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Interview   

The 69 Eyes : Monstres & Cie


Jyrki 69 - The 69 EyesLes temps ont changé dans l’industrie musicale, ce n’est un secret pour personne. Et un groupe comme The 69 Eyes le sait plus que quiconque en constatant et en subissant directement les effets. « Je n’ai aucune idée de qui achète des CDs, […] la maison de disque n’empêche pas de créer le CD comme il doit l’être, mais […] parmi nos fans, je ne sais pas du tout qui l’achètera, » se questionne le chanteur Jyrki 69, avouant par ailleurs que le groupe est revenu « à cette même position où nous étions il y a seize ans » et que « le fun, évidemment, c’est maintenant terminé. »

Ce qui ne leur a pour autant pas ôté le goût de la musique et la création, au contraire. S’adaptant au contexte, ils en ont profité pour justement tenter de renouer avec le jeune The 69 Eyes des albums Blessed Be (2000) et Paris Kills (2002), de retrouver ces moments magiques auprès du producteur Johnny Lee Michael qui ont façonné le son du groupe tel qu’on le connaît aujourd’hui, sans avoir à subir de pression.

Jyrki 69 a pris son temps pour nous parler de ces retrouvailles, le contexte dans lequel elles se sont faites, avec quelques rappels historiques, et l’album qui en a résulté, baptisé Universal Monsters. Et très vite l’album devient prétexte à maintes autres sujets comme le vieux cinéma d’horreur et ses monstres auxquels le groupe finlandais s’identifie, son amour pour la France, sa fascination pour la ville de Jérusalem et ce que ça signifie, réellement, que d’être un rebelle.

The 69 Eyes 2016

« Les seuls qui restent sont les vrais rockers et ils sont toujours là parmi nous à faire de la musique. Et tous les intermédiaires et baratineurs, ceux qui rêvent d’être célèbres, tu sais, tous ceux-là, ils ont lâché l’affaire. »

Radio Metal : Pour votre nouvel album Universal Monsters, vous êtes retournés auprès du producteur Johnny Lee Michaels avec qui vous aviez déjà travaillé sur plusieurs albums précédemment, surtout Blessed Be et Paris Kills. Qu’est-ce qui vous a motivé à revenir vers lui ?

Jyrki 69 (chant) : Ça faisait longtemps. Comme tu l’as mentionné, nous avions fait pour la dernière fois les albums Blessed Be et Paris Kills avec lui en 2000 et 2002. Et lorsque je dis « avec lui », ça veut dire qu’il n’y avait que Johnny Lee Michaels et le groupe, six mecs qui travaillaient sur la musique. Après ça, nous avons fait quelques albums où il était impliqué mais il y avait à ce moment-là davantage de gens impliqués, des coproducteurs, ingénieurs et ce genre de choses, mais lorsque nous avons fait ces albums il y a seize ans, il n’y avait que le groupe avec lui. Et c’est là où il a introduit les claviers au son de The 69 Eyes et que le son actuel de 69 Eyes est né. Nous jouions déjà depuis dix ans, mais nous cherchions toujours comment The 69 Eyes sonnerait le mieux. Et ensuite, lorsque Johnny est entré dans l’équation, il a vraiment produit notre musique et le groupe de la façon dont vous nous connaissez aujourd’hui.

Donc ça, c’était à l’époque, et nous sommes tout d’un coup devenus très populaires, nous tournions dans le monde entier, partout où c’était possible, et les années sont passées et nous avons fait l’album précédent, il y a environ cinq ans, à Stockholm et nous avons tourné après ça, à jouer un peu partout. Je pense que le monde n’a pas forcément besoin d’un nouvel album de 69 Eyes, nous avons déjà notre héritage avec les chansons, nous pourrions facilement jouer pendant une autre décennie et probablement que le public serait content d’entendre juste ses chansons préférées. Mais ensuite, encore une fois, les années sont passées depuis le dernier album sans que je ne m’en rende compte, j’étais encore là à essayer de convaincre le groupe d’ajouter quelques autres nouvelles chansons de notre dernier album à notre set live et la vie se poursuivait ainsi. Mais nous avons la chance d’avoir des fans qui sont actifs, qui ont écrit au groupe via les réseaux sociaux, en disant ; « Hey, où est la nouvelle musique ? Ca fait déjà plusieurs années que le dernier album est sorti, nous voulons de la nouvelle musique ! » Et bien sûr nous pensions toujours être créatifs et nous voulions faire de la nouvelle musique. Ça nous a permis de nous rendre compte à quel point le temps passait.

Et puis, il y a cinq ans, lorsque nous étions sur l’album précédent, nous faisions encore à fond partis de l’industrie de la musique, nous avions un manager international et nous étions sur une grande maison de disque. Aujourd’hui, les temps ont complètement changé et tout ce vieux monde de l’industrie de la musique a totalement disparu. Nous étions donc revenus à cette même position où nous étions il y a seize ans. Nous n’étions qu’un groupe culte de rock sombre d’Helsinki, en Finlande, et ça paraissait approprié de retourner là d’où nous venions. Et ensuite, c’est là où nous avons commencé à planifier le prochain album, celui qui sort là maintenant. Il y a eu une longue pause, donc ça donnait le sentiment que c’était comme il y a seize ou dix-sept ans parce qu’il n’y avait aucune attente, nous ne faisons plus partie du business de la même façon. Lorsque le dernier album est sorti il y a cinq ans, nous avions quelques singles issus de cet album et les stations de radio populaires ici en Finlande les diffusaient et nous avions de gros hit à la radio. Mais il n’y a même plus ce genre de radio ici ! Et lorsque nous faisions un clip vidéo, ils le montraient à la télévision le soir mais il n’y a même plus ce genre d’émission de télévision. Donc, la situation est complètement différente, c’est plus ou moins comme il y a dix-sept, seize ans, lorsque nous avions fait Blessed Be.

La motivation est donc simplement de faire un très bon album de rock n’ roll comme à l’époque, sans pression ni attente de la part des mecs du business. Et puis c’est pour nos fans que nous faisons de la musique et c’est la seule chose qui compte. Ca semblait être la bonne chose à faire et il était temps de le faire. Et aussi, depuis qu’il y a eu une pause, c’était redevenu amusant. Dans la mesure où ça fait si longtemps que nous faisons ça ensemble, nous n’avons pas à expliquer les choses, lui non plus n’a pas à expliquer quoi que ce soit, je n’ai pas à expliquer pourquoi j’écris les paroles et d’où viennent mes idées et thèmes, je n’ai pas à expliquer quoi que ce soit ; nous nous connaissons extrêmement bien. Je trouve donc que c’était quelque chose de vraiment, vraiment cool et c’était pareil, en l’occurrence, pour l’illustration et les vidéos réalisées par Ville Juurikkala. Ca fait également plus d’une décennie qu’il fait ça avec nous. C’est donc super de faire ces choses lorsque tu n’as pas à expliquer et que nous nous connaissons parfaitement. Tout le monde peut se concentrer sur le fait de donner le meilleur de lui-même et être aussi créatif que possible. C’est ce qui s’est produit et c’était à nouveau des moments magiques.

The 69 Eyes 2016

« Ce n’est pas quelque chose de banal, le fait de jouer dans un groupe de rock n’ roll pendant un quart de siècle, tu deviens comme un genre de monstre. »

Penses-tu qu’à un certain stade, vous aviez besoin de changer de producteur pour vous rendre compte à quel point votre collaboration avec Johnny était bonne ?

En fait, tout s’est produit parce que ça devait se produire. Nous avons fait ces quelques albums avec lui et ensuite, tout d’un coup, nous avions un disque de platine et tout commençait à décoller. Nous entrions dans l’industrie internationale de la musique, nous avions ces mangeurs internationaux et toutes ces maisons de disques et manageurs nous poussaient vraiment à atteindre un autre niveau, étape après étape. C’était bien d’avoir des producteurs extérieurs, nous avons saisi la chance de les utiliser aussi. Et ensuite, à un moment donné, nous tournions sans arrêt, je ne me souviens même pas grand-chose de l’enregistrement de l’album Angel qui est sorti à cette époque où nous tournions énormément aux Etats-Unis. Je me souviens juste que j’étais bien plus concentré à faire la fête à Hollywood ; c’était quelque chose qui devait forcément arriver. Ensuite nous avons enregistré un album à Hollywood avec un producteur américain, ce qui était évidemment un rêve devenu réalité. Ensuite, nous sommes revenus en Suède et avons travaillé avec des producteurs suédois, ça c’était il y a cinq ans et c’était bien sûr vraiment cool d’intégrer cette sensibilité pop suédoise à notre son. C’était quelque chose que nous voulions expérimenter.

Mais après tout ceci, il était temps de revenir là où nous avons démarré. Tout est comme ça devait être et tout a représenté une très bonne expérience et de super et cool moments. Je dois garder en tête… Dans la mesure où nous faisons ça depuis si longtemps, nous avons vraiment eu l’occasion, il y a dix ou quinze ans, de vivre ces moments éclatants grâce à l’industrie de la musique, ces énormes fiestas, ces super tournées, ces vidéos exagérées ; tu peux encore les voir. Nous avons fait tout ce qui était possible et nous nous sommes énormément amusés. Le fun, évidemment, c’est maintenant terminé mais je continue à apprécier [faire ce que nous faisons], tu peux t’en rendre compte en écoutant l’album. Je pense que, peu importe ceux qui font du rock n’ roll de nos jours, les seuls qui restent sont les vrais rockers et ils sont toujours là parmi nous à faire de la musique. Et tous les intermédiaires et baratineurs, ceux qui rêvent d’être célèbres, tu sais, tous ceux-là, ils ont lâché l’affaire. Je pense donc que, même si la fête est finie, ça a fait du bien à la musique en tant que telle et les vrais gens qui sont à fond sont toujours là à faire les choses avec leur cœur et leur âme et pour les bonnes raisons.

Le titre Universal Monsters fait référence au groupe lui-même. Qu’entends-tu par l’expression « monstres universels » ?

Il y a plusieurs choses qui m’ont poussé vers ce titre et l’une des histoires est qu’à un moment donné, nous étions quelque part pour donner un concert et notre guitariste rythmique Timo-Timo [Timo Tapio Pitkänen] racontait en plaisantant à moitié que si un jour il venait à mourir, s’il vous plaît embaumez-le, mettez-le dans une boite en verre, prenez-le sur la route et montrez-le aux gens, ne le laissez pas, ne l’enterrez pas, simplement mettez-le dans un cercueil en verre, trimbalez-le et amenez-le en tournée. Ensuite, je me suis retrouvé à Austin, au Texas, dans ce magasin d’horreur où ils avaient un petit musée de cire de vieux monstres des années trente, quarante, cinquante. L’exposition était vraiment très cool, il y avait des poupées de cire grandeur nature de ces films. J’étais vraiment épaté ! J’avais oublié tout ça pendant un moment et ça m’a beaucoup inspiré en ce sens. Ça m’a aussi rappelé ce truc que notre guitariste a dit, de le traîner avec nous si jamais un jour il venait à disparaître. Nous sommes les monstres universels du rock n’ roll et peut-être qu’un jour, nous serons dans un musée de cire, tout le groupe, à côté des New York Dolls ou des Ramones ou quelque chose comme ça. J’ai commencé à nous voir comme ayant des silhouettes de monstres. Nous allons et venons et nous sommes toujours dans les parages, et comme ces films, ils étaient faits pour effrayer les gens [mais avec] les années et les décennies, ce sont devenus des créatures que les gens aiment et dont ils se font des tatouages. Je nous ai un peu vu sous le même jour et c’est pourquoi j’ai voulu faire ces images de monstres universels – ces monstres en noir et blanc lorsque nous avons pris des photos du groupe, sans aucun effet spécial, sans maquillage particulier, juste des vestes en cuir et une lumière sous le menton, de manière à voir les années passées sur la route, quel genre de monstres nous sommes devenus en un quart de siècle à jouer. Ca représentait en quelque sorte le groupe. Ce n’est pas quelque chose de banal, le fait de jouer dans un groupe de rock n’ roll pendant un quart de siècle, tu deviens comme un genre de monstre.

Penses-tu que ces fameux monstres de films d’horreur classiques racontent quelque chose sur nous et notre humanité ? Penses-tu qu’il y a un monstre qui se terre en chacun de nous ?

Il y a plein d’aspects philosophiques à leurs sujets [mais] surtout, lorsque j’ai vu l’exposition de cire de ces monstres, je me suis rendu compte à quel point ces films étaient des œuvres bien réalisées. Certains d’entre eux, comme le monstre de Frankenstein, Dracula ou Londres Après Minuit, viennent de la littérature gothique. Et ensuite, il y en a comme les loups garous, l’homme invisible, la créature du lac noir et ainsi de suite. Tous ces films, c’est vraiment de l’art. Je veux dire que les monstres sont vraiment fabriqués et créés avec beaucoup de soin, tout cet univers où ils vivent dans les films, c’est très bien fait. Chaque film est une œuvre d’art, vraiment. Evidemment, tu penses à des films comme ceux de Luis Buñuel et François Truffaut lorsque tu parles d’art. Mais qu’en est-il de ces films ? Je veux dire que si tu y réfléchis bien, ils ont très bien conçus les monstres et tout le concept, même la musique, la lumière et l’atmosphère de ces films, ce sont donc de solides œuvres d’art, je trouve, chacun de ces films. Au final, comme je l’ai dit, ils ont été créés pour effrayer les gens et avec les années… Les monstres n’ont jamais été faits pour être marrants, ce ne sont pas des blagues, on les aime parce qu’ils sont cool, comme le monstre de Frankenstein [joué par] Boris Karloff. Ce sont devenus des icônes, ce sont devenus comme, disons, des héros américains, en fait, ils font aussi partie de la culture populaire.

Ce sont comme des rock stars.

Ouais, exactement ! Et d’un autre côté, les mots « Universal Monsters », tu peux les penser en décrivant… Eh bien, le défunt Lemmy était assurément un monstre rock n’ roll universel, c’est une autre façon de décrire le gars. Aussi, tu peux penser à des politiciens ou des personnes historiques comme étant des monstres universels. En fait, « universel », à cette échelle, ça signifie que ça touche la vie de tout le monde dans notre univers. Notre univers étant, de loin, limité à notre planète. Mais, tu sais, tu peux sentir que [le titre de l’album] se suffit à lui-même. C’est donc pourquoi je l’ai aimé. C’est très multidimensionnel. Il ne fait pas que dépeindre ces monstres de films ou notre groupe, il a plein de significations différentes.

The 69 Eyes - Universal Monsters

« Pour moi, la France a toujours été un pays rock n’ roll, vous avez toujours compris le rock n’ roll, comment il devait être compris et vous avez aussi toujours révélé plein d’artistes vraiment cool. »

La chanson « Miss Pastis » va évidemment tout de suite attirer l’attention des fans français avec son genre d’accordéon, son côté new wave marrant et son refrain où tu demandes « Salut, ça va ? » D’où est-ce que ça vient ?

Oh, ouais, la petite histoire là-derrière c’est que j’étais à Marseille il y a quelques étés de ça et, évidemment, j’adore la culture française, telle qu’elle est largement connue. Et c’était ma première fois à Marseille et, bien sûr, c’est le meilleur endroit où boire du pastis. J’avais un rencard avec une fille là-bas et nous buvions du pastis et soudainement, elle a accidentellement cassé un verre à la terrasse où nous étions assis et elle a fait une scène ; je pense que ça devait être vraiment divertissant et drôle à regarder. C’est quelque chose que j’ai mis dans la chanson. Et au niveau musical, lorsque j’ai entendu la chanson, sans le chant, ça sonnait comme un truc français étrange du début des années quatre-vingt, un genre de chanson new wave/punk/pop/rock, comme les Rita Mitsouko ou même Serge Gainsbourg à un moment donné ; c’était vraiment étrange ! C’est donc ainsi que toutes les références et le refrain me sont venus à l’esprit et comment j’ai eu cette idée à partir d’un incident à Marseille. Et c’est vraiment une chanson étrange. Je ne sais pas, c’est difficile à décrire. Je pense que c’est même encore plus étrange si les gens lisent une description de cette chanson, genre c’est une chanson avec un refrain en Français et ça sonne comme de la new wave française des années quatre-vingt ou quelque chose comme ça. Mais si tu connais un peu The 69 Eyes, lorsque tu entends la chanson, ça fait parfaitement sens. Et curieusement, nous avons joué certaines chansons de l’album à notre maison de disque, pour simplement demander : « Selon vous laquelle devrait être le single de l’album ? » Et tout le monde semblait opter pour « Miss Pastis » pour être l’un des singles. C’est une chanson vraiment marrante, elle est vraiment incongrue mais, d’une certaine façon, sur un album de the 69 Eyes, elle a vraiment sa place.

Vous aviez déjà une chanson qui s’appelait « Dance D’Amour », sur l’album Paris Kills, et avant qu’on ne commence l’interview tu m’as un peu parlé en Français. As-tu une relation particulière à la France ?

Ouais, absolument ! En fait, je suis en ce moment en train de prendre des cours du soir pour réapprendre le Français et j’ai étudié le Français à l’école et à l’université. Maintenant, je prends des cours de Français deux fois par semaine, simplement parce que j’adore votre culture, je l’ai toujours adoré et je me suis souvent baladé à Paris depuis les années quatre-vingt-dix et j’ai plein d’amis là-bas. J’ai été occasionnellement DJ dans des clubs parisiens, pendant quelques décennies. Pour moi, la France a toujours été un pays rock n’ roll, vous avez toujours compris le rock n’ roll, comment il devait être compris et vous avez aussi toujours révélé plein d’artistes vraiment cool. Et évidemment, il y a tout le reste, toute votre culture qui a été très importante pour moi. J’essaie de visiter la France autant que possible dans l’année, dès que j’en ai le temps. En l’occurrence, j’adore aller au centre Pompidou pour voir la nouvelle exposition, dès qu’ils la changent. Il y a plein de choses… Et c’est le cas pour tout 69 Eyes [car] Paris et la France [nous] ont beaucoup inspiré. Et, en fait, il y a encore plus de Français dans notre album : il y a une chanson qui s’appelle « Rock ‘n’ Roll Junkie » et à la fin, je dis quelque chose en Français aussi. C’est juste que pour moi, c’est synonyme de rock n’ roll, à cause de personnes comme Vince Taylor qui a vraiment eu du succès à Paris… De cette époque, tu sais, il y avait Jim Morrison… Johnny Hallyday, évidemment, [et] plein d’autres choses.

Dans votre répertoire, vous avez plusieurs chansons qui font référence à des cultures et villes étrangères, comme « Feel Berlin », « Los Angeles » et maintenant « Jerusalem » ou « Miss Pastis ». Est-ce que les voyages sont une grande source d’inspiration pour toi ?

Ouais ! Je chante à propos de la vie et dès que je vis quelque chose de notable, ça se retrouve dans les chansons. Encore une fois, « Jerusalem » est quelque chose qui est venu de la musique. J’ai entendu la démo, la musique avait un genre de « rythme de dromadaire » ou comme une marche de dromadaire – la musique arabe a ce genre de rythme de dromadaire. Elle avait donc ce rythme arabe et une atmosphère arabisante. Du coup, la musique m’a emportée en orient et puis, tout d’un coup, j’ai eu l’idée que cette chanson parlerait de Jérusalem. Et je suis un grand fan du film de Ridley Scott Kingdom Of Heaven, donc j’ai eu comme une vision, à travers ce film, pour la chanson. J’ai aussi écrit les paroles un peu en me mettant à la place de Jim Morrison qui écrirait une carte postale de Jérusalem. Mais, [à l’époque], je n’y avais jamais été. Donc juste après avoir enregistré la démo, je me suis pris un billet d’avion pour partir en voyage et en octobre dernier, j’ai été pour la première fois à Jérusalem. J’ai donc terminé les paroles là-bas. Du coup, lorsque nous avons enregistré la version de l’album, j’avais été là-bas, donc je savais vraiment à propos de quoi je chantais. En fait, la dernière fois où j’y ai été, c’était il y a à peine deux semaines. Bien sûr, j’ai vraiment trouvé l’endroit magique. C’est évidemment l’une des villes les plus sacrées au monde. C’est un lieu où l’homme rencontre Dieu, c’est le grand centre historique des religions que nous avons sur notre planète. C’est donc un endroit vraiment magique et c’est aussi intéressant aujourd’hui, car il a toujours été dit que tout ce qui se passe entre les murs de Jérusalem reflète le monde extérieur. Donc, aussi étrange que ça puisse être, ça correspond plus ou moins à ce qui se passe également de nos jours. C’est donc un lieu intéressant et je suis très fier de cette chanson et de l’idée que j’ai eue. J’ai hâte que les gens écoutent la chanson. A chaque fois avec The 69 Eyes, j’espère que nous parvenons à surprendre nos fans d’une façon ou d’une autre, donc je pense que ceci est une des surprises qu’ils trouveront dans cet album ; bien sûr musicalement mais aussi au niveau du sujet de la chanson, je pense que c’est quelque chose que les gens probablement n’attendaient pas forcément. Mais c’est une chanson qui parle de paix, ce qui est également important de faire en musique de nos jours, si on a la chance de pouvoir faire ce type de musique.

Tu as mentionné l’histoire religieuse de cette ville. Es-tu quelqu’un de religieux ?

Ouais, bien sûr ! Et c’est vraiment époustouflant, toute l’histoire, et puisque nous parlons en ce jeudi saint, qui a également plein d’autres noms, on l’appelle aussi le jeudi des mystères et ainsi de suite… En fait, crois-le ou non, il y a deux semaines, ce même jour, j’étais quelque part dans u endroit que les pèlerins considèrent être le lieu de la Cène. Donc, le fait d’y aller, de voir les lieux historiques, dont certains ont trois mille ans… Et à travers ces milliers d’années, les gens s’y sont rendus en pèlerinage, car c’est un endroit saint. Ça m’intéresse beaucoup en ce moment. En fait, j’ai enregistré un album live au Whisky A Go Go, j’ai été à Graceland, la maison d’Elvis, j’ai été aux Sun Studios, j’ai été dans tous les lieux importants du rock n’ roll et rien ne vaut Jérusalem. C’est l’endroit le plus intéressant où j’ai jamais été.

The 69 Eyes 2016

« J’ai enregistré un album live au Whisky A Go Go, j’ai été à Graceland, la maison d’Elvis, j’ai été aux Sun Studios, j’ai été dans tous les lieux importants du rock n’ roll et rien ne vaut Jérusalem. C’est l’endroit le plus intéressant où j’ai jamais été. »

Vous avez aussi beaucoup de chansons où vous évoquez des gens et personnages, comme « Christina Death », « Jimmy », « Betty Blue », « Brandon Lee », etc. Et maintenant vous avez des chansons à propos de « Stiv & Johnny » ou « Lady Darkness ». Penses-tu que ça permette à l’auditeur de construire une relation plus forte à ces chansons parce qu’ils peuvent s’identifier à un personnage ?

En fait, c’est une question vraiment cool. Si tu rassembles les personnages de Betty Blue, Brandon Lee et Stiv & Johnny, ça ferait une super photo, le fait d’avoir tous ces… et avec Frankenhooker [petits rires], ça ferait vraiment une chouette photo de rassembler dans une même photo tous ces gens, créatures ou personnages à propos desquels j’ai chanté. En fait, ça serait vraiment intéressant de le faire à un moment donné. Mais c’est juste quelque chose qui m’inspire et j’essaie aussi peut-être d’éduquer un peu les gens ou mettre des choses dans les chansons qui méritent un hommage. Donc, Stiv & Johnny, c’est bien sûr un modeste hommage à Stiv Bators, le chanteur de The Dead Boys et The Lords Of The New Church, et Johnny Thunders, le guitariste décédé des News York Dolls. Et puis, c’est drôle, puisque je te parle, car ces mecs ont essayé de former un groupe ensemble à Paris et le nom de [l’album] Paris Kills vient un peu du fait que Jim Morrison et Stiv Bators sont morts à Paris. Donc, par rapport à Stiv et Johnny… J’étais à New York récemment, je chantais dans ma chambre d’hôtel et il m’est venu cette histoire où je rencontrais deux fantômes. Stiv Bators et Johnny Thunders sont, encore à ce jour, les rockers new-yorkais les plus célèbres – par exemple, si tu vas dans des bars rock n’ roll, il y a toujours d’anciens membres de groupes ou des gens qui parlent d’eux ou bien leurs t-shirts sont en vente, et la jeune génération vénère toujours ces deux rebelles sur les réseaux sociaux. Je crois que Johnny Thunders et Stiv Bators sont encore plus célèbres aujourd’hui qu’ils ne l’ont jamais été de leur vivant et même après. C’étaient des rebelles et des amis et ils ont essayé de créer quelque chose ensemble et ils partageaient leurs petites amies et plein de choses ; ils symbolisaient simplement quelque chose qui, malheureusement, n’existe plus trop dans notre monde. Tu sais, Lemmy est parti, c’était l’un de ces derniers rebelles encore en vie. Et je mentionne aussi dans la chanson deux autres [gars], les premiers amis rebelles, Gene et Eddie, Gene Vincent et Eddie Cochran. Je ne sais pas si le monde a encore besoin de rebelles mais à l’époque, les rockeurs originels, c’était des rebelles et ils ne parvenaient pas à trouver leur place dans le monde, donc ils se sont retrouvés à jouer du rock n’ roll et ils ont mis leurs angoisses et tout en musique. Et c’est pourquoi ils nous intéressent toujours et lorsque tu les écoutes, immédiatement, tu peux entendre qu’il y a un truc en plus. Ce n’est pas que de la musique, il y a quelque chose en plus dans leur musique, dans ce qu’ils faisaient. C’est intemporel et c’est de ça dont les légendes sont faites.

Qu’est-ce que ça signifierait d’être un rebelle aujourd’hui ?

Exactement ! Je n’en ai aucune idée ! Bon, d’un autre côté, tu peux penser à… The 69 Eyes, nous sommes complètement des outsiders, nous l’avons toujours été, nous ne faisons partie de rien, nous ne sommes pas vraiment un groupe de metal, nous ne sommes pas un groupe de glam, nous ne sommes pas un groupe gothique, nous ne sommes pas non plus un groupe de hard rock et nous sommes assez loin d’être un groupe de punk rock. Ceci dit, nous avons quelque chose de toutes ces scènes, mais nous restons des outsiders. C’est donc pour ça que nous n’avons jamais appartenu à une certaine scène. Nous sommes restés intemporels parce que nous ne sommes pas liés à une époque et une certaine scène ; nous avons toujours sonné comme nous-mêmes. Mais en fait, [être un] rebelle rock n’ roll [ça signifie rester] fidèle à soi-même et [faire] de la musique avec son cœur, avec passion et à sa façon – et ça, c’est rare. Ces groupes et artistes qui le font, ils sont là depuis longtemps et ils continuent à le faire. En l’occurrence, je dirais que Rob Zombie est un rebelle, Glenn Danzig est un rebelle, il fait de la musique comme il l’entend, il a toujours été un rebelle, The Cult en tant que groupe sont des rebelles, Motörhead est un bon exemple de groupe rebelle, les Rolling Stones…

Donc être un rebelle c’est simplement être soi-même…

Ouais, exactement, être un individu. Tu sais, tu n’es pas obligé d’enfreindre la loi ou quoi, il faut juste être soi-même. Tu sors du rang et tu fais les choses à ta façon parce qu’au final, ça sera la bonne façon.

Apparemment, « Jet Fighter Plane » a été écrite comme étant une chanson rétro renvoyant à l’époque de la guerre froide mais au bout du compte, elle est devenue très actuelle, compte tenu de ce qui se passe en ce moment dans le monde. Penses-tu que cette chanson est devenue une chanson politique ?

C’est effectivement ce que j’ai commencé à ressentir. Ça sonnait comme une chanson rétro, donc j’ai écrit des paroles rétro mais c’était vraiment étrange, dans la mesure où j’ai même utilisé les mots « guerre froide », ces deux mots, et tout d’un coup, ce terme « guerre froide » a commencé à nouveau à être utilisé dans les news. C’était très étrange. Et pendant que nous enregistrions la chanson et faisions la vidéo, il y a même eu cet incident avec des avions de chasse qui a engendré des problèmes politiques. C’était donc un peu bizarre. Ensuite, lorsque la chanson est sortie et qu’elle a soudainement pris une tournure politique, je me suis senti assez puissant parce que ça ne m’avais jamais traversé l’esprit que The 69 Eyes pouvait être un groupe politique. Cette chanson ne fait pas de nous un groupe politique mais ça m’a fait du bien, c’était vraiment intéressant. Je devrais probablement… Ça m’intéresse de saisir l’opportunité de mettre plus de force dans la musique, de cette façon. C’était une expérience vraiment excitante, même si c’était accidentel, mais comme je l’ai dit, il y a aussi la chanson « Jerusalem » qui véhicule également un message de paix dans les paroles. J’espère que ça aussi peut être perçu comme une chanson qui propose un commentaire. C’est un angle totalement nouveau. Il n’y a pas que le rock n’ roll, les fêtes et les vampires [petits rires], c’est plus intéressant d’également parler de choses qui se passent autour de nous.

Penses-tu que ça te motivera à faire davantage de chansons sur des sujets plus sérieux ou politiques ?

Assurément ! J’adorerais essayer… Ca arrivera probablement la prochaine fois parce que ça a été une expérience vraiment révélatrice, le fait d’écrire une chanson qui devient accidentellement un commentaire à propos du monde d’aujourd’hui et de ce qui se passe.

The 69 Eyes 2016

« Tu n’es pas obligé d’enfreindre la loi ou quoi [pour être un rebelle], il faut juste être soi-même. Tu sors du rang et tu fais les choses à ta façon parce qu’au final, ça sera la bonne façon. »

Vous avez recruté les gars du groupe Santa Cruz en tant que choristes de session. Comment cette collaboration s’est-elle faite ?

Ce sont juste des jeunes garçons d’Helsinki et ce sont des amis de notre batteur. Ce sont des musiciens très talentueux, non seulement avec leurs instruments mais ce sont aussi de très bons chanteurs. C’était amusant parce que c’est une tradition avec The 69 Eyes, lorsque nous faisons un album avec Johnny Lee Michaels. Nous allons dans le bar le plus proche et peu importe qui s’y trouve, nous les invitons à venir faire les chœurs. Et donc c’était le cas avec les mecs de Santa Cruz. Ils étaient là dans un bar et ce sont des jeunes gars très talentueux, donc c’est cool de les avoir sur l’album. C’est un peu comme si nous en avions également fait des Helsinki Vampires.

Vous avez aussi collaboré avec le photographe et réalisateur Ville Juurikkala, comme tu l’as mentionné plus tôt, sur l’illustration de l’album et vous vouliez qu’elle soit « aussi excitante que l’album lui-même. » Penses-tu qu’il n’y a plus autant d’efforts investis dans les livrets d’albums de nos jours ?

[Réfléchit] Je n’ai aucune idée de qui achète des CDs. Moi je le fais mais il n’y a qu’un magasin de disque ici à Helsinki où tu peux ne serait-ce que trouver des CDs. Ce que je fais, c’est que j’écoute le nouvel album dès qu’il sort du point de vue d’un fan. Je pourrais te donner un exemple : le nouvel album de The Cult. Je l’attendais avec beaucoup d’impatience et je l’ai d’ailleurs commandé auprès du groupe avec un t-shirt. Je l’ai reçu le jour de sa sortie. Je l’ai écouté sur Spotify mais lorsque je soutiens ou aime un groupe, bien sûr j’achète le CD. Mais je n’ai aucune idée de qui, de nos jours, achète des disques. Et dernièrement, j’ai été déçu par des CDs, car en l’occurrence, je m’attends au moins à y trouver les paroles, c’est pour ça que je les achète. Et je veux pouvoir voir qui… De nos jours, comment peux-tu savoir qui fait quoi dans l’album, qui a écrit la chanson, qui est responsable de l’aspect technique de l’album, si ce n’est dans le livret du CD ? Il n’y a plus d’information sur qui a fait l’album, si ce n’est dans le livret du CD. C’est donc pour ça que j’achète des disques. Je ne sais pas si des gens les achètent de nos jours mais je voulais faire ça à la vieille école, oubliant que personne n’achètera le CD [rires], faire comme on faisait il y a dix ans. Et, en fait, c’est toujours possible. La maison de disque n’empêche pas de créer le CD comme il doit l’être, mais il y a aussi quelques limites parce que, parmi nos fans, je ne sais pas du tout qui l’achètera. Mais peut-être que s’ils le font, au moins ils y trouveront les paroles et des concepts intéressant par rapport à ce à quoi doit ressembler un album. Comme je l’ai dit, les membres du groupe sont représentés de façon très simple avec des photos en noir et blanc, comme des monstres universels, sous ce type de lumière. Chaque membre peut se retrouver sur l’illustration du CD, le livret le permet. Tu peux changer pour avoir n’importe quel gars du groupe. Le monstre que tu souhaites pourra faire office d’illustration.

La biographie promotionnelle de l’album démarre avec une anecdote à ton sujet. Tu as été dans un magasin de disque dans les années quatre-vingt-dix et tu as demandé à écouter le nouvel album des Cramps. Le vendeur t’as regardé et il a dit : « Allez Jyrki, ce sont les Cramps, tu n’as pas besoin d’écouter avant ! » Est-ce ce à quoi vous essayez de parvenir avec The 69 Eyes, devenir une valeur sûre ?

Ouais, c’est pareil avec les albums de Motörhead. Pourquoi irais-tu au magasin de disque pour écouter un album de Motörhead ? Genre : « Comment est le nouvel album de Motörhead ? » C’est un album de Motörhead, tu peux faire confiance ! C’est pareil avec un album de 69 Eyes, tu peux nous faire confiance, tu peux faire confiance en l’album, c’est à cent pour cent du 69 Eyes, rien d’autre. Comme je l’ai dit, nous avons toujours été ainsi et celui-ci n’était pas un onzième album difficile [petits rires]. C’est un peu nul de mentionner combien d’albums nous avons fait mais c’est du 69 Eyes jusqu’au bout des ongles et c’est ainsi que ça doit être.

Et est-ce important pour vous d’avoir cette constance et ne jamais trop changer ?

En fait, j’ai un projet parallèle qui s’appelle The 69 Cats, qui est un groupe de rockabilly américain que je fais avec des amis américains, avec qui j’ai fait un album, un genre de rockabilly sombre. Donc, tu vois, il y a la possibilité de faire différents types de musique. Et les autres gars ont aussi leurs projets parallèles, donc comme nous sommes des rockers, nous aimons faire de la musique et il est possible de la faire dans différentes formations et de diverses manières, mais The 69 Eyes sera toujours The 69 Eyes, c’est ainsi que ça restera. Lorsque nous avons d’autres ambitions pour faire des genres de musiques différents, nous le faisons dans d’autres groupes.

Penses-tu que c’est la marque de la réussite lorsque vos fans achètent vos albums les yeux fermés sans être déçus ?

Eh bien, en fait, de nos jours, les albums sont uniquement faits pour les fans, il n’y a pas de businessman qui attend que quelque chose se passe. Nous avons créé un album pour nos fans qui voulaient de la nouvelle musique de notre part et ils l’ont eu.

Interview réalisée par téléphone le 24 mars 2016 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Daphnée Wilmann.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos promo : Ville Juurikkala.

Site internet officiel de The 69 Eyes : www.69eyes.com



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  • Perso, je pense que the 69 eyes, him, to die for, sinamore, et tous ces pseudo groupe de goth-metal finlandais, c’est de la grosse merde! le seul vrais groupe de ce genre en finlande est le defunt sentenced, pour moi le vrai metal gothique vient du death, du doom, paradise lost, lord of the lost, crematory, pour ne citer qu’eux, ca c’est du bon, du vrai metal gothique comme je l’adore et non de la pop metal pourrie a la him!! donc big fuck a the 69 eyes de merde! et vive le vrai metal gothique, et surtout vive le folk-metal meilleur genre du monde selon moi! tchao

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  • « Je pense que, peu importe ceux qui font du rock n’ roll de nos jours, les seuls qui restent sont les vrais rockers et ils sont toujours là parmi nous à faire de la musique. Et tous les intermédiaires et baratineurs, ceux qui rêvent d’être célèbres, tu sais, tous ceux-là, ils ont lâché l’affaire. Je pense donc que, même si la fête est finie, ça a fait du bien à la musique en tant que telle et les vrais gens qui sont à fond sont toujours là à faire les choses avec leur cœur et leur âme et pour les bonnes raisons »…
    Mouais, pas trop convaincu par ces propos… Korn, Limp Bizkit, Papa Roach ou, pire encore, Linkin Park sont toujours en activité alors que sont des groupes en plastic qui auraient dû être rayés du paysage musical depuis au moins 12 ans. Dans un autre registre, Britney Spears est toujours là (18 ans d’activité, dans quel monde vit-on ?!?)… Tous ces noms que je viens de mentionner n’auraient jamais survécu plus de 3 mois s’ils étaient apparus dans les 70’s (décennie durant laquelle les tocards n’avaient pas leur place).

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