ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

Survival Zero : la soupape post-thérapie


Même si l’idée d’être « sauvé de la dépression par la musique » est séduisante, elle est un peu naïve. Bien sûr que se plonger dans un projet artistique est un formidable moteur, mais ce serait minimiser à tort ce qu’est la dépression en tant que maladie, y compris dans son sens le plus chimique. Et ce serait par conséquent nier l’utilité de la médecine.

Pierre Lebaillif de Survival Zero est passé par là et insiste : c’est la thérapie qui l’a sauvé, pas sa musique. Par contre sa musique, elle en parle, entre autres sujets, dans un album avec pour point de départ quelques ébauches de morceaux ainsi qu’un titre, une idée : The Ascension.

Cet album, le premier qui plus est, ils le voulaient massif. Pierre nous raconte un processus collectif au cours duquel il a laissé ses acolytes musiciens « maltraiter ses idées », avant de laisser le producteur Matt Chiarello le maltraiter en douceur pendant l’enregistrement.

« Nous nous sommes peut-être précipités, des fois, avec certains anciens groupes, trop vite en concert ou trop vite en studio. Nous n’avons pas voulu tomber dans cet écueil-là. »

Radio Metal : L’album est en travail depuis 2017. Peux-tu me parler de l’évolution du projet de l’album pendant ces trois années ?

Pierre Lebaillif (chant) : En 2017, j’ai lancé l’initiative du groupe, mais je ne me suis pas dit à cette époque-là : « Faisons un album, il s’appellera The Ascension, il aura neuf titres… » Non, c’est un peu venu par la suite, au fur à mesure que tout le monde est arrivé dans le groupe. Mais j’avais des idées de chansons que j’avais fait écouter à des copains. C’est la création d’un groupe, tout ce qu’il y a de plus classique, au final. Après, je ne voulais pas imposer mes idées. Au fur et à mesure que Thibaut, Ben, Régis et Pierre sont arrivés dans le groupe, vu que nous nous connaissons tous très bien depuis des années et que nous sommes très copains, je leur ai dit : « Les gars, je vous fais confiance pour maltraiter mes idées, n’hésitez pas. » Une idée en amenant une autre, chacun a enrichi les chansons par son instrument, mais des fois aussi en proposant des choses aux autres instruments. Ça s’est construit comme ça. C’est mi-2018 que nous nous sommes dit : « Bon, on commence à avoir assez de matériel, qu’est-ce qu’on fait ? » Nous nous étions refusés à nous précipiter à faire des concerts tout de suite. Nous voulions faire mûrir un peu le truc, et nous nous sommes dit que la meilleure chose à faire était, peut-être, de cristalliser tout ce que nous avions construit autour du groupe à travers la production d’un album. Ça nous permettait de réfléchir à la musique, mais aussi au son, aux visuels, et tout ça.

Vu que c’est une création de projet et que vous êtes partis directement sur un album, est-ce que tu t’es dit que tant qu’à ne pas être connus, autant vraiment donner de la matière aux gens pour les faire entrer dans votre univers ?

C’est ça. Après, nous faisons de la musique depuis pas mal d’années à nous cinq. Nous avons quand même pas mal d’autres groupes à notre actif. Nous avions fait des erreurs avec ces groupes-là, comme je te le disais précédemment. Nous nous sommes peut-être précipités, des fois, avec certains anciens groupes, trop vite en concert ou trop vite en studio. Nous n’avons pas voulu tomber dans cet écueil-là. Donc décider de faire un album, c’était juste pour nous la chose la plus logique à faire, parce que nous avons pris notre temps, nous nous sommes plus concentrés sur la création, avec bien entendu en ligne de mire l’idée de pouvoir, comme tu le disais, au moment où nous irions faire des concerts, proposer de la matière assez « élaborée » – je ne sais pas si c’est le bon mot, mais quelque chose d’assez réfléchi quand même, pour… « marquer les esprits », ce serait peut-être un peu prétentieux, mais pour arriver en mettant toutes les chances de notre côté, en tout cas.

Pour diverses raisons, l’enregistrement s’est fait en plusieurs sessions. Est-ce que ça a représenté une difficulté pour garder une cohérence, en termes soit d’énergie au moment de l’enregistrement, soit d’unité sonore ?

Pas trop. En fait, il y a eu trois moments dans cet enregistrement, et j’en rajouterais un quatrième, car tous les titres que nous avons sur l’album, nous les avons maquettés, nous les avons enregistrés par nous-mêmes au préalable. Un an avant d’entrer en studio, nous étions déjà en contact avec Matt Chiarello, qui a enregistré et mixé l’album – qui l’a produit, clairement. Lui avait les titres en tête, il se les était mis dans les oreilles. Nous en discutions beaucoup, ça a été une année d’échanges aussi. Ce qui fait que quand nous sommes arrivés en studio, nous ne nous connaissions pas forcément personnellement, mais il connaissait assez bien notre musique. Et vu que c’est lui qui a centralisé la production, la cohérence a déjà été gagnée à ce niveau-là. Après, sur l’enregistrement, nous avons enregistré tous les instruments chez lui, sauf la basse. La basse, nous l’avons faite par nous-mêmes pour des raisons logistiques, parce que Pierre, notre bassiste, jouait à l’époque dans Embryonic Cells, qui venait de sortir un album, qui avait fait des dates, qui était en plein dans des concerts, dont le Hellfest. Ça occupait quand même pas mal l’énergie de Pierre, donc nous l’avons enregistré à la maison pour éviter le déplacement jusqu’au studio, parce que c’est à trois, quatre heures de route de chez nous. Aaprès, le mix, c’est Matt qui l’a fait, donc encore une fois ça reste assez central. Et le mastering, c’est R3myBoy, à Lille, qui l’a fait ; nous y étions allés sur les conseils de Matt. Donc il y a quand même une cohérence, nous nous sommes beaucoup appuyés sur Matt, et aussi sur ce qui ressortait de nos échanges, parce que nous avions des désirs, et il était vachement à l’écoute par rapport à ça. Et pour le mastering, Rémy a également été très à l’écoute de ce que nous faisions. Nous avons pris notre temps, surtout. C’est ce qui caractérise la production de cet album.

Le fait de faire ça en plusieurs fois, de laisser reposer à plusieurs moments, est-ce que tu penses que ça a amené de nouvelles idées ?

Ouais, carrément. En fait, l’enregistrement des instruments, comme nous avions maquetté les titres, comme nous les avions bossés, rebossés, plein de fois, en répète aussi, je ne dirais pas que nous sommes arrivés en studio en les maîtrisant sur le bout des doigts, mais nous savions quand même les jouer. Ce qui fait que, sur l’enregistrement des parties, nous n’avons pas passé énormément de temps. Par contre, une fois que c’était enregistré, nous pouvions passer à un autre morceau, nous l’enregistrions, et nous revenions au premier morceau, nous le réécoutions, et nous nous disions : « Ah ben tiens, on peut peut-être faire une descente de gamme à cet endroit-là, ça péterait plus que comme on l’a joué. » On pouvait modifier des trucs, effectivement ; il y a quelques petits trucs qui ont été modifiés comme ça, parce que nous laissions reposer les choses. Après, ça a surtout eu lieu sur le mix. Entre chaque proposition de Matt, nous avons laissé reposer facilement dix jours, parce qu’il fallait laisser reposer les oreilles. Quand tu as la tête dedans, c’est compliqué, donc pour prendre du recul, nous laissions reposer les choses. Le mix a vraiment été une étape où ça s’est étalé sur deux mois et demi, trois mois, par mails interposés, pour prendre le temps d’écouter les choses, et discuter avec Matt, encore une fois.

« Il faut tout le temps que j’ai trois, quatre bouquins en même temps. À ce niveau-là, j’ai même un petit peu peur du vide. »

Au niveau des textes, c’est pas mal inspiré de la littérature pour aborder l’isolement, la dépression, l’expression de la violence contenue, et plus spécifiquement sur ce disque-là, ça s’inspire de 2001 : L’Odyssée De l’Espace, de La Métamorphose de Kafka et du cycle de Fondation d’Asimov. Est-ce que tu peux me parler de ton rapport à la littérature, et de comment il a pris une place aussi prépondérante au point d’en faire vraiment une source d’inspiration pour tous tes textes ?

Depuis que je suis môme, je lis énormément, grâce à un environnement familial qui me le permet. Ma mère lit beaucoup, mon grand-père lisait beaucoup aussi et, forcément, quand on écrit des textes, on met un peu de soi dedans. Ça serait mentir de dire qu’on ne met pas de soi. Et moi, j’ai été malade, j’ai eu une dépression, et j’ai puisé aussi dans ce que j’ai vécu à ce moment-là, et notamment dans la thérapie que j’ai eue, pour écrire les textes. La création de l’album, ce n’est pas ma thérapie. Quand on est malade, il faut vraiment aller voir des soignants, ce n’est pas le fait de créer des groupes de metal qui guérit, c’est du bonus ça [rires]. Et quand j’étais malade, la lecture, c’est resté. C’est un truc que je fais tout le temps. Il faut tout le temps que j’ai trois, quatre bouquins en même temps. À ce niveau-là, j’ai même un petit peu peur du vide. J’ai une bibliothèque bien remplie chez moi, j’ai une pile à lire qui, je pense, me dépasse maintenant, en termes de hauteur, mais j’ai toujours besoin d’avoir des lectures en cours. Donc mon rapport à la littérature, c’est que je suis un amoureux des livres, tout simplement. Avec une préférence quand même pour la science-fiction, parce que c’est un genre assez hybride, qui ramène à des trucs plus classiques. Kafka, je l’ai découvert quand j’étais en études, mais il y a des ponts qui se font avec la science-fiction, je trouve, parce qu’il y a des choses de l’ordre du mystère dans la littérature de Kafka que j’aime beaucoup. Et toutes proportions gardées, j’essaie d’insuffler ça dans les textes.

Pour le coup, l’isolement, on en fait carrément l’expérience en ce moment, avec le confinement dû au Covid-19. Dirais-tu que ce qu’on vit actuellement, ça te donne une autre perspective sur l’isolement ?

[Réfléchit] Non, pas trop. Pour moi non, parce que quand j’ai été malade, j’ai été à l’arrêt, à un moment donné. Je ne pouvais même plus aller travailler, c’était vraiment trop douloureux de sortir de chez moi. Donc j’ai connu un confinement, comme ça, à cette époque-là, où, pendant deux mois, je ne suis pas du tout sorti de chez moi. Donc disons que je suis un peu habitué à l’exercice. Après, celui que l’on vit aujourd’hui ne me remet pas dans le même état d’esprit qu’à l’époque. À l’époque, j’allais mal. Aujourd’hui, déjà, j’ai un métier qui me fait sortir, je suis obligé de sortir pour aller au boulot, parce que je suis travailleur social. Et puis, on trouve à s’occuper. De toute façon, je suis avec ma femme, nous nous entendons bien, nous sommes toujours amoureux après deux mois de confinement, il n’y a pas de souci là-dessus [rires]. Et puis, elle comme moi, nous avons le nez dans les bouquins. Nous vivons plutôt bien les choses. Au début, forcément, c’était un peu angoissant, parce que la situation fait qu’on se pose plein de questions. On s’en pose toujours, mais on l’a plus intégré dans nos vies. Maintenant, il faut prendre les choses comme elles viennent. On ne sait pas de quoi demain est fait. Après, la Terre n’a pas explosé, il y a toujours de l’oxygène dans l’air, donc il faut prendre les choses telles qu’elles viennent. Sinon on succombe à l’émotion, la colère, et ce n’est pas constructif, je pense.

Vous avez sorti un clip qui nous montre un homme qui a été enfermé par un culte. Le clip suggère ce que l’enfermement peut réveiller en nous. À ton avis, qu’est-ce que l’enfermement peut réveiller chez toi ?

Chez moi, et chez pas mal de monde, l’enfermement, à un moment donné, c’est aussi faire face à soi-même. Je te parlais d’avoir le nez dans les bouquins – ou autre –, on a aussi besoin de ce divertissement pour s’aérer l’esprit. Mais sincèrement, on a aussi besoin de moments où on ne fait rien. On est allongés, on est assis, on pense, on essaie de ne rien faire. Là, on fait un peu plus face à nous-mêmes. Je pense que dans l’enfermement, il peut aussi y avoir des choses positives qui peuvent en résulter, mais il ne faut pas trop prendre l’habitude de s’enfermer, car sinon, on ne fait que ça, et là, il y a des choses négatives qui arrivent. Dans le cadre du clip, c’est un enfermement qui n’est pas voulu. Là, forcément, tu fais face à des choses plutôt négatives. Quand nous avons fait le clip, pour la petite anecdote, même quand j’ai écrit les paroles, j’avais en tête l’allégorie de la caverne de Platon. C’est l’idée que l’on est tous enfermés dans une caverne, qu’il y a un feu derrière nous qui symboliserait la vérité, mais qu’on ne peut pas le voir. Par contre, on voit des ombres projetées, donc on n’a qu’une perception des choses, on ne voit pas la plus grande image qui symbolise la vérité. Pas forcément sur le côté philosophique, mais en termes d’image, c’était un peu ce que j’avais en tête pour cette chanson et pour le clip.

Vous avez souhaité, avec cet album-là, réaliser un album où les chansons résonnent entre elles, à la manière d’un album-concept. Mais, ce n’est pas non plus complètement un album-concept, et ce n’est pas non plus un album standard. Dirais-tu que cette espèce de manière intermédiaire de relier les chansons entre elles a représenté une difficulté ?

[Réfléchit] Pas trop, parce que les morceaux sont venus assez naturellement, et ça a été très vite intégré collectivement que nous voulions relier les morceaux entre eux. Est-ce que nous arriverons à le refaire ? Je n’en sais rien. Pour le moment, pour cet album-là, c’est venu assez naturellement. Après, pour moi, The Ascension, c’est un album-concept. C’est juste que maintenant, quand on dit « album-concept », on entend « album qui va raconter une histoire, avec chaque chanson qui correspond à un chapitre, etc. » Mais les vieux albums-concepts des groupes prog dans les années 1970, ils ne racontaient pas forcément des histoires. Ils avaient ce maillage entre les chansons, parce qu’il y avait dans les textes des mélodies ou des thématiques qui revenaient d’une chanson à une autre, et c’est ce que nous avons fait avec notre album, en fait.

« Les gens qui font des burn-out sont souvent considérés comme des gens qui ne bossent pas, qui abandonnent leur boulot, qui ne foutent rien au boulot. Alors que quand on regarde un peu les études, les gens qui font des burn-out, ce sont souvent des gens qui ont trop bien fait leur travail, qui étaient trop dedans. »

Justement, au départ, le truc qui a lancé ce projet-là, c’est le titre, The Ascension, qui est apparemment présent depuis le début, et qui a vraiment défini l’architecture de l’album. Comment êtes-vous partis du titre pour construire l’album, les chansons, des mouvements ou autres, et construire tout un processus au sein de l’album ?

Le titre est apparu assez rapidement dans la création du groupe et la création de l’album, parce que la chanson « Ascension », c’est une des premières. Elle est venue, en plus, très rapidement avec son texte. « Ascension », c’était déjà son titre de travail, parce que j’avais déjà l’idée du texte à l’esprit, et dans le texte de cette chanson-là, il y a vraiment, d’un couplet à l’autre, l’idée que l’on essaie de s’extirper d’un isolement par le haut. Nous nous sommes dit qu’il faudrait que sur l’ensemble des morceaux, il y ait cette espèce de progression par le haut qui se fasse, en faisant évoluer… Je te disais que d’un morceau à l’autre, il pouvait y avoir des redites musicales, des rappels. Il y a une suite d’accords que nous utilisons sur l’introduction de l’album, et que nous retrouvons sur le dernier morceau de l’album, mais nous l’avons fait évoluer. Alors, comment ? C’est un peu de la technique musicale, mais en enrichissant l’harmonique des accords. Nous avons rajouté d’autres harmonies à cette suite d’accords-là, pour qu’elle soit un peu plus riche à l’oreille. Après, on rentre peut-être un peu plus dans de la théorie musicale, mais nous n’avons pas fait ça en y pensant, en mode « théorie musicale ». C’était juste au feeling, en fait. Nous nous sommes dit qu’il fallait qu’il y ait une progression, musicalement, qui se fasse. Après, nous n’avons pas pris un papier, un crayon, et des feuilles de partition. C’est juste en jouant, en essayant des trucs sur nos guitares, la basse, la batterie, en essayant de jammer sur ces suites d’accords, que nous avons vu comment elles pouvaient évoluer entre l’intro et le dernier morceau.

Les textes de l’album renvoient à l’immensité de l’univers. Est-ce que vous avez travaillé sur le côté massif de la musique pour que ça colle aux textes ? Est-ce que vous avez orienté la production ou l’écriture pour que ça dégage un côté plus massif ?

Oui. C’est carrément volontaire. Dans la production, nous voulions quelque chose qui respire vachement, avec ce côté massif comme tu le dis, avec un gros son de guitare, de basse, de batterie, le chant aussi, avec une espèce de résonance, je ne sais pas comment dire… Massif, c’est le bon adjectif, je pense. Après, nous avons aussi réfléchi en termes de musique, par des dissonances, des choses qui renforcent ce côté massif dans le son. Parce qu’au final, nous n’avons pas enregistré, comme par exemple Devin Townsend, qui enregistre des murs de guitare. Nous n’avons pas enregistré tant de guitares rythmiques que ça. Nous avons dû en enregistrer quatre, ça reste très standard pour une production de metal. Mais par la recherche de dissonances dans le jeu de guitare, je pense que ça a aussi participé au côté massif du son. Donc, à la production, mais déjà à la composition, nous avions ça en tête, bien évidemment.

Pour l’aspect de la production pure, il y a quand même des empilements de voix, à des moments…

Oui, bien sûr. Pour le coup, je savais que je voulais au moins doubler la plupart des parties de chant. Après, Matt, parmi les nombreuses discussions que nous avons eues, il m’a dit : « Mais en fait, quitte à y aller, allons-y franchement, on ne va pas juste doubler ou tripler… » Il y a des moments où il y a quinze, vingt voix ! Je n’en pouvais plus ! [Rires] Il me faisait enregistrer des trucs, j’étais au bout de ma vie ! En plus, tu es dans l’énervement, donc tu sors des trucs qui ne sont plus simplement de l’ordre de « je vais enregistrer une partie », mais qui sont de l’ordre de « là, ça me casse franchement les noix ». Donc tu y vas et tu te mets en colère. Mais en plus, Matt est super doux, ce n’est pas le genre de producteur à la Ross Robinson, qui te fout des claques dans la gueule pour que tu te mettes en colère [rires]. Mais il m’a dit : « Si tu veux cet effet massif, il faut rajouter des piles et des piles de voix. » Donc nous l’avons fait et sur le coup, je ne me rendais pas bien compte de ce que ça pouvait donner, parce que j’étais trop fatigué et en colère après moi-même, pour aucune raison au final [rires]. Par contre, quand nous avons entendu le mix, nous nous sommes dit : « Ah ouais, ça claque ! »

En plus, ce ne sont pas des voix harmonisées, ce sont des voix à l’unisson, donc tu as dû refaire plus ou moins la même voix plein de fois !

C’est ça. Il m’a quand même demandé des interprétations un peu différentes, des trucs plus aigus, plus graves, pour enrichir un peu le son, mais globalement, c’est la même chose. Des harmonies vocales, il y en a quelques-unes sur l’album, mais il n’y en a pas beaucoup, effectivement.

En concert, l’album est joué dans l’ordre. J’imagine que cette démarche crée un ressenti sur scène, qui est complètement différent d’un concert standard, et que l’expérience est plus intense ?

Pour nous, oui. Après, pour le public, je ne sais pas trop, il faudrait demander aux gens. Mais nous avons eu de très bons retours. Nous n’avons fait qu’un seul concert, avant le confinement, mais c’est un super souvenir, en tout cas pour nous cinq. Après deux ans et demi à bosser sur ces morceaux-là, les jouer enfin comme nous les avions imaginés, c’était cool. Il y avait plein d’imperfections, mais nous en sommes sortis super heureux. Et effectivement, nous en parlions il n’y a pas longtemps avec les gars du groupe, nous avons fait une release party audio, et à la fin de ce podcast audio, nous diffusons le dernier morceau de l’album, « The Otherverse », et j’expliquais aux gars que ce morceau-là me mettait un peu en transe. En fait, tout le monde s’accordait à le dire ; nous n’avions jamais osé nous le dire, mais tout le monde pense un peu pareil. Tu arrives au bout du chemin et ce morceau-là, qui est en plus le dernier morceau que nous avons composé pour l’album, il nous met un peu en transe. Nous sortons un peu de nous-mêmes pour jouer ce morceau-là et c’est super cool. J’ai vraiment hâte de refaire des concerts pour revivre des moments comme ça.

« La musique, dans mon cas, n’a pas été une thérapie. La thérapie a été une thérapie. C’est très con comme phrase, mais il ne faut pas mélanger. Pour les gens qui vont lire l’interview, si vous êtes malade, il faut consulter. Il ne faut pas créer des groupes ou faire de la musique. Ça, c’est quelque chose d’à côté. »

Est-ce que ce n’est pas difficile, lorsque vous êtes sur scène et que vous êtes sur cette démarche de refaire l’album en entier et de partir un peu en transe, d’être dans le partage avec le public, à ce moment-là ?

Non. Parce que nous jouons les morceaux dans l’ordre, mais il y a quand même quelques morceaux où, avant que ça joue, on parle avec le public. Je suis aussi du genre à réagir à ce qu’il se passe dans la salle à ce moment-là. S’il y a un mec qui me crie « À poil ! », juste parce que ça me fait marrer, je vais au moins lui répondre, pour lui dire : « OK, ta blague est très drôle et super originale, donc bravo à toi ! » Non, il faut que ce soit fun, un concert, quand même. Nous ne sommes pas dans… Une pièce de théâtre, j’allais dire… Mais il y a les moments où tu joues les morceaux, et il y a les moments où tu ne joues pas les morceaux et qui sont aussi très importants. Quand je vais à un concert, j’apprécie quand les musiciens s’adressent un peu à la salle aussi. Je trouve que c’est super important.

On en a parlé un petit peu plus tôt, l’album aborde aussi le thème de la dépression, une maladie que tu as vécue. Tu avais déclaré qu’il y a une phase très importante, c’est d’accepter que c’est une maladie, que ce n’est pas juste un coup de mou passager, et qu’il ne suffit pas juste de se mettre un coup de pied au cul pour aller mieux. Encore aujourd’hui, la maladie mentale fait l’objet de beaucoup d’idées reçues. Est-ce que tu penses que ces idées reçues, comme tu as peut-être pu en avoir toi-même, elles peuvent être un frein à la guérison ?

C’en est un, c’est clair et net. Parce que tu dois lutter contre tes propres a priori, mais aussi ceux des autres. Les maladies mentales comme la dépression, c’est très mal accepté, notamment dans les milieux professionnels. Je sais que, pour en avoir parlé avec d’autres gens qui ont été malades, le regard que les autres ont sur toi à ce moment-là, mais même celui que tu peux avoir sur toi-même, fait que tu as l’impression que tu es fragile, dans le sens où tu es nul. Tu n’es pas capable de faire ton taf, tu n’es pas capable de te ressaisir face à une petite péripétie dans ta vie… Ça renforce l’idée qu’en fait, tu n’as pas l’impression d’être malade, mais juste d’être nul. Mais non, c’est une maladie. Chimiquement, dans ton cerveau c’est complètement déséquilibré. Déjà, là-dessus il faut intervenir. Après, il faut aller en thérapie, il faut avoir du recul sur tes émotions.

C’est vrai que dans les idées reçues que l’on peut avoir quand on parle de dépression, on a toujours peur d’être vu comme un « cassos » ou quelque chose comme ça…

C’est pour ça que j’en parle ouvertement. Demain, tu as un bras cassé, tu ne vas pas te dire : « C’est bon, ça va se recoller tout seul. » Tu vas à l’hôpital, tu fais quelque chose. Une dépression, c’est pareil, c’est une maladie. Il faut poser des mots sur les choses, il ne faut pas minimiser. C’est une maladie, c’est reconnu comme tel, il me semble, mais tu sais, dans le milieu professionnel, par exemple, c’est très compliqué, pour en avoir encore une fois pu parler avec des gens. Les gens qui font des burn-out – donc des dépressions liées au travail – sont souvent considérés comme des gens qui ne bossent pas, qui abandonnent leur boulot, qui ne foutent rien au boulot. Alors que quand on regarde un peu les études, les gens qui font des burn-out, ce sont souvent des gens qui ont trop bien fait leur travail, qui étaient trop dedans.

Est-ce que ça t’a fait du bien la première fois qu’on t’a dit : « Voilà, tu es malade, tu as des symptômes, c’est chimique », la première fois qu’on a mis un truc objectif sur ce qui se passait dans ta tête ?

Non, ça m’a foutu en rogne. J’étais dans le déni, mais parce que j’ai proches autour de moi, le déni est vite passé. Il a fallu se ressaisir. Je me suis barré, d’ailleurs. J’ai quitté le rendez-vous à ce moment-là. Puis je suis revenu la queue entre les jambes une semaine plus tard, en disant : « OK, je suis malade, faisons quelque chose, j’accepte. »

Dans les idées reçues que les gens ont, certains parlent du fait que la musique leur a sauvé la vie, qu’elle leur a permis de surmonter une dépression… Ce qui n’est pas le cas du tout, puisque la musique n’est pas un médicament, même si ça peut être un outil. Malgré tout, la musique a eu un rôle, indirectement, dans ta thérapie. Apparemment, elle t’a notamment servi à mettre des mots sur ton ressenti. Quel rôle a eu la musique dans ton processus de guérison ?

Elle est intervenue après le processus de guérison, en fait. La psychologue chez qui je suis allé pas mal de fois m’a fait remarquer quelque chose. Elle m’a dit : « Vous parlez souvent de musique. Il semble que vous en ayez fait. Ça pourrait être un gros moyen, après, de transformer tout ça, si ça vous dit. Je sens que vous êtes connecté à ce média-là. » À l’époque, honnêtement, je n’étais pas du tout dedans. Il fallait déjà se guérir. Mais effectivement, en sortant un peu de ça, je me suis dit : « Ouais, carrément ! C’est cool ! » À un moment donné, la musique, dans mon cas, n’a pas été une thérapie. La thérapie a été une thérapie. C’est très con comme phrase, mais il ne faut pas mélanger. Pour les gens qui vont lire l’interview, si vous êtes malade, il faut consulter. Il ne faut pas créer des groupes ou faire de la musique. Ça, c’est quelque chose d’à côté. Dans le groupe, tous les cinq, nous avons un peu ce même point de vue sur la musique. La musique est une soupape, c’est un moyen d’amener de l’équilibre. Mais on pourrait avoir de l’équilibre en faisant du sport, de la peinture, de l’écriture… Tu me posais la question en me disant que ça m’a aidé à poser des mots dessus, mais j’aurais très bien pu me contenter d’écrire des textes. Mais je préfère le faire au travers de la musique, tout simplement, parce que j’aime la musique et que j’en fais depuis plusieurs années.

Interview réalisée par téléphone le 4 mai 2020 par Philippe Sliwa.
Retranscription : Robin Collas.
Photos : Studio OG.

Facebook officiel de Survival Zero : www.facebook.com/TheSurvivalZero

Acheter l’album The Ascension.



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Slipknot @ Lyon
    Slider
  • 1/3