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Chronique   

Swallow The Sun – When A Shadow Is Forced Into The Light


Swallow The Sun nous avait laissés en 2015 avec un album ambitieux en trois actes, Songs From The North, qui révélait pratiquement une maîtrise théâtrale de la part des Finlandais. Un album qui fut par ailleurs très difficile pour le guitariste-compositeur Juha Raivio qui avait notamment perdu son père pendant son écriture. Depuis, le pire l’a frappé à nouveau : il a perdu sa compagne, Aleah Stanbridge, des suites d’un cancer. Ce dernier a affronté le deuil à sa façon, s’exprimant de manière spontanée et brute à travers Hallatar et l’opus No Stars Upon The Bridge (2017). Sans savoir ce qui attendait Swallow The Sun qui accueille désormais dans ses rangs le claviériste Jaani Peuhu et le guitariste Juho Räihä pour pallier les divers départs, force est de constater que l’épreuve du deuil motive toujours Juha à créer de la musique. L’EP Lumina Aurea, suivi de l’album When A Shadow Is Forced Into The Light, suit le même dessein cathartique qu’Hallatar. Il va même plus loin, il est le témoignage de quelqu’un qui a eu l’impression d’errer pendant plus de deux ans dans l’obscurité, et qui y réside encore en partie.

La chanson « Lumina Aurea » (avec la participation d’Einar Selvik de Wardruna et Marco I. Benevento de The Foreshadowing) constitue le seul contenu de l’EP. Il s’agit d’une chanson de presque quatorze minutes, l’une des plus sombres composées par Swallow The Sun. « Lumina Aurea » prend la forme d’une description sonore de sentiments teintés de noirceur, illustrés par des murmures, des cris glaçants, des litanies cryptiques, le tout sur des nappes de distorsion de guitare ou d’orgue, et quelques percussions lointaines. Lorsqu’on associe l’expérimentale « Lumina Aurea » avec l’album qui lui succède, on prend conscience de l’ampleur du propos de Juha Raivio : « Lumina Aurea » est une illustration des abysses dont ce dernier cherche à s’extraire tout au long de When A Shadow Is Forced Into The Light. Justement, la mélodie du titre éponyme d’ouverture, soutenue par les violons, fait intervenir la mélancolie et un regain d’espoir qui s’incarne dans les guitares acoustiques et la voix suave de Mikko Kotamäki. L’une des forces de l’opus est la profusion des puissantes mélodies qui le parcourent, très aériennes, à l’instar de « The Crimson Crown » (encore une fois porté par l’intégration à propos d’un corps de violons). Les refrains mettent en exergue la qualité d’écriture : les quelques arpèges et les lignes de chant suffisent à élever « Firelights » et « Upon The Water » et à prouver qu’une musique oppressante peut s’accommoder aisément de mélodies appuyées.

Au-delà de la sincérité des émotions qui ont motivé l’écriture de When A Shadow Is Forced Into The Light, c’est la subtilité de leur mise en scène qui embellit l’album. Chaque titre semble marqué par une tension, une dualité entre les pas vers la lumière et ce qui rattache à la tristesse et la colère. Il ne faut pas s’y tromper, le voyage de Juha Raivio est éprouvant. Le riffing apocalyptique de la conclusion de « When A Shadow Is Forced Into The Light » laisse imaginer que les obstacles sont gargantuesques, presque insurmontables. « Upon The Water » décrit la douleur que cause le processus, à travers les cris écorchés de Mikko Kotämäki. Il y a par endroits une noirceur poisseuse. Plus l’album progresse, néanmoins, plus l’auditeur s’éloigne du fatalisme encore présent dans les premières compositions. Les leads et mélodies plus « enjoués » (résidus du death mélodique à la scandinave) de « Here On The Black Earth » et l’outro de « Never Left » contrastent avec l’incipit de l’album. « Never Left » fait ressortir une sorte d’acceptation et une force retrouvée qui mène à l’apaisement. When A Shadow Is Forced Into The Light est une véritable fresque émotionnelle dont la variété des états réside dans la diversité des instrumentations (guitares acoustiques, violons, clavier, voix entremêlées en growls et claires, riffs saturés doom, leads de guitare heavy…) à la production parfaite, œuvre de Jens Bogren (At The Gates, Arch Enemy) aidé au mastering par Tony Lindgren (Leprous, Orphaned Land). Le dernier effort de Swallow The Sun s’écoute d’une traite sans que jamais on tombe victime de sa profusion et de ses atmosphères, pesantes mais parfaitement maîtrisées.

When A Shadow Is Forced Into The Light est à considérer avec le même sérieux qu’Hallatar. Il s’agit d’une œuvre où la notion de « divertissement musical » n’a aucune raison d’être. C’est un témoignage émotionnel à la mise en forme adéquate et touchante. Swallow The Sun a littéralement subordonné sa musique à l’intensité de la thématique. Il n’y a rien de forcé, l’écriture est léchée et vibrante et va au-delà de l’inspiration autobiographique de Raivio. De la première à la dernière note.

Clip vidéo de la chanson « Firelights » :

Chanson « Upon The Water » :

Clip vidéo de la chanson « Lumina Aurea » :

Album When A Shadow Is Forced Into The Light, sortie le 25 janvier 2019 via Century Media Records. Disponible à l’achat ici



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  • Magnifique chronique.
    J’ai été très déçu d’entendre aussi peu parler d’Hallatar à la sortie de l’album que tu cites.
    Il y a des groupes qui sont sur-estimés, mais Swallow The Sun, c’est tout le contraire… J’avoue que je ne comprends pas.
    Le disque est tout simplement sublime. Des arrangements soigneux et travaillés, des moments pesants et torturés comme jamais et une noirceur, pesanteur qu’on ne retrouvait pas forcément dans les albums de l’avant « Songs From The North ».

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