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Live Report   

SVART CROWN AU LYON’S HALL DE LYON


Artistes : Svart CrownFatal AgonyMithridaticNästrond Kall
Salle : Lyon’s Hall
Date : 12-12-2008
Public : 130 tout noirs environ.

Lyon’s Hall. 20h. On arrive un peu à la bourre dans le coeur sanguinolent du metal underground lyonnais. Do It Yourself oblige, nous sommes accueillis au guichet par le célèbre Tom, organisateur du concert (à 17 ans !) et bassiste/vocaliste des Fatal Agony. Nästrond Kall, le premier combo de cette soirée, vient tout juste de régler ses balances quand nous approchons de la salle. En arrivant, on a d’ailleurs croisé Triglav, l’un des guitaristes du groupe, le visage badigeonné à la mode des guerriers scandinaves.

C’est génial cet état d’esprit: ici, tout le monde se connaît. C’est dans ce genre d’endroit que l’on peut voir comment nos jeunes gaillards se décarcassent, ne serait-ce que pour faire vivre leurs désirs. On essaie de faire germer son groupe, de l’ouvrir aux oreilles d’autrui, tout en restant fidèle à ses principes. C’est là qu’on comprend que l’underground est un monstre bicéphale. Sa première caboche cherche à gagner la reconnaissance de ses pairs, de ses grands frères, et, pourquoi pas, des légendaires anciens du metal et autres pontifes de la musique en général. Son autre faciès révèle une volonté farouche qui tient jalousement à sa liberté, loin des oreilles de ce grand public que l’on suspecte de corrompre la sincérité des musiciens, de ternir (mieux: de polir) l’image des groupes. En quelques mots : de phagocyter l’intégrité du milieu.

De cette schizophrénie se dégage finalement toute la richesse de la musique de demain; c’est ici que germe et prolifère l’avenir. Chacun cherche à présenter, en fait, l’échographie de son bébé pour le nourrir du regard des autres. Nous baignons donc dans le liquide amniotique où est en train de mûrir le prochain f?tus (ce n’est pas un jeu de mot avec Ultra Vomit) qui peuplera les magazines. Et bien sûr, pour clore cette métaphore, lorsque, face au groupe qui gagne en célébrité, les plus envieux crient qu’il vient de perdre ses fans les plus fidèles en même temps que son aspect underground, nous sommes toujours dans le même processus de maturation: c’est même là le stade de la perte des eaux.

Nästrond Kall commencera finalement un peu en retard, pour toutefois nous gratifier d’un long et assez bon set. Leur son manque encore de puissance, mais l’effet est plutôt bénéfique: on peut davantage écouter les mélodies éreintantes de leur black dépressif. Nous venons de dire Black, et bien sûr, nos mélancoliques n’ont pas manqué de sortir le maquillage et l’attirail qui l’accompagne.

Il faut donc s’arrêter dans un premier temps sur leur apparence: certes, ils paraissent jeunes. Mais cela surenchérit l’aspect malsain du groupe, et ce plus particulièrement concernant Syre et John, respectivement chanteur et claviériste du groupe. En effet, le premier, blond comme un norvégien édénique, laisse apparaître son torse imberbe, sec et assez musclé. De ce corps finalement androgyne se dégage une atmosphère immatérielle assez vicieuse, propre à corrompre les âmes les plus fragiles. On aime ça.


Vegard Syre, le très jeune frontman des Nästrond Kall

Le second semble quant à lui tout droit échappé de la génération cold-wave des 80’s. Tout aussi blond, mais les cheveux en pétard, il faut avouer que, malgré son net retrait, il garde une présence salutaire au groupe avec ses yeux flirtant sans cesse avec le vide, un peu comme l’adoré Dan Lilker. Le groupe reste assez scolaire dans l’exécution, le regard fixé sur leurs instruments. Néanmoins, il faut leur reconnaître une certaine foi en leur musique, une de ces choses précieuses qui aident le public à adhérer au groupe.

Parlons-en d’ailleurs de la musique! Il y a parfois des versants doomesques qui contrebalancent avec l’esprit impeccablement belliqueux du black metal. Cette association est même des plus judicieuses, car lorsqu’on a tant de haine, on est toujours frustré de ne pas sanctifier le monde entier de cette boue bien noire. Alors la violence est retournée, dirigée vers soi comme la lame de Phèdre. Corrosive, elle nous bouffe de l’intérieur et donne de la profondeur au style. On vomit ce qui est pour mieux regretter ce qui n’est plus. C’est là d’ailleurs le sens de la nostalgie; c’est là d’ailleurs l’essence du black païen.

Mais le groupe ne se complaît pas dans la moue morose et de bonnes envolées agressives font difficilement réagir un public assez sévère ce soir. Nos six blackeux nous ont enfin confirmé combien le grand Emperor de In The Nightside Eclipse restait l’influence majeure de Nästrond Kall. Bien sûr, leur son doit encore être musclé. Bien sûr, avec plus de maîtrise, le groupe pourra davantage se rapprocher du public. Mais au final, Nästrond Kall s’est illustré comme ayant pas mal de compos à leurs bottes, et une présence qui garde un rapport étroit avec leur black païen mélodique.

Présence, voilà un mot qui va revenir assez souvent ce soir, et ce pour commencer avec les tout jeunes Fatal Agony. On sent que nos gros fans du brutal death français (Kronos et Benighted en tête) veulent avoir un son digne de ce nom. On peut les comprendre, Mika (Valessi, guitariste chez Furia) et André (Bermudez, ex-Destinity et ex-Tenebrum Infectus) du Dedy Studio leur avaient offert un son des plus respectables pour la démo The Way Towards The Slaughter. On fait alors les balances, on joue même une première fois pour s’assurer que tout suit derrière, et pour vite abattre ce meilleur ennemi qu’est le stress.

Le groupe est maintenant à bloc et le public aussi: ce n’est pas la première fois que les Fatal Agony passent ici et on sait qu’ils s’améliorent et gagnent terriblement en assurance avec le temps. On vient même de jeter le mot-clé de leur set: l’assurance. Après une petite intro technique, les premières notes de “Genetic Testimony” sont lâchées. Pas de doute: le groupe a un sacré talent pour la composition. Lors du High Hopes Smashed Face organisé par Radio Metal, Tom nous avait avoué, en compagnie de Mick de Destinity et de Vincent de The Seven Gates, que ce morceau avait été écrit seulement quelques jours avant leur passage au Dedy Studio.

Image-phare de leur prestation: l’impressionnant Tom qui pilonne sa basse tout en exhumant sa voix du fin fond de l’intestin grêle. Y’a pas à dire: un chanteur-bassiste, c’est d’abord quelqu’un qui relève un défi musical conséquent. Il doit en effet maîtriser un minimum sa soufflerie, car avec un instrument dans les mains, aucune possibilité de couvrir le micro avec sa pogne pour grapiller un peu de puissance (voyez donc à ce sujet l’enseignement de George “Corpsegrinder” Fisher sur You Tube). Il doit ensuite, bien évidemment, assurer la ligne de basse et pour finir gérer au mieux leur coordination.

Mais ça paie de marcher sur les pas des Lemmy, Tom Araya et autres David Vincent (respectivement bassiste/chanteur de Motörhead, Slayer et Morbid Angel). En effet, côté image, ça en impose et ça crache, d’autant plus que notre homme tape bien dans les 1m85. Et puis il faut quand même avouer que c’est bon de voir un artiste jouer de son instrument avec un air si féroce et saignant. De le voir ainsi imploser du bon death metal, ça fait bétonner les caleçons! Le visage déformé par son chant abyssal, les yeux rivés sur le manche qu’il empoigne solidement, Tom donne le ton dès ses premiers growls, enfin, dès ses premières glandes digestives expulsées. Et nous, eh bien on bouge du cou à s’en dévisser la tête.


Tom, un vrai Warrior!

Du côté des gratteux, ça bouge aussi, particulièrement du côté de Pierre, Thibaut restant un peu plus en retrait. C’est d’ailleurs dommage qu’on n’entende pas davantage ses petites notes aiguës qui viennent ponctuer certains riffs (écoutez donc Aborted, autre claire influence du groupe: les chirurgiens belges en usent et abusent inlassablement). Au loin, Pierre bombarde de la bonne double pédale et les changements de rythmes du groupe parviennent à embraser les pogoteurs les plus en avant. Le public réagit donc très bien; ça cogne dur dans la fosse.

Pourtant, le groupe va faire face à quelques difficultés bien senties. Ils maîtrisent leur instruments, leurs dernières prestations nous l’avaient démontré. Mais ce soir ce sont de nouvelles embûches qui vont mettre les Fatal Agony à rude épreuve. En effet, nos gaillards vont devoir se mesurer à pas mal d’entourloupes, pas mal de crasses et autres mauvais tours de la capricieuse déesse Fortuna. Aussi séduisante soit cette belle italienne, ils resteront inébranlables et garderont le cap.

Par exemple on avait ouï dire que Tom avait chopé une petite grippe, mauvais présage d’une voix plus faiblarde. Mais il n’en est rien. Certes le public peut davantage craindre de recevoir quelques morceaux de muqueuse gastrique, certes notre homme descend moins bas que d’habitude, mais les vocaux sont bien assurés. Ajouter à ce petit tracas un ampli de guitare un peu imprévisible et un batteur moins carré que d’habitude, et maintenant vous comprenez mieux les maux qu’ils ont dû affronter. C’est d’ailleurs là où l’on voit leur assurance: malgré ces déboires, Tom garde le sourire et lance même un clin d’oeil taquin à son batteur. Belle complicité là où d’autres auraient décrété le split sur le champ!

Mais cette idée semble loin des Fatal Agony; ils nous jouent même un morceau inédit qui nous laisse très optimistes quant à leur avenir. Quelque chose tout en longueur, tout en progression… avant de boucler leur prestation avec un bon “Intrusive Hatred”. Par conséquent, malgré ces problèmes de cohésion technique, auxquels nos quatres jeunes deatheux ont su faire face avec assurance et complicité, Fatal Agony reste un groupe prometteur.

Puis c’est au tour de Mithridatic de secouer les kids. Vu le public, on commence à se dire que ça va fleurer bon le mâle en rut. C’est une affaire d’hommes, et d’hormones. On croise par exemple les God Damn et les Destinity dans la salle. Le public commence même à saliver d’impatience à l’arrivée des Vandales. On savait en fait à quoi s’attendre à la vue des influences du groupe: Vital Remains, Mayhem, Pantera… Que des groupes de mecs, de brutes et de sauvages. Et ce soir, autant vous dire qu’il va falloir être burné pour survivre parce que ça risque de s’emplâtrer ve-gra dans la fosse.


Guitou, pas là pour déconner!

D’ailleurs Guitou, leur frontman, démarre les hostilités en sortant son gun pour tirer quatre coups de feu. Certains sont pris par surprise et sursautent, mais personne n’est touché… Si!.. Un homme au bar! Oh mon dieu!.. C’est terrible, du sang bien noir semble sortir de son corps. Comment fait-il pour autant garder son calme alors qu’il déverse des demi-litres d’hémoglobine dans tous les récipients qu’on lui présente? C’est horrible à voir.. En fait on me fait signe que tout va bien: c’est le barman qui verse de la bière brune.

Voila un groupe qui en jette: tous les gars sont taillés dans de la pierre bien rugueuse. C’est clair, Mithridatic a une approche viscérale de la musique et on n’est pas là pour rigoler. Guitou, avant même de flinguer l’assistance, s’est éclairci les cordes vocales en coulant la douille de son gigantesque bang. Alex et Romain, les deux gratteux, ont des carrures de rugbymen aguerris. Le bassiste, Remolo, en plus de sa clope au bec, a l’air dur comme fer. Et le batteur a une technique vraiment impressionnante: en plus de maîtriser la double pédale, Simon blaste en tenant la baguette façon jazzy.

Tout cartonne déjà dans la fosse, même si, pour le premier titre, on n’entend malheureusement pas le chanteur suite à un problème de son. Après ce petit apéro, Guitou met les points sur les i: “nous on est pas là pour faire du death metal, du black metal ou du prog. ” Ici, c’est metal extrême, on cherche pas à suivre une mode, des codes ou un canon. On y va pour se défouler, pour se défoncer les étagères à mégot, pour se vider. En quelques mots: on a là un groupe qui mérite le qualificatif “true”… True brutal!


Mithridatic : pas le temps de virer sa clope !

J’ai toujours un sourire en coin face à ceux qui me balancent: “C’est que du bruit! J’arrive pas à comprendre…moi jamais j’écouterais un truc pareil, et toi, comment tu peux aimer ça?” La chose est simple: on aime la musique extrême parce qu’on l’a justement écoutée, encore et encore. On s’est finalement acclimaté à tout ce déchaînement de pétage de plomb sonore. Grosso modo, à force d’expérience, on peut sentir les petits raffinements qui fermentent dans la colère.

Mithridatisation: ingérer des doses croissantes de produits vénéneux et toxiques pour que le corps développe une parfaite accoutumance à ces derniers. “Appris à l’école de guerre de la vie, ce qui ne me tue pas me rend plus fort”. C’est là ce qu’enseignait, de manière analogue, le philosophe au marteau dans son Crépuscule Des Idoles.

Revenons au problème du candide: c’est bien évidemment loin d’être du bruit. Les Mithridatic sont par exemple des grosses brutes (ça c’est vrai), mais ce sont aussi des artistes qui ont une sacrée maîtrise de leurs instruments. Et puis, encore une fois, il faut tout simplement écouter, écouter, écouter pour se rendre compte qu’il y a des alternances, des variations, mille petites subtilités comme en recèle un titre comme “Almighty Antidote”. Mais bon, faut avouer, Mithridatic est un groupe pour nerveux.

Leur set est vraiment, vraiment, agressif. Mariscorn et Sommation, deux des anciens combos auxquels avaient participé les membres de Mithridatic, n’étaient déjà pas des groupes de minettes au clair de lune. Mais alors là on a du sévère et du lourd: il suffit simplement d’écouter les quelques minutes de “Guillotine Supremacy” pour réaliser que nos bourrins seront la claque de la soirée. Leurs morceaux rentrent dans le lard et font du bien à la panse. En plus d’être violent, le groupe est carré et a une présence certaine. Bravo les gars, Mithridatic, comme disait l’autre, ça latte les couilles!

Les énervés de St-Etienne ont bien vidé nos pogoteurs, et on se demande même si ces derniers auront encore un peu de testostérone pour accueillir les très bons Svart Crown. Les niçois doivent aimer les défis car ils relèvent illico le challenge, et ce malgré la claque bien sentie dédicacée Mithridatic. Ils commencent toutefois à se faire tard, et même si les guerriers du Sud sont plus que prêts à en découdre, le public, quant à lui, a une mine bien pâlichonne…


Ludo (Svart Crown) : un vrai barbassiste !

Quoiqu’il en soit, tout commence avec un sample; on fait les choses proprement. C’est même très pro malgré un petit problème technique qui viendra perturber le set de la tête d’affiche. Le son est bon, ça fait plaisir d’entendre chacun des cinq instruments, chant y compris. Tout est carré et on a même un solide jeu de basse/batterie. Gael (Balrog, Drowning, ex Diabolic (us)) assure comme un colosse derrière les fûts, et Ludo en fait autant à la basse avec sa carrure d’ogre hyperborréen. On se remue même franchement le coccyx sur scène. Mais…le public est mort. Les kids mettent un bon coup la sauce lors des premiers titres de Svart Crown, mais peu à peu ça s’enkylose, certains évacuent même discrètement les lieux…eh oui faut pas rentrer trop tard sinon le daron va débarouler en gueulant…

Pourtant la bande à JB n’est pas du genre à rester glacée en jouant. Nul abattement, que nenni! Notre chanteur/guitariste fait même plaisir à voir: il a une présence énorme. Pour tout dire: il VIT de sa musique. Pour une fois, on ne doit pas entendre cette expression au simple sens économique; il ressent véritablement ce que sa gratte et ses cordes vocales exécutent. Voilà le genre de musiciens qui donnent envie de jouer d’un instrument. En l’observant, on se dit: “putain! J’ai envie de faire ce qu’il fait, ça a l’air d’être génial”. Et en effet, notre homme est d’une rage enthousiaste. Son ardeur est même communicative, et c’est ce qui importe.

Il garde, comme ses acolytes, un mental en béton malgré une foule qui n’est pas tout le temps là. C’est d’ailleurs l’une des pires épreuves (avec les inévitables problèmes techniques) qu’un groupe peut subir: un public qui ne réagit pas assez. Attention, il y a du public ce soir, et nos p’tits gars se remuent quand même, mais en début de soirée, c’est sûr, Svart Crown aurait obtenu un franc succès. C’est pourquoi il faut féliciter encore une fois cette assurance d’acier dont ils ont fait preuve, et plus que tout, ce set très pro qu’ils nous ont pondu.



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