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Interview   

Tarja : la voix à l’état brut


Si l’on ne savait pas que Tarja Turunen est finlandaise, on aurait du mal à le deviner en la voyant faire la bise aux journalistes venus s’entretenir avec elle en ce triste et pluvieux jour de juin. Nordique d’origine, peut-être, mais l’ancienne chanteuse de Nightwish vit en pays latin depuis suffisamment longtemps pour avoir adopté des manières conviviales et chaleureuses, à mille lieues de l’attitude plus réservée de ses compatriotes. De quoi illuminer un peu une journée qui en a désespérément besoin !

Souriante et à des années-lumière de la réputation qu’un certain incident de 2005 a pu lui faire, Tarja est revenue avec nous sur la genèse de son nouvel album, In The Raw, aux textes extrêmement personnels. Ce fut également l’occasion d’évoquer l’art subtil du chant extrême (spoiler : non, il ne faut pas compter sur une soprano lyrique pour s’y mettre), la solidarité entre femmes dans le metal et ses excellents rapports avec l’actuelle frontwoman du groupe qui a lancé sa carrière.

« Nous avons tous notre Chambre d’or. Ça peut être un peu effrayant d’y plonger et on peut y trouver des choses qu’on préférerait ignorer ! [Rires] Ça peut sembler ridicule, mais c’est un voyage qu’on fait quand on commence à se connaître un peu mieux – à comprendre ses actions, la façon dont on fait les choses, qui on est, tout. »

Radio Metal : Pour commencer, comment vas-tu ?

Tarja Turunen (chant) : Très bien, merci ! Je suis ravie d’être ici et que l’album soit terminé. C’est un moment de détente pour moi ! [Rires] Plus sérieusement, je suis contente que tout ce stress soit derrière moi. Je vais participer à la saison des festivals pour quelques concerts, et après ça, il y aura la sortie de l’album et la vraie tournée va commencer. J’essaie de rester en forme et de prendre soin de moi !

D’après le communiqué de presse, avec In The Raw, « l’intention était de faire passer une idée d’âpreté pour coller aux sentiments que [tu] ressentais au tout début du processus ». Peux-tu nous en dire un peu plus sur les sentiments en question ?

Quand j’ai commencé à écrire les chansons et à concevoir les démos, la façon dont elles sonnaient… Évidemment, elles n’étaient pas produites, parce que c’étaient des démos ! Mais j’avais le sentiment que les compositions étaient solides, et le son brut des guitares, de la basse et de la batterie était très direct. Ça me plaisait bien, j’aimais beaucoup la vie qu’il y avait dans ces démos. Je voulais garder ce genre de son sur l’album. Bien sûr, j’ai ajouté l’orchestre sur plusieurs titres, parce que ça reste mes racines musicales et que j’adore ça. Mais je voulais un côté brut sur l’album, pour qu’on sente bien que c’est moi qui m’exprime. Et les thèmes des paroles sont très personnels, bien plus que ce que j’ai jamais osé écrire jusqu’à présent. Je pense que le moment était venu de faire ça ; ce n’était pas le cas avant. C’était le bon moment. Le processus d’écriture a été douloureux, c’est pour ça que je suis si détendue maintenant. D’un côté, c’est un soulagement, mais tu sais… J’ai arrêté d’écrire en février et le sentiment est toujours là. Je me sens très bien à tous les niveaux, mais en tant qu’artiste, je ne pourrais pas écrire une seule chanson à l’heure actuelle. Je n’ai pas retouché mon piano à queue depuis, parce que j’ai besoin de cette période pour cicatriser. C’était très intense, cette fois.

Comme tu viens de le dire, tu te dévoiles comme jamais sur cette album. Tu as même déclaré que tu te sentais mise à nu par ton honnêteté. Cela veut-il dire que tu avais un filtre ou une sorte de réserve sur les albums précédents, que tu as complètement laissé tomber pour celui-ci ?

Oh oui, je les ai laissés tomber. [Rires] Le mot « filtre » est affreux, mais d’une certaine façon, se dévoiler fait peur. Quand j’écris les paroles, je n’ai pas envie de m’étendre sur leur explication, parce que je veux que les auditeurs se retrouvent dans mes chansons ou qu’elles les inspirent, comme la musique m’inspire toujours au quotidien. C’est la raison pour laquelle j’aime ce que je fais. Mais cette fois, j’étais vraiment seule. J’ai beaucoup écrit seule. Je voulais voir si j’en étais capable – et il se trouve que je le suis ! [Rires] C’était un moyen de me prouver que je pouvais le faire. C’était un sentiment très agréable. Je suis complètement vidée, mais je me sens aussi purifiée, et c’est incroyable.

Le fait de chanter des paroles si brutes et honnêtes a-t-il un impact sur ta façon de chanter ?

Bien sûr. J’aimerais pouvoir exprimer encore plus de choses qu’aujourd’hui avec ma voix. C’est pour ça que je continue à travailler le chant lyrique. Je me suis beaucoup améliorée ces deux dernières années, dans le sens où je n’ai plus peur des notes aiguës. J’ai toujours été perfectionniste et j’essaie constamment de faire les choses du mieux possible. D’un côté, c’est une plaie, mais de l’autre, c’est une bénédiction, parce que j’ai toujours réussi à faire mon chemin en étant fidèle à moi-même. Mais quand il s’agit d’exprimer des choses avec la voix… Je veux raconter des histoires, et je veux exprimer autant de choses que possible avec ma voix. Et quand je chante des paroles qui parlent de ma vie, de choses qui me sont arrivées à moi, à ma famille ou à une personne à laquelle je tiens… J’aimerais pouvoir en faire encore plus. Mais ça doit impérativement être présent. La voix est l’instrument idéal pour faire passer des émotions. Quand j’avais 18 ou 19 ans, je me souviens que ma professeure de chant m’a dit : « Tarja, il y a des milliers de chanteurs qui peuvent atteindre la perfection technique, mais sans pouvoir faire passer d’émotions. Tu as ce diamant dans ta voix, dans ton âme. Tu chantes avec ton âme. Ne perds pas ça. Polis ce diamante, prends-en soin. » Je n’oublierai jamais ses paroles. Je n’étais qu’une gamine qui s’engageait sur la voie de la musique. Je ne peux pas perdre mon cœur. Si je le perdais, je devrais arrêter la musique, parce que ce ne serait plus authentique.

« Avant, je me disais tout le temps : ‘Ça, c’est bien ; ça, ce n’est pas correct.’ Aujourd’hui, […] je n’ai pas besoin de penser, je suis simplement poussée par un ressenti quand je commence à écrire. Si ça me convient, il n’y a aucune règle, aucune limite. En fait, j’ai commencé à repousser les limites dès que j’ai commencé à faire du metal ! »

Pour expliquer le lien entre le titre de l’album et la tonalité dorée de la pochette, tu as déclaré qu’« on pense que l’or est un élément poli et parfait, sophistiqué, luxueux. Mais dans son état naturel, c’est un élément brut ». Doit-on considérer ça comme une métaphore de ta musique ou des émotions que tu essaies de faire passer, qui seraient donc brutes mais sophistiquées ?

Oui, exactement. Sur cet album, c’est tout à fait ça. On peut voir le côté symphonique de ma musique comme le côté sophistiqué, avec cet orchestre si lisse, superbe, au son cristallin et émouvant. Et en parallèle, il y a le son du groupe, qui est direct, explosif. Il y a à la fois un contraste et une harmonie, ce qui est exactement ce que j’essayais d’expliquer. Je déteste me répéter et je ne voulais pas tomber dans ce travers. Quand j’ai commencé à penser la pochette, je me suis dit que je pouvais ajouter des paillettes dans mes vêtements ou dans la photo. Et puis le contraste entre le côté brut et le doré m’a frappée : on pouvait associer les deux avec l’élément brut. J’y voyais une logique. Je voulais présenter l’album comme quelque chose de doré, brut, élégant, beau, puissant. Je n’ai moi-même jamais porté de doré. Ma mère a commencé à faire ça à partir d’une certaine période de sa vie. Quand elle a dépassé les 40 ans, elle s’est mise à porter des bijoux en or, et je me suis dit que je ne ferais jamais la même chose ! Aujourd’hui, je trouve l’or très beau. Il y a plusieurs teintes d’or. Je me suis bien amusée à concevoir mes costumes de scène ; ils sont sublimes. Et j’ai aussi pris beaucoup de plaisir à travailler sur la pochette et les photos avec Tim Tronckoe. Les photos ont été prises dans la grotte dorée, qui est aussi une métaphore sur le fait de plonger très profondément en moi-même. Il faut plonger dans cette grotte très profonde pour y trouver de l’or. C’est la Chambre d’or en chacun de nous.

En parlant de Chambre d’or… Tu l’as déjà plus ou moins évoqué, mais la chanson « Golden Chamber » est la pièce centrale de l’album et elle est très spéciale, avec son côté orchestral, ambiant et évocateur. Elle fait d’ailleurs le lien avec la pochette. Qu’est-ce que la Chambre d’or et que représente-t-elle pour toi ?

C’est ce que j’ai trouvé en moi. Nous avons tous notre Chambre d’or. Ça peut être un peu effrayant d’y plonger et on peut y trouver des choses qu’on préférerait ignorer ! [Rires] Ça peut sembler ridicule, mais c’est un voyage qu’on fait quand on commence à se connaître un peu mieux – à comprendre ses actions, la façon dont on fait les choses, qui on est, tout. Je ne peux pas en dire beaucoup plus. Sur cette chanson, il n’y a que l’orchestre et ma voix. J’ai travaillé dessus avec mon ami Jim Dooley, qui s’est occupé des arrangements orchestraux sur tous mes albums. J’ai également enregistré l’album de Noël From Spirits And Ghosts avec lui. Il a un talent fou. Ennio Morricone m’a aussi beaucoup inspirée pour cette chanson. On peut plonger dans des mondes différents quand on plonge dans la Chambre d’or. Et les paroles de la chanson sont en finnois. Mon pays d’origine me manque peut-être un peu ! Là encore, c’est tout moi.

La deuxième moitié de l’album montre un visage plus progressif, avec des univers auditifs plus variés (« Spirits Of The Sea », la partie centrale de « Silent Masquerade ») et des arrangements divers (les percussions tribales sur « Serene »). Peux-tu nous en dire plus sur cet aspect du disque ? Comment as-tu travaillé et développé ces ambiances ?

Quand j’ai commencé à réfléchir à l’ordre des chansons sur l’album, j’ai pensé que ça devait ressembler à un voyage. C’est également le cas avec les photos du livret : elles racontent une histoire, un voyage. Du moins, c’est comme ça que je le vois. Ce côté plus progressif dans l’écriture commence à faire son chemin depuis cinq ou sept ans. J’aime être plus progressive quand j’écris. Ça veut dire que je sors un peu du cadre de ce que j’ai appris à l’école, pendant toutes ces années de musique classique. Avant, je me disais tout le temps : « Ça, c’est bien ; ça, ce n’est pas correct. » Aujourd’hui, je commence à sortir de ça. Je suis plus ouverte en matière de composition, ce que j’apprécie énormément. Je n’ai pas besoin de penser, je suis simplement poussée par un ressenti quand je commence à écrire. Il n’y a pas de règles. Si ça me convient, il n’y a aucune règle, aucune limite. En fait, j’ai commencé à repousser les limites dès que j’ai commencé à faire du metal ! Je suis ravie que tu entendes la progressivité dans les chansons. C’est vers cela que je me dirige dans l’écriture. C’est fantastique. J’ai l’impression que c’est synonyme de liberté, pour moi. Et les chansons sont également plus orchestrales. Le dernier titre de l’album, « Shadow Play », est l’un des derniers que j’ai écrits, et j’avais cet énorme orchestre et ces chœurs dans ma tête en permanence. Il fallait un final en fanfare. Quand j’ai écrit la chanson, même si je n’avais que le squelette au piano, j’ai dit à mon mari : « C’est le dernier titre de l’album ! » [Rires] Il a répondu : « Hey, c’est pas mal ! » Même s’il n’y avait que le piano, il était si théâtral qu’il fallait qu’il soit à cette position.

En parlant de « Shadow Play », ton album précédent était intitulé The Shadow Self, et celui avant ça, Colours In The Dark. Le concept de l’ombre semble très important dans ton univers artistique. Que symbolise-t-il pour toi ?

Si tu prends le monde en général, tu te rends compte que de nombreux aspects de notre vie restent dans l’ombre et que nous ne montrons pas tout. « Shadow Play » a une histoire : la chanson parle d’une marionnette triste, d’une fille qui voudrait être libre. Cette histoire m’a beaucoup inspirée ; je me suis fait une sorte de film dans ma tête, une belle histoire fantastique. Ça ne parle pas nécessairement de moi, mais ça reste malgré tout mon histoire ! Mais de façon générale, les gens vivent dans l’ombre, et beaucoup n’en sortent jamais. Nous sommes en plein mois des fiertés. Combien de gays vivent dans l’ombre parce qu’ils ne peuvent pas sortir dans la lumière ?

« C’est la même puissance que lorsque je suis devant un orchestre symphonique, avec 60 ou 80 personnes qui respirent en même temps que le chef d’orchestre et viennent soutenir ma voix. Là, je ressens un soutien absolu et je ne me sens pas seule. J’ai besoin d’avoir le même ressenti avec mon groupe de rock. »

Tu as déclaré que tu « aime[s] vraiment le son très direct de la guitare » et tu as ajouté que, « quand [tu] mets de la puissance dans [ta] voix, [tu as] besoin de puissance pour [te] soutenir afin de ne pas avoir l’impression d’être seule ». Y a-t-il parfois une compétition entre ta voix et les guitares en termes de puissance ?

Pas de cette façon. Dans mes productions, j’essaie toujours de veiller à laisser de la place à chaque élément, que ce soit un groupe qui doit sonner d’une certaine façon ou autre chose. Quand je produis un album, il est très important que l’orchestre ait tout l’espace dont il a besoin et qu’on entende bien les arrangements, qui sont là pour une bonne raison. Je participe au mixage avec Tim Palmer, je m’implique vraiment dans toutes les parties du processus de réalisation de l’album. C’est la raison pour laquelle cela me prend des mois et des mois de travail quotidien, et c’est pourquoi je suis tellement épuisée quand c’est terminé ! Mais il n’y a pas vraiment de compétition, parce que j’ai tendance à laisser l’espace nécessaire aux autres. Je sais quelle place ma voix occupe dans le mix, je sais ce dont les guitares ont besoin… C’est le fruit de l’expérience. Je ne crée pas un mur de son où rien n’a de sens. Il faut que ça ait du sens, c’est comme ça que les chansons sont écrites ! Si elles sont écrites d’une certaine façon, elles doivent sonner d’une certaine façon.

Comment comparerais-tu la puissance des guitares et la puissance d’un orchestre ?

C’est plus ou moins la même chose – pas seulement les guitares, mais le groupe de rock dans son ensemble, avec batterie et basse en plus. C’est la même puissance que lorsque je suis devant un orchestre symphonique, avec 60 ou 80 personnes qui respirent en même temps que le chef d’orchestre et viennent soutenir ma voix. Là, je ressens un soutien absolu et je ne me sens pas seule. J’ai besoin d’avoir le même ressenti avec mon groupe de rock. Si je vacille, si j’ai un moment de « je ne vais pas y arriver », ils sont là pour me soutenir, me rattraper et me remettre à ma place. C’est ce que j’ai cherché à obtenir sur cet album en matière de son. J’ai travaillé dur avec Tim Palmer, en lui disant : « Je sais que ce n’est pas ton son, mais peux-tu faire en sorte que ce soit le mien ? » [Rires] C’est ce qu’il a fait ; son travail est formidable.

Tu as fait appel à plusieurs invités sur In The Raw : Björn Strid, Cristina Scabbia et Tommy Karevik. Comment se sont-ils trouvés impliqués sur cet album ?

J’ai beaucoup de chance d’avoir de tels amis dans cette industrie ! Cristina et moi sommes amies depuis des années, et nous cherchions depuis un moment une occasion de travailler toutes les deux. Quand j’écris des chansons, j’écris pour moi, pour ma voix. Je ne me dis jamais : « Je suis en train d’écrire un duo. » Ça n’a pas davantage été le cas pour ces chansons. Mais pendant que j’enregistrais le chant, ou même après l’avoir enregistré, j’ai commencé à me dire que je voulais quelque chose d’autre, quelque chose de plus. « Goodbye Stranger » est un titre à base de guitare, de basse et de batterie ; il n’y a pas d’orchestre, pas de clavier, rien d’autre. J’ai alors pensé : « Pourquoi ne pas utiliser cette chanson pour souligner l’importance de la solidarité féminine dans le metal ? » Nous sommes toutes sœurs, c’est comme ça qu’on le ressent. Nous sommes nombreuses, mais pas assez, si tu vois ce que je veux dire. Je voulais souligner la solidarité entre femmes dans cette chanson, alors j’ai contacté Cristina. Elle a aimé le titre et a accepté de le faire. Je cherche toujours à donner beaucoup d’espace à mes invités sur mes productions, parce que je suis contente qu’ils soient là ! J’aime avoir la possibilité d’avoir une jolie voix sur mes chansons. Dans tous ces titres, il y a beaucoup de place pour les invités. Les hommes ont fait du très bon boulot sur des chansons qui ont été écrites pour ma voix. Ils m’ont tous les deux dit que ce n’était pas évident ! [Rires] Je suis très contente et très reconnaissante, le résultat est excellent.

Avec Björn Strid, c’est la deuxième fois, après Alissa White-Gluz, que tu invites un chanteur à poser des growls sur une de tes chansons…

Oui, moi je ne sais pas faire ça ! [Rires]

C’est exactement ce que j’allais te demander : as-tu déjà essayé ?

Jamais ! Mon Dieu, je n’oserais même pas ! C’est une technique totalement différente. Si j’arrive à en maîtriser une, c’est déjà bien ! [Rires] Je n’oserais pas.

As-tu peur d’abîmer ta voix ?

Non… J’ai une façon de chanter. J’expérimente beaucoup avec ma voix. Sur cet album, il y a beaucoup de registre medium, qui n’est pas du tout le registre soprano que je pratique en chant lyrique. Je chante beaucoup plus haut, aujourd’hui – plus haut que jamais auparavant, d’ailleurs. Mais en termes de rock, j’ai trouvé un équilibre, et mon registre medium est devenu puissant. J’ai trouvé une liberté là-dedans également, et j’en suis ravie, parce que j’ai mis des années à développer cet aspect. Je laisse les growls aux professionnels. Laissez-moi le chant lyrique ! [Rires]

« Nous avons connu notre plus gros succès avec Once, et je n’arrivais pas à l’apprécier. C’est tellement triste de te dire ce genre de chose, mais… C’est pour ça qu’aujourd’hui, après toutes ces années et après tout ce que j’ai appris, je peux enfin dire que je suis une artiste. »

Par le passé, tu as enregistré des duos avec Alissa White-Gluz et Sharon Den Adel ; aujourd’hui, c’est au tour de Cristina Scabbia. À quel point la solidarité entre chanteuses de metal est-elle importante à tes yeux ?

On se soutient. On est confrontées aux mêmes problèmes. Nous sommes les femmes au milieu des hommes, nous sommes plongées dans un milieu très masculin. Quand j’ai commencé à chanter avec Nightwish, il y a très longtemps maintenant, les gens venaient me voir pour me demander si les chanteuses étaient en compétition. Quoi ? Quelle compétition ?! Chacune d’entre nous fait son truc ! Nous faisons de notre mieux à notre façon. On peut inspirer quelqu’un ou se sentir inspirée par quelqu’un d’autre. Mais je n’ai jamais ressenti de compétition. J’ai toujours fait mon propre truc, et les autres filles font le leur. Je suis ravie qu’elles aient du succès, j’adore les soutenir et être soutenue par elles. C’est très important et nous ne devons pas l’oublier. Nous sommes toutes dans le même bateau.

Il n’y a pas de compétition entre chanteuses, mais penses-tu que les fans ont envie de croire que c’est le cas ?

Je laisse les gens penser ce qu’ils veulent. C’est comme pour la nourriture, on peut seulement dire ce qu’on aime ou non. En musique, ou peut dire si on aime ou non tel ou tel chanteur. Quand j’écris des chansons ou quand je sors un album, je sais que certaines personnes penseront que c’est totalement nul. D’autres trouveront mon travail inspirant, et c’est comme ça ! C’est comme ça que ça doit être ! [Rires] Ce serait terrifiant si les gens pensaient tous la même chose ! Nous sommes tous différents et c’est une bénédiction. Nous avons tous des goûts différents. Je laisse le soin aux gens de décider quoi ressentir. C’est important d’avoir un ressenti quand on écoute de la musique ; c’est tout l’intérêt de la chose.

La chanteuse de metal avec qui tu n’as pas encore enregistré de duo est Floor Jansen – et cette collaboration serait bien entendu très symbolique. Quel genre de relation entretiens-tu avec elle ? D’ailleurs, il me semble que vous avez chanté sur scène toutes les deux…

Oui, je l’avais invitée à participer à mon concert au Metal Female Voices, je crois, il y a quelques années. J’ai une bonne relation avec elle. On s’écrit des mails de temps en temps. « Comment va le bébé ? » « Ce n’est plus un bébé ! » La vraie vie, en fait ! J’aime bien avoir de ses nouvelles. Je lui souhaite le meilleur du monde. On se connaît depuis très longtemps. J’ai été très surprise quand elle a été choisie pour être la chanteuse de Nightwish. Je me suis dit : « Waouh, génial ! » Je lui souhaite vraiment le meilleur.

Sans compter les albums de Noël et l’album classique que tu as sortis, tu en es désormais à ton cinquième album studio, ce qui signifie que tu as sorti autant d’albums en tant qu’artiste solo qu’avec Nightwish. Comment comparerais-tu ta situation actuelle en tant qu’artiste à ta situation à l’époque de Once ?

Waouh ! Oh mon Dieu ! Il y a un monde de différence ! Mon Dieu, j’étais tellement jeune, à l’époque… Je n’avais aucune conscience du monde, aucune conscience de tellement de choses… Quand on passe des années à vivre et à apprendre et à grandir et à pleurer… À l’époque, j’étais incapable d’apprécier notre succès. Je n’allais pas bien – même au niveau physique, je me sentais malade. Je n’étais pas bien dans ma peau, à l’époque. Nous avons connu notre plus gros succès avec Once, et je n’arrivais pas à l’apprécier. C’est tellement triste de te dire ce genre de chose, mais… C’est pour ça qu’aujourd’hui, après toutes ces années et après tout ce que j’ai appris, je peux enfin dire que je suis une artiste. J’écris mes chansons, j’ai une équipe de rêve autour de moi. J’ai trouvé ma place dans le monde de la musique. J’ai mon public, j’ai ma vie en tant qu’artiste. C’est tellement différent de ce dont je suis partie… Tout est très différent. Mais je suis reconnaissante d’avoir vécu tous ces mauvais moments et toute cette expérience. Je suis reconnaissante pour la musique que nous avons créée ensemble et pour l’expérience que j’ai acquise avec le groupe. Cela m’a donné les fondations dont j’avais besoin pour devenir une artiste, et les ailes pour prendre mon envol. Les choses auraient été très différentes, sans ça. Je devais trouver ma voie, et à l’époque de Once, ce n’était pas ma voie. Je faisais partie de la vision de quelqu’un d’autre, ce n’était pas la mienne. Ce que je fais aujourd’hui, tout ce que tu peux entendre dans ma musique, c’est moi – absolument à cent pour cent moi. Je ne peux te parler que des différences, et elles sont très nombreuses !

Interview réalisée en face à face le 7 juin 2019 par Tiphaine Lombardelli.
Retranscription & traduction : Tiphaine Lombardelli.
Photo : Tim Tronkoe.

Site officiel de Tarja : tarjaturunen.com.

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  • Fikmonskov dit :

    Les deux questions sur NW sont sympas, et les réponses aussi : c’est agréable de sentir qu’elle a tourné la page et n’en garde apparemment pas trop de rancoeurs. (Ce que le duo avec Marko laissait déjà entendre.)

    Tant mieux 🙂

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