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Sylak Open Air 2014 : le ciel peut attendre


Il est un vieil adage du festivalier disant simplement ceci : « festival pluvieux, festival heureux ». Comme une variante du « faire contre mauvaise fortune bon cœur », pour trouver de la joie même dans les désagréments, comme de la flotte pendant tout un weekend censé s’annoncer festif. Mais quand la météo annonce des intempéries sur la région pendant la moitié du weekend… Mais la vraie météo, c’est par la fenêtre qu’elle se voit et, de ce côté, après l’amoncellement de nuages noirs, les cordes. Quand ça tombe en plein milieu du weekend : alea jacta est. Quand c’est avant même d’y aller, les troupes peuvent se sentir les jambes lourdes dès avant de sentir la boue sous les semelles. Mais à mort ces cogitations fatalistes, le soleil vient d’envoyer un signe, une éclaircie signifiant : « fais pas ta chochotte et fonce ».

C’est parti ! L’autoradio crache le son le plus virulent qu’il puisse ingérer tandis que la gomme avale le bitume direction Saint-Maurice de Gourdans, petite ville de l’Ain à trente kilomètres de Lyon, qui avait encore récemment tout du patelin calme pour tous les habitants du canton et qui devient chaque été depuis maintenant quatre ans une zone de déflagration sonore et le nouveau camping de milliers de headbangueurs de la région Rhône-Alpes mais aussi de bien au-delà : Alsace, Bourgogne, région PACA et même des Anglais sont repérés sur le parking ou dans la foule. Le petit festoche local prend de l’ampleur. On l’avait déjà deviné avec une affiche mettant en tête d’affiche le fer de lance du metal français (Gojira), l’un des fleurons du thrash européen (Coroner) et le bras droit d’une légende (Phil Campbell). Et les chiffres seront aussi parlants : 6000 festivaliers sur tout le weekend contre 4500 l’an dernier. Alors qu’est-ce qu’on attend ? On entre ?

Événement : Sylak Open Air
Date : Du 8 au 10 août 2014
Lieu : Saint-Maurice de Gourdans (01)

Sylak : c’est reparti et ça s’arrose !

La pluie n’a pas encore renoncé à occuper l’atmosphère et le terrain. Le champ fauché à ras servant de parking n’est heureusement pas encore totalement imbibé et les bières ne seront pas trop coupées à l’eau. Les festivaliers non plus : les premiers énergumènes costumés sont déjà là, certains déjà vus l’an dernier – et qui ont vraisemblablement déjà commencé à honorer Bacchus par quelques libations – et d’autres que nous verrons dans les jours suivants sur scène : des membres de Flayed et Benighted trainent déjà dans les parages. Il est aussi plaisant de retrouver certaines têtes parmi le service de sécurité, tout est déjà très familier. Un câlin (la fouille obligatoire à l’entrée) et il est temps de faire les premiers pas sur ce qui sera notre terrain de jeu pendant trois jours. Ou presque. Le vendredi est, par tradition, une simple soirée d’échauffement, avec principalement des groupes régionaux (en tout cas tous français), commençant à 18h, sur la petite scène pendant que la grande qui servira pendant les deux jours principaux reçoit ses derniers coups de clé à molette. Mais surtout, c’est le jour de l’une des grandes attractions de ce festival : la soirée mousse. Pas très sérieux, pas très « true metal », et pourtant ce qui laisse quelques uns des meilleurs souvenirs : plus qu’un gadget, une plus-value. S’il fallait plutôt taxer de joujou superflu quoi que ce soit pendant le Sylak, ce serait probablement ces petites activités bonus (et payantes) que sont le combat de sumos gonflables et le rodéo sur taureau mécanique (qui remplace le ventriglisse de l’année précédente) mais cela n’empêche que cela aura eu son petit succès.

Enfin, vous êtes avant tout là pour la musique, pas que pour la rigolade… alors, désolé, mais les Rolling Muppets en ouverture, ce sera plutôt un peu du premier et beaucoup du second. Quoique, pas tout de suite. Voilà que quelque chose rappelant certains mauvais côtés de l’édition précédente pointe déjà son nez : le retard. Mais la faute en revient entièrement à la pluie qui a momentanément interrompu la fin de l’installation et donc repoussé les derniers réglages. A 18h30, le cirque Rolling Muppets entre en piste. Chanteuse et guitariste en tutu, bassiste sosie de Nikki Sixx (Mötley Crüe), second chanteur corpse-painté et danseuse en costume de bunny qui arrose le public avec des fusils à eau… C’est un spectacle punk coloré pour gamins attardés (comme le sont tant de metalleux, et fiers de l’être) qui débarque. Du grand nawak assumé, jusque dans la musique qui ne s’encombre pas de faire dans l’originalité et de pondre des solos ultra-chiadés (au contraire) ; même les paroles raclent plutôt dans la chanson paillarde (« Myxomatose ») que dans la poésie existentialiste ou politiquement engagée (« Kaleen Présidente »). Mais ce n’est pas le thème de la soirée, et c’est très bien comme ça.

Néanmoins, le « sérieux » musical va peu à peu débarquer, en commençant par les Lyonnais DiXiT. Si l’on peut croire, à en juger par le T-shirt Benighted du bassiste, que les choses brutales vont commencer, ce n’est pourtant (presque) pas le cas. Il y a bien le chant hurlé, navigant du hardcore au grind, du vocaliste mais il y a cette part de groove derrière… Le chant – très déjà-vu – n’est d’ailleurs pas ce qui fait l’intérêt de la musique du quartet mais l’entendre ainsi allié à cette partition plus crossover des instrumentistes donne l’impression de voir un chanteur de death emporté dans un festival de néo metal. Au final, le public sera passé d’un état relativement insensible ou curieux à convaincu, offrant au groupe en récompense le premier slam du fest pendant le dernier morceau de leur set.

Petit miracle de ce début de festival : après les grosses pluies de l’après-midi, les intempéries semblent avoir choisi d’ignorer le coin en ce début de soirée mais ont néanmoins laissé des traces. Est-ce à cause d’une usure préalable à leur installation ou de l’humidité mais les toilettes sèches paraissent plutôt instables (mais resteront bien debout pendant trois jours) et le bois de leur structure craque ici ou là ce qui impose une certaine prudence en y mettant les pieds. Devant la scène aussi on fait (plus ou moins) attention où on met les baskets car l’équation festival + pluie = boue est au tableau avec ses inévitables amies les grosses flaques. Pour remédier à cela, le staff répand du foin ajoutant un côté encore plus campagnard au festival avant la suite du programme : Hardcore Anal Hydrogen. Pas complètement hardcore, ni tout à fait anal (ou alors, on ne veut pas savoir ce que vous faites avec votre anus), les Monégasques ont quand même tout l’air de sniffer beaucoup de gaz, toutes sortes de gaz et certains qui doivent être particulièrement rares dans ce système solaire. Comme bien des groupes d’avant-garde metal, ce combo-là est difficile à classer. Le premier venu les caserait dans une frange extrême en raison des poussées vocales à se faire exploser les hémorroïdes de la gorge dont est capable Sacha Vanony, mais ce serait comme n’avoir jamais entendu un Mike Patton mangeant son micro dans Fantomas. Les compositions sautent constamment du coq à l’âne en laissant parfois sur le bord de la scène le fruit hybride de ces amours contre-nature et le public dans l’impossibilité de se raccrocher à quoi que ce soit rythmiquement ou stylistiquement (on passe ainsi sans transition d’un titre très punk à un autre bien plus prog) tant les morceaux ont tendance à lâcher l’auditeur dès qu’il rentre dedans. Mais dès que ce dernier a enfin mis le doigt dans cette folle machine, il ne tient plus en place et déguste la banane accrochée aux lèvres les appels au caca, solos de flûte et autres facéties du groupe et de son chanteur qui va au contact du public avant de retourner glorieusement sur les planches : « Hey, j’ai réussi à remonter sur scène, en plus j’suis gros ! » L’un des très grands moments, musicalement et scéniquement, de cette soirée.

D’ailleurs, musicalement, l’art va devenir de plus en plus secondaire car avec Sleekstain la mousse arrive et le hard rock sleaze des Genevois sera surtout le premier volume de la bande son d’un grand défouloir qui durera jusqu’à la fin de la soirée. Même Ryff Raff, le chanteur du groupe pour l’heure sur scène, ne résistera pas plus tard à l’envie de se noyer lui aussi dans la mousse. Mais pour l’instant il faut mettre l’ambiance et rien de tel que leur sleaze chaud et impulsif pour lancer les joyeusetés savonneuses qui ne laissera au grincheux que peu de regrets : un mix en live qui ne retranscrit pas au mieux le bon hard rock délivré par la bande sur album et que derrière le frontman – qui sait se faire remarquer, notamment en montant sur les amplis – les musiciens ne se mettent pas plus en avant. Mais il n’appartient pas qu’au hard rock festif de mettre l’ambiance dans une soirée mousse. Les circle-pits les pieds dans ces blancs battus en neige et mêlés de foin et de sable devenus épaisse et collante lave blanche peuvent aussi très bien s’accompagner du grindcore le plus basique et c’est dans les récitations de l’abécédaire du genre par Bounty Hunter que la soirée se poursuit. Même entre les concerts la mousse fait le bonheur des apprentis lutteurs et des enfants. Ces derniers sont d’ailleurs gâtés : à l’entrée du festival, des casques de protection auditive sont mis à disposition, en prêt contre caution (clés de voiture, pièce d’identité, etc.). Une très bonne initiative, surtout étant donné que l’entrée est gratuite pour les moins de douze ans, l’accueil pour les plus jeunes est donc garanti.

Le metal, c’est bon pour les (grands) gosses.

Enfin, on attend de voir ce que la tête d’affiche de ce soir fera de ce public possédé par l’esprit festif. Et pour cela, le Sylak a probablement fait venir le meilleur groupe pour profiter de ce climat. Si soirée mousse correspond plus à une ambiance dancefloor, une soirée mousse dans un festival metal appelle donc la participation de Dancefloor Disaster, groupe nantais qui anime déjà depuis des années les afters du Hellfest avec ses reprises réarrangées à la sauce metal moderne les tubes dance et pop de Corona à Lady Gaga. Mais pas tout de suite… Si les festivaliers étaient bien en jambe, les muscles bien chauds, ils vont avoir le temps de refroidir. Le groupe ne parvient pas à régler un problème de son (un simple larsen qui refuse de disparaître dans les retours) ce qui double la durée des balances, retarde le début du show mais aussi l’impact qu’aura celui-ci. Si une partie du public avait bien hâte de retourner jouer dans la mousse, le reste a encore les jambes figées par l’attente et les « No Limit » et « Gangbang Style » frappent donc un peu à côté. Mais un « Scatman », démontrant les capacités vocales de Scarynx aussi fluide dans cet exercice de prononciation extrême que l’original, sait enfin convaincre le public. Et puis comment refuser un nouveau délire régressif, régression au temps de la dance des 90’s, à une musique peu exigeante en neurones et à une cour de récré pleine de mousse qui s’étend à une aire de plus en plus grande. On a failli perdre le niveau de folie accumulée pendant les deux précédents concerts mais avec leurs lasers et leurs boules à facettes – et même la Bunny des Rolling Muppets invitée sur scène pendant « Lady Gragra » – les zébulons électriques bondissant sur scène fêtent leur première soirée mousse en faisant péter le mousseux, en faisant gicler la mousse dans le moshpit lors d’un wall of death au son de la « Macarena », et offrent le final idéal à cette soirée fantaisiste du vendredi qui attire de plus en plus de festivaliers qui ne la considèrent visiblement pas comme accessoire dans le programme. Car comment refuser aujourd’hui une décharge massive d’épais liquide blanc venu du ciel lors d’un slam pendant un concert de metal ?

Mais du ciel vient à nouveau la pluie qui réapparait durant la seconde moitié du concert de Dancefloor Disaster et durera encore une partie de la nuit. Résultat : le lendemain matin, il faut avoir du courage ou un bon 4×4 pour oser se garer dans le champ-parking où l’on peut bien s’embourber deux fois avant de trouver une place. Mais un peu de boue n’inquiète pas les festivaliers. Et, en fait, devant la grande scène sur laquelle se déroulera la suite des festivités (la petite scène a déjà été démontée libérant quelques mètres carré pour les festivaliers), le sable pourra, grâce à l’humidité, rester collé au sol pendant long temps, évitant l’élévation de nuages de poussière. Mais si le beau temps nous accueille et commence à réchauffer le sol en ce samedi matin, l’on craint tout de même quelques intempéries supplémentaires dans la journée.

Raison de plus pour ne pas tarder à en profiter et donc le public est déjà bien présent – la population est même relativement dense dans la zone d’ombre devant la scène – pour le premier groupe : Sekt. Se définissant eux-mêmes comme un groupe de sludge-doom-fadocore-satanic reggae-post sirtaki, les Lyonnais jouent surtout un death sludge aux accords lourds, aux riffs trainants évoquant autant les marais de la Louisiane et des formations comme Eyehategod ou Down (tout particulièrement quand le chanteur, imitant Anselmo, se fait saigner le front avec son micro) que ceux de Floride avec notamment ces intros sur une guitare stridente rappelant le death de Tampa avant la charge de mammouths doom avec chant guttural. Pour ce premier set de la journée, ça met du gras dans le moteur à défaut d’exciter tout à fait la bête.

Et d’excitation il ne sera pas encore question avec la formation suivante : Hypnos (à ne pas confondre avec Hypno5e). Comme son nom l’indique le groupe vient pour hypnotiser la foule avec un post-metal progressif (on déduira au T-shirt King Crimson du bassiste une possible influence) qui a le don de faire tourner le couteau (ou le marteau-pilon, étant donné la lourdeur de leur son) dans la plaie jusqu’à ce que la sensation soit plaisir. Cette musique se ressent, se vit de l’intérieur, mais pas forcément dans un festival en extérieur : une partie du public ne semble pas y trouver son compte (le reste est ancré au sol, se balançant au rythme d’Hypnos), se fait moins nombreux dans les premiers rangs (peut-être l’appel du casse-dalle aussi) et ne verra donc pas le chanteur, de plus en plus en transe, s’armer d’un regard de tueur à mesure qu’approche la fin du concert. En outre, le groupe a été victime d’un problème de son dès le premier morceau qui aura d’office rompu son élan et peut-être causé un début de désintérêt de l’audience, malgré les quelques efforts des zicos pour amuser la foule dans cet intervalle.

Julien Truchan (Benighted) est venu manger le Sylak.

Si le Sylak n’a qu’une seule scène où faire monter les groupes chaque jour, au moins la programmation tente de suivre une certaine logique dans les styles représentés dans une même journée. Et ce sont donc des membres de la scène extrême qui vont surtout arpenter les planches en ce samedi avec, en premier point d’orgue prévu, Benighted qui doit enregistrer son nouveau live. Et les fans le savent sans doute et ils sont donc déjà nombreux. Combien de T-shirts frappés du logo du groupe ornent déjà le paysage depuis la veille et combien ce public sait ce qu’il veut en matière de style. Ainsi, l’arrivée de Recueil Morbide sur scène est idéale pour exciter les amateurs de brutalité, gonfler l’audience et offrir enfin de quoi circle-piter. Néanmoins, cela reste pour l’instant dans des proportions restreintes, le public s’échauffe seulement sans faire monter la température du sol de Saint-Maurice de Gourdans où la poussière reste encore bien accrochée. Côté son, ce qui sort des amplis n’est quand même pas pour honorer les compos des Franc-Comtois avec trop de basse et une batterie dont les toms sont absents du mix. Au moins, le groupe est en place et si leur brutal death a quelque chose d’un peu classique aujourd’hui, il ne mérite pas moins sa salve d’applaudissements bien gagnés.

En tout cas, belle mise en jambe avant No Return. Car, oui, voilà ceux que d’aucuns classeraient dans le Big Four du thrash (un peu death) français, ne serait-ce qu’en raison de leur longévité. Car le groupe parisien (et même un peu lyonnais depuis que Mick, ex-Destinity, a pris le poste de chanteur en décembre dernier) fête cette année ses vingt-cinq années d’existence, porté désormais par son guitariste lead et seul membre fondateur restant Alain Clément. Et le public déguste le gâteau d’anniversaire avec eux, mais fait aussi cadeau au groupe du premier grand circle-pit de la journée sur « Self Mutilation ». Si le line-up de No Return est quasi neuf en 2014 (avec trois nouveaux membres arrivés il y a moins d’un an), l’ensemble montre déjà une grande cohésion et une bonne complicité sur scène, notamment quand le chanteur joue à astiquer son micro au niveau de l’entrejambe d’Alain pendant un de ses stupéfiants solos (ou branlage de manche… enfin, on ne vous fait pas un dessin, vous avez bien compris ce jeu de mots visuel). Mais surtout on reconnait là du bon thrash : malgré les quelques imperfections (qui les rendent plus humains) il y a cette recette qui n’étonne plus mais dans laquelle se retrouve instinctivement satisfaits les besoins naturels du headbangueur… ça passe comme la purée de maman.

Outre la soirée mousse, le Sylak a encore une carte dans sa manche qui fait la personnalité de ce festival : l’artiste décalé non metal, ou presque. Car après avoir accueilli des Bernard Minet et Corbier, ce sont les punks rigolos d’Elmer Food Beat qui ont mis l’ambiance en 2013. Puis voici, en 2014, Mononc’ Serge, habitué à folâtrer dans les sphères metal quand il œuvre avec le groupe Anonymus ou à force d’être programmé dans les squats punks de Paris (cf. la chanson « Paris Keupon ») ou dans des événements où le gros son est roi, lui qui se présente seul avec une guitare sèche (plus des pédales pour envoyer ses samples) posé sur une chaise au milieu de la scène pour interpréter en acoustique certains de ces titres que les metalleux ici présents connaissent surtout avec gratte saturée (« Woodstock-en-Beauce », « Destruction », etc.) . Et bien sûr, c’est que pour la déconne. Voir un Québécois avec son « accent rigolo » chanter des paroles impertinentes dans un idiome pas toujours très compréhensible, parfois à un rythme de mitraillette, est sans doute une bonne part des raisons de l’intérêt que le public de l’Hexagone porte à cet artiste. Mais c’est tout de même un vrai one-man-show qui semble s’écrire en même temps qu’il est interprété sous les yeux des spectateurs. Dès le premier morceau, il pète une corde, pas de souci ! Il file ça à son technicien quand il a fini la chanson ; il ne va pas le faire lui-même : il est dans le Guinness Book dans la catégorie « homme le plus lent à changer une corde de guitare », raconte-t-il. Pour patienter, il enchaîne donc avec un titre a cappella « hommage » à l’équivalent québécois des Victoires de la Musique : « Le Gala de L’ADISQ ». Les incontournables de son répertoire sont aussi là comme « Le Joual » qui précède une courte leçon de parler de la Belle Province, et d’autres permettant aussi une belle interaction avec le public comme « Hitler Robert » (présent ! « Mais non, vos gueules, il est pas là ! ») et « L’Age de Bière » où les spectateurs encouragent l’artiste à la boisson. Enfin un spectacle total : « J’ai pas de pyrotechnie mais j’ai des crachats ! » C’est vrai que c’est beau cette goutte de salive qui s’élève et retombe en cloche…

Le concert de Mononc’ Serge a certes été un vrai moment de bonne humeur mais il sera difficile de faire redémarrer la machine à moshpit après un show acoustique. Pour ne rien arranger, suite au concert de No Return, les festivaliers ont appris l’annulation d’un des principaux groupes prévus au programme de cette journée : Moonspell, coincé au Portugal par une grève des contrôleurs aériens. Mauvaise nouvelle qui aura tout de même pour conséquence positive d’offrir plus de temps pour les balances pour les autres groupes, voire pour des sets plus longs, ce dont profiteront principalement Benighted, Phil Campbell et Gojira (ces derniers ont ainsi pu faire un concert d’une durée quasi équivalente à ce qu’ils peuvent faire in-door).

Lex Koritni, à la cool dans son costume de Terry Bogard.

Le retour vers la zone de saturation se fait par une phase de transition : le hard rock des Australiens Koritni. Et là, déjà, tout est dit ou presque : le hard rock australien, c’est comme une école, une discipline académique, avec ses maîtres indépassables et un style qui ne change guère d’un ou deux iotas en passant d’un groupe à un autre. Mais c’est aussi ce qui fait sa force et le public ne peut donc que passer un bon moment. Leur musique et leur set sont aussi cools qu’un chanteur en jeans-baskets-casquette Fatal Fury ou un guitariste qui porte un chapeau de cowboy (le shredder français Manu Livertout). De plus, pour bien se mettre le public français dans la poche, le groupe a un puissant atout : Yves « Vivi » Brusco, ancien membre de Trust, tient la basse pour eux sur cette tournée, et le groupe se lance donc dans une reprise d’ « Antisocial », hymne éternel toujours bien accueilli dans nos contrées, même dans cette version anglophone (mais on s’en fiche, on chante en français dans notre coin). Il est regrettable tout de même que le son ne soit pas au top : ça sature sur les solos et l’ensemble tire trop vers les basses pour un style où les notes montent souvent haut. Le groupe n’en perd pas le sourire pour autant, les musiciens sont en joie et le public en réclamera « une autre » à leur départ mais il faut déjà remballer.

Le hard rock, c’est bien pour taper du pied, mais ce n’est pas ça qui va réchauffer la piste de circle-pit. La poussière est restée plutôt bien collée au sol depuis le début de la journée et tant que la pluie veut bien oublier la région, il serait temps de faire remonter la température. Et c’est au metalcore d’Evergreen Terrace (seul groupe du genre de tout le weekend) qu’est dévolu cette tâche. Et pas de doute que le style bondissant des Floridiens soit à même de relancer la gym des metalleux (d’ailleurs les musiciens ont pensé à enfiler leurs shorts) mais encore faut-il passer outre leur musique assez stéréotypée qui, à défaut d’exciter les méninges, se charge déjà de rythmer le retour de la lessiveuse au pied de la scène. Mais ce n’est que l’échauffement, le cycle de prélavage, avant ce qui suit…

Benighted au Sylak pour poser un nouveau jalon dans son histoire.

L’ensemble des cycles de lavage, rinçage et séchage, dites le à votre vendeur d’électroménager, c’est avec la machine Benighted que c’est le plus efficace. Évidemment, le groupe est venu pour enregistrer son DVD live, pour poser un jalon dans sa propre histoire, le faire bien, le faire en public, avec le meilleur son (ils l’ont eu) et la meilleure performance scénique possible. Par conséquent, les fans s’y attendant se sont pointés nombreux et chauds pour l’action. Néanmoins, avaient-il appréhendé une telle débauche ? Parmi les titres de leur dernier album (« Carnivore Sublime », « Experience Your Flesh »), des « Grind Wit », « Asylum Cave » et « Let The Blood Spill Between My Broken Teeth » causent de sérieux remous. Pendant l’heure qu’a duré ce set, des spectateurs ont défilé sous nos yeux les uns après les autres sortant de la zone de combat essorés avant, parfois, d’y retourner pour de grands circle-pits ou un wall of death tellement costaud que chaque camp n’a pas pu traverser l’autre tant les forces en présence y ont mis de la vigueur. Comme si c’était nécessaire de le réclamer, le vocaliste Julien Truchan demande un max de bordel durant « Collection Of Dead Portraits » en hommage à tout ceux qui les ont toujours soutenus dont Stéphane (Stéphane Boux de My Reference Events, décédé quelques mois plus tôt). Et bien sûr, ce grand bordel il l’obtient sans mal. Mais comme ce concert est aussi une occasion spéciale, il y a des invités : d’abord Jérôme de Recueil Morbide qui apporte ses cordes vocales sur « Prey », et plus tard, plus important, le retour le temps d’un morceau (« Defiled Purity », extrait de Carnivore Sublime, dernier album auquel il a participé) d’un des membres qui a récemment quitté le groupe : le bassiste Eric « Candy » Lombard. Une participation qui ne se fait nullement au détriment de son remplaçant qui s’amusera bien sur scène pendant le morceau et qui se fait aussi pour le plus grand plaisir du groupe (« C’est un énorme plaisir d’avoir ce mec-là avec nous » déclarera d’ailleurs Julien) et du public. En effet, Candy a une présence digne d’un second frontman et il s’offre même un slam au-dessus de la foule une fois le morceau terminé. Sur le moment, il n’y a aucun doute : en attendant d’en voir plus, c’est déjà la meilleure performance du festival et pour voir ou revoir ça, il faudra patienter jusqu’au premier trimestre 2015, période de sortie prévue du DVD.

Phil Campbell, ambassadeur de Motörhead au Sylak

Avec l’annulation de Moonspell, voilà au moins du temps de repos supplémentaire bienvenu pour se remettre du K.O. infligé par Benighted. Mais ce n’est pas une raison non plus pour se la couler douce : sur scène, les techniciens s’activent déjà pour préparer le set du guitariste de Motörhead Phil Campbell et son All Starr Band et faire des balances complètes pour un son nickel. Et le concert peut même commencer une demi-heure plus tôt. Et ça démarre fort avec une reprise de « Children Of The Grave » de Black Sabbath. Car, oui, dans le clan Campbell (Phil joue dans ce groupe avec ses trois fils), on joue des reprises (Ted Nugent, Rolling Stones, Led Zep) dont beaucoup de Motörhead. Mais sont-ce vraiment des reprises quand on a participé à la composition de la majeure partie du répertoire d’un groupe depuis près de trente ans ? En tout cas, cela apporte une nouvelle façon de les entendre. Car si la voix du chanteur s’accorde très bien sur la partition d’Ozzy Osbourne, elle ne dépareille pas non plus sur celle du rauque Lemmy Kilmister. Les classiques que sont « Damage Case », « Iron Fist », « Killed By Death » et bien sûr l’inévitable « Ace Of Spades » sont parfaitement honorés et il n’y a bien que sur un « Orgasmatron » qu’il manque vraiment une voix plus grave. Mais plus qu’offrir une simple solution de rechange aux fans de la bande au Snaggletooth qui n’auraient pu la rejoindre sur sa tournée européenne qui avait lieu en parallèle, Campbell et Fils débarquent aussi avec du bonus, dégainant des titres rares de Motörhead en live comme « Dog-Face Boy » et « Over Your Shoulder ». Enfin, même si c’est son nom qui est mis en exergue dans le groupe, le guitariste ne se met pas spécialement en avant : planté à gauche de la scène, même s’il a pour lui tous les solos, il ne se place guère au centre de l’attention, favorisant l’esprit de groupe, pour la musique, pour le rock’n’roll ; car c’est bien le rock qui est le plus honoré dans ce concert d’excellente qualité (bien que quelques solos soient passés un peu à travers le mix selon l’endroit où on se plaçait dans le public).

A ce stade, il ne manque pas grand-chose pour parachever idéalement ce samedi. La météo avait annoncé depuis plusieurs jours averses et orages sur la région pour ce samedi et le ciel est resté clair en permanence. La programmation a offert une progression musicale entre moments cools et énervés et même si Phil Campbell a apporté pas mal de lustre à l’approche de la clôture de cette deuxième journée au Sylak, il faut encore une tête d’affiche de choc pour la sceller avec force. Et c’est au plus international des groupes français que revient ce privilège : Gojira. Pour patienter, les jongleurs, déjà là l’an dernier, sont de retour. Vus aussi la veille autour du concert de Dancefloor Disaster, leur numéro enflammé offre un peu de spectacle pendant les balances. Mais d’abord, pendant que l’équipement des Duplantier & Co. est monté sur scène, le Sylak offre un moment sur la scène aux intermittents pour un message de sensibilisation à leur situation et à leur combat qui est unanimement applaudi. Mais bien sûr, ce n’est pas le seul moment des intermittents sur scène puisqu’ils sont là en permanence pour la bonne marche du festival, mais aussi symboliquement puisque la croix blanche sur fond noir (leur symbole) est visible sur les amplis et retours et s’est même trouvé plus tôt sur le T-shirt du bassiste de Recueil Morbide.

Gojira vient dévorer les dernières forces du public.

En matière de claque à la française, après la séance Benighted de l’après-midi, la question circulait : les Basques feront-ils mieux ? Mais, en fait, il n’y a aucune compétition entre les deux. Même s’ils exercent tous deux sur le versant extrême du metal hexagonal, un concert de Gojira ne se vit pas de la même façon. Évidemment, il y a du mouvement, évidemment il y a des corps qui vont partir meurtris à l’infirmerie, mais il y a aussi ce côté planant dans les compos progressives du groupe qui peuvent rendre le concert moins exigeant physiquement que ne peut l’être celui des Stéphanois. Il n’empêche que ça marche tout seul : « Backbone » est accueilli par la clameur du public (même le drapeau Sea Shepherd est de sortie) et fait headbanguer toute la foule à l’unisson ; à partir de là, s’il n’y a pas au moins une personne qui remue la tête à un mètre autour de vous c’est que vous n’êtes pas vraiment là. Gojira, c’est un show désormais rodé, avec ses quelques routines, comme le wall of death jusqu’à la tanière de l’ingé-son (ceux qui étaient au Hellfest 2013, par exemple, en savent quelque chose) mais aussi une part d’imprévu comme ce petit problème de son juste avant « L’Enfant Sauvage » qui nécessitera une intervention d’un technicien auprès de Joe Duplantier… qui le flattera par une petite caresse sur le crâne : « Faites du bruit pour l’équipe technique ! » hurle le frontman. C’est qu’on s’aime dans la team Gojira ! Et puis il y a cette part d’impulsivité, pas forcément évidente à caser dans l’interprétation de certains titres exigeants (ce qui fait que les guitaristes restent relativement fixes la plupart du temps) mais qui n’empêchent pas le bassiste Jean-Michel Labadie d’être particulièrement déchaîné, intenable, tournoyant et sautant sur le podium de la batterie. Et enfin, il y a le jeu du cogneur Mario Duplantier, tellement visuel qu’on pourrait passer tout le concert à l’observer, un spectacle en soi. Au bout d’une heure, le groupe remercie le public, certains croient que c’est la fin et se dirigent déjà vers la sortie. Bien mal leur en a pris car Gojira n’a pas fini de les mâcher avant de les recracher dans leurs tentes. Mario est le premier à revenir, sonnant le rappel par un solo de batterie introduisant « Where Dragons Dwell » pour dévorer les dernières forces du public.

La Turbojugend est déjà là pour profiter des réjouissances du Sylak.

Comme il fallait s’y attendre, s’il fut surprenamment plaisant de voir le public déjà relativement nombreux dès le premier concert de la veille, il est déjà plus rare en ce matin du troisième jour. Néanmoins, le matin n’est pas bien rude : quelques pluies dans la nuit (qui font donc bien en sorte d’éviter le moment des concerts) ont fait qu’un vent frais traverse le site du Sylak sous un soleil au beau fixe. Parmi les lève-tôt : Julien Truchan qui s’avoue particulièrement heureux du résultat du concert de Benighted. Il nous confie en particulier que c’était une véritable chance d’avoir eu Candy sur scène avec eux pour ce live : le bassiste a repoussé ses vacances pour faire partie de cet événement !

Si samedi le programme tournait beaucoup autour de formations death, le stoner était plus au coeur de la journée de dimanche. Et pour démarrer en douceur sur cette voie, le trio savoyard Space Fisters vous emmène dans les hauteurs dans une jam-session space-rock essentiellement instrumentale d’une demi-heure. Le guitariste envoie du fuzz, le batteur ne marche pas à l’économie d’énergie et le bassiste est d’office possédé par sa musique. Ce dernier, en transe, est visiblement sur une autre planète, même quand il chante (rôle qu’il joue probablement par défaut) sans se soucier de ce qui se passe sur terre. Il semble juste que le groupe n’a pas été parfaitement sonorisé : le tom basse de la batterie est inaudible et, plus important, le micro du guitariste n’est même pas branché, ce qui est un moins au moment de communiquer avec le public. Le public, justement, finit par arriver. Une foule d’amateurs s’amasse peu à peu et frappe spontanément dans ses mains pour marquer le temps vers la fin du dernier morceau. Le groupe partira sous des applaudissements aussi nombreux que mérités. A cette heure-ci : bravo !

I believe I can Flayed !

Si l’on connait principalement Renato (chanteur) et Charly (bassiste) à travers le combo stoner God Damn, les voilà dans leur autre groupe : Flayed. Dès les balances, ils jouent la carte de l’interaction avec le public et Renato imprèque déjà les festivaliers à l’entours à s’approcher car le show va bientôt commencer ; ou encore tend son micro à un spectateur pendant ses tests voix pour qu’il y pousse une belle note de chanteur de heavy allemand. De même, si ce qui suit sera aussi bien heavy, ce sera plus dans une veine classique des groupes des Seventies à claviers, qui plus est avec un de ces sorciers barbus derrière l’orgue, magnifiquement vêtu d’un T-shirt Sabbath Bloody Sabbath, et qui fume la pipe hors concert… mais bien sûr, c’est le Wizard de la chanson de Black Sabb’ ! Il y a pas mal de Deep Purple dans des compos qui évoquent également le nouveau style blues/stoner d’Europe. De plus, Julien, guitariste et fondateur du groupe, a de la magie et beaucoup de boogie dans les doigts et réserve des surprises à ceux qui ont l’oreille bien tendue, comme ce thème de « Mario Bros » inclus dans le solo de « Son Of Sickness ». Et n’oublions pas l’apport incontestable de la présence de Ken le Survivant en figurine posé sur les amplis Orange ! L’ensemble est rock’n’roll en diable et a de quoi filer la banane à tous, à commencer par Renato lui-même qui ne s’imaginait pas, de son propre aveu, jouer devant autant de monde ce matin-là et il ne pourra se priver, profitant de cette foule, d’un slam pendant le dernier morceau, même s’il aura manqué de peu de se casser les jambes sur les barrières en sautant (tout en faisant tomber un retour). C’est une belle découverte pour beaucoup et on attend avec impatience leur premier album qui débarquera le 31 octobre via Klonosphere/Season Of Mist.

Avec le concert de General Cluster reviennent quelques problèmes de son, à commencer par le vent qui prend de la vitesse et brouille un peu la transmission, mais aussi au niveau technique puisque les musiciens doivent déjà s’interrompre dès le premier morceau. Le groupe s’avoue particulièrement heureux de pouvoir jouer au Sylak puisque cela le sort des clubs. Néanmoins, le public n’y trouvera peut-être pas autant d’intérêt : les Grenoblois servent un stoner loin de casser les codes du genre. Reste visuellement à observer un chanteur qui a des airs de Pepper Keenan (Down) avec le T-shirt Housecore Records de Phil Anselmo, qui fait des allers-retours sur scène. En parlant du vent, celui-ci prendra de plus en plus d’importance au cours de cette journée, obligeant surtout l’orga à barrer l’accès à la zone sous les arbres où les festivaliers cherchent généralement de l’ombre pour cause de chutes de branches.

Church Of Misery : il ne fait pas frais dans cette église !

Dans cette suite de groupes à tendance stoner (et proches parents), voilà un pinacle : Church Of Misery. Si le Japon est connu depuis longtemps pour ses groupes de visual-kei et autres pop stars pour ados qui se bousculent pour composer des génériques de séries animées, il y a derrière – et depuis des décennies – de nombreux groupes géniaux dans les musiques heavy et le Sylak a importé du bout du monde l’un de ses grandioses représentants. Si le line-up actuel est relativement jeune, avec le guitariste Ikuma Kawabe arrivé en 2012 et le chanteur Hideki Fukasawa revenu la même année (il avait déjà officié dans le groupe entre 2004 et 2009), on peut toujours compter sur le bassiste et membre fondateur Tatsu Mikami, particulièrement impressionnant dans son jeu. En effet, celui-ci a la particularité de porter son instrument très bas, le corps de sa basse au niveau des genoux, pour jouer presque uniquement sur le manche, alternant les notes au médiator et aux doigts (selon une technique probablement inspirée de celle d’un instrument traditionnel : le shamisen). Si cela ne suffisait pas à combler les spectateurs, il fait aussi montre de son talent quand il s’agit de meubler un instant de vide tandis que le batteur doit changer de caisse claire avec un solo de basse de grande classe. Quant au chanteur, même s’il n’a pas la folie scénique de son prédécesseur (vu notamment au Hellfest 2011), il ne mouille pas moins le maillot et on voit sa sueur inonder progressivement celui-ci ; il est en outre toujours stupéfiant d’entendre une voix si grave sortir d’un corps si mince. L’on pourrait encore énumérer les qualités de chaque musicien mais le public se charge déjà de les louer par sa réactivité et son énergie : c’est tout de même au cours de ce concert de doom que les premiers pogos de la journée démarrent et les premiers slammeurs s’envolent. A tel point qu’à la fin du concert c’est un triomphe et des applaudissements qui continuent alors que les musiciens remballent leurs matos, tirant d’immenses sourires au chanteur et une expression gênée du guitariste qui se cache derrière ses cheveux pendant qu’il débranche ses pédales. Church Of Misery n’a joué que quatre morceaux mais en aussi peu de temps a su donner une vraie leçon de doom, cela devrait toujours être joué ainsi et c’est à se demander pourquoi, dans le genre, on ne prend pas plus exemple sur des groupes comme eux. Par chance, on devrait les revoir assez tôt : Kawabe et Fukasawa nous apprennent hors scène qu’ils travaillent déjà sur leur prochain album, qui devrait sans doute s’accompagner d’une nouvelle tournée près de chez nous (pour en savoir plus, nous vous conseillons l’interview réalisée aussi ce jour-là par Metalorgie).

Venu se mêler au programme des musiques enfumées, voilà le côté death et thrash de la journée qui vient s’intercaler dans le planning. Et, enchaînement patronymique logique après Church Of Misery, c’est Misery Index qui va à son tour au charbon pour alimenter l’excitation des metalleux et dérouler le premier la symphonie des circle-pits en ce dimanche. Si musicalement, ça ne vole pas bien haut, misant tout sur la vitesse d’exécution plus que sur un effort d’originalité, les gars du Maryland, menés par l’ex-Dying Fetus Jason Netherton, permettent au moins à la poussière de décoller enfin un peu du sol. La raison d’être de Misery Index est certainement d’offrir un grand défouloir – autant pour les musiciens que pour le public – et les circle-pits iront grandissant, même si une partie des festivaliers restera à l’écart, probablement par crainte d’un trop gros coup de chaud sous le soleil de seize heures.

The Real McKenzies : attention, le p’tit oiseau va sortir !

Néanmoins, le changement d’ambiance va s’opérer dès le concert suivant. La virulence et l’amertume évidente qui imprègnent les oeuvres des Ricains laissent la place au punk celtique – et donc irrésistiblement égayant – des Ecoss… ha, non, Canadiens de The Real McKenzies. En effet, même si le chanteur Paul McKenzie descend d’une famille écossaise, bien qu’il semble inclure du patois de ses ancêtres à ses textes et des chants traditionnels à son répertoire et que les membres de son groupe, sans exception, portent tous le kilt, ils proviennent pourtant bel et bien de Vancouver. Mais ils représentent quand même passionnément leur patrie de coeur, notamment quand il s’agit d’insulter copieusement la famille royale d’Angleterre avant un « Kiss my ass » qui s’accompagne d’un montrage de derrière, forcément nu, puisque McKenzie ne porte évidemment rien sous son kilt et nous montre ainsi beaucoup de son anatomie (et pas qu’une fois !). Et comme ça reste fondamentalement du punk – et du très bon – pas besoin d’analyser la musique, c’est le résultat qui compte : ça pogote le plus joyeusement du monde, ça slamme en série pendant « Drink Some More », une chenille traverse même la foule pendant une chanson, on frappe dans ses mains en rythme pendant le chant a cappella « McPherson’s Rant » qui suit le solo de cornemuse et ceux qui craignent la foule peuvent au moins admirer sur scène le jeu de jambes ou la symphonie d’expressions corporelles du chanteur. Ce dernier fera d’ailleurs monter un spectateur sur scène : « Hey, faites sortir ce type à tête de poulet du public ou j’arrête de jouer. J’ai la ‘poulet-phobia’. » Mais pas tant que ça puisque le Chicken-Man aura l’honneur de rester sur scène pendant un petit moment, notamment au côté de McKenzie. En somme, comme l’an dernier avec Eluveitie, dès que c’est folklorique, c’est la fête dans le public.

Dew-Scented aurait, pour deux bonnes raisons, pu ne pas jouer au Sylak cette année. Tout d’abord parce que ce n’était pas prévu : il remplace Death Angel qui a annulé la quasi intégralité de sa tournée européenne. Ensuite, parce qu’une partie de leur matos a été « égarée » à l’aéroport. Après l’annulation de Moonspell la veille pour des raisons de transport aérien, le ciel n’avait pas l’air du côté des groupes ce weekend. Mais sur terre, il y a d’autres musiciens et c’est grâce aux membres de Benighted et Recueil Morbide (qu’on retrouve dans les premiers rangs) qui leur ont prêté basse et guitare qui leur faisaient ainsi défaut, que les Allemands ont pu finalement délivrer leur thrash mâtiné de death. Et malgré leurs mésaventures, ces gars-là ne sont pas là pour faire la tronche : les zicos sont tout sourire et le chanteur Leif Jensen est particulièrement heureux de l’accueil du public. Il faut dire qu’il fait tout pour créer une bonne relation avec celui-ci, ne serait-ce que par l’effort de communiquer autant que possible en français malgré les seules notions qu’il a gardées de ses cours d’écolier. Mais il est encouragé à chaque bout de phrase, chaque mot qu’il prononce dans la langue de Trust. C’est ainsi qu’il fait comprendre la situation du groupe aujourd’hui aux spectateurs, qu’il dédie un morceau à Benighted et Recueil Morbide pour leur aide, ou qu’il raconte l’histoire de leur chanson « Reawakening », expliquant comment, après plus de vingt ans d’existence, le groupe a pu connaître un nouveau souffle, une seconde chance, grâce à ce nouveau line-up. Des musiciens qui donnent de quoi se régaler au public, que ce soit le jeu de basse tout aux doigts de Joost van der Graaf ou les solos de Marvin Vriesde (quand il ne se déchaîne pas en hélicoptères capillaires) ; cela aurait vraiment été dommage que ces gars n’aient pas d’instruments ce jour. Un beau moment de thrash metal, un brin classique mais efficace, qui a fait remuer ceux qui n’ont pas déjà les jambes en plomb ou, au moins, ceux qui gardent les cervicales souples. Et un beau moment humain (le guitariste a encore un geste en partant pour les gars de Benighted). « A la prochaine fois, mes amis », déclare en adieu au public Jensen qui avait déjà déclaré qu’ils seraient de retour l’an prochain, au moins avec un nouvel album.

Il y avait encore un concert de stoner inscrit sur le carnet de bal, et pas des moindres : Red Fang, encore un groupe très attendu ce weekend à en juger par la présence croissante de maillots à l’effigie de la bande de Portland. Et cela s’est vu : d’abord en raison de la foule déjà grande qui s’est réunie pour eux mais aussi par l’agitation qu’ils provoquent. Beaucoup étaient ceux qui avaient envie de se prendre leurs hits en live et en pleine face. « Blood Like Cream » a causé, par exemple, immédiatement masse de pogos et de slams. Et tant pis si, dans les faits, le groupe fait le minimum syndical en concert : la communication est maigre, les mouvements sur scène sont rares – le chanteur-bassiste change bien un peu de position de temps en temps mais tous ont l’air bien trop dans leur trip pour en faire plus – les déjantés que chacun peut voir dans leurs vidéos sont loin de ces types qui enchaînent leurs hits de façon très propre, peut-être trop. Heureusement donc que le public était là pour caser cette flamme de folie. Un live qui s’avère finalement plus à écouter qu’à voir.

Tommy Vetterli (Coroner) : la « master-classe » !

D’un autre côté, est-il besoin d’en faire beaucoup pour mettre une claque sur scène ? Le Sylak s’approche de son ultime sommet pour son édition 2014 et pourtant, que dire d’un show qui est passé à une vitesse fulgurante ? Absent pendant quinze ans, de retour depuis trois, et « définitivement revenus », comme le déclare Ron Broder (chanteur, bassiste) en début de concert, Coroner est venu faire une démonstration d’excellence – à peu de choses près. En effet, si en préambule, les musiciens se sont chargés eux-mêmes de l’exécution de leurs balances, le guitariste Tommy Vetterli a quand même vécu un problème de son – semble-t-il qu’il ne s’entendait pas derrière une basse (encore) trop forte – qui l’a clairement énervé. Mais pour le reste, c’était exactement ce qu’on pouvait attendre d’un groupe culte. Le nouveau batteur Diego Rapacchietti reprend avec brio les baguettes de Marquis Marky ainsi que ses partitions complexes donnant parfois l’impression qu’il jongle avec trois titres en même temps, même si, n’en étant pas l’auteur, cela l’empêche peut-être d’allier le feeling à une technique sans faute. Bien sûr, ce qui stupéfie le plus, c’est le jeu extrêmement technique, mais tout au service de la musicalité, de Vetterli, si preste qu’on croirait voir pousser un sixième doigt à la main qui glisse sur le manche. De même, les titres défilent à une vitesse éffarante : « Semtex Revolution » est offert à un public en rangs serrés dans les premières lignes prêt à se déchainer ; « Die By My Hand », appelé par les spetateurs, fait encore monté l’agitation d’un cran ; « Masked Jackal » est évidemment un succès… Et soudain, ils annoncent le dernier titre : « Grin », dernière occasion de creuser la fosse au cours d’un concert qui a bien duré une heure mais qui laisse sur sa faim. Il faudrait trois heures de show pour parvenir à satiété. Heureusement, Coroner vit à nouveau et encore pour un moment pour s’en resservir plus tard une nouvelle tranche !

Les Suisses ont apporté la nuit sur le festival et même quelques gouttes de pluie. La parenthèse climatique qui a enrobé ce weekend a failli connaître un défaut, au loin des éclairs sont aperçus, des orages se déclarent là-bas, mais rien ici. Le ciel veut bien attendre encore quelques heures avant de s’ouvrir. Les prévisions furent celles d’un festival pluvieux mais la réalité, ce fut un festival heureux dont festivaliers et musiciens ont bien profité. Même les services encadrant l’événement s’avouent heureux de l’expérience. Les agents de la Protection Civile présents pour la première fois au Sylak pour assurer les premiers soins en cas de blessures reconnaissent avoir été surpris par une manifestation qu’ils appréhendaient selon l’image commune : musique violente, donc public violent. Mais ils furent agréablement surpris de n’avoir eu guère de blessures importantes sur lesquelles intervenir (la Protection Civile ne s’occupe que des premiers soins) et si l’on a pu voir passer parfois un camion du SAMU, ce n’est que pour des blessures nécessitant immédiatement un avis médical et pas forcément une hospitalisation. De même, si l’on connait l’habilité à lever le coude de nos confrères metalleux, pas de coma éthylique à déplorer : « Ils viennent, ils se reposent et ils repartent. Certains nous disent même, en plaisantant : ‘à tout à l’heure’. » Le metalleux : responsable, même dans l’ivresse ? Et ce sera avec plaisir que ces agents de la Protection Civile reviendraient l’an prochain. Idem pour le service de sécurité qui n’a rien eu de plus à juguler que quelques débordements de la part de festivaliers éméchés. Là encore, des agents nous parlent d’expérience positive et s’il faut revenir en 2015, ce sera sans problème.

Turbonegro connaît son job.

Pendant ce temps, il ne faudrait pas oublier le concert de la tête d’affiche de ce dimanche. Leur emblème se sera baladé un peu partout toute la journée sur le site du Sylak en attendant ce moment : Turbonegro est là, la Turbojugend (leur fan-club) dans leurs uniformes de jean aussi. Par conséquent, inutile de pousser un moshpit conquis d’avance à s’exciter : ça slamme déjà alors que le groupe attend de monter sur scène. Une victoire qui s’annonce d’office facile pour le groupe qui n’a donc rien à prouver ce soir, malgré une chaude réputation de groupe live. Mais justement, ça sent un peu le réchauffé, les musiciens connaissent leur rôle par cœur (notamment un bassiste en mode automatique aussi rigide qu’un robot) et ne cherchent guère à improviser un concert exceptionnel, si ce n’est le frontman Tony Sylvester qui assume son rôle et fait éclat de sa présence, comme s’il avait toujours fait partie de la bande, alors qu’il s’est joint à eux il n’y a que trois ans. Les « Village People du punk » parviennent évidemment à leurs fins auprès des connaisseurs qui obtiennent une setlist bardée de tubes, les leurs et même des autres : au terme de l’heure et quart de concert qui leur est dévolue, voici qu’ils jouent une reprise version deathpunk bien fichue de « Money For Nothing » de Dire Straits… qu’ils ne terminent pas (les a-t-on avertis qu’ils débordaient sur l’heure de couvre-feu ?) pour enchaîner directement sur « I Got Erection » qui est probablement le titre que connaissent le mieux les néophytes et qui finira de combler les fans et les autres.

Le mot de la fin revient aux organisateurs et bénévoles du Sylak. Comme il est de tradition, ceux-ci montent sur scène dès après la fin du dernier concert afin de remercier le public venu encore plus nombreux cette année (passant de 4500 à 6000 festivaliers sur les trois jours), récompensant des mois d’efforts mais aussi de galère, avouent-ils. Les bénévoles sont remerciés par les fondateurs du Sylak, comme le sont la commune et la région. Et la maman de Nicolas Arrambourg, co-fondateur de l’événement, qui ne se doutait pas, en mettant au monde son fils qu’elle parlerait un jour à un tel public sur la scène d’un festival de metal, un univers qu’elle ne connaissait pas, mais pour qui elle a ses mots parfaits pour conclure : « J’aurais aimé vous connaître plus tôt. »

A l’année prochaine Sylak !

Bonus mode – Sélection des plus beaux T-shirts de bassistes du weekend :

– le T-shirt Venom, parfait avec le kilt du bassiste de The Real McKenzies
– le T-shirt Saint Vitus de Tatsu Mikami (surtout parce que c’est le bassiste le plus impressionnant vu ce weekend)
– le T-shirt In the Court of the Crimson King du bassiste d’Hypnos (parce qu’on ne peut pas avoir tort avec un tish King Crimson)
– le T-shirt soutien aux intermittents du bassiste de Recueil Morbide (parce que ces événements n’auraient pas lieu sans eux)



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  • clouchpipet dit :

    1er SYLAK pour moi ,merci pour ce bon report (y aurat’il + de photos et des vidéos ?)
    C’est vrai que c’est à taille humaine et que c’est facile de revenir à la barrière de scène après une petite sieste pendant les balances.
    Bonne ambiance et accueil sympa.Bon son en général ,je viens de bretagne et serai là en 2015 ( j’attends QD même l’affiche ) ,ce qui ne m’ empêchera pas de continuer d’ aller au HELLFEST.petite sur la prog’ ;pourquoi « mon onc’ serge  » dans ce genre de fest ???? il est plutôt gentil mais le répertoire ne suis pas tjrs,si c’est pour l’humour ,l’année prochaine il va falloir programmer Elie SEMOUN entre MESHUGGAH et THE DILINGER ESCAPE PLAN par exemple….

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    Il y a bien une galerie photos prévue (vous n’avez ici qu’un échantillon des photos prises pendant le weekend).

    Concernant Mononc’Serge, comme expliqué, depuis le début et chaque année le Sylak programme à son affiche un artiste décalé « hors-metal », rigolo ou offrant un délire régressif. Ainsi par le passé se sont succédés : Bernard Minet, Corbier et Elmer Food Beat.

  • merci pour ce report , j’étais présent le samedi et effectivement c’est un très bon fest a taille humaine et plus convivial qu’un hellfest.
    Le seul reproche que je puisse faire c’est l’attente entre le passage des groupes mais peut être qu’un jour il passera a 2 scènes comme le motocultor…

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  • Comment dire… faut pas être malin pour confondre une balance et le show! y’a pas eu de problèmes pour les General Cluster! et si non, c’était bien ou pas? On dirait que le gars il a écouté juste le vent…

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    geezer21

    excellent !!!!!! ^^

  • Usain_Bolt_Thrower dit :

    Compte-rendu épique.

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