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Chronique   

The 69 Eyes – West End


Les vampires ne meurent jamais. C’est un peu le motto de Jyrki 69, frontman iconique de The 69 Eyes. La formation finlandaise de goth rock a en effet su se jouer du temps, profitant d’une stabilité de line-up au cours de ses trente années de carrière prolifique, fort d’albums plébiscités tels que Blessed Be (2000) et Paris Kills (2002). L’univers horrifique du groupe est toujours à l’honneur, traité avec un second degré qui fait la marque de fabrique de celui-ci. West End est le douzième effort des vampires, et n’est autre qu’un récital parfaitement exécuté de ce que The 69 Eyes prône : un rock n’ roll sombre, mélancolique et entraînant.

L’ouverture de l’opus introduit d’emblée un invité de marque : c’est un autre fan d’horreur qui vient prêter sa voix au groupe et accompagner le timbre de crooner de Jyrki en la personne de Dani Filth de Cradle Of Filth. « Two Horns Up » démarre avec les poncifs du gothique : des bruits de cloche et des nappes d’orgue lugubres, avant que la basse ne se mette à vrombir. Le growl écorché de Dani est mis en contraste avec le chant extrêmement mélodique de Jyrki ; « Two Horns Up » fait office de single pour ouvrir les débats, avec un refrain certes téléphoné mais évidemment taillé pour le live. Si « Two Horns Up » s’illustre dans un registre hard/heavy, The 69 Eyes lève le pied en empruntant davantage à la pop, à l’instar de « 27 & Done », chanson second degré sur le club des 27, ensemble d’artistes de rock et de blues morts à 27 ans (Hendrix, Joplin, Morrison…) ; langoureux, accrocheur, teinté d’un romantisme noir, ce titre offre tous les ingrédients d’un tube de The 69 Eyes, ponctués d’un riff plus lourd et d’un solo bien rock. L’identité gothique du groupe est quant à elle affirmée sur « Black Orchid » via l’interprétation de Jyrki, entre Peter Steele et un Johnny Cash d’outre-tombe, et ses sonorités new wave. Le rock pratiqué par The 69 Eyes souffre toutefois, à quelques occasions, d’un manque d’entrain, à l’instar du riff pataud de « Cheyenna », tout juste rattrapé par son refrain, ou des élans punk d’« Outsiders », lui aussi sauvé de la même manière. La véritable marque de puissance de The 69 Eyes reste « The Last House On The Left » et son riffing plus agressif, taillé sur mesure pour Wednesday 13 et Calico Cooper (Beastö Blancö), fille d’Alice Cooper, qui y participent. La force de West End ne réside pas tant dans l’énergie qu’il dégage que dans la qualité d’écriture des mélodies, ce qui se perçoit lors des pseudo-ballades telles que « Change », forte de sa réconfortante mélancolie.

Derrière l’imagerie gothique et inspirée des films d’horreur fantastiques, The 69 Eyes en profite pour aborder des problématiques contemporaines. West End tire son titre de l’interrogation qui survient lorsqu’on constate la fin du monde occidental et ce qui est censé lui succéder, avec en filigrane une vision romanesque de la fin, propre au genre. Certains titres ont des préoccupations plus ciblées comme « Burn Witch Burn », une critique déguisée de la frénésie des médias de masse et des réseaux sociaux, enclins à la stigmatisation et à la constante recherche d’un bouc émissaire en dépit d’une appréhension raisonnable des sujets. D’une certaine façon, The 69 Eyes trouve un compromis satisfaisant entre la légèreté du propos et les artifices déployés avec la gravité des questions. West End aurait pu être une réussite sur tous les plans, thématique comme musical, s’il n’accusait pas quelques creux, à l’instar du très plat « Be Here Now », sorte de sleaze-rock anecdotique, malgré ses arrangements mélodiques soignés, en comparaison du groove flegmatique et hypnotique d’« Hell Has No Mercy » ou du refrain d’« Outsiders ». Sur la longueur, le rythme de croisière de West End paraît presque trop paisible.

The 69 Eyes conserve sa recette avec, toujours, un travail remarquable sur les refrains. Sa musique gothique, hybride entre heavy, hard rock, pop et sleaze rock profite toujours du timbre unique de Jyrki 69, seul musicien à réellement se mettre en avant sur l’opus, à l’exception de quelques solos de Bazie (celui qui donne un coup de boost à « Change », par exemple). West End est cependant davantage une collection de hits qu’un album, familier voire un brin routinier par moments, provoquant une forme de lassitude sur la durée. Prises individuellement, les compositions de West End restent en revanche, le plus souvent, fidèles à l’efficacité reconnue du groupe. Une logique live et radio qui convient parfaitement à ces vampires-ci.

Clip vidéo de la chanson « Black Orchid » :

Clip vidéo de la chanson « Cheyenna » :

Clip vidéo de la chanson « 27 & Done » :

Album West End, sortie le 13 septembre 2019 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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