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Chronique   

Ted Nugent – Shutup&Jam!


Se pourrait-il qu’en des temps où il faudrait s’afficher contre la guerre, les méchants cols blancs qui gouvernent et ceux qui pillent les ressources naturelles, et pour l’amour entre les peuples et même entre les espèces (tant qu’à faire), cette grande gueule de Ted Nugent – partisan du parti Républicain américain, militant pour le droit au port d’arme et fier chasseur, auteur de God, Guns and Rock’n’Roll et Kill It and Grill It – soit l’un des derniers rockeurs provocants ? Un rebelle qui ne serait ni rouge ni vert ? Et pourquoi pas un vrai punk ? Après tout, quand on est originaire de la même ville que les MC5 ou The Stooges, on doit avoir ça dans le sang… Car quand éclate en ouverture le morceau-titre de ce nouvel album, « Shutup&Jam! », il y a quelque chose de « Kick Out The Jams », du punk de sale gosse, avec solo concis et à peine appliqué, brut de décoffrage, déchargeant déjà en un coup toute cette énergie accumulée depuis sept ans.

Uncle Ted devenu Tonton Keupon ? Oui, un peu, et même un peu skate-punk quand il en vient à « Never Stop Believing », voire trempant ses cordes dans le crossover pour déverser une grosse louchée de groove dans « Semper Fi ». Et surtout pas consensuel, ne serait-ce que dans le choix de ses titres comme « Trample The Weak, Hurdle The Dead » (piétine les faibles, enjambe les morts) – qui fut aussi le titre d’un article qu’il a signé en 2010 dénonçant le gouvernement Obama… Mais le Nuge n’est pas là pour faire de la politique, seulement du rock ! Si chanter « I still believe in the American dream » peut paraître provocateur face à un monde ayant appris à se méfier de ce modèle, il déclare tout de même, tout en faisant rouler ses « great balls of fire » : « The only hope for America is a good ol’ rock’n’roll. » Et pour alimenter cet espoir, il a toutes les armes nécessaires. Boogie-rock féroce d’un « Fear Itself », au gimmick contagieux, sentant la sueur accumulée dans une course dans la rue tête baissée, insouciant des passants renversés. Hard rock badass digne du Motor City Madman qui donne des fourmis dans les doigts (« Throttledown »), ou envie de crier avec les « Screaming Eagles ». Rhythm & blues de « Everything Matters », véritable déclaration d’amour au rock originel où Nugent démontre qu’il n’a jamais besoin de se forcer pour sortir un solo autant classique qu’efficace. Sudiste pour la version blues de « Never Stop Believing », évoquant les ballades de Lynyrd Skynyrd mais aussi la Motown de sa ville d’origine grâce à cette chanteuse dans les chœurs.

Mais surtout, il y a un parti pris absolument pas prise de tête : des morceaux dépassant rarement les trois minutes et quelques, des thèmes on ne peut plus universels (« I Love My BBQ », qui invite à s’asseoir pendant que Ted va nous chercher une bière), des titres qui sentent bon la prise tout juste sortie des bobines… En fait, « She’s Gone », premier single dévoilé, est une des clés de compréhension de cet album, véritable cabotinage avec Sammy Hagar, qui ne mène à rien, mais rend un peu plus l’impression que Nugent enregistre un album comme il organise une partie de foot entre potes. Et il s’éclate tellement qu’il ne laisse que peu de place au chanteur-guitariste Derek St. Holmes, dont le retour rappelle le bon souvenir des premiers albums du Madman, mais qui n’a le micro que sur un titre. Mais il devrait avoir plus de place sur le prochain disque, affirme un Nugent qui aurait déjà dix-huit titres pour la suite, et, semble-t-il, contracté une nouvelle fièvre…

Ci-dessous les titres « She’s Gone » et Never Stop Believing » :

Album Shutup&Jam!, sortie le 4 juillet 2014 chez Frontiers Records.



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