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Interview   

Tankard : un groupe qui a de la bouteille


Difficile, dans la liste des mots-clés résumant les thématiques principales abordées dans l’interview, de ne pas mettre « bière » dans une interview de Tankard. Nous ne vous mentirons pas en vous disant que nous avons essayé de ne pas en parler car ce n’est pas le cas. Cette interview de Andreas Geremia, alias Gerre (chant), est introduite, ponctuée ici et là et clôturée par la thématique et des anecdotes à propos de l’alcool. Et ce malgré le fait que le groupe ait des choses à dire dans un registre plus sérieux.

Mais, comme le vocaliste amputé de son emblématique bidoche nous le dit, ils l’ont bien cherché : « Ce genre de choses ne nous agace pas parce que c’est de notre faute ». C’est leur raison d’être : l’objectif avoué de Tankard en faisant de la musique est, non pas d’avoir des groupies (Souvenez-vous, Gerre a, au contraire, su rester très fleur bleue dans son approche de la séduction, loin de l’enchaînement industriel traditionnel des groupies), mais d’avoir de la bière gratuite et d’échanger, en toute simplicité, avec les fans des quatre coins du monde.

Un entretien simple, drôle et décontracté.

« Depuis quinze ans maintenant, nous avons essayé d’équilibrer paroles sérieuses et délire. […] Même si nos cinq prochains albums parlaient de choses très sombres, personne ne nous prendrait au sérieux. […] Ce genre de choses ne nous agace pas parce que c’est de notre faute. Aujourd’hui, nous rions de notre propre image et nous nous auto-parodions, mais nous vivons très bien avec. »

Radio Metal : Je ne sais pas si tu t’en souviens, mais nous nous sommes vus en backstage au Hellfest l’an dernier. Tu te rappelles ?

Andreas Geremia (chant) : Après un concert, c’est toujours le bazar. Je devais être bourré mais je crois que je m’en souviens ! (rires)

Oui, tu étais bourré ! En fait, au Hellfest, je t’ai vu alors que tu tombais sur le mur de ta loge. Que s’est-il passé ?

Ce n’était pas un problème de violence ou quoi que ce soit. C’était une bourde, je suis désolé. J’étais un peu ivre, j’ai aperçu un des organisateurs et je l’ai salué. C’est là que j’ai glissé et que je suis tombé contre le foutu mur. Mais j’ai payé pour ça, pas de souci ! (rires)

Ça arrive souvent ?

Seulement en France ! (éclat de rire)

Comment ça se fait ? C’est à cause du vin ?

Quel vin ? Je pense que c’est surtout dû au fait que le festival est sponsorisé par Jack Daniels et que je n’ai pas l’habitude de boire du whisky. C’était seulement une bêtise.

Quelques semaines plus tard, l’un de nos lecteurs t’a croisé à un autre festival et t’a offert à boire mais tu lui as dit que tu avais arrêté. C’est vrai ?

Non, ce n’est pas vrai. C’est une énorme rumeur ! (éclat de rire) Je n’ai pas arrêté de boire, mais j’essaie de faire attention à ne pas trop boire. Il m’arrive de faire la fête mais les années passent et je ne rajeunis pas ! (rires)

Parlons du nouvel album de Tankard. Olaf a déclaré en 2010 que vous ne planifiiez jamais la composition. Peut-on dire qu’une chanson, pour vous, c’est comme une fête ? Les meilleures sont celles qu’on improvise ?

En fait, ce qu’il se passe, c’est que nous ne nous réunissons jamais autour d’une table pour discuter du futur son de l’album. Nous écrivons les chansons telles qu’elles nous viennent à l’esprit. Nous les retravaillons avant d’entrer en studio et essayons d’en tirer le maximum. Je pense que l’album est un peu plus mélodique et nous avons changé de producteur, ce qui entraîne un son très différent de celui des albums précédents. Je dirais que le son est plus transparent, plus propre, moins grandiloquent. Je pense que nous sommes sur une bonne voie.

L’intro « Time Warp » et la conclusion « Week End Warriors » sont beaucoup plus sombres que ce à quoi Tankard nous a habitués. Les paroles se concentrent moins exclusivement sur l’alcool. « Black Plague (BP) » traite par exemple de la catastrophe écologique dans le Golfe du Mexique. Vouliez-vous montrer à vos fans autre chose que votre côté « marrant » ?

Tu n’es pas le premier à me poser cette question. Tout ce que je peux dire, c’est que depuis quinze ans maintenant, nous avons essayé d’équilibrer paroles sérieuses et délire. Par rapport à nos paroles passées, rien n’a changé sur cet album. Tankard évoque des choses plus sérieuses parce que nous ne sommes plus à une période de nos vies où nous pouvons écrire dix chansons à boire. C’est dû au fait que des choses sérieuses et graves nous sont arrivées dans nos vies. Nous ne voulons pas traverser la vie avec des œillères. Si je devais comparer les paroles de cet album avec celles du précédent, je dirais que nous n’avons rien changé.

Êtes-vous frustrés par le fait que le public se souvient davantage de Tankard pour le côté bon enfant que pour l’aspect sérieux ?

Oui. D’abord, Tankard est un groupe qui associe la déconnade et le thrash metal. Ça se marie très bien avec nos personnalités. Nous ne changerons jamais vraiment. Même si nos cinq prochains albums parlaient de choses très sombres, personne ne nous prendrait au sérieux. Nous avons cette image et parfois, nous en plaisantons. Mais l’essence de Tankard n’a pas du tout changé.

Beaucoup d’acteurs qui se font connaître dans un genre comique au début de leur carrière ont ensuite du mal à être crédibles dans un genre plus dramatique. Avez-vous ce sentiment en tant que musiciens ?

Pas vraiment. Lorsque les gens pensent à Tankard, ils visualisent d’abord des mecs marrants qui boivent et ne se préoccupent pas beaucoup de musique. Mais nous nous préoccupons toujours énormément de la musique. Mais ce genre de choses ne nous agace pas parce que c’est de notre faute ; c’est nous qui avons lancé ça avec Chemical Invasion dans les années 80. Nous avons essayé de nous débarrasser de cette image dans les années 90 avec des albums comme Two-Faced ou The Tankard mais ça n’a pas vraiment fonctionné. Aujourd’hui, nous rions de notre propre image et nous nous auto-parodions, mais nous vivons très bien avec. Ce n’est pas un problème.

« Étant donné que nous ne vivons pas de notre musique, nous passons tout notre temps libre sur scène ou en studio. C’est souvent très agaçant quand les gens se tirent dessus à boulets rouges sur Internet. Nous préférons vraiment communiquer avec le public directement. »

Vous avez travaillé avec Michael Mainx lors de la production. Apparemment, Michael n’est pas un grand fan de metal. Est-ce la raison pour laquelle vous avez choisi de travailler avec lui ? Pour profiter d’une opinion ou d’un point de vue différents ?

Nous le connaissions parce que nous avons enregistré une chanson pour un club de foot avec lui, il y a deux ans et demi. Il a également travaillé avec un grand groupe allemand, Böhse Onkelz, dont tous les albums ont été numéro un des charts. Je qualifierais ça de hard rock en allemand. Il a également travaillé une ou deux fois avec Disbelief. Ce n’est pas un producteur metal très connu mais il sait ce qu’il fait.

Espériez-vous que son expertise vous permette de produire un album qui pourrait toucher un public plus large que le public metal habituel ?

Non, ce n’était pas notre intention. Nous avons fait plusieurs albums avec Andy Classen et même si nous étions satisfaits du résultat, nous voulions essayer autre chose, histoire de changer un peu notre son. C’est la seule raison, il n’y a rien d’autre derrière.

Êtes-vous satisfaits de ce changement ?

Nous sommes contents du résultat. Le son est différent des autres albums mais, au fond, c’est toujours du Tankard et c’est toujours du thrash. J’espère que tu es d’accord ! (rires)

Quand on consulte vos pages MySpace et Facebook, on constate que vous n’utilisez pas vraiment ces outils pour communiquer avec vos fans. Vous les rencontrez souvent directement avec les concerts. Vous semblez préférer le contact humain au contact virtuel…

Oui, nous préférons le contact personnel. L’autre raison, c’est que même si nous avons une page MySpace et un site web, nous avons tous des boulots réguliers à côté, alors nous sommes très occupés. Les autres membres du groupe ont aussi des familles et des jeunes enfants alors nous n’avons pas vraiment le temps de nous occuper de ça. Si je ne travaillais pas, je m’en occuperais. Mais étant donné que nous ne vivons pas de notre musique, nous passons tout notre temps libre sur scène ou en studio. C’est souvent très agaçant quand les gens se tirent dessus à boulets rouges sur Internet. Nous préférons vraiment communiquer avec le public directement. Mais évidemment, quand je reçois des e-mails, j’essaie de répondre à tous sur mon temps libre. Ça, c’est une certitude.

Qu’est-ce qui a inspiré le clip de « Rules For Fools » ?

Pour commencer, nous voulions faire un autre clip. On reçoit une certaine quantité d’argent grâce à la promo, à la publicité et aux apparitions dans les magazines. Nous voulions vraiment faire une nouvelle vidéo promo et la maison de disques était d’accord. Nous avons choisi la chanson, avons discuté avec le gars qui a réalisé nos deux dernières vidéos et nous avons récolté quelques idées. La première chose à laquelle on pense en entendant le mot « rules », c’est l’école. C’est une vidéo à petit budget parce que nous n’avions pas une quantité illimitée d’argent, mais c’est une vidéo typique de Tankard et nous avons passé un très bon moment à la tourner. Nous avons eu 80 000 visites sur YouTube. Je crois que c’est la meilleure promotion possible pour un nouvel album. La chanson parle d’un groupe qui a une règle selon laquelle ils ne doivent pas boire avant un concert mais ils finissent toujours par violer cette règle. Tu peux peut-être deviner de quel groupe il s’agit ! (rires)

Qui sont les enfants qui jouent avec vos instruments à la fin ?

Ce sont les enfants de nos amis. Le petit gars qui joue de la basse est le troisième fils de Frank (Thorwarth – basse). C’était très sympa de le faire participer. Nous avons passé un très bon moment avec les gamins, surtout quand on les a mis face à la prof autoritaire. On s’est vraiment bien marrés ce jour-là.

Ces enfants forment-ils un vrai groupe ?

Je crois que celui qui joue de la guitare est vraiment guitariste, mais je ne pense pas que les autres soient dans un groupe. Ces gamins se sont beaucoup amusés ce jour-là, comme tu peux l’imaginer.

Tu as perdu pratiquement 60 kilos en un an ! C’est très impressionnant. Peux-tu nous donner des conseils pour perdre du poids ?

J’attendais un bébé et maintenant il est né, alors tout va bien ! (rires) J’ai rejoint Weight Watchers, c’est tout. J’essaie de faire attention à mon poids, maintenant. C’est dur, mais j’essaie.

Le gros bide était devenu légendaire pour les fans de Tankard. Tu ne penses pas qu’il va leur manquer ?

Il leur manqueront peut-être, mais pas à moi. C’est beaucoup mieux pour ma santé. J’essaie toujours de donner le meilleur de moi-même sur scène, que je fasse 160 ou 90 kilos. Mais je me sens plus en forme sur scène maintenant et c’est beaucoup mieux pour le groupe et pour moi.

« Nous sommes entrés en contact avec une très grande brasserie de Francfort mais ils n’ont jamais répondu à nos e-mails après notre réunion. Je ne crois pas qu’ils aient envie de travailler avec des gens comme nous ! (éclat de rire) »

Apparemment, vous avez donné votre premier concert à l’école. À l’époque, vous ne pouviez pas boire de bière ouvertement alors vous l’aviez mise dans des cartons de lait. Tu confirmes cette anecdote ?

Oui, c’est vrai. Nous avions 15 ans, ou quelque chose comme ça, et il était totalement interdit de boire de la bière dans l’école, alors nous avions mis la bière dans des bouteilles de lait. C’est une histoire très drôle et complètement vraie.

Vous avez commencé à écrire des chansons sur la bière avant d’avoir l’âge légal d’en boire ?

Je crois, oui ! (éclat de rire) Je ne sais pas ce que disait la loi allemande au début des années 80 mais je crois qu’il fallait avoir seize ans pour boire. Mais c’est vrai que nous avons commencé par écrire sur des sujets que nous n’avions pas le droit d’expérimenter.

De plus en plus d’artistes produisent du vin baptisé du nom de leur groupe. Avez-vous pensé à créer la bière Tankard ?

Oui, nous avons discuté avec plusieurs brasseries mais rien ne s’est encore concrétisé. Mais avoir notre propre bière correspondrait évidemment très bien à notre style. Nous sommes entrés en contact avec une très grande brasserie de Francfort mais ils n’ont jamais répondu à nos e-mails après notre réunion. Je ne crois pas qu’ils aient envie de travailler avec des gens comme nous ! (éclat de rire)

Quel genre de bière ce serait ?

De la bonne ! (rires)

« Ma bière préférée est celle que je bois pendant un concert ou à n’importe quel endroit de la planète où nous nous rendons pour jouer. C’est la seule raison pour laquelle Tankard existe : pour nous faire découvrir autant de bières que possible ! »

Quelle est ta bière préférée ?

Ma bière préférée est celle que je bois pendant un concert ou à n’importe quel endroit de la planète où nous nous rendons pour jouer. C’est la seule raison pour laquelle Tankard existe : pour nous faire découvrir autant de bières que possible !

La plupart des groupes font ça pour tomber les filles, et vous, c’est pour la bière ?

C’est ça ! C’est la grosse différence entre nous et tous les autres groupes ! (éclat de rire)

NDLR : Une fois l’entretien terminé Gerre nous demande :

Vous avez aimé le nouvel album ?

(Spaceman) Pour être honnête, je préfère celui d’avant, mais c’est quand même un bon album de thrash.
(Metal’O Phil) Personnellement, j’aime beaucoup le premier et le dernier titre, « Time Warp » et « Weekend Warriors ».

« Time Warp », « Rules for Fools » et « Weekend Warriors » sont mes trois chansons préférées sur cet album.

Oui, elles sont plus sombres que le reste. C’est intéressant.

Cette fois, ce qui s’est passé, c’est que notre guitariste, Andy, a écrit toutes les chansons. Les autres n’avaient pas beaucoup de temps. C’est moi qui ai assuré tous les vocaux. Peut-être que la prochaine fois, ce sera un mélange de titres mélodiques et d’autres plus hard. On verra ce qui se passe. On ne pense pas encore au prochain album, nous voulons profiter de celui-ci. Et nous serons de passage en France en mars !

Oui, à Colmar.

Ouais, Colmar et puis un autre truc. J’espère que de nouveaux petits Français se pointeront et qu’on passera un bon moment ensemble.

Il y a un grand festival viticole à Colmar. Vous pourriez peut-être jouer là-bas ?

(éclat de rire) Oui, on verra avec les organisateurs ! L’un de vous pourrait peut-être venir au concert ? C’est peut-être loin pour vous ?

Oui, pourquoi pas !

Interview réalisée le 8 février 2011 par phoner par Spaceman et Metal’O Phil

Retranscription et traduction : Izzy & Saff’

Site internet de TANKARD : www.tankard.info



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  • « Quelques semaines plus tard, l’un de nos lecteurs t’a croisé à un autre festival et t’a offert à boire mais tu lui as dit que tu avais arrêté. C’est vrai ?

    Non, ce n’est pas vrai. C’est une énorme rumeur ! (éclat de rire) Je n’ai pas arrêté de boire, mais j’essaie de faire attention à ne pas trop boire. »

    Je me disais aussi…
    Donc soit il s’est bien foutu de ma gueule, soit il à voulu dire qu’il essayait de freiner sa consommation et mon anglais bancale à fait le reste.

     » C’est la seule raison pour laquelle Tankard existe : pour nous faire découvrir autant de bières que possible !  »

    C’est la chose la plus sensé que j’ai lu dans aucune interview! Excellent. ^_^

    [Reply]

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