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Interview   

Tagada Jones en campagne


Toulouse. Jeudi 27 avril 2017. 19h. La météo est au beau fixe. A l’occasion de la tournée commune entre No One Is Innocent et Tagada Jones, nous avons eu l’occasion de nous entretenir avec Niko Jones, la tête pensante de Tagada Jones dans l’enceinte de la salle du Bikini à quelques heures du début du concert.

L’occasion idéale de faire un point sur le dernier album La Peste Et Le Choléra sorti en mars dernier chez At(h)ome, sur cette tournée inédite regroupant deux fleurons du rock engagé français ainsi que sur cette campagne présidentielle riche en rebondissements, puisque nous étions dans l’entre-deux tours de l’élection.

C’est un Niko Jones tout sourire qui nous reçoit dans la loge du Bikini entre deux paquets de « 3D Bugles » goût paprika…

« Nous ne sommes pas des musiciens de studio, nous pensons donc toujours au rendu live, car nous écrivons pour faire des morceaux sur scène, pas pour faire des hits à la radio ! »

Aujourd’hui, quel bilan fais-tu de l’album La Peste Et Le Choléra ? Les critiques et les ventes sont plutôt bonnes…

Niko Jones (chant & guitare) : Jusqu’ici nous avons eu de supers retours sur cet album. Ça ne fait qu’un petit mois que nous jouons les morceaux du disque, cinq ou six mois que nous l’avons composé et quatre mois que nous l’avons enregistré, donc nous avons encore un petit peu la tête dans le guidon. C’est pour ça que le peu de recul que nous avons sur La Peste Et Le Choléra, nous l’avons indirectement au travers du public. Quoiqu’il en soit, le retour sur cet album est super bon, super positif, et le disque est déjà en rupture de stock ! Il nous en reste un tout petit peu dans le merchandising et à mon avis il ne nous en restera plus dans quelques jours. C’est assez surprenant ! L’accueil du public est donc très bon, les gens connaissent déjà les paroles et les taux de remplissage des concerts sont aussi excellents. Je crois que ce soir à Toulouse, il y a plus de neuf-cent préventes. Au final, je pense que ce très bon accueil du public est surtout le fruit de l’engagement de Tagada Jones au fil des années. On me demande souvent si les paroles du nouvel album ont été écrites spécialement pour l’occasion de cette élection présidentielle, mais ce n’est pas le cas : ça fait plus de vingt ans que nous chantons la même chose avec Tagada Jones et ce qui a changé c’est le monde qui nous entoure, pas nous. Et avec cette France « insoumise » qui se réveille, pas mal de gens se découvrent des affinités avec ce que nous racontons depuis vingt ans. Mais nous, nous n’avons pas changé notre fusil d’épaule !

A ce titre, j’ai l’impression que La Peste Et Le Choléra est la suite directe de l’album précédent, Dissident. Tu ne penses pas que l’engouement autour du dernier album vient aussi du succès de Dissident ?

En effet, il y a eu un gros changement pour nous à l’époque de Dissident car c’était l’album de nos vingt ans et nous avions pas mal réfléchi sur la façon de composer un disque. Je m’explique : nous avons quasiment toujours fonctionné avec des pré-productions depuis la fin des 90’s, alors que l’essence même d’un groupe de rock vindicatif comme le nôtre c’est l’énergie créée au cœur des morceaux. Et cette essence, on la trouve tout d’abord dans un local de répète. Nous avons donc réfléchi sur la nécessité ou non de travailler via des pré-productions et nous nous sommes aperçus que cette façon de bosser avec des ordinateurs ne sert pas vraiment la musique en général, et encore moins la musique énervée de Tagada Jones. C’est pourquoi nous avons décidé de (re)composer à l’ancienne dans un local de répète pour Dissident sans utiliser les techniques de pré-productions. Nous avons donc composé plein de titres, ceux que nous préférions nous les avons mis sur l’album et ceux que nous aimions un peu moins nous les avons jetés. Au final, sur Dissident, nous avions composé trente titres à la base… et nous n’en avons gardé que vingt ! Nous avons travaillé exactement de la même façon sur La Peste Et Le Choléra. A la fin de la tournée Dissident, nous avons enchaîné sur la tournée du Bal Des Enragés, et au début de cette dernière nous nous sommes demandés si nous faisions une petite pause ou si nous nous remettions à composer un nouvel album de Tagada Jones. Nous avons tous décidé de s’y remettre directement après le Bal Des Enragés ! Cependant, après de nombreuses dates, nous n’avions pas avancé sur de nouveaux morceaux, donc nous nous sommes enfermés dans le local de répète pour bosser de manière très intense. Au final, nous nous sommes aperçus que cette manière de travailler dans l’urgence nous convenait très bien puisque nous avons réussi à sortir des morceaux pur jus de Tagada Jones ! Il faut croire que c’est cette essence brute qui plaît aux gens…

Paradoxalement, Tagada Jones a toujours mis un point d’honneur à nous faire découvrir de nouvelles facettes de sa personnalité au fil de ses albums (Le Feu Aux Poudres ou Les Compteurs À Zéro, notamment…). Or cette fois-ci, on ne peut pas dire que l’auditeur soit surpris avec La Peste Et Le Choléra puisque la ligne artistique ne change pas de celle de Dissident…

C’est vrai. En fait, nous n’avons jamais eu de démarche commerciale dans notre musique et nous n’avons jamais recherché le succès à tous prix. A l’époque, quand Gus était dans le groupe, nous avions composé des morceaux avec une teinte électro, ce qui nous a fait perdre une frange du public pour en gagner une autre. En fait, ce sont les personnes qui intègrent le groupe qui apportent quelque chose à Tagada Jones. Gus était un super pote branché électro et quand il est arrivé dans le groupe, nos compositions ont évolué en ce sens. Quand il a décidé de partir, nous n’avons pas cherché à le remplacer et nous avons tracé notre route car Tagada Jones est avant tout une aventure humaine. En fait, au fur et à mesure des gens qui rentrent dans le groupe, chacun apporte sa petite pierre à l’édifice de façon à ce que nous allions tous ensemble vers une autre direction qui nous corresponde. Par exemple, il y a quelques années, avec l’arrivée de Job (batterie) et Waner (basse), nous avons beaucoup développé les chœurs car tous les deux chantent en plus de Stef et moi-même. Nous avons donc développé les chœurs de manière naturelle dans nos compositions. Il n’y a donc pas trop de différence entre Dissident et La Peste Et Le Choléra car le line up est le même pour ces deux albums et nous avons composé encore une fois sans pré-production dans un local de répète. En effet, quand nous sommes ensemble, nous allons toujours faire de la musique taillée pour le live : nous ne sommes pas des musiciens de studio, nous pensons donc toujours au rendu live, car nous écrivons pour faire des morceaux sur scène, pas pour faire des hits à la radio ! C’est dans cette optique que nous avons composé les deux derniers albums.

Quelques mots sur la tournée avec No One Is Innocent : comment s’est passée la rencontre entre ces deux groupes porte-étendard d’un rock engagé et revendicatif ?

Au sein de Tagada Jones, nous nous sommes toujours demandés pourquoi il n’y avait quasiment jamais d’affiche qui rassemblait des groupes revendicatifs français comme No One Is Innocent, Lofofora, Parabellum ou bien Tagada Jones. Parfois, on partageait la même affiche d’un festival mais nous jouions toujours à un jour d’intervalle. Nous avons donc essayé de briser un peu ça en organisant nous-mêmes des tournées, comme nous l’avions fait avec Lofofora il y a quelques années. Depuis quatre ou cinq ans, nous mettons nous-même sur pied des affiches de rock français à l’occasion de nos anniversaires, et ce genre de plateau a rencontré pas mal de succès. En ce qui concerne No One Is Innocent, nous avons rencontré Kemar dans une salle de concert [d’une commune] qui s’appelait le Val d’Ajol dans laquelle nous avions joué de très nombreuses fois par l’intermédiaire d’une amie qui s’appelait Stéphanie, malheureusement décédée il y a quelques années. Nous avions fait un concert de soutien pour la famille de Stéphanie et de ses enfants avec le Bal Des Enragés et Kemar était là aussi. Nous avons sympathisé et nous sommes posés la même question que toi : comment ça se fait que nous n’avons jamais fait de tournée ensemble ? Nous avons donc décidé d’y remédier en accordant nos agendas sur des mois, puis des années, pour enfin mettre sur pied cette tournée commune ! Nous sommes maintenant sur le dernier week-end de toutes ces dates… et on est déjà en train de parler de refaire un nouveau plateau très bientôt ! [Rires]. C’est une aventure qui marche super bien.

« Il faudrait trouver une nouvelle formule pour que ce soit le peuple qui dirige l’Etat plutôt que des personnalités politiciennes. »

Quand la tournée a débuté, on était au début des élections présidentielles. On est maintenant dans la période de l’entre-deux tours. Est-ce que le discours durant les concerts a évolué au fil des rebondissements de cette folle campagne ?

Non pas vraiment, car nous n’allons pas changer nos morceaux ou notre façon de penser au fil de la campagne. De toute façon, nous ne croyons pas tellement à la politique et pour le coup, on se retrouve vraiment entre la peste et le choléra ! On était sûr d’y être, d’un autre côté. On se rend bien compte que les politiciens sont tous des individualités avant d’être des gens qui travaillent pour les citoyens. On le voit bien quand on voit que des candidats de gauche ne sont pas capables de se mettre d’accord sur une liste commune qui leur aurait permis d’être au second tour. Ça en dit long sur leurs personnalités. En ce qui nous concerne, ça ne nous change pas beaucoup, car même si nous avons une sensibilité de gauche – nous oscillons plutôt entre l’anarchisme et la gauche -, nous ne nous retrouvons dans aucun parti politique et nous avons même du mal avec cette idée de « Politique ». Il faudrait trouver une nouvelle formule pour que ce soit le peuple qui dirige l’Etat plutôt que des personnalités politiciennes. Nous nous retrouvons maintenant avec un candidat ultra libéral – tout le monde sait ce que nous pensons de l’ultra libéralisme – et un candidat d’extrême droite – tout le monde sait ce que nous pensons du Front National. Personnellement, je vais aller voter pour barrer la route du Front National mais ce n’est pas de gaité de cœur que je vais mettre un bulletin Macron dans l’urne ! Comme beaucoup de gens, je pense.

Le titre de l’album La Peste Et Le Choléra colle donc parfaitement à cet entre-deux tours, ainsi que le morceau « Morts Aux Cons », d’ailleurs. Tu es visionnaire ? [Rires]

Ce titre-là, je l’ai composé l’année dernière et tous les morceaux que nous jouons actuellement ont été écrits il y a cinq ou six mois. Je ne suis bien entendu pas visionnaire, mais je me suis aperçu que les scores élevés du Front National venaient aussi d’un électorat qui votait auparavant pour l’extrême gauche, c’est le thème du morceau « Morts Aux Cons ». Et aujourd’hui plus que jamais, on peut voir que Marine Le Pen est à la chasse à ceux qui ont voté Mélenchon. Sa seule façon de gagner pour elle, c’est de récupérer les voix de cet électorat-là ! Evidemment que nous avons visé dans le mille avec cette chanson, mais ça se voyait comme le nez au milieu de la figure ! Pour nous, « Morts Aux Cons » est un phénomène de « mini-tube » car il y a un véritable engouement autour de ce titre et plein de gens s’y reconnaissent pleinement, plus que dans tout autre morceau de notre carrière. Ceci étant, la particularité de Tagada Jones c’est de toujours dire ce qu’on pense et cette composition est un véritable pavé dans la marre qui fustige tous ces gens de gauche qui vont voter Front National.

Pour repartir sur quelque chose d’un peu plus léger, tu as été invité par No One Is Innoncent sur un titre du CD / DVD live Barricades. Au regard de cette tournée commune, peut-on s’attendre à un retour d’ascenseur pour entendre Kemar sur un titre du prochain album de Tagada Jones ?

Ouais ! Nous discutons d’ailleurs de faire des morceaux ensemble. Nous aurions presque pu le faire sur La Peste Et Le Choléra mais le planning du Bal Des Enragés ne nous l’a malheureusement pas permis car c’était trop serré au niveau des agendas. Nous discutons donc de faire un ou deux morceaux ensemble dans le futur, peut-être un 45 tours ou deux collaborations. Nous avons l’avantage d’avoir maintenant notre propre studio d’enregistrement donc ça peut être fait à tout moment.

De même, peut-on (re)voir Kemar dans le Bal Des Enragés ?

Il a fait quelques dates avec le Bal il y a quelques temps. Nous lui avons proposé de revenir dans le cadre de la dernière tournée mais ça ne collait malheureusement pas avec l’actualité de No One Is Innocent. Ce sera sûrement possible dans l’avenir ! Rien n’est impossible. Le Bal est une petite bulle d’air pour tout le monde, mais malheureusement avec les récents décès de Schultz et de Sven, nous avons tous été touchés de plein de fouet. Le but n’est pas de les remplacer ou de rechercher des gens qui amènent les mêmes choses qu’eux. C’est pour ça que Kemar aurait toute sa place dans le Bal, dans la mesure où il apporterait sa propre personnalité pour nous permettre de partir vers autre chose. C’est exactement ce que je te disais pour la vie des albums de Tagada Jones : Nous avançons en fonction des gens qui sont là avec nous, à un instant T.

Est-ce qu’on peut s’attendre à une tournée commune Tagada Jones / No One Is Innocent / Lofofora pour les législatives ?

[Rires] Il va falloir se magner pour la mettre en place, alors ! Mais pour Lofofora, ça va être compliqué puisque le groupe est en pause ! [Rires] Nous avons déjà plein de dates de calées avec Tagada Jones pour la période des législatives, mais nous serons bien présents sur scène et nous suivrons tout ça avec attention. En tous cas, ça va être une belle merde ces législatives ! Entre En Marche! qui va chercher plus de cinq-cents candidats, le Parti Socialiste qui est en phase d’imploser, la Droite traditionnelle qui a explosé, le Front National qui va booster à mort et Mélenchon qui va envoyer pas mal de gens sur le terrain, ça risque d’être très compliqué ! Peut-être même plus que pour les présidentielles.

Interview réalisée en face à face le 27 avril 2017 par Vincent Bennes.
Retranscription : Vincent Bennes.

Site officiel de Tagada Jones : www.tagadajones.com.

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