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Interview   

Les Tambours Du Bronx, metal au propre comme au figuré


Mais évidemment, qu’on l’attendait ce projet. Sans le savoir, peut-être, mais on l’attendait. Voilà plusieurs années maintenant que, à chaque fois que l’on parle des Tambours Du Bronx dans la sphère rock, on évoque leur collaboration avec Sepultura. Et il n’y a pas que le public, le groupe lui même espérait qu’une telle expérience se reproduise. C’est pourquoi, l’embryon même de ce nouveau spectacle Weapons Of Mass Percussion a suffi pour convaincre rapidement une équipe de se former. Il n’est pas anodin que Reuno (Lofofora), au planning pourtant déjà plein à craquer, se soit plié en quatre afin de se rendre disponible : « Quand on te propose un truc comme ça, il faut être le roi des nazes pour refuser, même si je lui ai dit que la raison voudrait que je dise non, parce que j’avais déjà trop de projets en route et que je n’avais pas le temps du tout pour faire ça. Mais je ne pouvais absolument pas dire non ! » nous disait-il récemment. Il en va de même pour Stéphane Buriez (Loudblast) et Franky Costanza (Blazing War Machine), dont on se demandait pour quel projet d’envergure internationale il jetterait son dévolu après sa séparation avec Dagoba.

Car l’idée que les Tambours soient rejoints, le temps d’une tournée, d’un album, voire d’un bout de carrière, par un groupe de metal coulait tellement de source que l’on s’étonnerait même que cela ne se soit pas fait plus tôt. Car les Tambours Du Bronx ne sont pas qu’un groupe de percus, c’est un groupe de metal à part entière, au sens propre comme au figuré.

Entretien avec Dom qui délaisse son bidon pour retrouver sa guitare sur ce spectacle, Stéphane et Franky, qui partagent avec nous leur enthousiasme vis à vis de cette aventure et se confient quant aux challenges personnels et collectifs qu’elle représente.

« Nous n’avons jamais été un groupe de percussions dans notre tête, nous n’avons jamais construit les morceaux des Tambours comme une batucada ou un groupe traditionnel de percussions. Nous avons toujours été un groupe de rock. »

Radio Metal : Dom, chez Les Tambours du Bronx, vous avez une relation privilégiée avec le metal. Avant de faire ce spectacle avec Franky, Stéphane et Reuno, vous aviez déjà collaboré avec Sepultura il y a plusieurs années. À quel point le metal fait-il partie de l’identité des Tambours, pour toi ?

Dom (bidons & guitare) : Les Tambours Du Bronx sont un groupe de metal à tout point de vue, au sens propre et au sens figuré. Déjà, nous tapons sur de la ferraille, c’est une chose. En plus, nous n’avons jamais été un groupe de percussions dans notre tête, nous n’avons jamais construit les morceaux des Tambours comme une batucada ou un groupe traditionnel de percussions. Nous avons toujours été un groupe de rock. J’entends par là que tous les musiciens des Tambours viennent du metal, ou du rock. Nous sommes tous guitaristes, bassistes, chanteurs, avec quelques batteurs… Moi, j’étais guitariste dans un groupe de hardcore, nous venons tous du metal. Tous nos morceaux sont construits comme si nous avions des guitares, mais avec des bidons. Je pense aussi que l’énergie que nous transmettons, l’attitude que nous pouvons avoir, je pense que tout cela colle à ce milieu metal.

Vous seriez plutôt restés sur votre faim après le spectacle avec Sepultura. Est-ce que c’est vraiment ça, le déclic qui vous a poussés quelques années plus tard à faire ce spectacle Weapons Of Mass Percussion ?

En partie. Nous sommes restés sur notre faim avec Sepultura, et eux aussi d’ailleurs, parce que nous prenions tellement de plaisir à jouer ensemble, c’était tellement la guerre sur scène, c’était d’une violence incroyable. C’était compliqué à mettre en place, parce que tu as deux groupes de deux continents différents, avec des équipes techniques… Financièrement, c’était lourd, et même sur le plan du planning c’était compliqué. En fait, nous étions uniquement bloqués à faire quelques très gros festivals, et nous aurions aimé tourner pour de bon, dans de plus petites salles, de plus petits festivals, et vraiment plus tourner. Les deux groupes avaient envie de ça. Et ça n’a pas vraiment été possible. Donc nous avons tous un peu tourné la page, mais nous sommes quand même restés sur notre faim. C’est un des éléments déclencheurs. L’autre élément déclencheur, je dirais que c’est que cette année, ce sont les trente-et-un ans, nous avons eu envie de nous renouveler. Dans les Tambours, on ne peut pas enlever des tambours, parce que c’est ça le groupe, ce sont des bidons. L’électro, nous avions déjà fait, il fallait donc trouver autre chose. Et nous nous sommes dit : « Pourquoi ne pas franchement aller dans le metal ? » Tout simplement.

À ton avis, qu’en est-il de votre public ? Est-il aussi composé d’une majorité de metalleux ?

Pas du tout. Nous avons un public très éclectique, je dirais même tout public. Ce n’est pas péjoratif, mais je peux dire que dans tous les concerts, nous avons toujours toutes les tranches d’âge, des enfants, des personnes âgées. Nous avons aussi tous les milieux sociaux. Il y a toujours eu quelques metalleux aux concerts. Il y a des gens qui viennent voir un spectacle, des gens qui viennent voir un groupe de rock, tout le monde a un petit peu sa propre image des Tambours. Jusqu’à présent, nous satisfaisons un petit peu tout le monde parce que tout le monde retrouve ce qu’il a envie de voir. Il y en a qui retrouvent ce côté metal, il y en a qui voient vraiment le côté spectacle… Même au niveau de la programmation, il nous arrive des fois de jouer un jour dans un festival de jazz, le lendemain dans un festival de metal, le surlendemain de jouer dans un théâtre, avec des gens assis… Ça, c’est notre quotidien. Nous avons vraiment un public tout public. Là, pour ce spectacle metal, nous sommes allés sur quelque chose où nous avons vraiment ciblé un style particulier. Donc nous avertissons les gens, nous prévenons pour qu’il n’y ait pas de surprise mais jusqu’à présent, nous avons plus de metalleux que d’habitude, mais nous avons quand même toujours notre public, et la plupart apprécie, et retrouve les Tambours.

Stéphane, comme Dom le disait à l’instant, le public des Tambours, ce n’est pas forcément le public auquel tu as affaire habituellement. Est-ce que c’est quelque chose que tu ressens en tant que frontman ? Dirais-tu que c’est intimidant, déroutant, ou au contraire stimulant ?

Stéphane Buriez (chant) : C’est un peu les trois à la fois, je t’avouerais. Dominique m’avait prévenu, lorsque nous avons fait la résidence à Auxerre, nous avions préparé le show, nous avions tous quand même les foins parce que c’était la première fois que nous présentions le spectacle tous ensemble, et il m’avait dit : « Tu vas voir, le public des Tambours, ça va du tout au tout. C’est-à-dire qu’un jour ça va être des rockeurs, et l’autre jour ça va être des familles ». Alors dans mon for intérieur, j’espérais que le premier concert allait être devant un public de rockers, parce que c’est un public que je connais beaucoup plus, bien qu’avec Le Bal Des Enragés, nous ayons aussi un public très éclectique. Ce jour-là, à Auxerre, c’était un peu famille. Avec le papa, la maman, les enfants, la grand-mère, et puis il y avait également deux, trois metalleux dans l’histoire. Donc je suis un peu monté sur scène avec l’appréhension d’affronter un public que je ne connais pas spécialement. A la fois, je suis quand même plutôt à l’aise sur une scène, c’est un endroit où j’aime m’exprimer, et c’est un sacré challenge de me dire que pour la première fois de ma vie, j’allais jouer devant un public qui ressemble un peu à mes parents ou à ma grande sœur. Et puis ça l’a fait carrément. Une fois que tu es dans le bain, au bout du compte, le public, il faut essayer de le saisir dès le départ, le mettre dans ta poche. Une fois que tu as réussi à faire ça, ça se passe comme un autre concert. Après, je ne vais peut-être pas haranguer la foule de la même façon que je vais le faire dans Loudblast ou avec un autre de mes groupes, mais les deux concerts que j’ai faits pour l’instant, à Auxerre et à Paris, ça s’est vraiment super bien passé, il y avait un public fantastique. Donc là, la mission a été accomplie, elle ne pourra être que de mieux en mieux au fil des dates.

Comment adaptes-tu ton jeu de scène selon le public que tu as en face ?

Je ne l’adapte pas. Je reste qui je suis, tout le temps. De toute façon, je pense que les Tambours m’ont fait confiance aussi pour ce que je suis en tant que frontman, donc si je commence à jouer un autre personnage, ce n’est plus moi, et dans ce cas-là, je n’ai plus rien à faire là-dedans. Donc non, l’idée, c’est que je sois moi, ce que je suis dans la vie de tous les jours, ce que je suis en tant que musicien, et que je le transpose et que je l’adapte aux Tambours. Parce que jouer avec les Tambours, c’est aussi une autre expérience pour moi. Ce n’est pas que le public, c’est aussi jouer avec les Tambours derrière et ce n’est pas une mince affaire. Ce qui déboule derrière, c’est un énorme char qui t’écrase, donc il faut aussi, toi, t’adapter à ce qu’il y a derrière. Et c’est plutôt dans ce sens-là que ça se passe. C’est moi plutôt qui me suis adapté à ce que les Tambours envoyaient derrière. Après, le concert, c’est nous qui le faisons tous ensemble, mais je reste à ma place, et puis j’aime bien cette place-là, je n’ai pas envie de transformer ce que je suis pour m’adapter, je pense que ça serait la mauvaise option.

« Je suis quand même plutôt à l’aise sur une scène, c’est un endroit où j’aime m’exprimer, et c’est un sacré challenge de me dire que pour la première fois de ma vie, j’allais jouer devant un public qui ressemble un peu à mes parents ou à ma grande sœur. Et puis ça l’a fait carrément. »

Franky, à la batterie, tu es dans une disposition nouvelle, parce que tu accompagnes plus seulement de la guitare, de la basse et du chant, mais aussi d’autres percussionnistes, et beaucoup d’autres percussionnistes. Ressens-tu de nouvelles sensations dans ta manière de jouer ?

Franky Costanza (batterie) : Oui, complètement. Il y a quelques similitudes, bien sûr, avec ce que je faisais avec Dagoba ou Blazing War Machine parce que je peux quand même conserver une frappe extrêmement ample, puissante et agressive. C’est d’ailleurs ce qui me plaît le plus dans ce concept, de pouvoir quand même frapper un peu à la façon de ce que j’aime chez Igor Cavalera, Vinnie Paul. Donc là, il n’y a aucune limite. Je dirais même qu’une petite frappe ne conviendrait pas du tout. Par contre, au niveau des sensations, ce qui est différent, c’est que tu te sens sur-boosté par la dizaine de bidons qui joue devant toi. Et ça, c’est vrai que je n’avais jamais ressenti une telle intensité sur scène avec mes groupes précédents. Il y a une dose d’adrénaline qui est encore plus puissante et galvanisante qu’avec quatre ou cinq personnes sur scène. C’est vraiment comme ça que je le ressens. Ça fait pas mal de répètes, quelques vrais concerts, et je ressens toujours la même puissance. Ça peut paraître un peu exagéré, mais c’est vraiment extraordinaire quand on est derrière eux. Je pense que c’est une expérience unique à vivre et je comprends que des Sepultura se soient régalés à jouer avec eux. Pour un musicien, on a l’impression d’être sur un champ de bataille.

Dom, dans le jeu de batterie de Franky, avec ses projets plus traditionnels, a une gestuelle très ample qui peut rappeler le jeu de scène des Tambours. Est-ce que c’est ça qui vous a faits aller vers lui au départ ?

Dom : Je dirais que ce qui nous a rapprochés au départ, c’est l’humain, surtout, pour commencer. Parce que ça a commencé d’une blague entre nous, qui s’est bien passée, et ensuite nous nous sommes rencontrés, et humainement, ça collait. Ça a toujours été un peu comme ça avec les tambours, nous avons toujours privilégié l’humain en premier, et ensuite voir si musicalement ça colle. Et musicalement, de toute façon, ça colle ; avec un mec comme lui qui joue comme ça, ça ne peut que marcher. Il a l’intelligence de ne pas en faire trop, et donc chacun a bien sa place. Je ne sais pas quoi dire de plus, humainement ça colle super, nous nous entendons comme si nous nous connaissions depuis toujours. Effectivement, il a une gestuelle qui colle parfaitement à la nôtre. Ça, je dirais que c’est presque un coup de chance, parce que ce n’est pas entré en compte au début. Il a justement cette intelligence de jeu, de s’adapter aux musiciens avec lesquels il joue.

Franky, as-tu essayé de jouer sur des bidons ? Et en quoi tu dirais que l’approche du travail sur des bidons est différente de la batterie ?

Franky : J’ai essayé un tout petit peu, mais pas assez pour vraiment me faire un avis. Le peu que j’ai essayé, je pourrais dire que ça demande une condition physique énorme, et quand même une résistance aux chocs, aux vibrations, qui à mon avis est peut-être sur le long terme nocive pour un batteur classique. Donc j’ai un respect énorme pour leur performance, parce que c’est différent de taper sur des morceaux de tôle comme des bidons, que sur une caisse claire, un tom basse ou un charley. Donc c’est vraiment un investissement physique, sur un concert d’une heure et demi, qui est vraiment super important, ils donnent vraiment de leur corps. Moi, je n’ai pas encore essayé de faire de grosses répètes en tant que percussionniste sur des bidons. J’aimerais bien, et c’est d’ailleurs en projet dans les semaines à venir pour des shows classiques, mais à vrai dire, je n’ai pas encore cette expérience pour te répondre.

L’idée serait donc que tu fasses des choses avec les Tambours en tant que tambour, et non pas derrière la batterie ?

Pas tout à fait. C’est-à-dire que les Tambours Du Bronx, en plus du show metal Weapons Of Mass Percussion, continuent à avoir des demandes de spectacles Tambours Du Bronx classiques, et nous réfléchissons à comment on pourrait m’intégrer à ce projet-là. Donc ça, nous y travaillons vraiment en underground en ce moment, pour savoir si je ne pourrais pas monter une batterie un peu hybride, un peu comme chez Combichrist où le batteur joue debout, peut-être en balançant des samples, ou des grosses caisses indus, des caisses claires indus, avec un show un peu travaillé, mais plutôt sur une batterie électronique avec un look industriel. Donc nous réfléchissons à ces possibilités pour m’intégrer dans le show Tambours du Bronx classique.

Dom : Nous étions partis sur une année nous devions jouer exclusivement Weapons Of Mass Percussion, le show metal, et il y a encore certains programmateurs qui ont très envie de continuer à voir tourner Les Tambours Du Bronx à l’ancienne. Donc nous essayons de communiquer à chaque fois sur ce qui est vraiment show metal et sur ce qui n’est pas show metal, pour que les gens n’aient pas de mauvaise surprise. Et effectivement, nous cherchons à intégrer « définitivement » Francky à tous nos spectacles, parce que ça nous chagrine un petit peu de lâcher les copains pour certains spectacle qui ne sont pas Weapons Of Mass Percussion.

Stéphane, tu as commencé à aborder un petit peu le sujet plus tôt, mais à quel point est-ce un challenge pour toi que de placer une voix avec un tel mur du son derrière ?

Stéphane : Déjà, dans un premier temps, il faut savoir que c’est Reuno qui m’a proposé de rejoindre l’aventure. À la base, c’est Reuno qui avait été contacté pour être le chanteur de ce nouveau spectacle. Il se trouve qu’il en a parlé à Dominique, il y a certaines dates qu’il ne pouvait pas assurer, et il fallait donc un remplaçant, qui était donc moi, à la base. Et quand nous avons répété, nous nous sommes dit qu’en fait, ça marchait vraiment bien quand nous étions tous les deux sur scène, et que les Tambours étaient d’accord sur le fait que nous fassions un maximum de concerts lorsque les deux seraient disponibles. Donc dans un premier temps, c’est moi qui me suis un peu adapté à ce que Reuno avait écrit. Nous avons travaillé ensemble chez lui, nous avons fait des maquettes, etc. Et après, sachant que j’étais vraiment intégré dans le spectacle, je me suis aussi mis à écrire des textes, et à les placer sur les Tambours.

« Tu te sens sur-boosté par la dizaine de bidons qui joue devant toi. […] C’est une expérience unique à vivre et je comprends que des Sepultura se soient régalés à jouer avec eux. Pour un musicien, on a l’impression d’être sur un champ de bataille. »

C’est vrai que ce n’est pas du tout la même façon de travailler, parce que comme le disait Dom, les morceaux des Tambours sont des morceaux écrits comme des morceaux de rock, qui est un exercice que je connais, mais ça reste quand même des structures assez alambiquées, ce ne sont pas des structures du genre couplet, refrain, couplet, refrain, pont, etc. Donc c’est vrai que dans la façon de travailler, c’est toujours de s’adapter à des morceaux qui existent, parce que ces morceaux-là, ce sont des morceaux qui existaient avant, aux Tambours, donc l’idée n’était pas non plus d’en changer la structure, mais, Reuno et moi, de poser des chants, et de créer un nouveau morceau avec une structure qui était déjà existante. Ça, c’était vraiment le challenge. Et nous en avons discuté assez longuement avec Reuno, nous nous sommes demandés comment nous allions procéder, et en fait, nous avons écrit comme nous le faisions habituellement, c’est-à-dire couplet-refrain-couplet-refrain, et nous avons juste adapté quelques longueurs de paragraphes, car ça ne tourne pas toujours en quatre-quatre, ce ne sont pas des structures classiques, mais nous sommes retombés sur nos pieds assez facilement. Une fois que tu as compris comment ça fonctionne, tu rentres vite dans leur façon de concevoir les titres, et au bout du compte, ce n’est pas un exercice si périlleux que ça, et tu trouves vite des solutions.

L’autre challenge, aussi, c’était déjà de s’entendre sur scène, parce que je peux te dire que quand ça déboule, ça ne rigole pas. Donc c’est vrai que ça a demandé, pendant les répétitions, pas mal d’adaptation, du travail à l’ear monitor, ce que je n’avais jamais fait auparavant et que j’ai découvert en répète à Auxerre. Donc ce qui est aussi génial avec cette expérience, c’est que ça fait quand même plus de trente ans que je fais de la scène, et j’ai appris des choses avec ces Tambours. Je fais des choses que je n’avais jamais faites, et c’est vraiment une nouvelle expérience pour moi, ce spectacle. Donc c’est que du positif. Je chante aussi des chansons en français, chose que je n’ai pas spécialement non plus l’habitude de faire. C’est quand même plus du chant que de la voix gutturale. Ce que je fais dans Loudblast, je l’adapte quand même aux Tambours, avec quelque chose de plus intelligible, chose que j’ai aussi pris l’habitude de faire dans d’autres groupes. Mais c’est un travail très enthousiasmant, parce que c’est une remise en question de te dire que tu as toujours des choses à apprendre. Cette nouvelle expérience, en tant que musicien, est super enrichissante.

Est-ce que c’est difficile d’exister en tant que frontman dans un tel contexte, surtout quand on connaît vraiment la puissance visuelle que peuvent dégager les Tambours ?

Je ne me suis pas posé ça dans ces termes-là. Je t’avouerais que ça a été assez facile, parce qu’au bout du compte, tu n’as pas trop le choix. Tu es dans l’arc de cercle les bidons, donc si tu n’arrives pas à exister, tu n’as rien à foutre là [rires]. Tu as Franky, qui visuellement est un mec que tu ne peux pas lâcher, tu as deux gratteux de chaque côté, et il y a toi qui es au milieu, tu te prends des mailloches dans la gueule pendant tout le concert, donc si tu n’as pas un peu de couilles au cul, tu n’as rien à foutre dans ce truc-là, je te le dis ! [Rires]

Dom, sur ce spectacle-là, tu as laissé les bidons de côté pour passer à la guitare. Concrètement, qu’est-ce que ça te fait ? Est-ce que ça te manque de tabasser des bidons sur ce spectacle-là, où est-ce qu’au contraire, ça te fait du bien de revenir sur la guitare ?

Dom : Ça me fait un bien fou de revenir à la guitare, parce que le bidon, ça fait dix-sept ans que je le tabasse. C’est ce que disait Franky tout à l’heure sur le plan physique, ce n’est pas difficile que pour les batteurs, c’est nocif pour tout le monde. Je le confirme, tu passes d’une tendinite à une autre, quand tu arrives à soigner quelque chose, tu te fais mal ailleurs… Moi, ça me fait un bien fou de revenir à la guitare, parce que ça faisait longtemps que j’avais raccroché. Ça me fait aussi du bien de faire une pause des bidons. Ça, c’est en tant que musicien. Après, je dois dire qu’il y a plusieurs choses qui sont impressionnantes, c’est que je redécouvre un certain nombre de choses. Par exemple, je redécouvre le trac avant de monter sur scène, ça faisait bien dix ans que ça ne m’était plus arrivé. Là, avant de monter sur scène, je n’en mène pas trop large. Il y a aussi le fait qu’il y ait les gars qui écoutent ce que je joue directement, ce n’est pas spécialement rigolo car c’est quand même Reuno, Steph, Franky, ce sont des gens qui m’ont influencé quand j’étais plus jeune, et là je me retrouve à jouer avec eux, donc c’est un peu impressionnant. Et une autre nouvelle chose pour moi, c’est de me retrouver devant cet arc de cercle sans taper moi-même, et effectivement, je comprends mieux ce que veut dire Stéphane, car ce truc se retrouver devant la horde, je le ressens vraiment différemment de quand j’étais dedans, ce n’était pas pareil. Là, devant, c’est vraiment très impressionnant.

À propos des morceaux eux-mêmes, ils ont été au départ écrits par les Tambours, donc avec le côté percus et guitare. C’est seulement après que Franky, Reuno, et Stéphane se sont ajoutés. Peux-tu parler de ce processus-là, de ce qui vous a faits écrire ces morceaux-là ?

C’est un peu la méthode ping-pong. Nous avions les guitares, les bidons, nous avons fabriqué les morceaux, et nous les avons envoyés au fur et à mesure de leur construction à Franky… Quelquefois, nous avons même envoyé juste des bidons à Franky pour que lui fasse de la batterie pour ensuite nous inspirer à la guitare, ça dépendait des morceaux. Nous avons construit les morceaux comme ça : tambours, guitare, Franky. Et une fois que nous avions tous les morceaux, nous avons envoyé toutes les démos à Steph et Reuno, qui eux, ont travaillé de leur côté tous les textes, les chants, et qui continuent d’ailleurs de les améliorer et de les retravailler. Et en fonction de ce re-travail, nous affinons de notre côté. Nous avions des démos qui je pense étaient déjà assez abouties, mais c’est vrai qu’avec l’expérience live et le chant qui s’est retravaillé, nous avons ressenti le besoin de retravailler quelques morceaux. Ça s’est vraiment fait par studio interposé, en ping-pong, et à chaque fois, ça a marché presque directement, sans effort.

« Tu as Franky, qui visuellement est un mec que tu ne peux pas lâcher, tu as deux gratteux de chaque côté, et il y a toi qui es au milieu, tu te prends des mailloches dans la gueule pendant tout le concert, donc si tu n’as pas un peu de couilles au cul, tu n’as rien à foutre dans ce truc-là, je te le dis ! [Rires] »

Franky, quelle est ta place en tant que batteur au milieu des bidons ? Comment ressens-tu ton rôle ? Comment conçois-tu une partie de batterie à rajouter par-dessus une partie rythmique qui existe déjà ? Pour le coup, c’est peut-être la première fois que tu dois composer un truc à la batterie sur des motifs de percus qui existent déjà…

Franky : C’est un sacré challenge, mais que j’aime beaucoup, dans le sens où je suis au service des rythmiques de percussion. C’est-à-dire que mon challenge, c’est de rendre la rythmique encore plus puissante, mais surtout pas de vouloir devenir le leader de cette rythmique. En fait, mon objectif est de compléter à merveille, pour apporter mieux, mais surtout, de ne pas vouloir surpasser ces rythmiques, qui sont déjà parfaites pour moi. Donc j’essaie d’apporter ma petite contribution pour que l’ensemble soit mieux, vraiment rock/metal, mais de pas en faire trop. Je pense que le piège, ce serait de trop charger. Il y a tellement d’informations sonores et visuelles, que ce serait vite le bordel. Donc sincèrement, je préfère jouer un bon pattern minimaliste où je me régale autant que s’il fallait envoyer de la double à fond, et je me régale même à jouer plus épuré, plus minimaliste, et je t’avoue que je crois que ça influence même mon jeu dans mes groupes avec les enregistrements que je fais actuellement, et des fois, des choses simples bien exécutées, sont dix fois plus puissantes qu’un jeu chargé qui peut perdre un peu de son efficacité. Je me régale à essayer de trouver le puzzle parfait, des coups de grosse caisse et de caisse claire qui complètent à merveille leur rythmique. Je le vois un peu comme un ça, comme un complément, et je me sens vraiment serviteur de leur rythmique.

Dom, au départ, comme Stéphane l’a rappelé, vous aviez pensé à Reuno, pour le chant. Comme tu l’as dit tout à l’heure, tout se fait humainement au départ chez les Tambours. Mais au départ, y avait-il une autre raison d’aller vers Reuno ? Y avait-il une approche des textes et de la voix qui vous touchait particulièrement ?

Dom : Complètement. Il faut dire qu’au début où nous avons fait ce show metal, nous n’avions pas envisagé de chant. Nous avions prévu de rester en instrumental, comme nous l’avions un peu toujours été avec les Tambours. Éventuellement, c’était quelques mots scandés, sur quelques morceaux seulement. Et à l’écoute du résultat de ces démos instrumentales, nous nous sommes dits que c’était dommage, finalement, et que nous devrions faire vraiment des morceaux, des chansons, avoir un vrai chanteur, avec de vrais textes, et aller jusqu’au bout de la démarche. Nous nous sommes donc creusés la tête, et nous sommes demandés qui nous verrions devant, et crois-moi, ce n’est pas un exercice facile de trouver la personne adéquate, qui collerait à la fois au milieu metal, à l’image des Tambours, qui pourrait passer humainement, qui serait capable d’écrire de bons textes… Et ce qui est marrant, même si ce n’est pas un hasard, c’est que Reuno et Stéphane sont des gens qui m’ont personnellement un peu influencé, à la même époque. J’ai vu Reuno quand il est passé à Nevers, j’étais tout jeune, ils n’avaient pas encore sorti d’album, c’était encore leur maquette. Le show que j’avais vu était une tuerie, de la folie totale ! À peu près au même moment, j’ai vu Stéphane avec Loudblast, en première partie d’Iron Maiden au Printemps de Bourges, et j’ai encore pris une claque monumentale. Il faut aussi savoir que je ne suis vraiment pas très fan des chants en français, et pour moi, Reuno est un des seuls chanteurs français dont j’apprécie les textes. Je trouve qu’il sait placer son chant en français, et qu’il colle complètement. Donc quand Reuno a accepté, ça nous a fait énormément plaisir, et c’est lui qui a pensé que ce serait bien d’avoir un deuxième chanteur au cas où, et qui m’a proposé Stéphane. Je n’avais pas pensé à Stéphane tout de suite, car Loudblast est un groupe que j’adore, mais j’avais vraiment en tête le chant guttural de Loudblast, et je ne voyais pas tellement ça dans les Tambours. Et c’est Reuno qui m’a dit qu’il était capable de chanter en voix claire, donc j’ai dit : « Alléluia ! »

Stéphane, justement, comment s’est fait le partage des tâches entre Reuno et toi par rapport à vos styles d’écriture des textes ? Avez-vous travaillé tous les deux pour qu’il y ait une sorte de cohérence entre les deux approches, ou avez-vous juste spontanément écrit des choses ?

Stéphane : Ce qui s’est passé, c’est que nous avons écouté les morceaux, et nous nous sommes dits : « Tiens, celui-là, il colle plus à ma façon de chanter, il collera peut-être plus à ma rythmique habituelle. » C’est vrai que Reuno et moi ne plaçons pas les choses de la même façon, mais au bout du compte, nous nous rejoignons vachement, et nous avons aussi l’habitude de travailler ensemble. Nous avons quelques années de tournées ensemble avec Le Bal Des Enragés, pour ne pas les citer. Nous avons donc eu l’habitude de travailler ensemble sur des exercices radicalement différents de nos répertoires habituels. Sur la dernière tournée du Bal, nous faisions une reprise de Stupeflip tous les deux, par exemple. Nous avons donc l’habitude de se partager le boulot et de savoir qui fait quoi. Ç’a été assez facile, et c’est aussi pour ça que Reuno a pensé à moi pour le rejoindre dans l’aventure, parce que c’est quelque chose qui est assez intuitif entre nous, et nous nous sommes répartis les morceaux assez naturellement, genre : « Celui-là, je le sens mieux; celui-ci, je le sens moins bien… », et chacun a fait ses textes sur les morceaux qui lui convenaient le mieux, nous n’avons pas joué aux dés [petits rires]. Ça s’est fait très facilement, comme tout, avec les Tambours, depuis le début, qui est vraiment un plaisir.

Dom, les Tambours sont à l’origine un projet instrumental, ça fait plus de trente ans que vous exprimez des choses sans paroles mais avec des bidons. Aviez-vous des envies particulières quand l’idée est venue de mettre du chant par-dessus ? Et penses-tu que les mots arrivent vraiment à traduire ce que vous cherchez à exprimer à travers les bidons depuis trente ans ?

Dom : Complètement. Notre philosophie est de choisir les bonnes personnes. Quand je dis que nous privilégions le côté humain, une fois que nous avons choisi la bonne personne, comme Franky, Reuno et Stéphane, il suffit de les laisser faire. C’est carte blanche, et tu n’es pas déçu, que ce soit en termes de jeu, de chant, ou d’écriture musicale ou de mots, de sens, de messages, nous approuvons et nous laissons faire. C’est aussi simple que ça !

À ton avis, quel futur y a-t-il pour ce projet metal ? Est-ce quelque chose que vous prévoyez de pérenniser ?

À la base, c’était presque un show transitoire entre deux spectacles des Tambours du Bronx, mais nous prenons tellement de plaisir, et l’impact est tellement réel et palpable auprès du public que nous n’avons pas envie que ça s’arrête. Nous devions donc l’amener en théorie jusque dans l’été avant de passer à autre chose, et finalement, il y a des dates qui tombent, donc nous allons continuer toute l’année, et nous allons probablement continuer en 2019. Jusqu’où ? Je ne peux pas dire, pour l’instant. Mais c’est quelque chose qui est amené à durer, ou à revenir, dans tous les cas.

« Il y a des batteurs avec un bon niveau qui n’arrivent pas à appréhender le bidon, c’est arrivé. Ou bien, il y en a pour qui c’est long d’appréhender le bidon, parce que justement, ce n’est pas du tout la même frappe, ni le même ressenti, ni la même gestuelle, ni les mêmes douleurs, c’est très différent. Il y a beaucoup de batteurs qui se sont fait piéger, à vrai dire. »

Vous avez récemment organisé des auditions pour recruter de nouveaux membres. Qu’est-ce qui vous a poussés à vouloir renouveler l’équipe ?

[Petits rires] C’est-à-dire que nous étions un peu obligés, parce que nous avons eu un léger « clash » l’été dernier, et pour différentes raisons, trois personnes ont quitté le groupe. Sachant que nous étions déjà en équipe réduite depuis quelque temps – nous nous sentions très bien en équipe réduite parce que ça marchait très bien comme ça, mais du coup, nous n’avions pas vraiment de sécu. Là, nous avons donc eu trois personnes qui sont parties, dont le clavier, un musicien qui tenait le bureau, et l’autre musicien qui était assez frontman chez nous, qui un de ceux qui prenaient le micro régulièrement. Ça nous a quand même poussés à chercher d’autres personnes, parce que la masse de bidons, quand elle devient trop réduite, nous perdons en puissance, nous perdons visuellement, et puis ça devient extrêmement dangereux, ça veut dire que si un jour tu as un musicien qui se casse une jambe, par exemple, tu es obligé d’annuler ton concert, et ça, nous ne pouvons pas nous le permettre. C’était donc vraiment une nécessité de reprendre des gens. C’est également un réel bénéfice d’avoir du sang neuf, d’avoir des gens régulièrement, avec des idées fraîches, une énergie nouvelle, car au bout d’un moment, nous, dans les Tambours, nous finissons par avoir des œillères. Nous nous disons : « Ca, on l’a fait; ça, on l’a fait; ça, on n’a pas le droit de le faire. » C’est toujours agréable d’avoir des gens qui viennent et qui n’ont pas d’aprioris, pas de passé commun avec nous et qui nous poussent, qui nous disent : « Mais oui, ça, on peut le faire ! »

Les auditions étaient ouvertes à des gens qui n’étaient pas forcément musiciens. Quel état d’esprit recherchiez-vous chez les gens ?

Les auditions étaient ouvertes à tout le monde parce que nous nous sommes rendu compte, au fil des années, qu’il y avait des gens qui n’étaient pas du tout musicien, qui n’avaient absolument jamais touché un instrument, qui n’avaient absolument jamais fait de musique, et qui ont réussi à appréhender le bidon assez rapidement et d’une façon formidable. Il n’y a pas forcément besoin d’avoir pris des cours de musique pour y arriver. C’est pour ça que c’était vraiment ouvert à tout le monde. Nous ne voulions privilégier personne, nous ne voulions pas faire de discrimination. Ça, c’est une chose. Ensuite, pour le profil, je dirais qu’il faut qu’humainement, déjà, ça colle. Il faut qu’on sente que ça peut bien se passer entre nous, parce que nous sommes une équipe. En tournée, nous sommes une vingtaine sur la route, les uns sur les autres. Quand tu vois comment ça se passe, dans des groupes de trois ou quatre personnes, qu’on a vite fait de se bouffer le nez, de s’engueuler, voire de se taper dessus, chez nous, on est vingt, donc ça peut vite être très chaud. Donc, il faut que ça se passe le mieux possible. Il faut donc que nous soyons sûrs de ne pas avoir affaire à des tordus. Ensuite, nous voulons quelqu’un qui soit motivé, c’est une autre chose. Nous voulons des locomotives, maintenant, des gens qui soient capables de nous tirer vers le haut. Et une autre chose que nous demandons, c’est d’être capable de se faire très vite au bidon et d’apprendre un set, très rapidement. Ça, c’est imprévisible de savoir qui en est capable. Il y a des batteurs avec un bon niveau qui n’arrivent pas à appréhender le bidon, c’est arrivé. Ou bien, il y en a pour qui c’est long d’appréhender le bidon, parce que justement, ce n’est pas du tout la même frappe, ni le même ressenti, ni la même gestuelle, ni les mêmes douleurs, c’est très différent. Il y a beaucoup de batteurs qui se sont fait piéger, à vrai dire, qui pensaient que ce serait facile en tant que batteurs, et pour qui c’était plus difficile que pour les autres parce qu’il fallait presque renier ce qu’ils avaient appris, pour passer à autre chose. Et ça, c’est très difficile.

L’équipe des Tambours a déjà été renouvelée plusieurs fois dans son histoire. Penses-tu que le collectif soit vraiment voué à transcender les générations et les époques ? Et penses-tu que les Tambours seront encore là dans vingt, trente, cinquante ans ?

Avant tout, je n’aime pas tellement le terme de « collectif », parce que nous sommes vraiment un groupe. Je comprends pourquoi, souvent, on parle de collectif, car depuis le début, il y a une centaine de personnes qui est passée dans le groupe. Mais si tu regardes sur le nombre, tu prends un groupe de quinze personnes, quinze percussionnistes, sur trente-et-un ans, il y a régulièrement eu des gens qui sont par exemple devenus papas, qui ont complètement changé de vie, ou certains qui sont carrément décédés, malheureusement, et l’équipe s’est renouvelée au fur et à mesure. C’est juste qu’un jour, il y a une personne qui a quitté le groupe et elle a été remplacée. C’est ça qui fait qu’il y a eu toutes ces personnes qui sont passées dedans. Mais c’est réellement un groupe. Il y a toujours des gens qui sont là depuis le tout début, et quand quelqu’un rentre dans le groupe, il reste jusqu’au bout, jusqu’à ce qu’il ne veuille plus [rires]. Donc ce n’est vraiment pas un collectif, c’est vraiment un groupe. C’est une chose importante. Sinon, c’est vrai que nous avons envie que le groupe continue pour toujours, nous nous sommes toujours dit que ça ne devrait jamais s’arrêter, quoi qu’il arrive. Et nous nous sommes aussi rendu compte que personne n’était irremplaçable dans le groupe. C’est pour ça que nous continuons, que nous continuons d’embaucher des gens et que, des fois, malgré des départs de personnes importantes, le groupe continue. Nous transmettons cette énergie, cette façon de taper, et jusqu’à présent, ça tient.

Comment faites-vous pour traverser les époques ? Comment adaptez-vous votre son sans pour autant suivre les courants et les modes ?

Je dirais que ça se fait tout naturellement. Nous sommes toujours restés provinciaux, voire franchement péquenauds ! [Rires] Nous sommes toujours restés dans notre campagne, nous n’avons jamais déménagé pour aller dans les grandes villes, pour aller à Paris, pour essayer de se rapprocher du showbiz, pour se professionnaliser à outrance, nous n’avons jamais recherché ça. Ce que nous avons toujours recherché, c’est la scène, et à côté, notre vie tranquille de campagnards, quelque part. Et par là même, nous n’avons jamais cherché à rejoindre un phénomène de mode, musical ou quelconque. Nous sommes toujours restés assez fidèles à nous-mêmes. Ce qui fait les Tambours, c’est la horde de gars qui tapent sur les bidons, c’est notre façon de taper, et c’est l’énergie qui se dégage, cette espèce de trance, de hargne, toute cette adrénaline. Je pense que ce qui nous différencie des autres, ce n’est pas vraiment la qualité de jeu, c’est cette attitude, cette façon que nous avons de taper, de nous faire mal, d’aller jusqu’au bout des choses. C’est aussi la façon d’écrire les morceaux. Et c’est aussi le fait que nous soyons nombreux, et que de temps en temps, il y ait du sang neuf. Tu as tous les âges, dans ce groupe. Tu vas avoir, pour les plus jeunes, des musiciens de vingt, vingt-cinq ans, et pour les plus vieux, nous allons jusqu’à soixante. Donc il y a des influences musicales très différentes. Tout ce mélange, ça se ressent dans les compositions, et je pense que ça aide énormément à ce côté trans-générationnel, comme tu le disais. Tout le monde finit par se retrouver, quelque part dans les Tambours, toutes les générations. Et après, dans l’habillage, qu’il soit électro ou metal, on va encore sentir tout un tas d’influences différentes, et je pense que c’est comme ça que nous arrivons à toucher toutes les générations.

« Ce qui nous différencie des autres, ce n’est pas vraiment la qualité de jeu, c’est cette attitude, cette façon que nous avons de taper, de nous faire mal, d’aller jusqu’au bout des choses. »

Tu nous parlais de l’endroit où vous êtes, dans la Nièvre. Vous êtes du coup basés dans un grand complexe, qui est le vôtre, et que vous avez aménagé pour répéter, pour enregistrer, et même finalement pour vivre. Était-ce important pour vous d’être à cent pourcent indépendants, loin de Paris, etc. ?

Oui, c’est sûr. Je pense que le fait d’être parfaitement indépendant nous a servis, en tout cas pendant très longtemps, parce que nous avons pu faire exactement ce que nous avons voulu, je ne sais pas si nous serions encore là si nous n’avions pas été indépendants, à l’époque. Nous avons quand même eu des gens qui travaillaient pour nous, nous avons toujours eu des tourneurs, des labels, des choses comme ça, mais la majorité des décisions artistiques a toujours été prise au sein du groupe. Je pense que c’est aussi un des secrets de notre longévité. Maintenant, je pense que le milieu musical, le business de la musique, etc. change tellement vite, ça a tellement changé ces dernières années, il y a des choses que l’on doit continuer à faire soi-même, mais à l’heure actuelle il est primordial aussi de savoir déléguer certaines choses, parce que ça devient tellement complexe, notamment au niveau de la promotion sur les réseaux sociaux, que tu finis par faire appel à des gens, à l’extérieur, afin de ne pas rater le coche.

Peux-tu nous parler du projet de disque que vous avez pour le projet metal ?

Tout simplement, nous sommes en train de prévoir un EP, que nous espérons pouvoir sortir très vite, je n’ai pas encore de date. Il faut que j’en parle avec le label. Nous venons de finir d’enregistrer nous, nous avons tout sauf le chant, nous avons même les chants de Reuno, Stéphane a dû finir d’enregistrer ses voix, ou alors il va le faire très prochainement. Pour tout te dire, je vais même déjà envoyer les sessions Pro Tools en mixage, donc ça, ça pourrait aller très vite. Nous avons même des visuels. Donc j’espère que cet EP va sortir dans les prochaines semaines. Et à terme, pour l’automne, nous avons envie de sortir l’album complet. Les morceaux sont bien, nous y croyons à fond, et nous prenons un plaisir fou à les enregistrer, même à les écouter, et nous les redécouvrons quand Stéphane et Reuno posent leur voix par-dessus, ça rajoute encore, ça les transcende complètement. Donc nous sommes très motivés, et cet EP devrait sortir très vite.

À quoi peut-on s’attendre, musicalement ?

Les gens qui nous ont vus sur scène vont retrouver les morceaux que nous leur avons joués, ça c’est une chose. À quoi s’attendre musicalement ? C’est difficile de te répondre. Franky, tu ne peux pas répondre à cette question ?

Franky : Je dirais que c’est bien sûr très original, mais ce que je retiens, c’est la capacité à faire headbanger des marées humaines. Je crois que la force des Tambours Du Bronx, c’est surtout la puissance scénique, et ce que je pense, et ce que j’espère va donner l’impression musicale sur CD, c’est qu’on ait envie de bouger la tête ou de taper des mains, tous ensemble, comme un seul homme, et que ça donne envie de refaire ça ensuite en live. Personnellement, les parties de batterie ont été réfléchies comme ça, pour essayer au maximum de choper tout le public pour le faire soit taper dans les mains, à l’unisson, soit bouger la tête, et j’espère que l’EP retranscrira bien ça.

Dom : Ce qui me plaît dans cet EP, c’est que juste après avoir enregistré Reuno, j’ai trouvé que les mises à plat des morceaux sont déjà très fat, et que chaque morceau est très différent, a vraiment une couleur différente, un ressenti très différent. Par contre, ils sont tous extrêmement puissants.

L’industrie de la musique étant ce qu’elle est aujourd’hui, dirais-tu que vous avez plus de mal, aujourd’hui, à vendre un spectacle aussi colossal que le vôtre ?

Nous avons un tourneur, donc nous ne vendons pas directement le spectacle, et nous ne sommes pas nous-mêmes directement en contact avec les promoteurs. Mais oui, je dirais qu’en règle générale, un spectacle est plus dur à vendre, parce que déjà, il y a pas mal de petits festivals qui ont mis la clé sous la porte. Que ce soit les diminutions des subventions, où l’augmentation des frais pour la sécurité, etc., ça a fait beaucoup de mal à pas mal d’organisations. Donc c’est vrai que ça devient un petit peu difficile de vendre un spectacle.

Est-ce que la réglementation sur les décibels vous a posé problème, ou tu penses que vous avez quand même réussi à retrouver votre puissance, même en atténuant un petit peu le son des bidons ?

Oui, ça nous a posé des problèmes. Ça nous avait déjà posé des problèmes à 105dB. Pour la petite histoire, c’est arrivé très rarement, mais une fois, nous avons été obligé d’annuler un concert, on nous a fait annuler un concert parce que malgré tous les compromis que nous avions pu trouver pour diminuer le son des bidons, à l’époque c’était 105dB, la personne qui nous accueillait n’a jamais rien voulu savoir et a préféré annuler. La plupart du temps, quand nous avons eu des problèmes, nous avons trouvé des solutions, et ça a fini par très bien se passer. Donc tu te rends compte qu’à 105dB nous avions déjà des soucis, à 102 dB, c’était une catastrophe pour nous. Quand nous sommes dans une salle qui est assez grande, que nous sommes dans un plein air ou que la salle est vraiment bien étudiée acoustiquement, généralement, ça passe. Nous arrivons à nous débrouiller, nous mettons des pendrillons, des rideaux sur les côtés, ça atténue; nous jouons toujours avec une moquette, ça atténue aussi un petit peu le son. Quand vraiment il faut, nous mettons des peaux assez fines sur nos bidons, pour atténuer. Nous trouvons toujours des solutions. 102, c’est vraiment un changement énorme. Il faut te dire que c’est deux fois moins fort que 105dB. Le bidon, l’arc de cercle, quand tu es dedans, si le bidon n’est pas traité, tu es déjà à 110 décibels. Donc c’est énorme. Nous avons donc travaillé encore sur ces bidons, nous avons mis des peaux dessus. Franchement, ce n’est pas agréable à jouer. Mais nous restons dans la législation, et ça, c’est le plus important. Ça veut dire que nous allons pouvoir continuer à tourner, et du moment que nous tournons, que nous sommes sur scène, et que nous sommes côte à côte, tous ensemble, l’énergie est là, le jeu est là, le visuel est là, et ça suffit pour faire le spectacle.

Franky : Pour un petit coup de gueule, je pense que ces 102 dB, c’est vraiment mal adapté à certains styles de musique. Je parle bien sûr pour le rock et le metal. Il suffirait que de grosses foules dans des festivals tapent tous ensemble dans les mains pour que ça fasse au-dessus de 102 dB. Donc qu’est-ce qu’on fait dans ces cas-là ? Est-ce qu’on arrête le festival pour parce que les gens crient trop ? C’est juste la foule qui tape dans les mains, qui crie parce qu’ils sont contents. Non, il y a des musiques où il faut que ça prenne les tripes, et 102 dB, c’est clairement des normes inacceptables pour la puissance du rock ou du metal.

Dom : C’est complètement inadapté. Je pense même qu’un orchestre symphonique dépasse les 102 dB par moments. J’en suis persuadé. Sauf qu’il n’est pas repris, donc il n’y a pas de limiteur qui puisse arrêter le concert. Mais je suis persuadé que ça joue au-dessus.

Franky : C’est clair. Et je pense que c’est nuisible pour tout le monde. Le public est dégoûté, parce que quand tu vas à un concert de metal, dans tout ce que j’ai fait récemment, tu peux parler et t’entendre alors que le groupe joue. Le dernier que je suis allé voir, c’était à Marseille au Jas’rod, et d’un coup, le gars est resté un peu trop longtemps à 103, 104, ça a tout coupé. Donc c’est vraiment horrible pour le groupe qui est sur scène, horrible pour le public… Je pense que ça a été mis en place par des gens qui ne comprennent rien à ces milieux, et malheureusement, ça pourrit la vie de techniciens, de musiciens, et surtout du public. Quand une grosse caisse ne te prend pas un peu le bide, ça perd un peu de son effet, dans ce style de musique. Les gens qui payent des places viennent aussi pour s’en prendre plein la gueule. Après, ça fait des années que les gens qui viennent à ces concert savent que quand l’ingé son va un peu trop fort, par exemple quand tu allais voir Motörhead ou Manowar, tu prenais toujours une petite paire de bouchons. Les gens sont responsables. Mais ça enlève beaucoup de charme et de puissance à un style de musique qui nécessite un certain volume. Je ne dis pas d’aller au suicide auditif, mais chacun prend ses responsabilités, chacun est conscient de ne pas mettre la tête dans les retours, mais c’est une musique qui s’apprécie à un certain volume. Et là, 102 dB, ce n’est clairement pas adapté.

Interview réalisée par téléphone le 24 avril 2018 par Philippe Sliwa.
Transcription : Robin Collas.

Site officiel des Tambours Du Bronx : www.tamboursdubronx.com.



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