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Interview    Studio Report   

Dans la tanière de Finntroll


Il aura fallu le temps pour que les trolls sortent de leur tanière avec un nouveau disque : sept ans exactement. C’est ce qui arrive quand on passe son temps à festoyer avec les fans à travers le monde : on en oublie de se remettre au charbon. Le septuor de Finntroll a fini par retrouver le chemin des Sonic Pump Studios, non sans mal, pour produire son septième album prévu pour une sortie en août. Au menu, un retour aux sources, avec de la mélodie, de la vitesse et du folk.

Histoire de voir si les travaux avançaient bien, nous avons sonné chez le chanteur Mathias Lillmåns alias Vreth qui était, justement, en pleine séance de mixage des chansons. Dans ce studio report, le hurleur nous raconte la conception du disque, sa direction musicale mais aussi ses difficultés, faisant à coups d’anecdotes des parallèles avec des albums passés, démontrant que le récital des trolls n’est pas toujours un long fleuve tranquille, loin s’en faut.

« Au début, la maison de disques a essayé de nous presser un peu, mais ils ont fini par abandonner, genre il y a deux ans [rires]. »

Les sept ans d’attente.

Vreth (chant) : Nous avons généralement des cycles d’album qui sont assez long. Il y a normalement trois, parfois presque quatre ans entre les albums. Mais cette fois, ça a vraiment pris du temps pour aller en studio. Nous avons beaucoup tourné pour l’album Blodsvept. Nous avons effectué six à huit très grandes tournées en peu de temps. Après la première année de tournée, nous n’avions pas vraiment d’idée et nous ne savions pas quel genre de musique faire, donc nous avons continué à tourner et nous avons décidé de fêter les dix ans de l’album Nattfödd. Nous avons fait ça pendant presque deux ans [rires]. Quand nous sommes revenus, nous n’avions toujours pas d’idée. J’ai vu des groupes qui composaient des chansons en tournée. Ils se posent dans le bus ou en coulisse et font des chansons, mais nous ne sommes pas ce genre de groupe. Donc à un moment donné, j’ai dit : « Eh les gars, mettons-nous une date butoir pour un nouvel album et alors l’inspiration viendra. » Et elle est venue ! Au début, la maison de disques a essayé de nous presser un peu, mais ils ont fini par abandonner, genre il y a deux ans [rires]. Il est clair qu’ils étaient contents quand sommes enfin entrés en studio.

La direction musicale.

L’idée en nous mettant sur ce nouvel album était clairement de mettre la barre plus haut. A un moment donné, il y a deux ou trois ans, nous avions pas mal de chansons mais ensuite, nous avons commencé à nous dire que ces chansons n’étaient pas suffisamment bonnes pour l’album. Généralement, quand nous faisons un album, nous apportons une nouvelle atmosphère, mais nous voulons quand même que ça sonne comme Finntroll et que ça soit un gros truc, un album solide. Or la musique que nous avions écrite au début partait dans tous les sens, c’était presque comme si c’était destiné à cinq albums différents, ça n’aurait pas convenu à un même album. Nous avons tout recentré et recommencé à composer presque de zéro pour que ça vaille les sept années d’attente. Tundra avait une grosse banque de riffs et de chansons à moitié terminées qu’il a chargée sur notre Google Drive, puis Trollhorn en a écouté certains, en a réécrit et a apporté pas mal de matière. Trollhorn ne tourne pas avec nous, donc il avait du temps pour se poser chez lui et réfléchir à la direction musicale de l’album – c’est généralement lui le compositeur principal, même si tout le monde a le droit de proposer des riffs. Ensuite, nous avons structuré les chansons et nous avons trouvé un fil rouge pour l’album.

L’album est un petit peu différent cette fois. Certains de nos albums précédents étaient peut-être un petit peu plus expérimentaux. Par exemple, avec Nifelvind, nous avons opté pour une direction plus dans la veine d’une BO de film. Ensuite, sur l’album Blodsvept, nous avions tous ces cuivres et éléments orchestraux façon swing. Alors qu’avec ce nouvel album, c’est plus du Finntroll de la vieille école. Il y a des riffs thrash metal plus rapides, mais avec du clavier, évidemment. Nous remontons un peu quinze ans, presque vingt ans en arrière. Il y a plein de choses qui auraient pu être sur les albums Nattfödd et Jaktens Tid. Nous nous disions que nous devions faire des trucs un peu plus mélodiques aussi, parce qu’au moment où nous avons fait Blodsvept, par exemple, le black n’ roll était dans l’air du temps en 2013, mais si nous avions continué dans cette direction, je pense que ça aurait été décalé aujourd’hui, pour je ne sais quelle raison. Nous avons donc décidé de nous concentrer sur des trucs plus mélodiques et de faire des chansons plus rapides, plus imposantes et plus épiques à la place, en ramenant un peu plus le côté folk aussi.

« Nous remontons un peu quinze ans, presque vingt ans en arrière. Il y a plein de choses qui auraient pu être sur les albums Nattfödd et Jaktens Tid. »

Le studio.

C’était vraiment amusant de revenir en studio, ça m’avait manqué. Même si tout le groupe n’était pas là tout le temps, car nous avons tous des boulots ou autre chose, c’était très enthousiaste. Certaines personnes trouvent que travailler en studio est effrayant, mais ça fait vingt ans maintenant que je fais ça. J’ai l’impression d’être chez moi quand j’enregistre en studio, donc ce n’est pas un problème, mais je sais que ça l’est pour certaines personnes. Elles n’arrivent pas à se concentrer et sont stressées quand le bouton « enregistrement » clignote. Alors que pour nous, au contraire, c’est sympa de s’amuser entre copains. Par exemple, cette fois nous avons enregistré pas mal de guitare acoustique, de banjo, etc. et on est là : « C’est quoi ce bordel ? C’est du black metal et nous voilà en train d’enregistrer du banjo ! » [Rires]. Donc nous ne prenons pas ça trop au sérieux. Finntroll a toujours eu une attitude un peu punk comparé au reste de la scène metal.

Ceci dit, ça peut aussi être chaotique parfois, quand il faut commencer à rassembler les pièces du puzzle, surtout par le passé quand nous avions plein de gens en plus pour faire les chœurs, les percussions, les sessions de violon, etc. Et puis, il est clair que ça complique les choses quand on est sept dans le groupe, d’autant plus aujourd’hui où nous vivons à différents endroits. D’ailleurs, nous avons eu un gros problème cette fois, car Skrymer, le guitariste, vit en Allemagne et il était dans la pire partie du pays pour le coronavirus. Il est venu en Finlande un jour avant que nous n’entrions en studio, et le lendemain, ils ont fermé les frontières allemandes. Il n’a pas eu le droit d’aller au studio parce qu’il venait d’une zone épidémique en Europe. Nous avons dû le faire aller chez un ami pour qu’il enregistre ses guitares et qu’il envoie ensuite ses pistes au studio ! Ce n’était pas évident.

Malgré ça, c’est étrange, parce que cette fois nous n’étions pas du tout en retard. Habituellement, c’est très stressant parce qu’il y a toujours un moment où nous foirons quelque chose [petits rires], donc le planning part en fumée au moins à mi-chemin – ça a été le cas pour les trois derniers albums. Par exemple, pour l’album Nifelvind, nous n’avons pas vraiment eu de session de répétition avant le studio et la batterie a pris du retard parce que j’ai dû passer des jours à l’éditer, tout était sens dessus dessous, nous avions trop peu de temps pour faire un si gros album. Pour Blodsbept, c’était horrible parce que nous avons enregistré les guitares pour sept des chansons et ensuite, une erreur stupide sur l’ordinateur a fait que toutes les guitares ont été supprimées, excepté pour une chanson. Nous avons donc dû refaire toutes les guitares pour six chansons. Rien que là, ça nous a fait perdre trois ou quatre jours. Alors que maintenant, pour la toute première fois, nous étions dans les temps ! Ça a été une session assez fluide et facile, même si Skrymer n’a pas pu venir au studio. En conséquence, l’album sonne mieux conçu.

« Finntroll a toujours eu une attitude un peu punk comparé au reste de la scène metal. »

Le chant.

Je n’ai pas pu être au studio durant toute la session à cause du coronavirus, car je n’avais pas vraiment le droit de me rendre à Helsinki, donc quand j’y suis arrivé, j’ai dû rester là-bas tout le temps et ensuite revenir. Je suis donc arrivé au début des sessions de clavier et je n’étais là-bas que pendant dix jours, mais ces dix jours étaient très relax. Nous venions vers onze heures du matin, je commençais à enregistrer… Je n’ai pas de routine particulière, je me fais plaisir en studio, tout simplement. Evidemment, je fais quelques échauffements, par exemple en jouant les chansons sur mon téléphone et en chantant deux ou trois fois. C’est généralement suffisant. C’est comme quand je fais des tournées. Les premiers jours, je m’échauffe un peu et ensuite, les jours suivants, je fais des trucs vite faits, je crie deux ou trois fois avant de monter sur scène. En studio, je n’ai pas besoin de me mettre dans un état d’esprit particulier. Je baisse juste un peu les lumières pour avoir une ambiance sympa. J’arrange la pièce à ma convenance quand j’enregistre, mais c’est tout.

Il y a quelques chansons dans l’album pour lesquelles, vocalement, il y a plein de mots à débiter sur un tempo très rapide. Ces chansons-là ont été difficiles à bien chanter. Il y a deux ou trois chansons que j’ai dû refaire plein de fois. Les tempos, en général, ont fait partie des plus gros défis sur cet album. De même, mes sessions de chant ont été un peu plus longues. Nous avons veillé jusqu’à très tard parfois. En fait, c’est moi qui ai voulu faire de longues journées, car je logeais dans un appartement à Helsinki et je ne pouvais aller nulle part, donc je m’ennuyais à mourir ! Alors autant se concentrer sur le chant à la place. C’était éreintant, vers la fin j’étais tous les jours complètement détruit, mais je suis très content du résultat obtenu avec le chant, donc je m’en fichais.

« C’est étrange, parce que cette fois nous n’étions pas du tout en retard. Habituellement, c’est très stressant parce qu’il y a toujours un moment où nous foirons quelque chose [petits rires]. »

L’autoproduction.

L’été dernier, nous pensions que c’est Tundra qui allait être le producteur pour cet album à la place de Trollhorn, car il a une famille et il manquait de temps. Au final, quand nous avons eu une date butoir, ça a changé et Trollhorn a pris les rênes pour chapeauter l’ensemble. Le plan a été chamboulé, mais c’est généralement comme ça que ça se passe avec Finntroll. C’est plus facile quand Trollhorn s’en occupe, car il est bien plus organisé que nous [rires]. Il a aussi les compétences pour jouer les parties de tout le monde, donc il a fait des démos des guitares et ainsi de suite, et il a pu monter aux guitaristes exactement quoi jouer. Ça aide beaucoup. Il est clair que ça aurait été plus compliqué si Tundra avait été en charge de la production de l’album, car il n’est pas guitariste et n’aurait donc pas pu expliquer aux guitaristes quels riffs il voulait ici, etc. En plus, Trollhorn travaille tous les jours sur de la musique, donc il a plus d’expérience et c’est plus facile pour lui d’organiser les choses. Il a aussi le rôle d’ultime filtre pour les chansons pour faire les dernières retouches.

Pour ce qui est de faire appel à un producteur extérieur, j’en ai eu pour certains autres de mes groupes et parfois c’est nécessaire, mais avec ce groupe, ça ne sonnerait pas comme Finntroll si quelqu’un d’autre y mettait les mains. Enfin, pour cet album, le propriétaire du studio, Nino Laurenne, a produit le son de la batterie, de la basse, de la guitare et du chant. Il fait aussi le mixage avec nous. C’est un peu un producteur mais il ne touche pas les trucs que nous jouons, les structures des chansons ou quoi que ce soit. Il est juste là pour réfléchir purement sur les sons des instruments dans le mix.

« Nous avons opté pour un son thrash metal et les claviers sont plus à la Nightwish, donc là encore c’était très dur de les faire coïncider [petits rires]. »

Le mixage.

Nous sommes actuellement en plein processus de mixage. J’ai d’ailleurs dû faire une pause pour faire cette interview [petits rires]. Nous avons commencé la semaine dernière. Je mixe depuis chez moi, parce qu’on ne peut pas voyager. Nous faisons le mixage à deux, Trollhorn et moi – nous sommes tous les deux des ingénieurs de studio. Nous avons un live stream depuis le studio, nous pouvons voir l’écran de l’ordinateur du studio et nous nous parlons par Skype. Le gars du studio, Nino Laurenne, a réalisé le mix de base, et maintenant nous faisons l’équilibre entre les différents claviers, les vrais violons, les guitares acoustiques, les banjos, etc. car ça serait stupide de dire « on veut que le banjo soit un peu plus fort », « non, on veut que le banjo soit un peu moins fort », etc. alors que nous pouvons le faire nous-mêmes.

C’était un peu compliqué de tout caser, donc nous avons dû repenser tout le processus, comme d’habitude [petits rires], mais je pense que maintenant nous avons trouvé le son et nous sommes toujours dans les temps, donc c’est bien. Nous perdons parfois un peu temps aussi sur cette phase, car quand Trollhorn et moi travaillons ensemble sur le mixage, nous allons assez loin et nous nous attardons sur des nuances qui peuvent être décisives pour l’album. Parfois c’est aussi tout simplement un manque d’anticipation au départ : tout le monde fait ses parties et ensuite, nous nous rendons compte : « Oh, ça ne va pas ensemble ! » [Rires] C’était par exemple le problème que nous avons rencontré sur l’album Blodsvept : nous avions opté pour un son plus black metal mais quand nous avons ajouté le clavier, ça ne collait pas avec le reste du groupe. Nous avons donc dû rendre le son des guitares, de la batterie et de la basse un petit peu meilleur et celui des claviers un petit peu moins bon. C’est toujours comme ça. Cette fois, nous avons opté pour un son thrash metal et les claviers sont plus à la Nightwish, donc là encore c’était très dur de les faire coïncider [petits rires].

« [Mörkö] a dit que c’était l’un des albums les plus difficiles qu’il ait eu à enregistrer, même s’il a fait des albums de death metal techniques [petits rires]. Je pense qu’en fait, le challenge pour lui était de jouer des parties un peu plus simples et d’atténuer le côté progressif. »

Le changement de batteur.

Il n’y a rien eu de dramatique avec Beast Dominator. Il voulait juste y aller plus doucement et il en avait marre de voyager autant. Il a donc décidé de se retirer et a pris un boulot dans une boîte de management. Par exemple, il travaille pour le management d’Amorphis et de Lost Society, je crois, en ce moment. Nous avons donc Mörkö maintenant depuis 2014 et en fait, c’est vraiment cool parce qu’il a un feeling très différent de Beast Dominator en termes de jeu. Beast Dominator était plus un batteur de doom, disons, plus posé, alors que Mörkö est plus moteur. Il porte vraiment les chansons vers l’avant, il pousse les tempos plutôt que de les retenir. Le son de batterie est très différent sur cet album. Ça sonne un peu plus violent et ça a même déteint sur les autres gars. On peut l’entendre dans les guitares, par exemple, il y a plus de vélocité dans les riffs. Il était très bien préparé pour l’album aussi. Il a dit que c’était l’un des albums les plus difficiles qu’il ait eu à enregistrer, même s’il a fait des albums de death metal techniques [petits rires]. Je pense qu’en fait, le challenge pour lui était de jouer des parties un peu plus simples et d’atténuer le côté progressif qu’il a par exemple quand il joue avec Wintersun.

Les plans pour l’avenir.

Nous tournons et jouons dans des festivals constamment. Le plan est donc de recommencer à tourner, de remonter sur scène, de faire quelques grosses tournées européennes et des tournées américaines, peut-être retourner en Asie, mais évidemment, le coronavirus fout tout en l’air, donc il semblerait que la majorité des concerts auront lieu l’année prochaine quand l’album aura déjà un an et demi. Ça craint. Je veux donc que les gens sachent que l’album sortira en août, que nous allons venir en tournée mais que ça prendra un peu de temps, parce que le monde est chamboulé.

Interview réalisée par téléphone le 20 avril 2020 par Nicolas Gricourt.
Transcription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Finntroll : www.finntroll-music.com.



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