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Chronique   

Testament – Titans Of Creation


Testament est définitivement inarrêtable et ne compte pas transiger sur sa formule. Les Californiens joueront toujours du thrash à l’ancienne, porté par un line-up – peut-être le plus prestigieux que la formation ait connu depuis The Gathering (1999) – qui tient bon depuis six ans. Pour de nombreux auditeurs, Testament devrait indéniablement être estimé au niveau du Big 4, si l’on prend en compte la constance et le dévouement dont fait preuve le groupe ces quinze dernières années. Titans Of Creation, treizième œuvre du groupe, ne laissait aucunement présager des nouveautés quelconques. Pourtant… Testament semble se montrer un poil plus ambitieux, quitte à varier légèrement les plaisirs. Chuck Billy s’était montré enthousiaste quant au résultat : « L’un des meilleurs boulots que nous ayons jamais faits ». Titans Of Creation est effectivement le produit d’une formation qui a décidé de passer plus de temps ensemble et d’accroître le processus collaboratif. À raison.

L’implication du guitariste Eric Peterson dans la production de l’album, mixé par Andy Sneap, participe à maintenir l’identité sonore de Testament. De ce point de vue, Titans Of Creation s’inscrit dans la droite ligne de ce que produit Testament depuis vingt ans. Un son de guitare massif et tranchant aux accents death, agressif sans être criard. « Children Of The Next Level » fait office de titre rentre-dedans, archétypal pour Testament, et installe l’auditeur dans sa zone de confort. Le riffing extrêmement rapide de Skolnick et Peterson n’a besoin que de quelques secondes pour fonctionner, comprenant toujours ces articulations qui confèrent aux compositions un aspect épique. Les lignes vocales de Chuck Billy tranchent parfois avec l’agressivité déployée, proposant nombre d’accroches mélodiques bienvenues notamment sur le refrain : le savoir-faire de Testament mérite effectivement des louanges, lui permettant d’intégrer quelques éléments progressifs dans ses titres à travers les envolées des guitaristes. « WWIII », « False Prophet » et « Code Of Hammurabi » accentuent l’impression de puissance, offrant un thrash brut de décoffrage véritable avocat de la fougue du groupe qui semble ne pas accuser le poids des années. Sur ce plan, Titans Of Creation remplit admirablement son dessein et l’on peut donner raison à Chuck : Testament a utilisé son expérience avec grand soin.

Titans Of Creation donne l’impression d’être partagé entre les élans les plus vindicatifs du groupe et son affect pour le groove, à l’instar de « Dream Deceiver » aux rythmiques plus heavy et aux lignes vocales de son frontman un brin eighties et résolument rock. « City Of Angels » est l’argument le plus frappant, au riffing parfois bluesy et évocateur des groupes de La Nouvelle-Orléans. Sans être une ballade, elle illustre les penchants progressifs du groupe, parfaitement à l’aise sur les plages purement mélodiques – auxquelles participent la basse bien mise en avant ainsi que les harmonies vocales –, et fait partie des vents de fraîcheur qui soufflent sur l’album. « Code Of Hammurabi », de prime abord très direct, profite des interventions de basse avec effet wah-wah et d’une partie solo à la construction élaborée signée Alex Skolnick. Les leads orientaux d’« Ishtars Gate » permettent à Testament d’abandonner les cavalcades effrénées pour privilégier une écriture centrée sur les accroches rythmiques, à l’instar des lignes de basse esseulées (sur lesquelles Chuck Billy opte pour un timbre nasillard à la manière de Dave Mustaine) qui, là encore, rajoutent à la dynamique du titre. « The Healers » (titre qui relate l’expérience de Chuck Billy lors de son combat contre le cancer) comprend en guise de break l’un des riffs les plus groovy de la discographie de Testament, davantage proche d’un Corrosion Of Conformity que de la sacro-sainte tradition thrash. Testament agrémente sa musique d’influences nouvelles et d’éléments inédits, à l’image du chant d’Eric Peterson sur « Night Of The Witch » qui embrasse une inspiration résolument black metal avec un timbre aigu écorché qui contraste avec la voix caverneuse de Chuck ; des interventions de Peterson que l’on retrouve accentuées à coup de blast-beats sur « Curse Of Osiris ». En réalité, Titans Of Creation parvient à insuffler une véritable identité à chacun de ses composantes sans altérer l’ADN de son auteur. Seules les deux minutes de conclusion de « Catacombs » et ses orchestrations synthétiques superflues laissent de marbre.

Titans Of Creation se fait l’avocat parfait du talent de Testament et de ce souci permanent de la qualité qui caractérise le groupe depuis de nombreuses années. Il est aussi la démonstration que les vétérans du thrash ont encore quelques tours dans leur sac pour, si ce n’est nous surprendre, au moins capter notre attention. Quant à savoir s’il se hisse au niveau des meilleures prestations du groupe, chacun doit élaborer sa propre réponse. Titans Of Creation a les arguments pour. Il est tout à la fois doté d’une énergie débordante, d’un sens du groove heavy et d’accroches mélodiques qui ont fait la renommée du groupe depuis The Legacy (1987). Testament n’a vraiment aucune raison de lever le pied.

La chanson « Children Of The Next Level » :

Lyric vidéo de la chanson « Night Of The Witch » :

Album Titans Of Creation, sortie le 3 avrils 2020 via Nuclear Blast Records. Disponible à l’achat ici



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  • Mr Claude dit :

    J’avais beaucoup aimé « Dark Roots… » et fait l’impasse sur « Brotherhood… » sans bonne raison.

    La chronique et les extrait donnent envie d’y revenir.
    Un line-up de fou, efficace, groovy, tranchant, mélodique.

    L’héritage de Testament devient de plus en plus titanesque!

    [Reply]

    Dypso

    eh bien je te conseille très vivement brotherhood pourtant ! Une turie.

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