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Chronique   

Svart Crown – Wolves Among The Ashes


Svart Crown prouve qu’il ne faut pas se fier aux apparences. Si la machine semble fonctionner normalement, avec une ascension fulgurante ces dernières années, un rythme régulier de sorties d’albums, et des tournées de plus en plus importantes, les changements de line up avec des départs et des retours montrent que les choses ne sont pas si simples. « C’est la vie d’un groupe. Des choses se passent, des connexions se font, se défont », , nous confiait récemment le leader JB Le Bail, qui continue de faire grandir sa bête malgré les remous. Mais puisque nous évoquions l’apparence, c’est évidemment l’aspect musical qui nous intéresse ici. Et l’étiquette black/death que l’on a tendance à coller sur le groupe est bien trompeuse, puisque Svart Crown n’est ni complètement black, ni complètement death, et dire qu’il est simplement les deux à la fois est encore trop réducteur. Preuve en est avec ce Wolves Among The Ashes, peut-être annonciateur de la fin du monde mais en aucun cas de la fin du groupe.

Svart Crown, sous sa « nouvelle » forme qui renvoie inévitablement au passé avec le retour d’anciens membres, n’oublie pas dans quel acier il a été forgé. Ainsi le groupe se montre dès les premiers instants de l’album démonstratif, extrême et malsain avec « Thermageddon » (et son introduction morbide « They Will Not Take Our Death In Vain ») qui va au commencement de l’apocalypse par une dynamite blackened death lourde et incisive. S’ensuit le chaotique « Art Of Obedience » qui montre une autre facette de la rage de Svart Crown avec des vocaux viscéraux, une batterie inspirée et un pont atmosphérique relativement perturbant. Notamment par son jeu de dissonances, Svart Crown parvient à ébranler sans se contenter d’une approche frontale. Lorgnant vers un passé plus récent, « Blessed Be The Fools », avec son tempo massif et ses chœurs liturgiques graves, ainsi que l’introduction de l’épilogue « Living With The Enemy » ressemblent à des réminiscences d’Abreaction, par une aura ésotérique et chamanique subtilement disséminée.

A la fois plus progressif et black metal, « At The Altar Of Beauty » offre des échos de Deathspell Omega grâce à un déferlement de riffing dissonant et de cris tortueux. Aimant jouer avec les émotions de l’auditeur, les Niçois profitent d’une nouvelle accalmie faisant croire à un final éthéré, pour finalement nous prendre par surprise et revenir à la furie du début. Svart Crown aime nous tromper. En effet, rien dans l’incipit plutôt brutal et « old school » de l’album ne laissait présager un morceau tel que « Down To Nowhere ». S’aventurant sur un terrain doom rock qui n’est pas sans rappeler les Parisiens d’Hangman’s Chair, Svart Crown ralentit le tempo, tamise l’ambiance, et mise sur les murmures inquiétants de JB Le Bail et les chants clairs du reste du groupe. Dans cette évolution, une autre comparaison est inévitable, celle avec les poids lourds de Gojira, en particulier dans « Exoria », que ce soit son riffing typique, ses plans de batterie amples ou même par moments l’approche vocale. Mais si le rapprochement est évident, Svart Crown s’en défait à mesure que le morceau progresse et prend de nouveaux tournants, réinjectant de sa fibre black et dissonante. C’est d’ailleurs dans cette couleur plus progressive que le groupe achève le voyage de Wolves Among The Ashes. Les huit minutes trente de « Living With The Enemy » sont la parfaite synthèse de l’opus, avec une vision panoramique des ambiances que l’on traverse tout au long du disque. Finalement, « Living With The Enemy » résume également assez bien l’histoire du groupe : le titre évoque l’idée d’être son propre ennemi et de devoir se battre contre soi-même pour avancer.

A l’instar de beaucoup de formations metal extrême, et en particulier de la scène française, Svart Crown ouvre ses horizons et devient plus sophistiqué à mesure qu’il prend de l’âge. Le combo continue d’enrichir son propos (notamment sur le plan vocal où il a gagné de nouvelles dimensions) et refuse de camper sur ses acquis, ajoutant une nouvelle œuvre atypique à sa discographie. Peut-être perdra-t-il certains puristes, sûrement gagnera-t-il de nouveaux fans. La prouesse dans ses transformations est qu’à aucun moment le groupe ne se trahit ou paraît insincère. Et, au-delà du travail d’orfèvrerie dont a bénéficié le disque, l’authenticité de la démarche, ainsi que la force émotionnelle dramatique, parfois mélancolique, qui s’en dégage sont les raisons pour lesquelles Wolves Among The Ashes nous touchera.

Clip vidéo de la chanson « Blessed Be The Fools » :

Chanson « Exoria » :

Chanson « Thermageddon » :

Album Wolves Among The Ashes, sortie le 7 février 2020 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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