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Chronique   

Tesseract – Sonder


Depuis leur signature avec Kscope en 2015 et l’album Polaris, Tesseract quittait les terres du « djent classique » pour arpenter des terres davantage progressives déjà en partie foulées sur Altered State (2013). Tesseract privilégiait une approche moins violente de sa musique, laissant la part belle au chant clair de Daniel Tompkins. On pouvait alors s’attendre à un nouvel effort dans ce sens avec Sonder, le dernier disque de la formation anglaise. C’est en réalité plus subtil que cela. Plutôt que d’évoluer avec le souci de la mesure, Tesseract a choisi d’osciller entre les extrêmes. Évidemment Sonder sait se montrer ampoulé, avec un travail d’orfèvre sur les mélodies et les arrangements. Surtout, sans prévenir, il sait être corrosif.

Sonder est une idée inspirée des écrits de John Koenig, qui a cherché à réimaginer la manière de communiquer, via le Dictionnaire Des Douleurs Obscures formé de néologismes visant à combler les manques du langage, pour faire simple. Le mot « Sonder » cherche à signifier les émotions autrement inexprimables que l’on ressent lorsqu’on réalise que l’on vit tous simultanément des vies complexes. En effet, le propos de Tesseract avec Sonder est de souligner la nécessité de la communication et les dangers de l’isolement, du détachement et de la déconnexion, le tout dans son acception la plus large. En ce sens, Tesseract souscrit une fois encore à sa ligne de conduite, à savoir illustrer des thématiques philosophiques contemporaines qui résonnent dans leur approche de la musique, résolument technique. Sonder ne déroge pas à la règle. Tesseract n’a pas renoncé à la polyrythmie et à sa structure basse-batterie presque fusionnelle. Le slapping sur le très groovy « Juno » illustre parfaitement ce son « Tesseract », devenu une véritable marque de fabrique. Même lorsque Tesseract s’emploie à des passages plus nuancés à l’image du pont de « Luminary » et de ses arpèges de guitares ou de l’éthéré « Mirror Image » fait d’un enchevêtrement d’ambiances de guitare très légères, il y a cette volonté de maintenir l’attention de l’auditeur à travers des structures alambiquées. C’est le travail vocal de Daniel Tompkins qui se charge de créer le lien mélodique. La voix de ce dernier s’illustre d’ailleurs moins dans un registre exubérant tel qu’elle pouvait l’être sur Polaris, avec des leads vocaux moins attendus, mais sachant se faire accrocheurs (« Luminary »), et le retour de cris déchirants, à l’instar du refrain de « King » ou de l’apocalyptique « Smile ».

Le bassiste Amos Williams avait fait part de la manière dont Tesseract absorbe les méthodes et les approches du son des groupes avec lesquels ils tournent. En l’occurrence Sonder aurait été influencé par la philosophie de Meshuggah. Cette parenté avec ce dernier est éclatante à l’écoute de « Smile ». Elle est omniprésente, simplement parce que, d’une part, Tesseract n’a jamais eu un tel impact sonore auparavant et, d’autre part, la production est dantesque. Certes, le groupe cherche à chiader ses atmosphères mais son propos est bien plus direct. Sonder fait 37 minutes, et les accalmies, que ce soit un « Orbital » ambiant de deux minutes, introduisant le riff massif d’ouverture de « Juno », ou les couplets subtils de « Beneath My Skin », offrent une large plage de dynamique au disque, renforçant les pics d’intensité ou créant d’amples montées en puissance (« Mirror Image »). On peut également mentionner le final de « King », avec son piano, ses chœurs et effets, rappelant la délicatesse dont peut faire preuve Trent Reznor. On retrouve en outre une familiarité avec Uneven Structure dans l’introduction de « Beneath My Skin », à savoir la recherche d’une certaine grandiloquence dans les arrangements qui confèrent à Sonder un côté épique, exacerbé par le titre de conclusion « The Arrow » qui retombe et termine l’album en douceur après une gradation mélodique.

Plus court, pas moins travaillé. Sonder gomme certaines des errances de Polaris, à savoir des longueurs récurrentes. Ce dernier album de Tesseract est plus direct, plus agressif à bien des égards, mais surtout plus varié, et de fait plus prenant. Il souligne le sentiment d’urgence qu’il y a à ne pas se déconnecter du monde. Sonder marque le retour à un Tesseract certes toujours aussi cérébral, mais bien davantage viscéral.

Clip vidéo de la chanson « King » :

Chanson « Luminary » en écoute :

Lyric vidéo de la chanson « Smile » :

Album Sonder, sortie le 20 avril 2018 via Kscope. Disponible à l’achat ici



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