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Chronique   

The Acacia Strain – Slow Decay


« Je veux que les gens se rappellent que nous sommes encore là. » Le plan du frontman de The Acacia Strain Vincent Bennett est extrêmement simple. 2021 marquera les vingt ans d’existence du groupe et Vincent veut signaler à tous que The Acacia Strain n’a pas fini de grandir et d’explorer de nouvelles choses. C’est précisément ce que le groupe avait réalisé avec l’EP conceptuel It Comes In Waves – une seule chanson découpée en sept parties, « Our Only Sin Was Giving Them Names » – sorti en décembre de l’année dernière. The Acacia Strain embrassait des tempos plus lents et une atmosphère plus immersive, parfois planante, jusqu’à flirter avec le post-metal et le doom. La preuve que le groupe était capable de se débarrasser allègrement de son étiquette deathcore-metalcore sans se soucier des réactions. Bien lui en a pris, It Comes In Waves a été un succès critique retentissant. The Acacia Strain a tout de même pris soin d’enregistrer un album un peu moins expérimental dans la foulée, quitte à adopter un rythme de travail exténuant en composant en pleine tournée. Slow Decay est le huitième album du groupe, déterminé à appuyer l’ascension de The Acacia Strain (le groupe a accompagné Architects et Hatebreed en tournée) et couronner vingt ans de dur labeur.

Ce qui motive Slow Decay est explicite : l’humanité sombre dans la folie après avoir perdu pied avec la réalité. Tout ce qui nous entoure semble appartenir à une fiction et nous plongeons tous collectivement dans les abysses. Slow Decay a été l’occasion d’introduire quelques nouveautés dans la méthode de The Acacia Strain. Le groupe a travaillé avec Randy LeBeuf (Left Behind, Kublai Khan) au Griffin’s Studio à Des Moines. Seule la batterie a été enregistrée au même endroit que pour It Comes In Waves. Randy a travaillé d’arrache-pied avec le groupe pour incorporer les éléments sonores d’It Comes In Waves au sein de compositions plus proches de ce que l’on connaît de The Acacia Strain. Celui-ci s’est en outre permis d’intégrer des instruments plus insolites : tout le monde a déjà fait ses preuves sur cette fameuse grenouille en bois martyrisée par un bâton en cours de musique… L’ouverture « Feed A Pigeon Breed A Rat » tranche avec les riffings massifs et amples d’It Comes In Waves. Les guitares se rapprochent de sonorités à la Meshuggah, ces terres arides et puissantes loin du djent sucré et de ses mélodies foisonnantes. Vincent s’égosille d’entrée de jeu, se permettant seulement quelques respirations, à l’instar de ces coupures presque atmosphériques. Le temps de scander « It feels like hell » et de conclure la présentation… Le titre est à conjuguer avec « Seeing God » qui accueille la participation d’Aaron Heard de Jesus Piece et Nothing. The Acacia Strain opère une hybridation entre un death très sombre et des accélérations hardcore, ce qui a le mérite d’insuffler énormément de dynamique. Ce recours au lexique hardcore réapparaît à plusieurs reprises : « Crippling Poison » est assez direct et efficace en ce sens, propice à enflammer les moshpits.

Ce que The Acacia Strain conserve d’It Comes In Waves réside principalement dans les atmosphères. Slow Decay puise dans ces ambiances violentes et morbides et les détaille de manière plus traditionnelle. « Solace And Serenity » et « The Lucid Dream » (les screams de l’invitée Jess Nyx ont des allures de Julie Christmas survitaminée) sont une synthèse de la formule The Acacia Strain : le riffing oscille entre death, hardcore, djent, parvenant tout de même à une cohérence, avec une sensation de pesanteur et de sévérité comme fil rouge. The Acacia Strain réussit parfaitement à immerger l’auditeur dans cette décadence généralisée. Certaines pistes sont pratiquement dédiées à la création de cet univers, à l’image d’« I Breathed In The Smoke Deeply It Tasted Like Death And I Smiled », intégrant Zach Hatfield de Left Behind. La parenté avec l’opus précédent se fait immédiatement sentir et The Acacia Strain arpente des terres mélancoliques avec l’une des mélodies les plus poignantes de Slow Decay. En réalité, il faut attendre la deuxième partie de l’album pour véritablement percevoir les ingrédients d’It Comes In Waves et constater que The Acacia Strain a pratiquement réalisé les deux efforts dans la foulée. La mélodie déprimée d’« Inverted Person » ou l’angoissant sifflement de guitare de « Chhinnamasta » participent à l’idée de « lente décomposition » qui s’installe peu à peu en filigrane dans la musique. The Acacia Stain n’hésite pas à intégrer de plus longues plages ambiantes et dévoiler une forme de fragilité dans « Birds Of Paradise, Birds Of Prey ». Mention spéciale à « One Thousand Painful Stings » réalisée aux côtés de la chanteuse Courtney Laplante de Spirit Box qui nous gratifie d’un final aérien qui complémente parfaitement la déferlante haineuse de Vincent. La conclusion de Slow Decay n’est autre qu’« EARTH WILL BECOME DEATH », une prédiction majuscule qui entérine ce que The Acacia Strain est devenu : un prophète aussi désespéré qu’enragé à la rhétorique extrêmement convaincante.

The Acacia Strain confirme qu’il est un maître du riffing et de l’amalgame des extrêmes. La décrépitude et le déclin sont illustrés d’une main de maître. Slow Decay a beau être plus « traditionnel » dans son approche que l’impressionnant It Comes In Waves, il n’en porte pas moins les stigmates. Certains regretteront peut-être que le groupe n’accentue pas les expérimentations précédentes. Reste qu’il les a gravées dans son ADN et que si Slow Decay souffre encore de quelques poncifs et répétitions propres au deathcore, il n’est pas loin de l’équilibre idéal. Si le monde se dégrade, The Acacia Strain ne fait que devenir plus aguerri.

Chanson « Feed A Pigeon, Breed A Rat »

Chanson « Seeing God » (feat. Aaron Heard) :

Chanson « Solace And Serenity »

Chanson « The Lucid Dream » feat. Jess Nyx (MORTALITY RATE) :

Chanson « I Breathed In The Smoke Deeply It Tasted Like Death And I Smiled » :

Chanson « Crossgates »

Chanson « Inverted Person » :

Chanson « Chhinnamasta » :

Chanson « One Thousand Painful Stings » :

Chanson « EARTH WILL BECOME DEATH » :

Album Slow Decay, sorti le 26 juillet 2020 via Rise Records. Disponible à l’achat ici



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