairement exprimé la volonté de ne pas forcément en faire des tonnes au niveau technique, etc., et au contraire vraiment vouloir se mettre au service de la voix, donc de toi, et de la mélodie. Quel regard as-tu sur lui en tant que musicien ? Et as-tu senti qu’il avait la « pression » parce qu’il était un peu attendu au tournant avec ce disque-là ?

Lui, j’imagine qu’il avait la pression, et je pense qu’il se la met aussi tout seul, parce que c’est un mec qui gamberge beaucoup. Je pense qu’il se l’augmente avec toutes les araignées qu’il a dans la tête, comme on en a tous, comme tous les créatifs en ont. Patrice, pourquoi je l’aime autant, c’est justement parce que c’est un mec qui est beaucoup plus torturé que ce que l’on peut croire, donc en cela, il est très semblable à moi, même si nous n’avons pas forcément les mêmes manières de régler nos comptes avec nous-mêmes. Mais il me touche. Ce qui me touche d’abord, c’est que j’aime ses riffs, et que je sais quoi faire sur ses chansons. Enfin, j’ai dit le contraire tout à l’heure car il y a deux chansons où j’ai galéré, mais globalement, je sais quoi faire sur ses chansons. Ce sont ses structures qui ne correspondent pas à ce que j’entends, parfois. Il a des structures qui peuvent parfois être répétitives, et je n’arrête pas de lui dire, je le chambre avec ça en lui disant : « Tu avais oublié de compter ce jour-là, tu devais être encore bourré au pinard… donc là, tu as oublié qu’il y avait deux mesures supplémentaires à mettre. » Et il me dit : « Non, je l’ai pensé comme ça ! » Et je le crois. Je crois qu’il entend la musique telle qu’il la fait là. Moi, mon boulot en tant que chanteur, mélodiste et parolier, c’est de me mettre au service de ce qu’il a écrit, et ça m’a éclaté. J’adore cet album. Pendant presque un an et demi, avant qu’il ne sorte, je l’avais en tête de liste dans ma playlist sur la clé USB de ma bagnole – parce qu’aujourd’hui, malheureusement, il n’y a plus de CD dans les voitures, on fait des CD mais on ne sait plus pourquoi on les fait puisque aujourd’hui, toutes les bonnes bagnoles sont vendues avec un lecteur USB, donc je copie tout ce que j’aime en matière de musique sur une putain de grosse clé USB. Donc j’avais mis en tête « A – Summer Storm », avec la lettre A, exprès pour que ça tombe comme premier disque que j’entende dans la bagnole. Sinon, c’était AC/DC, et j’en avais ras le cul d’entendre AC/DC pendant trois ans, le riff de « Ballbreaker », quand je rentrais dans mon Audi.

« Quand je suis né, j’ai rencontré Dieu, et il m’a dit : ‘Voilà ton plan de vie : tu vas passer une enfance sympa avec des parents qui t’aiment. À vingt ans, tu vas galérer pendant quarante ans à faire des guitares. Et à partir d’un certain âge, tu deviendras une rock star.' »

Tu travailles avec celui qui a fait la basse non seulement de ton bassiste actuel, Pascal Mulot, mais surtout de Laurent Bernat, qui nous a quittés en 2004. Quel symbole cela représente-t-il pour toi ?

Symboliquement, je pense que tu as compris. J’ai dit oui tout de suite, sans avoir entendu une seule note de l’album de Patrice. Quand Pascal m’a appelé dans sa voiture, il avait mis le haut-parleur, cet enculé, et du coup, Patrice entendait ma réponse. Donc si j’avais dit : « Non, Vigier, je peux pas le blairer, je ne veux pas bosser sur son album, qu’il aille se faire foutre ce salopard… » Mais d’abord, je dis rarement ce genre de chose-là, c’est une légende de penser que je suis cinglé… Enfin non, cinglé, je le suis, mais odieux, caractériel ou prétentieux, c’est une légende que j’ai créée moi-même d’ailleurs. Mais le truc, c’est que j’ai dit oui, tout de suite sans avoir entendu une note, et Patrice a entendu ma réponse. Donc lui était aux anges, et il m’a proposé une ou deux chansons, et à l’arrivée, je lui ai dit de tout m’envoyer et que je choisirais ce que je voudrais faire. Et en fait, j’ai tout fait, parce que tout m’a branché. Je suis un peu comme Michel Berger lorsqu’il avait fait l’album pour Johnny Hallyday. Comment dire ça sans être mégalo… À partir du moment où tu t’investis dans un projet, tu as envie d’être là du début à la fin. Et je me retrouvais dans pas mal de chansons, à part les deux instrumentaux, qui étaient des trucs un peu speed, où j’aurais pu mettre des mélodies, mais ce n’est pas que ça ne m’inspirait pas, mais j’ai proposé à Patrice d’avoir deux chansons instrumentales à l’intro et l’outro de l’album. Il m’a dit que ce serait pas mal, pour les guitaristes, même s’il n’est pas dans la démonstration, d’avoir deux instrumentaux, un peu à la Michael Schenker, à l’époque de ses premiers albums. J’ai donc fait tout le reste, même s’il y a deux chansons où, effectivement, même si sa musique m’inspire et que je me sens en terrain connu, parce que moi aussi j’aime le classic rock, j’en ai quand même chié, « Summer Storm » et « Free Days », mais pour en arriver à un résultat, où comme je te l’ai dit, « Free Days », je pense que c’est une des plus belles mélodies et un des plus beaux textes – même s’il est basique – que j’ai faits dans ma vie musicale. Mais ça rappelle un truc, c’est que quand les choses se font avec trop de facilité, elles n’ont pas la même résonance dans le temps. Là, ce qui m’intéresse avec Vigier, c’est que justement, la résonance durera dans le temps. Même si c’est un album classique, basique, simple, sans prétention, c’est un album très agréable à écouter, et qui peut durer dans le temps. Cet album m’évoque Rainbow Rising, il m’évoque Ritchie Blackmore, à l’époque de Rising, le deuxième album qu’il avait fait avec Ronnie James Dio. Et là, je me suis amusé à me prendre pour Ronnie James Dio, ou Glenn Hughes. J’ai essayé de chanter dans cet état d’esprit-là.

On pose souvent la question des origines quand on parle d’un nouveau projet. Mais là, il y a quelque chose de différent car, apparemment, le second album est en cours de composition, et le troisième sera un DVD/CD live dans des lieux prestigieux de Paris. Globalement, l’ensemble du projet est déjà planifié sur environ quatre ans. A quand remonte l’idée initiale ? Pour avoir déjà prévu tout ça, on imagine que ça fait longtemps que tu bosses dessus…

Patrice Vigier (guitare) : C’est clair. Quand je suis né, j’ai rencontré Dieu, et il m’a dit : « Voilà ton plan de vie : tu vas passer une enfance sympa avec des parents qui t’aiment. À vingt ans, tu vas galérer pendant quarante ans à faire des guitares. Et à partir d’un certain âge, tu deviendras une rock star. » Voilà comment ça s’est passé. Plus sérieusement, c’est un projet qui remonte à assez longtemps. J’ai consacré ma vie à la musique ; je voulais quand même aussi faire de la musique autrement qu’en faisant des guitares. C’est un projet qui s’est bâti petit à petit, j’ai été assez inquiet pour contacter des musiciens parce que j’avais peur que ça pose un problème pour les guitares Vigier. Je ne pouvais pas aller voir les pros, c’était compliqué. Je ne sais pas l’expliquer, mais je ne l’aurais pas fait. Aurélien, par exemple, je le dirais mille fois, c’est un monstre, il est monstrueux ce mec, jamais je n’aurais osé. Et un jour, j’en ai parlé à Pascal Mulot qui joue sur Vigier depuis longtemps, et il m’a dit : « Putain, c’est super ! » Nous avons commencé à en discuter, à écouter la musique, il m’a branché avec Aurélien qui, encore une fois, est un batteur absolument hallucinant, juste énorme. De là, je lui ai dit que je ne voulais pas faire un instrumental ; pour moi, la musique, c’est d’abord le chanteur, et on est là pour le mettre en valeur. Pascal me dit : « Je vais en parler à Renaud. » Je me disais que ça serait super s’il pouvait faire un morceau. Il a appelé Renaud, et Renaud a tout de suite dit oui. Il a dit : « Vigier, tu parles, j’ai une affection pour cette marque car mon premier bassiste jouait sur Vigier ! » Il a donc dit : « OK pour un morceau », mais en fait, à la fin, il a fait l’album [rires].

Tu disais que le groupe s’est fait via Pascal, mais malgré tout, dirais-tu que tu avais déjà un peu pensé à ces musiciens-là pour monter ce projet ?

Pas du tout. Parce que Satan Jokers, c’est ce que vit Renaud, et c’est normal, parce qu’il joue avec Aurélien et Pascal. Mais pour moi, ces musiciens-là, ce n’est pas mon approche. Pascal est un musicien que je connais parce qu’il est endossé Vigier, et Aurélien, parce que je le connais via le Mörglbl, avec Christophe Godin. Franchement, je n’avais pas de line-up. Déjà quand j’en avais parlé à Pascal, je n’osais pas… Je me souviens que nous étions dans l’atelier de montage, nous avions commencé à discuter, et le groupe, c’est Pascal qui l’a monté. Moi, ça faisait des années que j’attendais. J’étais entré dans un groupe qui faisait de la reprise, les gars voulaient que je fasse du Angus Young… Ce n’est pas ce que je veux faire, je ne veux pas faire de l’imitation, donc ça n’a pas marché. Puis j’avais cherché d’autres groupes, et ça n’intéressait personne, ils voulaient tous faire de la reprise, donc j’attendais. Ça s’est fait comme ça, c’est le hasard de la vie. Renaud, je ne le connaissais pas, j’en avais entendu parler, mais j’en étais assez éloigné. En fait, je l’ai découvert, je découvre Renaud, et c’est une belle rencontre. C’est une personne qui est complète, c’est quelqu’un pour qui j’ai de l’affection. Il y a des gens, tu les sens tout de suite ou pas, et ce gars-là est rentré dans mon âme. Mais maintenant, je le connais, il a des défauts, je les vois mais c’est un mec… Les Français ne savent pas qui ils ont ! Ils sont fous ! Ce mec-là est un génie.

« Je découvre Renaud, et c’est une belle rencontre. C’est une personne qui est complète, c’est quelqu’un pour qui j’ai de l’affection. Il y a des gens, tu les sens tout de suite ou pas, et ce gars-là est rentré dans mon âme. Mais maintenant, je le connais, il a des défauts, je les vois mais c’est un mec… Les Français ne savent pas qui ils ont ! Ils sont fous ! Ce mec-là est un génie. »

Quand tu parlais du fait de recruter des musiciens, tu as dit que tu avais peur que ça pose des problèmes par rapport à la marque Vigier. Qu’est-ce que tu voulais dire par là ?

C’était dans le sens où les guitares Vigier sont des guitares professionnelles, je fais partie des meilleures marques qui existent sur la planète, et moi, en tant que musicien, j’ai toutes mes preuves à faire. Au niveau de mes guitares, je sais où j’en suis. Le mec qui me dit qu’il ne les aime pas, c’est son droit, mais il ne peut pas me dire que c’est de la merde, ce sont des guitares très innovantes, qui sont faites à la perfection, je sais qu’elles sonnent… En tant que musicien, je débute, donc je crains ce décalage entre mon grand professionnalisme en tant que fabricant de guitare, et mes débuts en tant que musicien. J’ai dans mes artistes des gens comme Christophe Godin, Ron Thal, Stanley Jordan, qui sont des monstres de monstres ! C’est intimidant ! Je côtoie les grands. Quand tu as un Bumblefoot, que tu le connais, que tu sais comment le gars est, ce sont des gars qui sont hors norme. Les gens ne se rendent pas compte. Ce que tu vois d’eux, c’est la surface. En fait, ils connaissent beaucoup plus. Christophe Godin a une culture musicale déjà énorme, et en plus il sait jouer tout ça. Shawn Lane, qui est décédé depuis plus de dix ans maintenant, aux États-Unis, c’est une icône, c’était un guitariste, il avait une culture déjà hors norme en tant que guitariste, il avait en plus une intelligence et une mémoire extraordinaires, et une culture hallucinante : il connaissait mieux le cinéma français que moi ! Pour l’art indien, c’était pareil, la peinture, c’était pareil, l’architecture, c’était pareil… Donc tous ces gens-là, je les côtoie, et ce sont des artistes hors norme. Donc moi, je suis bon dans ma profession de fabricant de guitares, mais je suis débutant en tant que guitariste. Et donc j’avais peur d’être mal jugé parce que je ne suis pas à leur niveau, et j’ai peur que ça déteigne sur les guitares. J’étais embarrassé. Je ne mens pas, je le dis ouvertement ! J’ai sûrement tort parce que ça me dévalorise, mais c’est la vérité. Mais en fait, Pascal m’a convaincu, et je me suis dit qu’il n’y avait pas de problème, que tous les musiciens avec qui je travaille et qui jouent sur Vigier sont ouverts.

Penses-tu que les gens t’attendaient au tournant ? T’attendais-tu à être jugé de manière sévère par les gens qui te connaissent en tant que luthier ?

Dans l’humanité, il y a tous les styles. Il y a effectivement des gens qui vont être comme ça, il y a aussi des gens qui vont être bienveillants. Il y a les deux. Donc je m’attendais aux deux et c’est exactement ce qui s’est passé [rires]. Mais franchement, la grande majorité n’en a rien à foutre. Pour moi, Summer Storm, c’est un nouveau groupe, point. Il faut faire nos preuves. Ils s’en foutent qu’il y ait Vigier, Renaud Hantson… Ils s’en foutent, je crois. Et moi, je l’ai fait pour la musique. La musique d’abord. Quand tu es en train de composer, tu es dans ton petit monde, tu ne penses pas à ça.

Comme je disais, tu as déjà tout un plan en tête pour ce groupe sur plusieurs années. Qu’est-ce qui t’a poussé à planifier à ce point-là les choses ?

C’est peut-être une déformation professionnelle, parce que dans mon métier, il faut être organisé. Il y a aussi un message subliminal, qui dit que ce n’est pas un projet juste pour un coup, c’est un projet qui va se dérouler à long terme. Donc le deuxième album est en préparation, ça a beaucoup avancé, là ça stagne beaucoup, j’ai envie que nous fassions de la scène, et à partir du moment où nous ferons de la scène, il faut faire un live, parce que t’as vu les mecs qui jouent, c’est juste dément ! [Rires] Le live est hypothétique quand même, parce que pour l’instant, nous n’avons pas de public, la sortie de l’album est très récente. Je ne sais même pas si ça va être possible, si ça se trouve, tout le monde va détester, on n’aura personne, et donc on ne fera pas de live ! [Rires]

Un artiste comme Tobias Sammet raconte souvent que lorsqu’il prépare un album, il y a plein d’idées qu’il garde pour plus tard, en se disant que ce sera pour le prochain album. Mais deux ans plus tard, quand il se met à faire l’album suivant, il a des idées qui remplacent les anciennes. N’as-tu pas peur que les idées que tu as déjà pour le deuxième album, alors que tu es à peine en train de sortir le premier, ne soient un peu effacées par d’autres idées que tu pourrais avoir d’ici un ou deux ans ?

C’est parce que lui, il merde, mais moi, mes idées sont géniales ! [Rires] Non, je déconne. Je ne sais pas. Quand tu penses que le morceau est bon, tu le gardes. Il y a des morceaux qui sont sur le deuxième album, qui ont déjà un peu de temps, et j’en ai d’autres dans mon escarcelle pour un probable quatrième album… Si je les garde, c’est parce qu’ils sont bons. Après, c’est vrai que quand t’enregistres, tu peux avoir de nouvelles idées. Mais il y a tellement de travail pour bien mettre en forme les idées primaires que je trouve que je suis déjà bien occupé à ça. Chacun fait comme il le sent !

À propos de ce projet à long terme et de ce planning, Renaud m’a dit : « Patrice est fou […] il s’est fixé des choses dont nous n’avons même pas connaissance. […] Il veut faire un deuxième album à telle période, mais on ne sait pas du tout avec quelle équipe ce sera. » Peux-tu nous parler de la façon dont vous avez abordé ces questions de planning ?

Il t’a raconté des conneries ! Parce que pas plus tard qu’il y a trois jours, il m’écrivait qu’il était dispo pour le deuxième album ! Mais bien sûr, cela dépend du planning de tout le monde, on n’est pas obligés de le faire à un moment précis. Moi, je l’ai prévu pour l’année prochaine, mais si ça se trouve, ce sera pour l’année d’après. Ce qu’il faut, c’est qu’il soit fini, et que tout le monde soit prêt, et que tout le monde ait envie. Mais il faut avoir un planning, et avoir une direction aussi. Après, tu peux varier un peu, mais tu restes toujours dans la même direction. Si tu vas à Marseille, à la fin tu iras peut-être à Montpellier, mais tu es quand même dans la bonne direction… Mais Renaud a toujours dit qu’il voulait faire le deuxième album. Il m’a toujours dit : « Je kiffe la musique. » Après s’il te dit autre chose, je n’en sais rien, mais je peux t’assurer que c’est ce qu’il me dit.

« Je crains ce décalage entre mon grand professionnalisme en tant que fabricant de guitare, et mes débuts en tant que musicien. J’ai dans mes artistes des gens comme Christophe Godin, Ron Thal, Stanley Jordan, qui sont des monstres de monstres ! C’est intimidant ! »

As-tu des idées d’autres artistes à ajouter à ce projet-là par la suite ?

Oui. Je suis en contact avec Pascal, qui est celui qui a vraiment fédéré tout le monde, et ça continue. Il m’a fait rencontrer un clavier, et c’est vraiment ce que je veux pour le deuxième album, qu’il y ait beaucoup plus de claviers, je suis fan du clavier et je pense que ça va vraiment apporter beaucoup de choses. Donc j’ai rencontré un clavier, nous sommes en train de nous apprivoiser [petits rires], il aime bien le premier album, nous allons travailler ensemble et je pense qu’il y aura du clavier dans le deuxième album. Donc effectivement, il y aura d’autres personnes. Ce projet, je le vois comme un groupe, je n’ai pas trop envie que les gens changent. J’aime ce que fait Renaud au plus profond de moi, j’adore Pascal, Aurélien… Je n’ai pas envie que ça change. Mais si eux ne le sentent pas, il n’y a aucun problème. Mais pour le moment Renaud m’a toujours dit qu’il était chaud.

L’album est intitulé « First », donc on imagine que c’est pour signifier cette idée de projet à long terme…

C’est surtout que je suis très basique, c’est le premier, donc « First » [rires].

T’es-tu fait une guitare un peu personnalisée pour ce disque-là ?

Pas du tout ! Moi, je suis le cordonnier le plus mal chaussé. Mes guitares, en général, je les prends parce que ce sont des prototypes, ou un stock 2, c’est comme ça que je les ai toutes eues. J’ai pas mal de guitares, j’en ai six, et deux basses. Ce n’est pas énorme, mais c’est pas mal. La guitare que j’utilise pour le clip de « Whoever You Are », c’est l’Excalibur Supra en trois simples. Nous l’avons eue sur le catalogue pendant très longtemps et personne ne l’a jamais achetée. Alors moi, je l’ai. Si on veut, elle est personnalisée dans ce sens-là. Dans les modèles que nous faisons, j’ai des guitares qui me vont bien, donc ce n’est pas mon souci premier. Mon souci est d’essayer de trouver de bons riffs, voilà [rires].

Tu as déclaré que ton objectif était de créer un groupe français de rock classique progressif à rayonnement international. Qu’est-ce qui manque à la scène prog française actuelle pour rayonner à l’internationale ?

Quand j’ai dit ça, j’avais bu, je m’en excuse. C’est très difficile. Ce qui manque à la scène française… Déjà, en France, il y a de très bons musiciens, il y a pléthore de bons musiciens. Ce qui manque, c’est déjà qu’il n’y a pas de marché, donc là c’est purement business, il n’y a pas de marché, c’est-à-dire que le rock, ce n’est pas ce qui se vend le plus en France, et dans ce qui se vend en rock de manière générale, sauf erreur ou omission, c’est trente pour cent pour les groupes français, donc ça ne nous laisse pas grand-chose. À partir du moment où tu n’as pas de moyens, c’est compliqué. Il faut des moyens. Et même avec des moyens, ce n’est pas sûr que tu puisses te vendre à l’export, mais ça aide quand même. Quand tu es vraiment actif, que tu as beaucoup de concerts, que tu as de l’argent pour faire des disques encore meilleurs sur le plan technique, des belles vidéos, etc., ça aide à se promouvoir. Je ne sais pas ce que nous deviendrons à l’internationale. Déjà, on va essayer en France !

Il y a un côté relativement old-school dans cet album, et la chanson « Whoever You Are » a un côté très Ritchie Blackmore. Est-ce que vos références sont justement ces groupes de hard comme Deep Purple et Rainbow, qui sont efficaces, accrocheurs, mais qui s’autorisent aussi pas mal de libertés et ne restent pas forcément dans un format de structure ?

Moi, j’aime bien Deep Purple, tout le monde le sait. J’ai des influences rock British, c’est évident, je suis né dans cette mouvance-là. Maintenant, j’aime d’autres choses, j’aime aussi la musique classique, des musiques ethniques, et aussi la variété. Je suis un peu comme Renaud, donc mes influences sont diverses. Maintenant, quand je fais ma musique, je ne réfléchis pas à tout ça, la musique n’est pas du tout conceptualisée. Je vais là où mon âme me guide, mais je ne réfléchis pas. Dans l’album, il y a des morceaux comme « Whoever You Are » qui sont structurés de manière très classique, little by little, et des morceaux comme « Summer Storm » qui sont plus alambiqués. Mais ce n’est pas recherché, c’est comme ça.

Renaud racontait qu’il avait beaucoup galéré sur la ligne de chant de « Summer Storm », que ça avait été un morceau assez compliqué, alors qu’au final, c’est un morceau assez emblématique de l’album et que vous avez choisi de mettre en avant. Peux-tu nous parler du processus d’écriture de ce morceau et de comment, toi, tu l’as vécu ?

« Summer Storm », ce n’est pas difficile. Comme je n’ai pas beaucoup de temps, j’ai dit à ma famille : « Cette année, je ne pars pas en vacances avec vous. Je reste quatre semaines et je finis mon album. » En fait, je n’ai rien fini du tout, j’ai fait trois titres, dont « Summer Storm », qui m’a pris quinze jours, pratiquement. Donc « Summer Storm » a été un accouchement difficile, j’ai beaucoup travaillé dessus, j’ai essayé plein de choses. Je sais qu’il a galéré, mais ce n’est pas celui sur lequel il a le plus galéré, qui est « Free Days ». Parce qu’en fait, l’album est fini depuis pratiquement deux ans, même si nous avons fait le mastering il n’y a pas très longtemps. Et il y avait ce titre qui était resté instrumental parce que Renaud disait, et j’étais d’accord avec lui : « Je peux rien mettre dessus ! » Comme dit Renaud, c’est un morceau de merde. Mais ce n’est pas un morceau de merde, c’est un super morceau [rires]. Et en début d’année, Dieu lui a donné une inspiration, il a dit : « J’ai une idée, on va aller en studio. » Nous avons été en studio, et ce qu’il a sorti sur « Free Days », il faut être un génie. Et c’est un génie, il n’y a que lui pour le faire. Et c’est un des morceaux les plus forts de l’album. Nous avons gardé l’instrumental en bonus parce qu’il est bon. Je pense que c’est sur celui-là qu’il a le plus galéré. Sur « Summer Storm », je l’ai senti plutôt à l’aise. Il a peut-être galéré, peut-être, mais c’était avant de faire son enregistrement.

« J’aime bien provoquer. Souvent, je dis des horreurs qui sont aux antipodes de ce que je pense, juste pour provoquer. J’aime ça, parce que j’aime voir les réactions. »

À propos de l’album, c’est un projet pas mal porté sur les contrastes, déjà dans le choix de marier l’accroche à la technique et la virtuosité, même si ce n’est pas de la virtuosité « gratuite »…

[Coupe] Ça me fait plaisir que tu dises ça !

La meilleure illustration de cela s’entend dès le début de l’album avec la très technique intro suivie du morceau titre, certes épique, mais plutôt accessible et accrocheur. Mais il y a aussi le nom du groupe, Summer Storm, qui allie le côté lumineux et positif que sous-entend le « Summer » et le côté violent et chaotique de « Storm ». Ces contrastes représentent-ils l’identité principale du groupe ?

Oui. Parce que c’est la vie, la vie est comme ça, elle est faite de plein de contrastes. Donc c’est ce que ça nous représente. Que ça soit moi ou Renaud, qui a eu aussi une vie très contrastée. Summer Storm, c’est ça, c’est exactement ce que tu viens de décrire. Et la musique reflète ça. On m’a même fait le reproche que c’était trop différent, que ça manquait d’homogénéité, et je ne suis pas d’accord. L’homogénéité, c’est la diversité, justement. C’est ça qui fait l’intérêt. Mon but, c’est un but égoïste, c’est qu’il faut que ça soit musical. Je ne suis pas là pour me masturber et montrer ce que je sais faire, il faut que ça soit musical, et quand je le fais, il faut que je me dise : « Il y a un chanteur qui va aller dessus, il va falloir qu’il pose sa voix, et il faut que ça l’inspire. »

Tu as dit que le chant était le vrai chef-d’œuvre de cet album-là, et que le rôle des autres instruments était de le mettre en valeur. Est-ce que c’était important pour toi de ne pas faire un projet « pour guitariste », et ainsi d’envoyer un message aux gens sur la vraie utilité de la guitare, qui est d’accompagner la chanson, d’accompagner du chant ?

Non. Je ne donne pas de leçon. Je fais ce qui me fait vibrer, et ce qui va me faire vibrer, c’est d’avoir un chanteur. Comme là, je sais qu’avec un clavier, je vais m’éclater. Je le sais, ça. C’est ça qui m’intéresse. Après, chacun fait ce qu’il veut. Il y a des instrumentaux qui sont bons. Je parlais de Shawn Lane, son disque Powers Of Ten, je peux t’assurer que c’est un instrumental qui déchire, et ils sont pléthore dans la musique classique à l’avoir fait. C’est juste que chacun a sa sensibilité, son passé… Je suis né dans la musique comme ça, avec un chanteur, et c’est comme ça que j’entends les choses.

Le premier morceau en met quand même plein la vue question technique. Ce morceau est finalement un genre de provocation puisque le reste de l’album n’est pas comme ça…

Ça fait très plaisir que tu dises ça, parce que tu as tout compris. C’est exactement ça. C’est ma personnalité, j’aime bien provoquer. Souvent, je dis des horreurs qui sont aux antipodes de ce que je pense, juste pour provoquer. J’aime ça, parce que j’aime voir les réactions. Et « Introduction », c’est exactement ça, merci ! Après, « plein la vue »… Si tu donnes ça à Christophe Godin ou Youri De Groote, ils vont te le sortir fingers in the nose ! Donc non, je trouvais que ça sonnait bien, c’est un riff avec une progression que j’aimais bien, c’est très court, je pensais qu’il ne fallait pas qu’il soit plus long… Et voilà, ça me plaît ! Et c’est aux antipodes de ce qu’est l’album, ce n’est pas un album de démonstration de guitare. Ce qui compte, ce sont les ambiances, trouver les bons riffs, essayer de faire en sorte que toi tu y prennes du plaisir, et que ceux qui vont plus tard t’écouter en prennent aussi. C’est hypothétique, mais c’est un vrai objectif.

Interviews réalisées par téléphone les 16 et 23 novembre 2018 par Philippe Sliwa.
Introduction : Nicolas Gricourt.
Retranscription : Robin Collas.

Site officiel de Summer Storm : www.summer-storm.rocks

Acheter l’album First.



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