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Chronique   

Symphony X – Underworld


Symphony X - UnderworldAprès plus de vingt ans de carrière musicale il est naturel que vienne le moment de prendre du recul et se remettre en question. Non pas pour changer, mais pour comprendre comment on pourrait utiliser cette expérience pour améliorer son œuvre, la rendre plus complète encore, élaguer les approximations, etc. Le guitariste et compositeur principal de Symphony X Michael Romeo avait annoncé la couleur pour ce nouvel opus, intitulé Underworld : « Chaque élément a été ajouté pour servir la chanson, du coup l’album défile naturellement et devient une expérience d’écoute complète du début à la fin. Chaque chanson est pertinente et peaufinée, et nous avons apporté beaucoup d’attention aux accroches, aux voix, aux riffs, et à maintenir l’intérêt et l’énergie à un haut niveau sur tout l’album. » En résumé : l’éternelle quête de la perfection.

Et dès l’écoute du premier single « Nevermore », on comprend vite où Romeo a voulu en venir, avec ce riff minutieusement tricoté, qui pourtant a le don de rester diablement entraînant sous ses atours thrashy à la « Evolution (The Grand Design) », et qui joue le contraste avec un refrain aérien où Russell Allen adopte sa voix la plus cristalline. L’ « expérience d’écoute complète » est là dans cette volonté de dynamique, de marier des saveurs différentes mais complémentaires pour faire de ce Underworld un voyage. Ce qui tend à davantage rapprocher celui-ci de la pièce maîtresse qu’est V : The New Mythology Suite (2000) – la pochette avec les masques semblait déjà annoncer le retour arrière – que d’un Iconoclast (2011) très efficace mais moins diversifié, misant beaucoup sur une certaine hargne. Ne pas croire pour autant qu’Underworld manque de hargne : dès la chanson éponyme, Symphony X montre son visage le plus diabolique sur des couplets aux riffs qui parfois titillent le metal extrême et où le chanteur Russell Allen éructe comme un dément. Mais même ici les Américains prennent bien soin d’éviter de donner un caractère trop unidimensionnel à leur chanson et tranchent l’agressivité avec un refrain nettement plus mélancolique. On monte même d’un cran encore avec « Kiss Of Fire », et ses interventions de blasts, voix quasi-gutturales et chœurs dramatiques, qui semble directement prendre le contre-pied de la délicate « Without You » qui la précède. Le même genre de raisonnement de complémentarité semble avoir placé la chanson la plus courte de l’album, « In My Darkest Hour », juste après la plus longue, « To Hell And Back ». Lorsque la première se montre très directe sous une structure très conventionnelle, la seconde propose un petit périple en montagnes russes comme seul Symphony X sait les faire. Tout semble effectivement avoir été très réfléchi.

Et peut-être est-ce là le seul écueil que l’on pourra reprocher à Underworld : à trop réfléchir on prend le risque d’y laisser son instinct qui, pourtant, est souvent bon conseiller. Car si l’album remémorera régulièrement, dans certaines parties, des albums plus anciens de sa discographie, les chansons ne parviennent pas toujours à se hisser au même niveau d’accroche et de flamboyance mélodique que ceux-ci. La semi-ballade « Without You » qui passe avec classe et élégance, rappelant parfois dans ses arpèges « Communion And The Oracle », sans pour autant parvenir à poser durablement son grappin sur l’auditeur, en est un bon exemple. Rien d’alarmant non plus, les deux refrains distincts (!) de « To Hell And Back » ou celui de « Nevermore », qui resteront longtemps gravés en tête, démontrent que Symphony X n’a rien perdu de sa superbe en matière de mélodie. Idem pour un « Run With The Devil », une des chansons les plus rock n’ roll jamais proposées par le groupe, là aussi rehaussée d’un refrain de standing.

En vérité, Michael Romeo a beau s’être imposé le défi de faire d’Underworld « une expérience complète », les différences relèvent du détail (tout comme le petit jeu avec la récurrence du nombre trois) et parfois de la forme. Après tout, les albums de Symphony X n’ont-ils pas toujours plus ou moins été « une expérience complète » ? En ça, le groupe reste fidèle à lui-même, sous sa virtuosité à faire pâlir, comme sur « Legend », le feu d’artifice final de l’opus (dont la fin abrupte provoque un appel d’air pour repartir du début). Et si l’ « Overture » parait annoncer un album aux attraits symphoniques prononcés, il n’en est rien. A l’heure où de plus en plus de groupes se perdent sous les déluges d’orchestrations (cf. le dernier Luca Turilli’s Rhapsody), Symphony X, en dépit de son patronyme et ses prédispositions, continue de miser sur ses atouts en tant que groupe de metal avant tout, à commencer par des riffs et leads de guitare toujours aussi généreux, largement mis en avant par la production. Et rien que ça fait du bien et donnera envie de rappuyer sur le bouton « play ».

Lyric videos des chansons « Nevermore » et « Without You » :

Album Underworld sortie le 24 juillet 2015 chez Nuclear Blast.



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