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Interview   

Tagada Jones / No One Is Innocent : La rage fraternelle


Qui a dit que la France n’était pas un pays rock ? A en juger le succès incontestable de la date complète au Zénith de Paris le 2 novembre prochain, avec Ultra Vomit, No One Is Innocent et Tagada Jones, non seulement le rock hexagonal est vivant, mais il est également en excellente santé. Et à en croire Niko Jones, depuis vingt-cinq ans frontman de Tagada Jones et booker pour Rage Tour qui organise la date, ce concert n’est pas une exception mais bien la marque d’une tendance globale et inédite dans l’histoire, celle du public et en particulier des jeunes à se tourner massivement vers les groupes français, et chantant en français, attirés par leur personnalité et leur énergie.

Pour marquer l’événement, nous avons pris le téléphone pour joindre Niko Jones accompagné de Kemar des No One Is Innocent, pendant qu’ils se préparaient pour le show, le soir même, du Bal Des Enragés au Moulin de Brainans. Ainsi, ils nous parlent de ce succès, de la scène rock française en général, de leur rapport à la scène, mais aussi de l’entité Rage Tour, son histoire et sa philosophie. Un échange passionnant avec deux artistes qui ont du bagou, deux figures incontournables du rock français qui se sont liées d’une profonde amitié.

« Finalement, on se rend compte que nous sommes hyper bien dans notre niche, là où nous sommes, les gens nous suivent, et nous n’avons plus besoin de courir après cette reconnaissance absolue, de dire que nous existons, que nous sommes là, etc. C’est bien d’être sereins et d’avoir cette mentalité. »

Radio Metal : Vous êtes ce soir à un concert du Bal Des Enragés, et il se trouve que le Bal Des Enragés fête ses dix ans cette année. Dix ans après, le plaisir est-il toujours le même ?

Niko Jones (chant) : Oui, parce que le concept, c’est que ce soit une bouffée d’air dans nos vies respectives de musiciens et dans nos carrières de groupes. C’est ça qui fait que ça reste magique. Nous le voulons comme ça. C’est-à-dire que nous faisons une tournée tous les trois ans, qui dure en général cinq ou six mois. Là, nous en sommes à la quatrième tournée ; il y a eu une tournée en 2010, en 2013, en 2016 et là les dix ans c’est 2019. La première date était unique en 2009, c’est pour ça que ça fait vraiment dix ans. En 2016, nous avions fait plus de dates parce que, malheureusement, comme Schultz était décédé, il y avait les autres musiciens de Parabellum qui n’avaient plus d’autre projet, donc nous avons dit que nous ferions au moins cinquante dates pour qu’ils puissent avoir l’intermittence avec le Bal. C’était super sympa, mais même, à la fin, nous nous sommes dit : « Cinquante dates pour bal, c’est peut-être un peu trop », parce que justement, le bal, ça doit rester éphémère, magique, un petit tour et puis s’en va. Nous avons décidé de réduire un petit peu la voilure sur cette tournée des dix ans ; je crois qu’il ne va y avoir à peu près que trente-cinq dates, exprès, exactement pour les raisons que tu évoques dans ta question : nous voulons que ça reste magique. Ce qui plaît aux gens dans ce projet, c’est justement la fraternité, la camaraderie, le fait que nous nous marrons ensemble quand nous sommes sur scène et que nous partageons des choses incroyables. Il ne faut pas que ça devienne un habitude, et pour éviter que ça devienne une habitude, il faut garder cette rareté.

Et j’imagine qu’en termes de logistique, ça ne doit pas être évident d’impliquer autant de personnes…

Aujourd’hui, c’est plus facile qu’il y a dix ans, parce qu’il y a dix ans, nous avons eu cette idée, bonne ou mauvaise, que nous avons appliquée et qui a été de dire que nous allions donner un nom au groupe, Le Bal Des Enragés, et que nous ne communiquerions pas. La première tournée, nous n’avons pas communiqué, ou très peu. Nous avons essayé de minimiser sur les groupes et les individus qui étaient à l’intérieur, car nous nous sommes dit qu’il ne fallait pas que les gens aient l’impression de venir, à l’époque, à un concert de Tagada plus Lofo plus Parabellum. Il fallait bien comprendre que c’était un bal et un groupe à part entière, avec des gens certes issus d’autres groupes, mais un projet bien particulier. Donc ça a été un peu particulier, parce que forcément, l’affluence n’était pas toujours au rendez-vous, car les gens ne connaissaient pas le Bal Des Enragés. C’était un peu plus dur à mettre en place financièrement. Aujourd’hui, nous jouons dans de plus grandes salles, ça remplit beaucoup mieux : hors festival, je pense qu’on a quatre-vingts pour cent des concerts qui sont complets, donc ça aide énormément à ce que la logistique se mette en place. La chose qui reste très compliquée à faire, c’est de faire coïncider les calendriers et les plannings de tous les groupes. Si tu prends tous les participants, tu as quasiment six ou sept groupes qui se trouvent impactés quand il y a une date du bal ! Donc c’est ça le plus dur.

Kemar, tu es relativement nouveau sur le Bal Des Enragés. Comment tu te sens dans cette famille ?

Kemar (chant) : Nous sommes nouveaux ! Parce qu’il y a Shanka, Popy, et des fois il y a pratiquement tout No One qui est là aussi. On se sent très bien ! C’est une aventure géniale pour nous, parce que déjà, c’est une bouffée d’oxygène par rapport à notre tournée perso et nous nous retrouvons avec des gars géniaux, hyper pros, où tout le monde joue hyper bien, avec des morceaux que nous kiffons de jouer, qui ont bercé notre adolescence et après. Pour nous, c’est fabuleux de se retrouver là-dedans. En plus avec une équipe de mecs où il n’y a pas du tout d’ego, tout le monde joue pour les uns et pour les autres, c’est fabuleux.

Vos deux groupes sont à l’affiche au Zénith de Paris le 2 novembre prochain. Un concert complet. Est-ce que lorsqu’on joue à guichet fermé on est plus serein, ou bien il y a une pression supplémentaire ?

Un peu des deux, je te dirais. Une pression positive, parce que savoir que c’est complet, ça veut dire que c’est un vrai événement pour Rage Tour, pour les trois groupes. Après, nous sommes assez sereins, en fait, parce que nous avons déjà fait pas mal de dates avec les trois groupes, tout le monde s’entend hyper bien, il y a des échanges, surtout entre Tagada et nous, mais avec les Ultra aussi nous nous entendons hyper bien. C’est une vraie fête géniale pour le rock et le metal.

Niko : On peut aussi rajouter que le fait que ce soit complet, c’est une pression que tu peux avoir en te disant qu’il y a plein de gens, mais comme dit Kemar, c’est quand même une grosse fête avant tout. Finalement, nous ne flippons pas tant que ça. Par contre, c’est une pression que tu n’as pas parce que je pense qu’il n’y a rien de pire que de partir sur des très grosses jauges comme ça et te retrouver avec des salles à moitié vides que tu n’arrives pas à remplir. Ça, je pense que c’est le pire qui puisse arriver à un producteur ou à un groupe, c’est-à-dire de partir sur une salle et finalement se rendre compte qu’elle est un peu trop grande par rapport à ce qu’on fait. C’est vrai que là, tu te retrouves avec une espèce de pression négative, tu vas faire le concert mais en te disant : « Merde, ça n’a pas marché comme on le voulait. » C’est compliqué. Alors que là, effectivement, quand tu pars avec un concert sold out et qu’il n’y a pas de billetterie, wow ! C’est un vrai bonheur ! Et là je parle aussi en tant que producteur, tu es quand même content, ça fait un poids en moins.

Kermar : Pour être honnêtes avec toi, nous sommes tous super excités !

Est-ce qu’il y a une sensation particulière à afficher « complet » sur un lieu aussi emblématique que le Zénith avec une date cent pour cent française et cent pour cent rock et metal ?

Niko : Oui mais, si veux, nous n’en sommes pas à faire la compétition, à se dire qu’il y a une fierté ou quoi. Nous sommes juste hyper contents. Depuis quelques mois, nous nous rendons compte qu’il y a un vrai retour du public et un engouement, des jeunes notamment, sur les artistes un peu durs qui chantent en français, voire même artistiquement… Ce n’est pas forcément que des artistes engagés, parce que c’est vrai qu’entre Tagada et No One nous partageons ça, l’engagement, mais par exemple, Ultra n’a pas ça. C’est plus vaste : les jeunes se retrouvent un petit peu dans les artistes rock qui chantent en français. Donc par rapport à ça, nous sommes hyper contents. C’est une fierté, mais ce n’est pas dans le sens « on est trop fiers » à snober un peu les autres. Au contraire, si ça peut ouvrir des portes à plein de gens derrière pour qu’eux-mêmes fassent ce même genre de projet et que ça fédère et ça fonctionne, plus il y en aura, plus ça marchera, plus nous serons contents.

« Nous ne sommes pas encore assez lisses pour rentrer dans [les] critères [des radios]. […] Mais tant mieux, putain ! Tant mieux que nous ne soyons pas lisses, franchement. Nous faisons cette musique-là que nous avons dans le bide depuis des années, c’est celle que nous défendons. »

On dit toujours que la France n’est pas un pays rock. Mais est-ce qu’en fin de compte, vous ne démontrez pas le contraire ?

Kemar : Oui, c’est-à-dire que nous ne sommes pas mis en lumière par les radios et les télés. Par contre, nous sommes mis en lumière par les magazines, par la presse spé, etc. Et puis, finalement, on se rend compte que nous sommes hyper bien dans notre niche, là où nous sommes, les gens nous suivent, et nous n’avons plus besoin de courir après cette reconnaissance absolue, de dire que nous existons, que nous sommes là, etc. C’est bien d’être sereins et d’avoir cette mentalité.

Niko : Et puis, il faut relativiser. Certes ça fonctionne, c’est un succès, mais c’est aussi à des années-lumière de tous les succès commerciaux qu’il peut y avoir dans la variété ou dans les musiques urbaines. Ça marche très bien mais ce n’est non plus du niveau des choses satellitaires qu’on peut voir sur des énormes prods. Mais ça marche largement assez pour nous !

Kemar : Disons que nous sommes aussi fiers de faire ce Zénith que de nous retrouver au Hellfest cette année, le vendredi, avec cette journée française sur la Mainstage 2. Tout le monde en a parlé, ça a été un succès sur toute la journée où tous les groupes ont reçu un accueil vraiment génial. Ça montre que malgré tout, même si on n’a pas les radios, les télés, tout ce que tu veux, ça existe et que les gens nous suivent.

Niko : Il y a du public ! C’est vrai que des groupes comme nous, No One, Ultra, nous faisons un petit peu moins d’une centaine de dates chacun à l’année, c’est beaucoup ! Si on dit que les trois quarts des dates se font en France, ça veut dire que tu fais soixante-quinze dates en France par groupe où tu vas jouer dans toutes les salles… Effectivement, quand tu cumules tout le public, il y a quand même du monde ! Ce n’est pas tant une niche que ce que pas mal de gens veulent bien… enfin, voulaient bien laisser croire. Mais le Hellfest a mis ça en lumière et, maintenant, les gens commencent à comprendre qu’il y a quand même un vrai public.

Une chose qui peut paraître étonnante, c’est, justement, à quel point la scène rock française est bouillonnante alors qu’elle est quasi inexistante dans le paysage médiatique auprès du grand public.

Kemar : Tu sais, je trouve que, quelque part, elle l’a toujours été un peu. A part peut-être à la grande époque de Trust, la Mano Negra, Noir Désir, les Bérus, etc. mais elle l’a toujours été un peu, parce qu’on est quand même un pays de chansonniers. Chez nous, c’est Brassens, Piaf, etc. La culture française est quand même là. Nous sommes donc toujours un peu à courir après une notoriété, mais finalement, nous avons beaucoup joué, nous avons beaucoup rencontré les gens, nous avons fait le taf, nous nous sommes fait plaisir à faire le taf depuis des années, et à un moment donné ça paye. C’est pour ça qu’en novembre, quelque part, il n’y a pas de surprise de finalement se retrouver au Zénith et se retrouver à faire complet à trois groupes.

Niko : Ce qu’on peut rajouter aussi, c’est qu’internet est à double tranchant : c’est soit t’existes, soit tu n’existes pas, et c’est de pire en pire, j’ai l’impression. Mais c’est aussi un vecteur pour les groupes qui existent déjà, qui par contre deviennent notre radio à nous. C’est-à-dire les YouTube ou les plateformes comme Spotify, Deezer, iTunes, ce sont des radios à nous. Maintenant, les gens peuvent aller écouter des playlists ou écouter nos morceaux, alors qu’avant on n’avait pas ce vecteur-là, parce que les réseaux traditionnels, à part les réseaux Ferarock ou ce genre de choses, ne diffusaient pas notre musique. Donc, c’est vrai que par rapport à ça, indirectement, ça nous donne plus d’exposition qu’il y a quelques années, grâce à internet. Mais je le dis : c’est à double tranchant, parce que je sais aussi que pour les groupes qui débutent, les algorithmes d’aujourd’hui font que c’est hyper difficile et qu’en fait, ils n’existent pas. Ils existent virtuellement quelque part mais il n’y a aucun pont qui amène jusqu’à leur île. C’est malheureux, mais par contre, pour les groupes qui ont déjà un peu de reconnaissance, c’est un vecteur incroyable pour aller toucher les gens et de nouvelles personnes.

Kemar : Et puis c’est aussi une victoire des groupes qui chantent en français. Tous les jeunes groupes que nous croisons, nous les encourageons à chanter en français, à avoir une vraie identité, une vraie image, un discours qui porte, qui parle aux gens. Ça paye ! Que tu sois même Ultra Vomit, dans leur délire, ça paye aussi de chanter en français. Ce n’est pas facile, il faut s’accrocher, il faut bosser, il faut trouver son ton, son identité, son image, mais à un moment donné, ça paye. Les trois groupes, nous sommes tous passés par là, par des moments où nous nous sommes grave accrochés et ça paye.

Ce que je voulais dire aussi, c’est que je m’imagine dans la peau d’un businessman ou d’un patron de radio ou de télé : il y a un manque à gagner incroyable !

Niko : Oui mais après, ils ont aussi toujours le côté très « il faut faire attention à ce qu’on diffuse ». Donc si les paroles sont trop engagées, ça ne va pas plaire. Si c’est trop rigolo, comme Ultra Vomit, ou pipi caca, ça ne plaît pas non plus. Nous ne sommes pas encore assez lisses pour rentrer dans leurs critères.

Kemar : Ouais, mais tant mieux, putain ! Tant mieux que nous ne soyons pas lisses, franchement. Nous faisons cette musique-là que nous avons dans le bide depuis des années, c’est celle que nous défendons. Après, il y a toujours quelque chose qui ronronne un peu : quand il y a le Hellfest, il y a toutes les téloches, toutes les radios qui se pointent parce que c’est le Woodstock du metal et il faut être présent parce que c’est le deuxième plus gros festival de France… Par contre, quand tout le monde rentre chez soi, quand tu retrouves les mecs, tu dis : « Bon, alors, sinon, ça te dit rien de passer un de nos morceaux ? » « Ah bah ouais, mais c’est compliqué, etc. » Tu vois, il y a une pseudo-hypocrisie par rapport à tous ces gros médias qui se pointent au Hellfest, mais finalement, nous, nous en rigolons. Ça ne nous touche plus comme peut-être à nos débuts.

« Je vais être un peu salaud en disant ça mais, enfin, quatre-vingt-dix pour cent des groupes européens, ça va être la copie d’un groupe américain ou d’un groupe anglais. Donc eux, quand ils les voient arriver dans leur pays, ils se disent : ‘On n’en a rien à foutre, on a déjà l’original ! Qu’est-ce qu’on peut bien foutre d’une copie ? Aucun intérêt.’ Alors, ils préfèrent voir arriver quelque chose avec une personnalité et cette petite touche exotique, et c’est génial ! »

Il y a quelques jours, on parlait avec Frédéric Leclercq, qui a rejoint Kreator il n’y a pas longtemps, de la scène française. Il nous disait qu’il y a une scène française, et qu’il y a d’excellents groupes dedans, mais que « son problème c’est peut-être qu’elle est très franco-française ». Et il se posait la question de savoir qui décrétait que « chanter en allemand c’est bien, chanter en français ce n’est pas bien ». Du coup, la question qu’on peut se poser : quelle est la place de Tagada Jones et No One Is Innocent à l’étranger, aujourd’hui ?

Niko : Pour d’abord répondre au choix de la langue, c’est quelque chose que tu dois faire naturellement. Tu ne dois pas te dire : « Tiens, je vais chanter en allemand ou en français pour avoir du succès. » Ça c’est une connerie. Il faut avoir envie de le faire. Après, je pense que c’est la même chose, il faut avoir envie de se développer ou pas à l’étranger, à l’international. Nous l’avons beaucoup fait avec Tagada. Je pense qu’aujourd’hui, nous sommes dans trente-six pays différents. A la prochaine sortie d’album, nous allons faire une tournée où nous allons accumuler tous ces pays-là justement ; nous allons faire une tournée presque mondiale. Et nous avons des bons plans dans pas mal de pays, parce que nous le faisons depuis pas mal de temps. Après, ce qu’il faut comprendre, c’est qu’évidemment, quand tu chantes en français, tu deviens exotique. Quand nous sommes allés jouer aux Etats-Unis, quand nous sommes allés jouer en Angleterre, tous les gens avec qui nous discutions à la fin, ils adorent le côté exotique, ils disaient que c’est génial, parce qu’ils voient quoi les groupes américains et anglais ? Ils ne voient que des copies de ce qu’eux font ! Je vais être un peu salaud en disant ça mais, enfin, quatre-vingt-dix pour cent des groupes européens, ça va être la copie d’un groupe américain ou d’un groupe anglais. Donc eux, quand ils les voient arriver dans leur pays, ils se disent : « On n’en a rien à foutre, on a déjà l’original ! Qu’est-ce qu’on peut bien foutre d’une copie ? Aucun intérêt. » Alors, ils préfèrent voir arriver quelque chose avec une personnalité et cette petite touche exotique, et c’est génial ! Je me rappelle avoir discuté… Je prends un exemple : nous avons joué au 924 Gilman Street, à Berkeley, qui est l’endroit dans la région de San Francisco qui est le berceau du punk rock. C’est là où Rancid s’est créé, Operation Ivy, c’est là où Green Day a commencé, etc. Il y a encore le frère de Tim Armstrong qui bosse dedans, nous avons passé une soirée à parler de ça et les mecs nous encensaient en disant : « Les gars, c’est jamais arrivé ! » Ce lieu existe depuis trente ans et il n’y a pas un groupe français qui est venu chanter en français en trente pas ! Nous étions les premiers à venir chanter en français. Après, il y en a peut-être eu et lui n’était pas là ce jour-là, je n’en sais rien, mais c’est ce qu’il nous disait. C’est juste très dur de rentrer dans ces pays anglo-saxons, mais en fait quand tu présentes une musique très différente de la leur, ils aiment, parce que c’est exotique, c’est original. Donc, effectivement, la place pour des groupes comme nous, elle est là si tu la prends et que tu as travaillé. Par contre, il faut aussi être réaliste, c’est très difficile et ça prend beaucoup de temps et si tu n’es pas un groupe avec la force d’une major énorme qui va dire « allez, ce groupe on le sort internationalement », c’est long. Il y a des groupes qui ont réussi : regarde Gojira, ils ont réussi à force de faire beaucoup de tournées en première partie lors de tournées européennes, puis de tournées américaines, au bout d’un moment, avec un gros label au cul, ils ont réussi à se faire connaître et c’est tant mieux, c’est super. Il faut juste se dire que ce n’est effectivement pas facile.

Kemar : Nous avec No One, nous avons pas mal joué en Amérique du Sud. Nous avons fait pas mal de concerts en Europe, mais depuis à peu près deux ou trois albums, ce n’est plus forcément une priorité totale. Depuis un moment, nous considérons que quand tu pars à l’étranger, tu n’y vas pas forcément pour passer des vacances… Bon, évidemment, si on nous appelle pour jouer à la Réunion, en Martinique ou en Guadeloupe, nous savons pertinemment que nous allons passer une super semaine, ou même en Nouvelle-Calédonie. Mais nous savons qu’il faut y passer du temps et de l’énergie, et rien que l’énergie que nous donnons quand nous jouons en France, nous sommes quand même bien sur les rotules quand nous terminons une tournée. Il faut donc vraiment choisir les bons moments pour partir à l’étranger et que ça serve à quelque chose.

Ultra Vomit est en tête d’affiche le 2 novembre prochain…

Heu, non ! [Rires]

Niko : Il fallait lire l’affiche à l’envers, c’est pour ça [rires]. Mais si, tout le monde sait bien qu’Ultra… On dit qu’il y a ce mouvement des groupes qui chantent en français qui va vraiment de l’avant et que chacun de nos groupes, nous en ressentons les fruits à chaque concert, mais la tête de file actuelle, c’est Ultra qui a supplanté tout le monde. C’est une évidence.

A eux seuls ils avaient déjà réussi à remplir L’Olympia : quel regard portez-vous sur leur incroyable succès ?

Niko : Moi, j’ai un regard très bienveillant parce que nous sommes producteurs [rires]. Je trouve que ce que disait Kemar tout à l’heure, c’est vrai. Quand tu es un groupe – et d’autant plus quand tu chantes en français, mais peu importe la langue dans laquelle tu chantes –, il faut trouver ta personnalité, et Ultra Vomit a su trouver son style. Et après, le style, ça peut plaire ou ne pas plaire. Si ça se trouve, Ultra Vomit aurait sorti leur album dix ans avant ou dix ans après, il n’aurait pas marché. Des fois, il faut être en phase avec le temps. Mais ils ont un style. C’est ça qui est super. Je fais pas mal de formations pour les jeunes groupes et je leur dis : « Allez jusqu’au bout de vos idées ! » Il ne faut pas se dire : « Je dois avoir une personnalité. » Mais la personnalité qui est en toi, il faut réussir à l’exprimer. Ultra Vomit, ils se sont trouvés. En plus, quand on parle d’un groupe, ce n’est pas qu’une personne, donc c’est une personnalité de plusieurs membres qui doivent, ensemble, créer quelque chose. Ce n’est pas toujours facile à trouver, mais tu te rendras compte que les groupes qui fonctionnent ont toujours une personnalité. Ultra, ils ont justement su sortir ce metal humoristique… Parce que c’est ça, c’est de l’humour, on se marre, ça pourrait être quasiment un one man show…

Kemar : On se marre, mais ça joue, quoi !

Niko : Oui, ça joue grave ! Et je pense que le côté un peu humour associé au metal, ça n’existait pas, ils ont su prendre la place et c’est génial. Tant mieux pour eux.

Ultra Vomit joueront donc après deux groupes très engagés, et aujourd’hui on entend constamment parler de politique et de tous les problèmes à travers le monde. Ultra Vomit jouerait-il le rôle de soupape de décompression ?

Kemar : Non, mais nous ne le prenons pas comme ça. En fait, nous le prenons vraiment comme des entités musicales. Le message, c’est le message, mais avant tout, tout le monde a une gratte dans les mains, avec une batterie derrière. C’est surtout le langage musical qui parle. Alors après, qu’effectivement ils viennent faire rigoler un peu tout le monde après que nous ayons parlé de tous les problèmes du monde, tant mieux ! [Rires]

« Le message, c’est le message, mais avant tout, tout le monde a une gratte dans les mains, avec une batterie derrière. C’est surtout le langage musical qui parle. Alors après, qu’effectivement [Ultra Vomit] viennent faire rigoler un peu tout le monde après que nous ayons parlé de tous les problèmes du monde, tant mieux ! [Rires] »

J’imagine que les publics de Tagada Jones et de No One Is Innocent se rejoignent, mais est-ce qu’il y a une perméabilité entre vos publics et celui d’Ultra Vomit ?

Niko : Oui, et je pense que c’est le propre même du plus jeune public actuel. Ils ont moins ces carcans qu’on pouvait avoir, nous, parce que c’est justement l’histoire des radios, etc. On était un peu dans des réseaux, alors qu’aujourd’hui, avec internet, les jeunes écoutent de tout, ils sont vachement plus ouverts que ce que nous on pouvait être. Avant, les jeunes, tu devais être keupon, tu devais être hard rockeur, etc. Ça ne se mélangeait pas tant que ça. Alors qu’aujourd’hui, les jeunes n’ont pas forcément le style de ce qu’ils écoutent mais ils écoutent de tout ! Ils peuvent venir écouter un concert de Tagada et No One et puis, le lendemain, aller faire un concert de, je ne sais pas, un truc qui n’a rien à voir, du rap, par exemple. Les jeunes sont un peu plus ouverts et ont moins de carcans. Donc il y a une perméabilité hyper importante entre les publics. D’ailleurs, c’est drôle, je prends une anecdote : Ultra, ils n’arrêtent pas de nous raconter que maintenant, ils ne font presque plus un seul concert sans que le public leur chante Mort Aux Cons, « la la, la la la la… » ! Et ils se disent : « C’est pas possible ! » Ils pensent même à refaire une version en canard – je te lâche un scoop ! [Rires]

On peut remarquer qu’il y a énormément de groupes engagés plutôt à gauche aujourd’hui, entre les historiques de la scène hexagonale comme vous, mais aussi Mass Hysteria, Sidilarsen ou Trust, mais aussi le retour en force de pointures internationales : Refused, Prophets Of Rage, Body Count… C’est en phase avec l’époque où plus rien ne semble aller. D’un autre côté, vous n’avez pas peur d’en arriver à une forme de saturation ou vous avez l’impression qu’au contraire, ça correspond à une demande croissante du public, en leur permettant de se défouler et d’évacuer leurs frustrations ?

Kemar : Non, ce dont tu parles en termes d’évacuation, c’est purement musical. Je te le dis avec honnêteté et objectivité, même si j’écris les textes comme Niko, nous savons pertinemment que la plupart des gens qui viennent nous voir viennent pour cette pulsion musicale que nous dégageons. Après, s’ils sont un peu sensibles par rapport à ce que nous racontons, tant mieux, mais avant tout, nous parlons musique.

Niko : Il faut vraiment que les gens qui ne nous connaissent pas viennent voir un concert, parce que même si nous sommes des groupes engagés, ils peuvent se rendre compte que c’est un moment de partage, d’émotion, où tout le monde se marre. C’est une fête ! Un concert de No One, un concert de Tagada, un concert d’Ultra, ou les trois en même temps, ou quand nous faisions les plateaux Du Bruit Dans L’Hexagone, c’est une fête avant tout, et les gens viennent, ils font la fête, ils sont heureux, ils discutent entre eux. Je rajouterais même que dans un monde aujourd’hui où on vit de manière de plus en plus virtuelle, avec internet, caché derrière son ordi, avec des réseaux sociaux, on a des amis qui n’existent pas, on ne sait même pas à quoi ils ressemblent des fois, justement, les concerts, ça reste un lieu où les gens peuvent se rencontrer, discuter ensemble au bar, etc. Un peu comme un festival où, entre les groupes, tu bois un coup et discutes avec des gens. Il y a vraiment ce côté-là qui est hyper fort dans nos concerts. Je n’ai pas l’impression, par exemple, que ce soit aussi fort dans tous les styles. En variété française, il y a peut-être un peu moins ça, dans le rap aussi. J’invite vraiment les gens à venir voir parce que c’est assez incroyable. Et il y a des communautés de fans qui se créent, des fans qui deviennent des amis, qui se sont rencontrés sur les concerts et qui après viennent en bande en concert. Je trouve ça magique. C’est de l’humain et c’est génial.

Kemar : Nous nous sommes retrouvés avec No One dans des festivals à jouer juste avant ou après des groupes de hip-hop et en fait, face à nous, nous avions des hordes de jeunes qui se sont autant éclatés à se faire des wall of death ou des pogos que pendant le groupe de hip-hop. Ils viennent parce qu’en face d’eux, il y a un groupe qui a une attitude, qui dégage une musique hyper puissante, et c’est ce qui leur plaît. C’est ça qu’ils veulent !

Le message politique et social est donc secondaire à côté de la musique.

Evidemment ! Je le pense. D’année en année, c’est quelque chose qui se vérifie. Alors, peut-être que le message engagé dans les années 90 était hyper porteur parce qu’il y avait une génération de jeunes qui luttaient véritablement contre le fascisme, contre toute forme d’extrémisme, etc. Aujourd’hui, les jeunes vont plus se battre pour l’écologie et la planète. C’est un combat peut-être différent et qui est peut-être moins extrême que ça a été, mais au final, c’est la musique qui porte le truc.

Niko : Après, il y a l’univers – l’engagement, les discours que nous avons, etc. –, il y a des gens qui se retrouvent dans cet univers-là et qui sont d’accord, ou pas d’ailleurs, il y en a qui ne sont pas d’accord…

Kemar : Oui, c’est ça ! Je te coupe, parce que c’est vrai, il y a des gens qui ne sont pas d’accord, comme ils peuvent trouver Ultra Vomit drôle ou pas drôle. Je pense qu’il y a des gens qui doivent kiffer la zique d’Ultra Vomit et puis des fois qui doivent se dire : « Ouais, c’est peut-être un peu trop pipi caca. » Ou alors à nous écouter nous et se dire : « Ah ouais leur zique est terrible mais bon, il y a tel ou tel morceau, par rapport à ce qu’ils racontent… »

Niko : « Les discours de gauchos, c’est bon… » [Rires] Mais bon, le rock, ça doit rester sincère, donc tu ne peux pas chanter quelque chose que tu n’as pas sur le cœur, sinon ça ne marche pas, ça devient autre chose. Donc nous chantons ce que nous avons envie de chanter. Ça a toujours été comme ça, nous crions ce que nous avons envie de crier. C’est vrai, j’ai fait énormément d’interviews depuis la sortie de l’album, où les gens me disaient : « Ouais, vraiment, vous avez écrit un album pile-poil dans l’air du temps. » Je dis bah, non, faut dire les choses à l’inverse, parce que nous, ça fait à peu près vingt-cinq ans que nous chantons, sous une forme différente, mais le même fond. Ce n’est pas nous qui avons changé, c’est le contexte qui a énormément changé. Je pense que des jeunes s’intéressent à notre discours ou à notre musique de par le côté engagé du groupe, mais s’ils viennent nous voir en concert, parce que c’est de ça que parle Kemar, c’est parce qu’ils ont envie de passer un bon moment, de ressentir l’énergie du groupe et s’éclater avec nous. Après, je ne vais pas te cacher aussi que Tagada, nous sommes de plus en plus démarchés pour des concerts de soutien ou pour des choses en lutte, et nous en faisons de plus en plus, parce que ça correspond à nos idéaux. Mais c’est vrai que la musique reste quand même notre vecteur principal.

« A la différence peut-être de certaines agences de booking qui vont faire un petit peu du quantitatif et auront un peu plus l’aspect financier qui passe avant tout, ce n’est pas du tout le cas chez Rage Tour […]. Les valeurs artistiques et humaines l’emportent sur l’aspect financier. »

Entre vos deux groupes, vous avez beaucoup de valeurs communes, vos luttes politiques et sociales se rejoignent, vous avez commencé un peu à la même période…

Non, non, Kemar est vachement plus vieux que moi ! [Rires]

Mais est-ce qu’il y a un sujet sur lequel vous n’êtes pas d’accord ?

Oui, le foot ! [Rires]

Kemar : Bah, oui, si tu veux, entre des Parisiens et des Bretons, question foot, nous nous tirons un peu la bourre quand même.

Niko : Nous avons quand même passé un moment magique quand Rennes a battu le Paris-Saint-Germain et qu’on a levé la coupe, je te le dis ! Nous jouions ce soir-là avec le bal, la soirée était extraordinaire !

Kemar : Non, mais pour être honnête, je ne sais pas… Là où nous ne sommes pas d’accord sur quelque chose… Pour l’instant, ce n’est pas forcément arrivé, et pourtant ça ne nous empêche pas de parler de choses et d’autres entre nous, mais…

Niko : C’est sûr que les bateaux vont dans la même direction.

Kemar : Si tu veux, quand nous évoquons Chirac, par exemple, pour être dans l’actu…

Niko : Nous n’avons pas sorti les mouchoirs !

Kemar : [Rires] Oui, nous n’avons pas forcément sorti les mouchoirs, même si ça ne sert à rien de tirer sur l’ambulance…

Niko : Sur le corbillard non plus [rires].

Kemar : Mais nous sommes tous d’accord pour dire que le mec a quand même été…

Niko : Une crapule !

Kemar : Une crapule, un équilibriste, un lanceur de couteaux, un phénix en politique. Et si on ressasse tous ses faits d’armes, ça fait beaucoup. Après, nous pouvons aussi nous retrouver dans l’idée qu’en 2003, à l’ONU, quand Chirac envoie de Villepin dire non aux Américains, c’est peut-être un jour où nous nous sommes sentis fiers d’être français.

Sur un autre sujet, Niko, on te connait majoritairement en tant que musicien de Tagada Jones, mais tu es également booker. A quel moment as-tu commencé à t’impliquer dans ce type d’activité et qu’est-ce qui a été ton moteur pour te lancer là-dedans ?

Niko : Au tout début, Tagada Jones s’est créé sur les cendres du rock alternatif et nous avons vraiment commencé l’aventure du groupe avec cette velléité d’autonomie et d’indépendance. Donc, dès le départ, avec Tagada, nous avons créé notre propre structure de booking et notre propre structure de production de disques. Séverine, ma compagne, s’est occupée plutôt de la partie production de disques et moi, directement de la tournée. Donc au départ, finalement, le Rage Tour a été créé pour trouver des dates de Tagada Jones. C’est l’origine de Rage Tour, c’est comme ça que nous avons commencé à trouver des dates et à tisser un peu notre réseau, en faisant pas mal d’échanges avec des groupes d’abord, régionalement, puis nationalement, puis internationalement, car il y a beaucoup de groupes avec qui nous avons fait des échanges comme ça. Finalement, ça fait quand même vingt-cinq ans que je fais Tagada Jones et vingt-cinq ans que je fais du booking. Mais ça s’est vraiment développé du néant. Nous sommes partis de zéro. Aujourd’hui, le catalogue de Rage Tour commence à être quand même assez imposant, mais ça s’est fait avec le temps. Nous sommes maintenant onze personnes à travailler chez Rage Tour, la partie booking s’est beaucoup développée. Mais c’est vrai que j’ai commencé à faire ça dès le départ, par passion, en même temps que le groupe, et ce côté indépendant, DIY nous tenait vraiment à cœur et nous n’avons jamais voulu lâcher les rênes. Avec le temps, nous avons eu des propositions d’assez gros producteurs que nous avons toujours refusées pour le faire nous-mêmes. Aujourd’hui, nous sommes d’autant plus fiers du parcours, du fait que nous l’ayons autogéré.

En étant à la fois booker et frontman de Tagada Jones, tu es un peu des deux côtés de la barrière, ce qui, j’imagine, est un énorme avantage dans les deux cas de figure. Qu’est-ce que ton expérience de booker apporte à Tagada Jones et qu’est-ce que ton expérience avec Tagada Jones apporte à ton rôle de booker ?

Ça va de pair, mais effectivement, je pense que ce qui est hyper intéressant et qui n’a pas de prix, c’est tout simplement le fait d’aller à la rencontre de tous les programmateurs, de toutes les équipes, et ce depuis vingt-cinq ans. Moi, au bout de vingt-cinq ans, grâce à Tagada Jones, je me déplace sur les concerts et donc je rencontre les organisateurs de concerts depuis des années. Non seulement les gens des salles qu’on commence évidemment à très bien connaître avec le temps, mais aussi les organisateurs de festivals. Là où c’est aussi très intéressant, c’est qu’il y a des gens qui ont grandi en même temps que nous. Il y a des gens qui étaient tout petits quand nous étions nous aussi tout petits et qui aujourd’hui vont être à la tête de programmations de très gros festivals. C’est donc un avantage énorme de rencontrer et croiser les gens régulièrement. C’est sûr que de ce côté-là, Tagada apporte beaucoup à la partie booking. Inversement, le fait d’être aussi booker, ça aide beaucoup le groupe parce qu’effectivement, d’abord nous travaillons forcément mieux nos projets puisque nous les connaissons très bien, et je pense qu’à la différence peut-être de certaines agences de booking qui vont faire un petit peu du quantitatif et auront un peu plus l’aspect financier qui passe avant tout, ce n’est pas du tout le cas chez Rage Tour, et ça ne le sera jamais, d’ailleurs ni pour Tagada, ni pour aucun autre groupe. C’est-à-dire que nous, les valeurs artistiques et humaines l’emportent sur l’aspect financier. Evidemment, l’aspect financier est un aspect important et on ne peut pas le dénigrer, il est là et on a besoin de cachets pour faire jouer les groupes, pour payer les frais, pour payer les salaires, c’est tout à fait normal, mais ce n’est pas la valeur première. Je crois que de ce côté-là, l’apport de Tagada ou du fait d’être musicien est énorme dans l’approche du développement notamment de tournées. Tous les groupes qui viennent chez nous, notamment les groupes étrangers, hallucinent un peu des conditions que nous essayons de leur rendre le plus agréables possible, car nous savons ce que c’est que de partir sur la route, nous savons comment ça marche, nous savons ce que c’est que de partir deux mois ou un mois et demi à l’étranger, etc. Nous essayons vraiment de calquer les tournées que nous montons sur nos envies et les autres musiciens le ressentent énormément.

« Maintenant, quand nous vendons des plateaux de groupes qui chantent en français, nous nous retrouvons à avoir des scores complètement astronomiques, que jamais même nous aurions pu imaginer. On parle du Zénith qui va être complet, c’est quelque chose qui, même il y a trois ou quatre ans, était totalement impossible et inimaginable pour nous. »

Ça fait donc qu’au fil des années tu t’es construit un sacré réseau, tu as un côté très central dans toute cette scène… J’imagine qu’un projet comme Le Bal Des Enragés, c’est beaucoup grâce à ça qu’il a pu voir le jour.

Bien sûr. De toute façon, le Bal Des Enragés, c’est vraiment un projet qui a été monté par Tagada et Rage Tour. Nous avons eu une carte blanche sur un festival parce que nous avions fait un concert de soutien avec Tagada. Le festival qui a pu remettre une édition sur pied l’année suivante, pour nous remercier, nous a donné une carte blanche de deux heures. J’ai proposé de faire une heure de Tagada et une heure de reprises en invitant quelques copains. Le festival a adoré l’idée, nous avons lancé le projet et nous nous sommes dit qu’il fallait lui donner un nom. Ce nom du Bal Des Enragés résume l’état d’esprit parce que ça n’est ni plus ni moins qu’un bal, sauf qu’au lieu d’aller piocher dans un Jukebox de variété, nous sommes allés piocher dans des morceaux durs, metal, punk, rock, etc. C’est pour ça que nous avons trouvé le nom du Bal Des Enragés qui colle parfaitement, puisque le mot « enragé » présente bien la musique et aussi la structure. Ce projet est à la base axé autour de Tagada et de ses amis. Les valeurs que nous essayons de véhiculer portent leurs fruits sur le long terme. C’est pour ça que nous parlons souvent d’une grande famille. C’est-à-dire que Rage Tour, les Enragés, c’est une grande famille, et effectivement, avec Tagada, nous avons des tonnes de copains avec qui nous croisons le fer régulièrement, que nous rencontrons très souvent sur la route. Ce côté grande famille se ressent, le public le ressent et nous le dit souvent, et ça fait ultra-plaisir. Tu te rends compte que le public ressent cette amitié que nous pouvons avoir sur scène ou entre groupes, cette fratrie, c’est hyper important. C’est vrai qu’aujourd’hui, nous développons même des amitiés avec des gens avec qui nous ne travaillons pas forcément avec Rage Tour ; je pense par exemple aux Ramoneurs De Menhirs qui ont aussi leur propre structure mais avec qui nous faisons plein de collaborations, de projets en commun. Ce sont des valeurs hyper importantes pour nous mais nous nous rendons compte qu’elles le sont aussi pour beaucoup d’autres groupes. Donc ça se ressent de plus en plus et il y a plein de groupes qui arrivent chez Rage Tour et qui vont nous dire : « C’est génial, on a vraiment l’impression d’entrer dans une grande famille », et c’est le cas !

Un concert, que ce soit en tant qu’orga ou en tant que musicien, ce sont des longues journées, avec peu d’accalmies. Comment est-ce que tu parviens à conjuguer ces deux casquettes ? Ce n’est pas trop compliqué des fois, en particulier sur les dates où tu joues en plus avec Tagada Jones ?

Ça l’était auparavant. C’était compliqué parce que nous étions une toute petite équipe. Au début, nous n’étions que deux avec Séverine. Après, Kalchat nous a rejoints assez vite en booker et notre ancien bassiste de Tagada, qui a arrêté et qui est devenu comptable de la structure. Donc nous avons été quatre très longtemps. Et quand nous organisions des concerts, là c’était compliqué, parce qu’à l’époque, il y avait une petite équipe, pas beaucoup d’argent pour salarier autant d’intermittents que nous voulions, etc. Nous étions donc à la fois au four et au moulin. Aujourd’hui, c’est moins le cas, car nous sommes beaucoup plus nombreux et Rage Tour est beaucoup plus important, et quand nous organisons des concerts, nous avons de quoi payer tous les potes sans souci. Donc nous sommes un peu moins pris à la gorge que ce que nous étions. C’est plus souple que ça ne ne l’a été il y a quelques années. C’est vrai qu’à un moment, il fallait parfois préparer le catering, aller faire les courses, faire les balances, jouer sur scène, débarrasser le matos une fois que tu avais fini de jouer, coller des affiches, tirer les panneaux d’affichage… Nous faisions un peu tout ! Mais c’est aussi par passion que nous le faisions. Je pense que tous les gens qui ont fait ça… D’ailleurs, il y a plein de petits groupes qui organisent des petits concerts et qui vivent ça régulièrement. Quand c’est ta passion qui t’anime, tu ne comptes pas tes heures.

L’industrie musicale est en pleine transformation et comme ça fait vingt-cinq ans que tu fais cette activité, tu as largement vu cette transformation opérer. Quel impact est-ce que ça a eu sur ton activité ?

Pour nous, l’activité a été fluctuante. C’est-à-dire que quand nous avons commencé, financièrement, la plus grosse partie du chiffre d’affaires de la structure, c’était les ventes de disques, la production phonographique, et nous avons vu un peu ce qu’on a appelé la crise du disque dans le milieu, mais la réalité c’est qu’internet est arrivé, et nous, plutôt que de s’arc-bouter sur des positions et de vouloir absolument continuer à vendre du disque physique, nous nous sommes penchés sur le côté d’essayer de produire de la musique à un coût très faible. Car nous avions bien compris que les ventes de disques allaient inévitablement et inexorablement s’écrouler. Donc nous avons investi dans un studio. Nous avons commencé petit à petit il y a quinze ans à investir dans le studio. Aujourd’hui, depuis sept ou huit ans, le studio est complètement terminé et ça nous permet notamment de faire plein de prods à moindre coût. Il y a toujours les coûts des gens qui y travaillent, les salaires, mais sinon, le studio est totalement amorti, tout le matériel n’est pas à payer – ce n’est pas comme si nous devions payer un studio à cinq cents euros la journée et ce genre de chose –, ça nous permet de produire en prenant le temps, pour nous et pour pas mal de groupes – il y a pas mal de groupes qui utilisent ce studio maintenant, des gens de Rage Tour ou des Enragés. Nous avons eu cette vision-là plutôt que se dire qu’il faut absolument continuer à vendre beaucoup de disques, ce qui était de toute façon impossible. Il y a encore des disques qui se vendent, bien sûr, mais beaucoup moins qu’avant. Du coup, c’est la tournée qui a pris le dessus, par contre, en termes de chiffre d’affaires, et de manière très importante. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, nous continuons de faire de la prod, par passion, donc nous produisons les albums que nous donnons après en exploitation, en licence à différents labels, mais aujourd’hui ça représente peut-être même pas dix pour cent de ce que nous faisons avec la structure, alors que la tournée représente tout le reste.

Comme tu disais, c’est devenu plus difficile de vendre des disques ou même de vendre une prestation musicale, que ce soit dans les grandes salles comme dans un restaurant ou dans le bar du coin. Dirais-tu qu’aujourd’hui, pour vivre de la musique, il faut d’autant plus être polyvalent comme toi, à savoir être musicien, mais aussi booker, commercial, etc. ?

Si on doit analyser le schéma musical en France, je pense que nous revenons à l’équivalent des structures indépendantes des années 80. Petit à petit, les groupes qui vont devoir tourner vont devoir être obligés de refaire un petit peu ça, un peu d’auto-prod, si on veut, et effectivement d’être polyvalents. Après, je dirais que c’est une analyse globale, parce que nous, comme nous avons été très axés sur le côté rock français – il y a beaucoup de groupes qui chantent en français chez nous – et qu’il y a un certain revival important du public sur ces musiques-là, nous avons aussi la chance de nous retrouver à faire des salles, des concerts et des festivals avec beaucoup de monde. C’est vrai que maintenant, quand nous vendons des plateaux de groupes qui chantent en français, nous nous retrouvons à avoir des scores complètement astronomiques, que jamais même nous aurions pu imaginer. On parle du Zénith qui va être complet, c’est quelque chose qui, même il y a trois ou quatre ans, était totalement impossible et inimaginable pour nous. Et il n’y a pas que ces dates-là. On parle de Paris, une grande ville, mais en fait, nous faisons énormément de concerts où nous allons nous retrouver de mille cinq cents à deux mille personnes juste en ayant deux ou trois de nos groupes. C’est complètement incroyable. Ça, non seulement, effectivement, je pense que c’est une chance dingue, mais je pense que ça n’est jamais arrivé. Moi qui connais beaucoup la scène alterno, car nous travaillons beaucoup avec les groupes qui ont été nos grands frères – les Parabellum, les Bérus, Les Ramoneurs De Menhirs, etc. – et tous ces gens, quand on discute avec eux de ce qu’a été le rock alternatif français, ils ne faisaient pas des scores comme ça. Donc c’est vrai qu’il y a un engouement actuel qui fait que la donne change beaucoup pour nous. C’est beaucoup plus facile que ça n’a été. Ça fait un gros changement. Et puis, on sait que c’est cyclique, donc à un moment ça redescendra, c’est toujours comme ça. Il ne faut pas s’attendre à ce que ça perdure des années et des années. Mais nous sommes vraiment dans un renouveau. Il y a des jeunes qui s’intéressent à cette musique-là, de groupes un peu durs qui chantent en français. Tant mieux pour nous ! Car c’est un peu notre cœur de métier.

« La France est un pays de grosse jalousie [petits rires]. Et ce n’est pas que dans la musique. Je pense que ça s’applique à beaucoup de choses, à tout quasiment. Plutôt que de s’entraider, les gens sont plutôt à se tirer dans les pattes. »

En tant que booker, tu as été surpris que la date au Zénith ait été complète ?

Nous ne sommes plus si surpris que ça. C’est-à-dire que si nous l’avons lancé, ça veut dire que nous pensions que ça pouvait fonctionner. Et puis il y a eu la date Hellfest au Zénith de Nantes – Ultra Vomit, Mass Hysteria, Tagada Jones et Dagoba – où il y a eu six mille huit cents places vendues. Nous commencions à comprendre qu’il y a un vrai potentiel. Il y a aussi nos festoches anniversaires Tagada que nous faisons depuis sept ans maintenant et qui sont complets – toutes les éditions ont été complètes ! Et à chaque fois, nous avons augmenté en capacité de salle ; l’année dernière, nous sommes passés à deux fois cinq mille, et nous avons fait complet sur une programmation très typée, rock français. Donc oui, c’est surprenant, mais le fait d’avoir petit à petit vu les capacités augmenter depuis deux ou trois ans fait que nous sommes surpris mais pas tant que ça, le terrain était un petit peu préparé. Mais ça reste très surprenant. Quand on repense à deux ou trois ans en arrière, c’était des choses totalement inimaginables.

Il y quelques collectifs en France entre groupes de metal pour s’entraider, tourner ou produire ensemble, on peut penser à la Klonosphère dans un style assez différent. Dirais-tu que, de manière générale, la scène metal française est une scène solidaire ?

Non. Je ne dirais pas ça, parce que je trouve que par rapport à d’autres pays, ça se tire beaucoup dans les pattes. La France est un pays de grosse jalousie [petits rires]. Et ce n’est pas que dans la musique. Je pense que ça s’applique à beaucoup de choses, à tout quasiment. Plutôt que de s’entraider, les gens sont plutôt à se tirer dans les pattes. Je peux en parler parce que notre politique, depuis le début, est vraiment dans le fait d’essayer de faire des choses ensemble, essayer de monter des plateaux, de s’entraider, et nous nous sommes pris des murs, des portes fermées, des murs, des portes fermées, des murs, des portes fermées… Il n’y a qu’aujourd’hui, maintenant que ce que nous avons créé tout seuls a commencé à porter ses fruits, d’autres gens nous ouvrent les portes, mais avant, ils nous avaient gardé la porte fermée. C’est parce que maintenant ça les intéresse qu’ils veulent faire quelque chose, sinon c’était : « Je garde mes plans pour moi. Si ça marche un peu, je ne vais surtout pas filer ça à quelqu’un d’autre. » C’est un pays comme ça, la France. C’est totalement dommage et sans intérêt. Je donne un exemple hyper flagrant : le succès du Hellfest, ça tire toute la musique metal et les musiques extrêmes en général vers le haut. Ça a absolument tout tiré vers le haut. Il y a plus de fréquentations, du coup les salles commencent à programmer plus ce style de musique, et puis il y a d’autres festoches qui voient le jour, etc. Et c’est pareil pour les groupes : le succès international de Gojira tire tous les groupes français vers le haut. Nous, avec Tagada, je te donne un exemple : l’été prochain, nous allons faire un festival énorme en Pologne. Eh bien, je pense qu’ils prennent des groupes français parce qu’il y a eu des groupes comme Gojira qui sont passés et ils se disent : « Merde, il y a un vivier en France. C’est intéressant d’aller voir ce qui se passe là-bas. » Tout est comme ça. Et malheureusement, en France, la majeure partie des gens ne le voient pas comme ça. Si tu as un groupe, un festival ou un média qui a du succès, il amène beaucoup de choses dans son sillage, ça draine beaucoup de choses. Ça c’est la réalité, mais dans l’esprit des gens, ça ne marche pas comme ça. Donc évidemment, j’encourage toutes ces idées de collaboration, d’entraide et de collectif, mais pour avoir essayé de monter des tonnes et des tonnes de choses, je me suis pris des tonnes et des tonnes de revers, de portes fermées et de murs, malheureusement. Et je pense que là-dessus, en France, on a un métro de retard sur pas mal de pays où eux s’entraident beaucoup plus.

Pour revenir à Tagada et No One, vous tournez donc sous la bannière Rage Tour. La rage peut être perçue comme une émotion négative, mais à quel point, pour vous, au contraire, est-elle positive ?

Une rage, si tu le prends comme la maladie, au sens premier, effectivement, on peut dire que c’est négatif, mais la rage ça peut vraiment représenter aussi la force d’aller chercher quelque chose qui est très difficile à atteindre. Je te l’ai dit : nous avons eu tellement de portes fermées dans ce pays de merde, où, dès que tu veux défendre les musiques un peu dures, tout le monde te claque la porte au nez, que le terme est juste pour notre entreprise à nous, ce que nous avons fait, ce que nous avons développé, ce que nous avons créé, d’être partis de zéro… Car nous sommes partis de zéro, du sol, de la terre, de rien, donc il faut vraiment avoir la rage en soi pour aller jusqu’au bout. C’est pour ça que nous avons choisi ce nom et je trouve qu’il est même très juste. Je ne pensais pas à l’époque que ça allait être aussi difficile que ça, même.

Et toi, Kemar, tu as la rage ?

Kemar : Bien sûr, j’ai la rage ! J’ai toujours la rage ! Quand je rentre chez moi, j’ai peut-être moins la rage, heureusement pour les gens qui m’entourent, mais tu sais, la rage, c’est quelque chose d’interactif entre nous. Au moment où on monte sur scène avec No One, nous le faisons comme si c’était le dernier concert que nous faisions, et même si nous pouvons être fatigués, au bout du deuxième titre, bam ! Il y a quelque chose qui se soulève en nous et nous sommes pris par nos morceaux. Je suis embarqué par mes potes qui jouent, eux sont embarqués par ce que je raconte, et la rage se déploie tout de suite. Ce sont les morceaux que nous avons créés qui nous ont créé cette rage, je dirais, positive. Car comme disait Niko tout à l’heure, nos concerts, ce sont des fêtes, ça l’a toujours été.

Vos deux groupes sont ultra-énergiques, il y a un côté presque cathartique dans vos concerts. Dans quel état d’esprit êtes-vous justement avant de monter sur scène ?

Tranquilles. Nous nous marrons…

Niko : Il a raison Kemar, ce sont les premiers accords qui commencent déjà à nous réveiller comme des piles électriques, et après c’est l’interaction avec le public. C’est ça qui nous fait péter les plombs. Et nous, nous faisons péter les plombs au public, qui, lui-même, nous fait péter les plombs. C’est un ping-pong permanent, ce qui fait qu’à la fin d’un concert, nous sommes montés au septième ciel, nous sommes loin là-haut, nous sommes satellisés. D’ailleurs, ce qui est drôle, ce n’est pas tellement avant les concerts où nous restons des gens normaux, nous sommes nos personnages de notre vie de tous les jours, à quelques secondes de monter sur scène. Par contre, quand il faut redescendre d’un concert, là nous mettons du temps. Tout suite après un concert, tu n’es pas quelqu’un de normal, t’es encore un peu là-haut. Il faut un certain temps pour redescendre.

Kemar : C’est ça qui est génial entre nous : que ce soit nous qui commençons à jouer ou Tagada qui joue en premier, nous sommes hyper excités les uns les autres, à chaque fois. Nous sommes super motivés, nous No One, à jouer après Tagada quand ils jouent d’abord et vice versa. C’est terrible. Entre nous, il y a une vraie énergie interactive même entre les deux groupes.

« Pour être franc et honnête avec toi, pour nous, notre aventure avec Tagada, c’est peut-être la plus belle histoire que nous ayons avec un autre groupe. De toute l’histoire de No One, c’est vraiment avec ces mecs-là que nous nous retrouvons avec la plus grande ferveur, le plus grand plaisir. »

Pour finir, un petit point sur l’actu de Tagada Jones et de No One Is Innocent ?

Niko : Nous arrivons à la fin de la tournée de La Peste Et Le Cholera, ça aura fait quasiment deux cent trente dates à la fin de la tournée avec Tagada, en deux ans et demi, donc ça fait beaucoup. Nous finissons aussi cette année du bal. Et l’année prochaine, nous prévoyons de sortir un nouvel album, donc nous sommes en train de commencer les compos. Vraisemblablement, nous devrions enregistrer, je pense, au mois d’avril ou mai pour sortir un album en octobre de l’année prochaine. C’est un peu le planning. Et si tout se passe bien et que nous avançons assez vite, normalement, nous sortirons un premier titre au moment de notre festival. Maintenant, nous avons ce festival anniversaire dont je t’ai parlé, une fois par an au mois d’avril.

Kemar : Qui est aussi tout le temps archi-complet !

Niko : Oui, nous avons la chance d’afficher cent pour cent de sold out en septembre, ça c’est cool ! Donc si tout se passe bien, nous sortirons un titre à ce moment-là et l’album vers septembre ou octobre.

Kemar : Pour No One, sur la tournée Frankenstein, qui se termine début décembre, nous avons fait à peu près cent quarante dates. Nous nous sommes remis à composer avec vachement d’enthousiasme. Il y a des départs de morceaux qui commencent et qui sont assez terribles. Nous allons sûrement rentrer en studio dans un an et sortir ça sûrement au printemps 2021, et puis revenir sur scène comme nous savons faire.

Niko, tu avais été invité à chanter à la fois sur le Barricades Live et sur le dernier album de No One, Frankenstein. Du coup, à quand Kemar sur un album de Tagada Jones ?

J’attends un tube de Tagada pour venir chanter, bien sûr !

Niko : On va peut-être s’y coller sur le prochain album, qui sait ? T’es peut-être madame Irma !

Kemar : Pour être franc et honnête avec toi, pour nous, notre aventure avec Tagada, c’est peut-être la plus belle histoire que nous ayons avec un autre groupe. De toute l’histoire de No One, c’est vraiment avec ces mecs-là que nous nous retrouvons avec la plus grande ferveur, le plus grand plaisir. Le fait que nous ayons, effectivement, beaucoup de points communs sur ce que nous racontons, sur l’énergie que nous dégageons… Et pour nous avec No One, de rejoindre Rage Tour, c’est peut-être le meilleur truc que nous ayons fait depuis des années.

C’est ce qui peut paraître étonnant : ce rapprochement s’est fait relativement tard au regard de vos carrières.

Oui, c’est vrai.

Niko : Tu sais quoi ? Nous avons pris le taureau par les cornes, parce qu’un moment, nous nous sommes retrouvés, malheureusement, à un concert hommage à une personne qui est décédée – Stéphanie, qui tenait le Chez Narcisse au Val d’Ajol – et en fait, nous avons super sympathisés. Nous ne nous étions quasi jamais croisés et puis nous nous sommes dit que c’est quand même dingue, ça faisait vingt ans que les deux groupes, nous jouions à mort en France mais nous ne jouions jamais ensemble. Pourquoi ? Parce que quand nous faisions des festoches, nous jouions le vendredi ou le samedi et eux inversement. Des fois, c’est con, c’est comme ça, c’est le sort. Donc nous nous sommes dit que puisque le sort fait que nous ne jouons jamais ensemble, nous allons le provoquer le sort, nous allons monter une tournée en commun. Nous en avons fait une, puis deux, et c’est ça qui a tout déclenché et c’est génial ! L’aventure est extraordinaire. Tous les concerts que nous avons donné dans les tournées Du Bruit Dans L’Hexagone 1 et 2 font que nous savons déjà que nous allons en faire une troisième, parce que c’est mortel et que nous prenons un pied pas possible à le faire.

Kemar : Et puis, en fait, nous nous rendons compte que c’est à nous de prendre les choses en main.

Niko : Un peu comme en politi… Ah, bah non, pardon [rires].

Interview réalisée par téléphone le 28 septembre 2019 par Nicolas Gricourt.
Fiche de questions : Nicolas Gricourt & Philippe Sliwa.
Retranscription : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Rage Tour : www.ragetour.com.
Site officiel de Tagada Jones : www.tagadajones.com.
Site officiel de No One Is Innocent : www.nooneisinnocent.net.



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