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Interview   

T.A.N.K. (Think Of A New Kind) : fusion d’idées


Raf Pener - T.A.N.K.Le marché de la musique n’est plus le même que dans les années 80, 90 et même 2000. La manière dont il fonctionne et comment on peut y réussir médiatiquement et/ou financièrement reste une équation avec de nombreuses inconnues. C’est, entre autres, à cette nécessité de réinventer la stratégie des musiciens sur le marché, que le nom de T.A.N.K. – Think Of A New Kind – peut faire référence. S’il valide ce lien, le chanteur Raphael Pener aime le fait que le nom du groupe revêt plusieurs significations et laisse la place à l’interprétation. Et « penser autrement » est, de façon plus générale, surtout une philosophie qu’il essaie d’appliquer dans la vie de tous les jours, au-delà même de la musique.

Nous en avons discuté avec le chanteur à l’occasion de la sortie du nouvel album Symbiosis. Un disque financé par le crowdfunding et accueillant de nouveaux musiciens et même des invités, dont Bjorn « Speed » Strid du groupe suédois Soilwork, influence centrale de Think Of A New Kind et incontestable référence du metal moderne.

T.A.N.K. 2015

« J’aime bien le fait de trouver un message positif là-dedans parce qu’on fait du metal et ce n’est pas pour ça qu’on va juste vénérer Satan et égorger des chauves-souris, n’est-ce pas ? »

Radio Metal : Le nom de votre groupe, T.A.N.K., est l’acronyme de Think Of A New Kind et ça fait référence à une pensée positive que vous cherchez à avoir dans les circonstances les plus difficiles de la vie… Est-ce que c’est une pensée qui vaut dans tous les aspects de vos vies, y compris lorsque vous écrivez de la musique ? Ça aurait du sens dans la mesure où vous faites une musique assez dense et violente mais qui trouve des moments de mélodie…

Raphael Pener (chant) : Oui, c’est un peu ça. A la base, le côté « think of a new kind », c’est vraiment de revoir ses certitudes, se remettre en question. Même quand tu es dans un moment négatif, tu essaies de trouver des éléments positifs ; ça peut être ça. Et c’est une philosophie qu’on applique quasiment depuis le début dans les textes. Pour moi, c’est ce qui va permettre de se remettre en question et se poser des questions, quand tu n’es pas d’accord avec quelqu’un c’est d’essayer de comprendre son point de vue, se demander pourquoi, etc. A mon avis, c’est le genre de choses qui va faire qu’il y aura une meilleure compréhension entre les gens et qu’on doit pouvoir peut-être faire tourner le monde un peu plus rond, en appliquant ce genre de mode de pensée. Et ce n’est pas facile, c’est très dur à appliquer dans la vie de tous les jours mais oui, c’est une philosophie qu’on essaie d’appliquer, forcément. C’est quelque chose qui nous guide. J’aime bien le fait de trouver un message positif là-dedans parce qu’on fait du metal et ce n’est pas pour ça qu’on va juste vénérer Satan et égorger des chauves-souris, n’est-ce pas ? Et ça se retrouve aussi effectivement dans la musique.

La signification de l’acronyme Think Of A New Kind est présente sur la pochette de vos disques alors qu’habituellement, les groupes dont le nom est un acronyme ne présentent que l’acronyme. Est-ce que c’était important pour vous que les gens sachent ce que vous avez voulu dire ?

Clairement oui. En fait, ce qui est marrant avec ce nom, c’est que c’est à la fois un nom un peu compliqué, qui invite presque à avoir une pensée recherchée et positive, et à la fois un gros truc qui te rentre dans ta gueule, à savoir un tank. Donc avoir les deux, c’est ça qui est cool. Encore une fois, on est sur des trucs à la fois bourrins et à la fois plus recherchés. T.A.N.K., pourquoi ? Eh bien parce que c’est plus facile à retenir que Think Of A New Kind, parce que c’est plus direct, etc. Mais oui, c’est important d’avoir la signification en dessous pour que les gens puissent différencier ça d’un simple char d’assaut qui te rentre dedans [rires].

Vous avez accueilli au sein du groupe un nouveau guitariste, Charly Jouglet. Quel impact a eu son arrivée sur le nouveau disque ?

En fait, pour ce disque, c’était un peu plus compliqué. Charly est arrivé juste après la composition de l’album. Quand il est arrivé l’album était même déjà enregistré. Donc, malheureusement, non, il n’a pas participé sur ce CD, et c’est pour ça qu’on a hâte d’en faire un quatrième avec lui. Finalement, le nouveau qui a composé sur cet album c’est Nils [Courbaron, guitare], qui est arrivé dans le groupe il y a trois ans maintenant, juste après la sortie du deuxième album, et donc il n’avait pas composé dessus. Donc, le « nouveau » guitariste qui a beaucoup composé avec nous, il est en fait là avec nous depuis trois ans. Du coup, malgré tout, il y a des différences par rapport aux albums d’avant puisque nouveau membre implique de nouvelles influences. Par contre, au niveau de la composition, on a toujours travaillé en démocratie. C’est-à-dire que tout le monde compose. Ce qui n’est pas facile, car ça va beaucoup moins vite que si quelqu’un arrivait : « Voilà, j’ai déjà composé l’album, vous avez plus qu’à fermer vos gueules ! » On partage vraiment ça tous ensemble et du coup ça peut amener à des prises de tête ou à ce que ça traîne un peu en longueur, mais je pense que c’est ce qui fait que la musique, au final, est un peu plus riche, car il y a beaucoup d’influences. Certains sont très influencés old school, d’autres qui aiment les groupes plus récents. Voilà comment on arrive à ce résultat. Et c’est vrai, encore une fois, que Nils a beaucoup composé sur cet album-là et a apporté quelques nouveautés qu’on pouvait ne pas forcément trouver sur les albums d’avant. Et du coup, en ce qui concerne Charly, qui vient d’arriver, on verra son apport sur le quatrième.

Le métier de Charly est sound designer pour le cinéma et le jeu vidéo. Est-ce que c’est une expérience qui pourra vous servir d’une manière ou d’une autre ?

Figure-toi que oui ! Alors, évidemment, on ne l’a pas pris pour ça. On s’est très bien entendu avec Charly assez vite. On a fait plusieurs auditions avec lui pour être sûrs du choix, car ce n’est jamais facile de remplacer un membre quand ça fait plusieurs années qu’il est dans le groupe. Et même si on a accroché direct, on a aussi bien aimé le fait qu’effectivement il est musicien professionnel. Il est intermittent du spectacle, il a beaucoup d’expérience de la scène, comme tu dis, il est sound designer pour des jeux indés, des court métrages et tout, et ce qu’il fait est quand même plutôt cool. Après coup, on s’est dit que ça pourrait effectivement nous être utile pour faire de petits samples, pour des intros sur scène, par exemple, ou entre plusieurs morceaux, et peut-être d’autres choses à l’avenir, on n’a pas encore prévu. Nous, de toute façon, on ne prévoit jamais. Pour le quatrième album, on ne se dit pas : « Tiens, là il va falloir mettre tel ou tel truc. » Sur le troisième, on a du violon, on a du chant féminin, le genre de choses que jamais de la vie on aurait pensé à mettre avant. On ne s’est jamais dit : « On va mettre du violon et du chant féminin. » C’est juste que pendant la composition, c’est arrivé, on s’est dit : « Tiens, ce serait bien d’avoir un petit violon là ! » Et on verra ce qu’il se passera avec le quatrième. Peut-être qu’un jour on se dira : « Tiens, ce serait bien d’avoir une intro un peu orchestrée ou des samples un peu électro, ou de l’accordéon… » Enfin, j’en sais rien, je dis n’importe quoi. On verra, on fera ce qu’on aura envie et si ça se trouve on mettra Charly à contribution, mais ce n’est pas pour ça qu’on l’a pris. Mais, clairement, on est content et moi, en plus, j’adore les jeux vidéo, donc je trouve ça cool qu’il bosse sur ce genre de projet.

T.A.N.K. - Symbiosis

« On a pris les deux albums d’avant, la musique qui était dessus, on les a mélangés, on les a digérés et on a accouché d’un troisième truc. C’est comme papa et maman qui font un bébé [rires]. »

C’est un album qui est très dense, ça va vite, c’est technique. Or il est amorcé par une intro plutôt calme et dans la suite de l’album, il y a deux intermèdes qui sont aussi plutôt calmes. Est-ce c’était important de mettre ces passages pour peut-être mieux apprécier la densité de l’album ?

Personnellement j’aimais bien ça parce qu’en fait, on avait déjà eu des interludes sur nos premiers albums, mais je pense qu’ils n’étaient malheureusement peut-être pas assez travaillés, on en attendait plus que ce qu’ils étaient au final. Et là je suis content parce que du coup, on en a plus que d’habitude, il y a trois petits intermèdes ou petites introductions – il y a le titre d’intro, « Nihil » juste avant « Blood Relation » et « Drawing Hope » – et ces trois morceaux-là, ça nous permettait de tourner un peu autour du chiffre trois. Au-delà du fait que ce soit notre troisième album, il y a douze pistes qui sont divisés en trois parties. Et ces trois parties se composent d’une intro et trois morceaux. Ce qui fait qu’au final il y a trois interludes, trois parties composées chacune de trois morceaux. Donc effectivement, dans la forme, c’était important d’avoir ça, à savoir une intro puis trois morceaux, une autre intro puis trois morceaux et une dernière un intro puis trois morceaux, comme ça, ça fait trois petites parties de l’album. On a fait exprès de regrouper les morceaux de cette façon-là, c’est-à-dire que dans chaque partie de l’album, on a essayé d’équilibrer les choses, en mettant un morceau un peu plus speed, puis un morceau un peu plus ambiant, puis un morceau un peu plus lourd.

Le nom de l’album, Symbiosis, fait référence à la symbiose. Qu’est-ce que vous mettez derrière ce thème de la symbiose ?

Il peut y avoir plusieurs significations à ça. La plus évidente est que la musique qu’on fait ensemble, c’est ça, le fait qu’on écoute tous des choses très différentes, qu’on soit tous les cinq à écrire, et ça fait que quand on mélange tout ça, la musique devient la symbiose des différents musiciens qui ont composé cet album. Maintenant, pourquoi particulièrement ça ? Parce que, comme on a pu voir avant, on n’a pas composé cet album dans les meilleures conditions, par le fait qu’on a eu un changement de line-up, que ce n’était pas tous les jours facile et que clairement, c’est ce qu’on recherchait, la symbiose, c’était quelque chose qu’on n’avait pas envie de perdre. On fait ça pour ça : on aime jouer ensemble. C’est quelque chose peut-être qui venait à nous manquer à certain moment. Donc on a recherché ça, on a essayé de se rappeler pourquoi on faisait ça. Voilà une explication pourquoi l’album s’appelle ainsi. Après, j’aime bien aussi penser que c’est une sorte de symbiose des deux premiers albums. C’est-à-dire qu’on a pris les deux albums d’avant, la musique qui était dessus, on les a mélangés, on les a digérés et on a accouché d’un troisième truc. C’est comme papa et maman qui font un bébé ; un plus un égal trois [rires].

Il y a un invité de marque sur l’album puisque le chanteur de Soilwork, Björn « Speed » Strid, chante sur la chanson « Blood Relations ». Comment la rencontre s’est faite ?

Alors, nous, les featurings (apparitions, NDLR) c’est quelque chose qu’on fait depuis le début. Avant notre premier album on enregistrait déjà des feats parce que c’est quelque chose qu’on aime beaucoup. Je ne sais pas si on est un peu… Comme dans le r n’ b, ils font tout le temps des feats comme ça partout. Peut-être qu’on est le r n’ b du metal français ! [Petits rires] Clairement, on aime beaucoup les feats depuis le début, et là on a eu l’opportunité de bosser avec une de nos idoles. Comme je te disais, on écoute des choses très différentes mais par contre, Soilwork, c’est clairement un des rares groupes dont on est tous ultra fan depuis le début. C’est un de nos chanteurs préférés, on adore sa voix, il peut tout faire. On avait déjà « featé » avec Jon Howard sur l’album d’avant, et Björn et Jon se connaissent très bien. Ils ne sont pas du même pays, mais dès qu’ils jouent ensemble, ils font des feats, ils sont potes. Donc je pense que Björn savait mine de rien dans quoi il mettait les pieds de par le feat avec Jon et puis tout simplement, il connaît aussi très bien David Potvin avec qui on a enregistré l’album. Ils se connaissent bien, ils ont tourné ensemble, Björn aime beaucoup le groupe de David. Je pense que du coup, ça a joué en notre faveur. Après, j’ose espérer que le morceau qu’on lui a envoyé lui a plu aussi [rires]. C’est vrai qu’on avait composé le morceau vraiment en pensant à ce type de voix, en pensant à lui. Après, internet nous a permis tout simplement de contacter le bonhomme. Je lui ai dit : « Voilà, est-ce que ça te dirait ? Le morceau c’est ça, qu’est-ce que tu en penses ? ».

T.A.N.K. studio recording

« Quand je peux avoir des doutes, en me disant : ‘Putain, fait chier, cette partie-là est trop dure ! Je ne l’aurais pas…’ Eh bien, voilà, un mec comme [Björn « Speed » Strid] peut me donner la force de [persévérer]. »

Comme tu l’as dit, au sein du groupe, vous écoutez différentes choses mais vous vous êtes tous retrouvé sur Soilwork. J’ai l’impression que dans cette scène-là, du metal extrême mélodique, les musiciens ont chacun leurs influences et groupes préférés mais que Soilwork est le groupe qui les rassemble tous. A ton avis pourquoi ? Qu’est-ce qui fait que Soilwork a ce truc qui fédère ?

Je pense déjà qu’il y a leur diversité, leur richesse, parce que tu prends Soilwork au début, Soilwork au milieu et Soilwork maintenant, c’est trois groupes différents, quasiment. Pourtant on reconnait toujours le chanteur, évidemment, mais aussi leur patte. Et pourtant, imagine, tu prends A Predator’s Portrait et à côté tu mets Figure Number Five et The Ride Majestic, sans déconner, ce n’est pas les mêmes musiques, c’est un truc de fou ! Donc il y a leur diversité, leur évolution… Pour être tout à fait honnête, il y a certains albums de Soilwork dont je suis moins client mais je trouve qu’aujourd’hui ils se bonifient avec le temps. En termes de chant, je suis ultra admiratif de ce qu’a pu faire Björn. Quand tu te dis que sur les deux premiers albums de Soilwork il n’y a pas une seule note de chant clair parce que le bonhomme ne savait pas chanter, il ne faisait que gueuler. Et quand tu vois aujourd’hui ce qu’il fait, c’est hallucinant ! Quand moi-même je peux avoir des doutes, en me disant : « Putain, fait chier, cette partie-là est trop dure ! Je ne l’aurais pas… » Eh bien, voilà, un mec comme ça peut me donner la force de me dire : « Non, non, il faut que tu continues à bosser, à cravacher, et tu verras comment ça évolue. » Sans prétendre qu’un jour je terminerais à son niveau parce qu’il est vraiment très, très haut. En ce qui me concerne, c’est ça que j’admire beaucoup chez ce groupe-là. J’adore leur batteur, Dirk Verbeuren, putain… J’étais fan de lui dans Scarve, déjà. Du coup maintenant il y a Sylvain Coudret en plus à la guitare. Pareil, en tant que fan de Scarve, je suis super content de les retrouver dans Soilwork. Les solos, les… Evidemment, comme tout groupe, surtout avec leur discographie, il y a des morceaux que j’aime moins que d’autres, on ne va pas se le cacher, mais globalement, c’est un groupe que je respecte pour toutes ces raisons-là.

Est-ce que tu as eu l’occasion de poser une oreille sur un autre projet de Speed, The Night Flight Orchestra, qui est plus classic rock ? Parce que c’est assez bluffant ! Si tu écoutes un morceau de Soilwork et ensuite un morceau de ce groupe, tu hallucines…

Eh bien écoute, non ! Mais là tu viens de tiquer ma curiosité ! J’avais entendu un autre de ses projets mais je ne me rappelle plus du nom. C’est un projet qu’il avait il y a quelques années, c’était encore un petit peu death mélo mais c’était plus death que Soilwork encore, c’était un peu plus speed et énervé, avec plus de blasts, une ambiance plus black, presque (il s’agit sans doute de Terror 2000, NDLR). Par contre, non, je ne savais pas qu’il avait un autre groupe comme ça et tu as tiqué ma curiosité ! Je vais aller voir ça !

Sur cet album, c’est aussi la première fois que vous avez une chanteuse sur le titre « The Edge Of Time », il s’agit de Jessy Christ. D’où est venue l’idée d’ajouter un chant féminin et comment est-ce que vous vous êtes rencontrés ?

Ça s’est fait sans y réfléchir. Comme je te disais, Olivier et Nils, ce sont des mecs qui aiment beaucoup les trucs old school que moi et mon batteur on n’aime pas forcément, des trucs avec des gonzesses qui chantent et qui font pouet pouet, etc. Donc, à la base, bizarrement ce n’est pas forcément le kiff de tout le monde. Mais un jour, on avait ce morceau qui était composé, et notre bassiste nous a envoyé un mail en disant : « Les gars, je ne sais pas pourquoi, je verrais bien une ligne de chant ici et je verrais bien une fille la faire. » Nous, avant d’entendre ça, on a fait : « Pff, dans tes rêves ! » Et puis, il nous a envoyé un superbe enregistrement qu’il a fait lui-même en voix de tête, avec cette petite ligne de chant et on a fait : « Non, mais en fait, c’est vachement bien ! » Encore une fois, c’est la preuve que les choses ne sont pas faites de façon réfléchie. C’était vraiment instinctif. On s’est dit : « Tiens, finalement, ouais, ce serait cool d’avoir une nana qui chante à ce moment-là. » Et donc pourquoi Jessy ? Eh bien, déjà, il se trouve qu’à la base c’est une amie de longue date. C’est une excellente chanteuse. Elle officie aujourd’hui dans un groupe qui s’appelle Syndro-sys, dans un registre un peu indus/goth, donc rien à voir avec nous. Mais c’est une nana qui a une énorme capacité vocale. Elle peut autant faire ce qu’elle fait sur l’album qu’être chanteuse dans un groupe d’indus, faire du chant hurlé, faire du chant d’opéra, faire du chant punk, faire du chant pop… Enfin voilà, elle a vraiment une grosse, grosse capacité vocale. Du coup elle s’est imposée très rapidement, tout simplement, de par ses compétence et du fait que c’est une amie du groupe. Voilà comment elle s’est retrouvée à faire ce chant un peu envoûtant sur « The Edge Of Time » qui, je trouve, rempli super bien son rôle. Et je suis content parce que j’ai l’impression que ça donne une petite identité particulière à ce morceau. L’album se termine sur quelque chose qui va te tiquer un minimum l’oreille. Ça va sortir un peu de l’ordinaire, en tout cas, ça va se démarquer des autres morceaux puisqu’il y a le genre de sonorité que tu ne retrouves que sur le dernier morceau. Et honnêtement, on n’aurait pas pu prévoir qu’on allait avoir du chant féminin sur cet album. On ne pourra pas prévoir s’il y en aura sur le prochain, et peut-être que dans deux ans on aura un nouvel album et je dirai : « Ouais, on a mis de l’accordéon parce qu’on a trouvé ça vachement cool ! » On verra bien…

T.A.N.K. @ Hellfest 2013

« Il faut voir les choses différemment parce que les labels aujourd’hui font n’importe quoi. […] Ils s’en foutent de la musique, ils s’en foutent de la qualité. Tout ce qu’ils veulent, c’est choper des groupes qui soient des vaches à lait qui leur rapportent des sous. »

Dans le communiqué de l’album et de la campagne de financement participatif, vous avez déclaré qu’ « afin d’éviter des contrats déconnectés de la réalité et de rester maître de notre musique, nous avons fait le choix de rester indépendants. » Est-ce que vous avez eu des expériences négatives avec des labels qui voulaient justement un peu trop contrôler votre musique ?

Eh bien, figure-toi qu’on n’a pas eu à avoir ces expériences puisqu’on s’est arrêté avant ! Depuis que le groupe existe et qu’on sort des albums, on travaille avec un petit label indé, avec qui ça se passe très bien, mais on s’est dit pour la sortie de Symbiosis qu’on allait essayer de chercher un label plus important. On a fait des démarches, on a eu des propositions, certaines qui venaient même de par-delà les océans. On s’est dit : « C’est cool, il y a des gens qui s’intéressent à nous ! Peut-être qu’on va pouvoir faire quelque chose ! » Sauf que passé le première mail, du style : « Ok, les gars, c’est mortel, on va s’occuper de vous. On s’occupe de tout. » Quand on en arrive au concret, eh bien là, on se retrouve avec des propositions complètement indécentes et vraiment à l’ouest de la réalité du marché. C’est-à-dire qu’il fallait qu’on paie des sommes astronomiques pour sortir notre CD en physique dans certains endroits – c’était assez étrange – et sans aucune garantie ! On a dit : « Nous, qu’est-ce qu’on va faire ? On va payer votre salaire et après quoi ? Qu’est-ce qui va se passer pour nous ? » « Oui, bon, on verra bien en fonction des gens qui veulent travailler avec vous… » « Ok, nous, on n’a pas de garantie. » Donc, en gros, on s’est dit que non, on allait continuer comme ça. On était très bien en indé parce que déjà on a le total contrôle sur le numérique, ce qui est quand même très important, et on reste maître de plein de choses. Et surtout, il faut s’adapter tout simplement à la réalité du marché aujourd’hui. Les CDs, ça ne se vend plus beaucoup. Nous, on adore ça, l’objet CD, pour nous c’est inconcevable de ne pas sortir l’album en physique. Mais par contre il faut voir les choses différemment parce que les labels aujourd’hui font n’importe quoi. Qu’est-ce qu’ils font ? Ils exploitent les groupes le plus possible et c’est tout ce qui les intéressent maintenant, ils s’en foutent de la musique, ils s’en foutent de la qualité. Tout ce qu’ils veulent, c’est choper des groupes qui soient des vaches à lait qui leur rapportent des sous, et puis c’est tout. Voilà pourquoi on a fait ça, on essaie de s’adapter à l’ère dans laquelle on vit aujourd’hui, en faisant notamment du numérique.

Et puis on a tenté cette fameuse campagne de financement participatif parce qu’on s’est dit pourquoi pas. Après tout, c’est un modèle économique comme un autre et finalement, ça se passe bien pour pas mal de gens, donc pourquoi pas nous ? C’est vrai que ce n’était pas forcément évident, parce que nous, ça nous pousse à nous mettre un petit peu à poil devant les gens et on ne savait pas trop comment ça allait marcher. Est-ce que nos fans seront là ? Est-ce qu’ils seront d’accord avec ce principe ? Ecoute, ça s’est très bien passé, on est très content. On avait fait plusieurs échelles en fonction de ce qu’on allait recevoir, parce qu’on ne savait pas trop, mais au maximum on pensait avoir sept mille euros. Or on a eu sept mille six cent, donc on est super heureux ! On a été ravi de voir toute la solidarité qui a pu se dégager de tout ça, de la fan base, de nos amis et également de certains groupes locaux avec lesquels on joue qui nous ont aidé. C’était une super expérience, en fin de compte, cette campagne de crowdfunding, et on est très content de ce qui s’est passé, vu que ça a bien abouti.

Dans le texte de présentation de la campagne, vous avez pris le temps d’expliquer que faire une tournée, ça représente énormément de frais. Est-ce que l’objectif de la campagne, au-delà évidemment de celui de vous aider à trouver des financements, n’était pas aussi d’impliquer les gens dans le quotidien du groupe, leur faire mieux comprendre ce qu’il traverse et les sensibiliser ?

Tout à fait ! Exactement. Sans rentrer dans les détails, parce qu’on n’est pas là pour faire une vidéo où on va s’apitoyer sur notre sort, effectivement on voulait quand même dire aux gens que oui, on a des fans et quand quelqu’un nous achète un CD, ce n’est pas de l’argent qu’on va se mettre dans la poche et on ne va pas aller le dépenser en bières juste après. Je pense que malgré tout, il y a pas mal de gens qui le savent, parce qu’ils ne sont pas cons, mais effectivement, ça permet de voir plus concrètement où vont nos sous, à quoi servent toutes nos dépenses, etc. au-delà du fait qu’on va payer les ingés son quand on fait un concert, payer les prestations quand on loue un studio, etc. Ça permet d’être, je pense, un peu plus transparent et aux gens de mieux se rendre compte où va l’argent : les locations de camion, le fait de payer les techniciens, le fait de dormir dans un hôtel pour éviter de dormir dans le camion tous les soirs, de manger aussi, tout simplement [petits rires], avant de dépenser l’argent en putes et en coke [rires].

Le crowdfunding, c’est quelque chose qui divise quand même beaucoup sur internet. Je dis sur internet parce que ce n’est jamais les groupes qui râlent par rapport à ça mais plutôt des internautes lambda. Comment tu expliques le fait qu’il y ait des gens qui réagissent très négativement par rapport à cette pratique ?

Que ce soit le crowdfunding ou n’importe quoi, moi, je pense que ce sont les haters. Ça existe depuis très longtemps et ça existe dans tous les domaines. En plus, pour le coup, je ne vois pas vraiment la logique qui va avec ça. Je veux bien comprendre qu’il y a certains procédés qui peuvent être plus ou moins critiquable mais alors, le crowdfunding, c’est-à-dire quand on propose à quelqu’un de juste précommander un album, par exemple… Parce que nous en l’occurrence, c’était ça, les gens précommandaient un album ou bien ils pouvaient mettre un peu plus et du coup, avoir des cours de guitare ou de batterie avec les musiciens du groupe. A partir du moment où c’est juste ça, ça coûte vraiment quasiment rien aux gens et puis on ne force personne ! Les gens qui participent, ce ne sont que des gens qui en ont envie et qui sont avant tout, je pense, contents d’aider le groupe et contents d’acheter leur CD. Et nous, clairement, ça nous aide énormément. Je ne pense pas qu’il y ait de raison particulière… Ou alors, je serais ravi de discuter avec un de ces gars-là s’il a un discours fondé à me décrire. Il n’y a pas de souci, je suis ouvert à ça – encore une fois, c’est le principe derrière les termes « think of a new kind », j’appliquerais ma philosophie, je suis ouvert au débat. Mais moi, je pense que, tout simplement, ce dont on parle, ce sont des haters et qu’il y en aura autant là que si on avait sorti le disque sur un gros label où on aurait dit qu’on est des vendus parce qu’on était rentré dans une démarche capitaliste. Et je pense qu’on aura autant de haters quand on mettra une vidéo de nous en train de jouer, on nous dira : « C’est de la merde ! » Ou alors on mettra une vidéo avec un super concept, super nouveau, et là on dira : « Oh, c’est de la merde ! Ça n’a rien à voir pour un groupe de metal ! » Enfin, des haters, il y en aura partout, tout le temps. C’est internet, c’est l’anonymat… Pour le coup, je pense que c’est inévitable et peut-être pas très grave finalement.

Interview réalisée par téléphone le 8 octobre 2015 par Philippe Sliwa.
Retranscription : Nicolas Gricourt.

Site officiel de T.A.N.K. : www.thinkofanewkind.com.



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