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Live Report   

Textures s’en va avec classe


Soirée étrange au CCO ce dimanche 12 novembre 2017. Étrange parce qu’elle est l’occasion d’être témoin de la fin d’un groupe qui avait annoncé sa séparation de manière presque anodine, alors qu’il était censé être en processus d’écriture au successeur de Phenotype (2016). Oui, Textures, après plus de dix ans de carrière et une renommée dûment acquise se sépare. L’occasion pour eux et leurs amis Exivious de célébrer une discographie plus qu’honorable lors de cette tournée intitulée Last Miles To The Moon, sans pathos. Soirée étrange, car Textures n’avait rien de mélancolique. Bien au contraire.

Les Néerlandais d’Extremities ont eu la tâche difficile de précéder aux deux mastodontes techniques de la soirée. Pratiquant un metal progressif qui emprunte évidemment à leurs compatriotes de Textures, dans les artworks comme dans les sonorités, ils ne bénéficient évidemment pas encore de l’engouement du public.

Artistes : TexturesExiviousExtremities
Date : 12 novembre 2017
Salle : CCO
Ville : Villeurbanne [69]

Textures (Luxembourg 2016)

Une salle à moitié vide, des spectateurs bienveillants mais un tantinet sceptiques, une production raisonnable mais anodine entachée par un chant en demi-teinte qui répète les codes désormais bien connus du growl suivi de l’envolée lyrique : Extremities donne l’impression d’en être encore à ses premiers ébats. Il s’en sort sans démériter mais ne peut effacer l’impression générique que dégage sa musique. Là sont les risques de s’illustrer dans un registre que la tête d’affiche maîtrise de part en part. La donne n’est pas la même pour Exivious. Ceux qui ne sont pas familiers du groupe instrumental ont sans doute dû s’accrocher. Auteur de deux albums, Exivious (2009) et surtout Liminal (2013), la formation originellement formée d’exilés de Cynic, Pestilence, Dodecahedron et justement Textures pratique un metal atmosphérique aux (très) fortes consonances jazz, que ce soit dans les sonorités ou la variété des breaks. Un peu comme si quelqu’un avait extrait la partie la plus progressive et barrée d’un Cynic ou d’un Intronaut.

Pris dans une avalanche de notes, impossible de se laisser emporter sans un minimum de concentration, à l’instar des musiciens au jeu de scène épuré. Personne ne leur reprochera, étant donné la complexité des parties. Pourtant Exivious parvient à nous gratifier de moments puissants, en témoigne la conclusion d’un titre comme « One’s Glow » tout en lourdeur (on peut remercier la maîtrise de la basse fretless de Robin Zielhorst) ou les envolées mélodiques d’ « Entrust ». À ce titre, le jeu du guitariste Tymon Kruidenier est déconcertant de facilité. Difficile d’entendre la fausse note, même lorsqu’on est un fervent connaisseur des titres d’Exivious. Ce dernier joue d’ailleurs sur cette image de « geek » de la musique, en s’adressant au public déplorant le « trop grand nombre de notes dans leur musique », même pour eux. Exivious est un groupe discret, une sorte d’ovni technique qui n’a pas besoin d’à-côté pour satisfaire ses auditeurs. Leur musique est bien assez éloquente.

Textures (Luxembourg 2016)

Quoi qu’il en soit, Exivious a parfaitement mis en condition l’audience qui n’attend qu’une chose : la déferlante de riffs meshuggesques que doit proposer Textures. Souvent associé au mouvement djent, le groupe a su conserver une identité old-school, loin des Periphery, Veil Of Maya, Monuments ou des prodiges instrumentaux d’Animals As Leaders. Fans de l’album Destroy Erase Improve (1995) de Meshuggah pour cette agressivité teintée d’éclaircies mélodiques, les Néerlandais ont poussé la formule dans ses derniers retranchements avec une certaine subtilité. Surtout, les prestations live du groupe conservent une certaine spontanéité en lien avec leur culture du riff. C’est d’ailleurs avec une bonhomie rare que les membres du groupe montent sur scène, comme si leur seul dessein était d’en profiter un maximum avec le public.

Salle presque comble et production enfin ajustée après trois titres de chauffe : Textures avait tous les arguments pour réaliser une excellente prestation. Il ne les a pas gâchés. Faisant la part belle aux albums Phenotype (2016) et Silhouettes (2008) tout en nous proposant les titres les plus accrocheurs de leurs autres disques (« Regenesis » de Drawing Circles (2006), « Reaching Home » et « Singularity » de Dualism (2011) ainsi que le classique « Swandive » et le medley Helmets/Polars de Polars (2004)), la setlist de Textures avait presque une allure de best-of. Surtout le groupe ne lève jamais le pied, incitant le public à réaliser pogos, slams et mini wall of death : le parfait récital du concert metal dans sa plus pure expression. Toutefois, la communication et la bonne humeur du groupe ne cherche pas à camoufler le fait qu’il s’agit bel et bien des dernières fois. Ainsi, le groupe nous propose une interprétation acoustique, presque intimiste d’ « Awake », amorcée par le guitariste Joe Tal seul sur scène, rejoint par Daniël De Jongh.

Là est la véritable qualité du concert : le groupe est conscient que c’est la fin mais ne tombe pas dans l’emphase. Il y a une retenue qui fait de Textures un groupe classieux. Cette retenue, elle explose lorsque Textures nous délivre ses compositions les plus… cathartiques, à l’image du massif « One Eye For A Thousand », du Zimmerien « Zman » et son introduction au piano ou du chef d’oeuvre burné qu’est « Storm Warning ». Textures s’amuse, se délivre, partage. La conclusion du set par « Laments Of An Icarus » et son riff saccadé reconnaissable entre mille vient à propos. Le titre est devenu presque synonyme de l’identité du groupe. De quoi définitivement marquer au fer cette soirée. Textures nous quitte sans effluves, sans trop en faire. Sobrement et élégamment. Au final, il y a une chose essentielle à retenir après la teneur de la prestation : Textures manquera et le vide sera trop grand pour être totalement comblé.

Setlist (sous réserve) :

Surreal State Of Enlightenment
Regenesis
Old Days Born Anew
Storm Warning
Reaching Home
New Horizons
Shaping A Single Grain Of Sand
Messengers
Helmets/Polars
Swandive
Zman
Timeless
One Eye For A Thousand
Stream Of Consciousness
Singularity
Interlude acoustique de Joe Tal
Awake
Laments Of An Icarus

Report : Thibaud Bétencourt.
Photos : Bénédicte Duval (Luxembourg 2016).



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