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Chronique   

Surgical Meth Machine – Surgical Meth Machine


Surgical Meth Machine - Surgical Meth Machine« Salut les amis ! J’ai découvert dernièrement que j’étais quelqu’un de sensible. Apparemment, je suis tellement sensible que je lis vos commentaires Facebook et les prends à cœur, et certains d’entre eux sont très, très cruels. Et je dois dire que ça me fait me sentir vide, me rendant très susceptible face à vos commentaires. Eh bien, j’y ai réfléchi et j’ai décidé de changer de tactique. Ma nouvelle façon d’interpréter vos diatribes à l’encontre de ma personne est de simplement dire : ‘J’EN AI RIEN A FOUTRE !’ » S’ensuit un déluge épileptique de décibels où Al Jourgensen hurle comme un enragé. Ainsi débute avec « I’m Sensitive » ce premier disque de Surgical Meth Machine, nouveau projet du leader de Ministry.

On a beau critiquer ses coups de mou en concert et autres commercialisations de produits à la conception douteuse, s’il y a une chose qu’on ne peut pas reprocher à Jourgensen, c’est de s’assagir. Il avait prévenu, il souhaitait faire, « avant que [ses] jours dans la musique soient finis, l’album le plus rapide dans l’histoire de l’espèce humaine. » Le résultat est ce Surgical Meth Machine, réalisé par Jourgensen seul avec son ingénieur Sam D’Ambruoso, avec qui il collabore sur tout ses projets depuis quelques années (les deux derniers albums de Ministry, le dernier Revolting Cocks et l’album de Buck Satan).

Surgical Meth Machine est certainement l’un des albums les plus détraqués qu’il ait jamais réalisé et qui a la particularité d’évoluer en deux temps. La première partie est constituée d’un commentaire social plein de fiel, névrosé et sarcastique, sans aucune retenue. Les « haters » qui pourrissent les réseaux sociaux en prennent évidemment pour leur grade, mais c’est surtout, de façon générale, les comportements de tout un chacun dans nos sociétés occidentales modernes, avec nos caprices de riches, qu’il fustige. De la première à la septième piste la machine déglinguée tourne à plein régime à coup de beats électro-indus et riffs de guitare thrashy et digitaux grotesquement rapides, sous une apparence de chaos ambiant et un enchevêtrement de voix – hurlées, parlées, trafiquées, féminines, etc. y compris une contribution de l’ex-Dead Kennedys Jello Biafra sur « I Don’t Wanna » – et autres bruitages à rendre fou. La cadence est si démentielle que Jourgensen ne prend même pas la peine de conclure les chansons qui s’enchaînent abruptement et brutalement.

Surgical Meth Machine ne fait qu’inlassablement pousser le bouchon un peu plus loin jusqu’à atteindre un summum sur le bien nommé « Unlistenable », nouvelle satyre sur les dérives des réseaux sociaux où Jourgensen s’amuse dans un faux dialogue à égrainer des noms de groupes qu’il dénigre voire insulte joyeusement (Iron Maiden, Megadeth, Lamb Of God, Nickelback, The Cure, Morrissey… mais également Ministry). A prendre comme une suite au quasi-insoutenable « Side F/X Include Mikey’s Middle Finger (TV4) » sur From Beer To Eternity (2013), ce titre parachève l’anesthésie générale de l’auditeur qui fini le cerveau en légume, comme gavé d’analgésiques. C’est là que l’atmosphère change du tout au tout : on quitte l’orage et ses sueurs froides pour s’élever au-dessus des nuages, là où le soleil brille et où tout est pastel. Jourgensen et D’Ambruoso nous invitent dans leur défonce psychédélique. la reprise de Devo « Gates Of Steel », et son long final « Spudnik », donne dans un pop-punk-rock n’ roll entraînant et béat aux mélodies un peu niaises. Suivent deux morceaux électro loufoques pour finir sur l’étrange valse trip-hop désabusée de « I’m Invisible ».

Si ce disque peut paraître absurde et décousu, on se surprend pourtant à lui trouver un sens. Après vingt-cinq minutes d’interminables convulsions qui nous laissent complètement assommés et groggy, les dernières pistes font figure d’atterrissage en douceur. On sort de l’écoute à la fois lessivé et apaisé. Et pourquoi pas y voir une utilité thérapeutique ? Un opus que l’on pourrait tout aussi bien ranger dans notre trousse de secours, à garder à portée de main, et à s’injecter dès que nécessaire pour évacuer toute pulsion destructrice… Surgical Meth Machine est le défouloir ultime (le « nobody gets out alive » de « Tragic Alert » est particulièrement jouissif), c’est ce cri libérateur et compulsif que l’on laisse échapper de bon cœur une fois isolé après une accumulation excessive de frustration et de stress, et qui fait du bien.

Le clip vidéo pour la chanson « I’m Invisible » :

La chanson « Tragic Alert » :

Abum Surgical Meth Machine, sortie le 15 avril 2016 via Nuclear Blast.



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