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Chronique   

Tarja – In The Raw


L’éviction de Tarja Turunen de Nightwish n’a en rien altéré sa créativité. La chanteuse a sorti une pléthore d’albums depuis 2005, dont la qualité n’a jamais remis en cause ses prouesses de chanteuse lyrique. Le dernier en date est peut-être le plus intime où Tarja s’est décidée à écrire seule ses chansons et compositions. D’une certaine façon, une partie du contenu musical d’In The Raw, en plus des textes, fait honneur à son titre : il s’agit pour l’artiste de se révéler sans artifices, de se mettre en danger. In The Raw joue justement sur la métaphore de l’or, élément qui peut être poli, symbole du raffinement et de l’élégance, contrastant avec son état naturel brut.

C’est ce que l’album laisse transparaître de manière presque explicite. Tarja a préféré se rapprocher au plus près des démos précédant les compositions de l’album, en conservant le côté très cru des performances du groupe. Le heavy de « Dead Promises » illustre ce choix de ne pas avoir recours à quantité d’artifices ou d’arrangements superflus. Le titre reste simpliste dans sa conception, accueillant la participation de Björn « Speed » Strid de Soilwork. L’aspect dénudé de « Dead Promises » peut décontenancer les habitués de la musique de Tarja par son côté direct et une structure couplet/refrain standard parfaitement assumée. Le riffing binaire de « Goodbye Stranger » chantée avec Cristina Scabbia sans aucun arrangement d’orchestre entérine cette impression, le seul élément symphonique provient de la voix des deux chanteuses. Le revers de la médaille est que, si le chant de Tarja est un monstre de maîtrise, on se laisse difficilement emporter par des rythmiques presque trop simplistes et une structure extrêmement convenue. Le son de guitare a un aspect générique qui empêche de ressentir une quelconque forme d’agressivité, sans compter les soli un tantinet poussifs. On se raccroche ainsi aux mélodies, ce que la chanteuse réalise de mieux.

Il ne faut en réalité pas grand-chose pour que les compositions suscitent un minimum d’entrain. Les quelques arrangements mélodiques de « Tears In Rain » confèrent à la chanson une autre stature que ses prédécesseurs. On en vient à s’interroger sur la pertinence du côté brut de certaines des productions et sur la réussite de ce parti pris. « Railroads » doit beaucoup à la présence des cordes qui installent une véritable dimension cinématographique à la composition et se marient parfaitement avec le phrasé de la chanteuse. L’outro de « Railroads » crée une atmosphère épique qui tranche radicalement avec les premiers efforts de l’opus et qui convainc bien davantage. Même la ballade symphonique « You And I », malgré ses accents mielleux, parvient avec un petit effort d’immersion de la part de l’auditeur à quelques passages poignants, toujours grâce aux variations vocales de Tarja. Sur ce plan, le duo voix-orchestre et pièce principale de l’album, « The Golden Chamber », est sur une autre strate émotionnelle. Tarja se limite à quelques vocalises pour conserver l’atmosphère gracieuse et éthérée de la composition et réussit magistralement à faire fonctionner l’ensemble. Le dernier tiers de l’album embrasse d’ailleurs des aspects plus progressifs de la musique de Tarja : « Spirits Of The Sea » avec Tommy Karevik comme invité, utilise des samples d’animaux marins qui tapissent une rythmique plombée. Le titre propose même des arrangements vocaux plus audacieux avec ce côté « sous-marin » donné à la voix de Tarja. « Silent Masquerade » utilise le piano de la même façon que le duo progressif Iamthemorning pour faire évoluer une composition résolument heavy affublée d’un pont aux voix fantomatiques, tandis que « Serene » a recours à des percussions tribales pour plus de puissance… Surtout, Tarja sait comment conclure raisonnablement son propos via « Shadow Play » qui reprend tous les poncifs de sa discographie et termine en apothéose : doublement des voix, orchestre exubérant, riffing enjoué et rythmique explosive.

Paradoxalement, In The Raw fonctionne lorsque qu’il ne se veut pas « minimaliste » ou brut justement. Là où des titres essentiellement liés à la performance du groupe pâtissent d’un manque d’énergie, les arrangements en tout genre et les mélodies de Tarja fonctionnent indéniablement et mettent en exergue ce contraste saisissant. In The Raw s’apprécie lorsqu’il se laisse aller aux élans symphoniques et progressifs, c’est finalement le côté poli de l’or qui brille et que l’on recherche sur l’opus.

Chanson « Tears In Rain » :

Clip vidéo de la chanson « Railroads » :

Lyric vidéo de la nouvelle chanson « Dead Promises » :

Album In The Raw, sorti le 30 août 2019 via earMUSIC. Disponible à l’achat ici



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  • Petite remarque, le duo avec Tommy Karevik est sur la chanson  » Silent Masquerade  » et non pas Spirits of the sea, cette dernière a été inspirée par la mystérieuse disparition du sous-marin Argentin « ARA San Juan » avec 44 membres de son équipage, d’où les samples d’animaux marins.

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