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Interview   

The Answer : Le rock’n’roll ? Un pur plaisir !


The Answer

Y a-t-il musique plus instinctive que le rock’n’roll ? Pour les Nord-Irlandais de The Answer qui se retrouvent dépeints en bêtes sauvages sur la pochette de leur nouvel opus Raise A Little Hell, sans doute pas. Et c’est justement à cet instinct que le chanteur Cormac Neeson nous avoue avoir cherché à faire confiance cette fois-ci, après un New Horizon qui succédait à une remise en question du groupe, et en particulier de son environnement, comme le chanteur lui-même nous en parlait il y a un an et demi.

Désormais l’esprit tranquille, The Answer a pris ses cliques et ses claques direction Madrid, ville connue pour sa chaleur et son sens de la fête. Mais pas question non plus de se la couler douce toute la journée ; faire et enregistrer de la musique, c’est évidemment aussi du boulot. Cormac nous raconte donc l’histoire de ce cinquième album. Une histoire de plaisir avant tout.

The Answer - Raise A Little Hell

« Quoi que tu fasses pour vivre, le défi c’est de faire en sorte de n’avoir jamais l’impression que c’est un vrai boulot. »

Radio Metal : L’improvisation a toujours été une partie importante du processus d’écriture du groupe. Est-ce que c’est toujours le cas pour cet album ?

Cormac Neeson (chant) : Ouais. Le processus d’écriture a un peu évolué au cours des années pour The Answer, mais les bases sont restées les mêmes. Nous allons toujours dans notre local de répétitions, nous branchons nos instruments et nous nous y mettons pendant quatre ou cinq heures. Nous conservons tout puis nous réécoutons les improvisations, prenons les meilleurs riffs, les meilleures mélodies, les meilleures idées et nous en faisons des chansons.

Est-ce que tu penses que c’est la meilleure manière de composer une musique vivante et sincère ?

Nous faisons aussi de la composition dans notre coin, individuellement ; nous essayons d’écrire des chansons puis les apportons en répétition et chacun à son mot à dire. Donc nous avons deux façons d’écrire des chansons, en quelque sorte, mais la partie essentielle de la magie de notre groupe se produit à chaque fois que tu es dans l’instant présent, sans trop réfléchir à ce que tu fais, à laisser les choses se développer de manière organique. L’improvisation est définitivement une part importante de notre son.

Je me souviens que pour l’album New Horizon, tu avais dit qu’avant de l’écrire, vous en aviez discuté et vous aviez fait un plan d’action. De quelle manière est-ce que ça a affecté la partie d’improvisation instinctive du processus d’écriture ?

Oui, c’est une bonne remarque. Je pense que cette fois-ci, il est clair que nous n’avions pas vraiment de plan, si ce n’est le fait que nous voulions bloquer toute interférence. Nous ne voulions laisser aucune pression de la maison de disque, du management ou même de nos propres fans affecter le processus de création, donc cette fois-ci, c’était un peu plus libre et détendu, peut-être, qu’avec New Horizon, ce qui fait que l’expérience a été peut-être plus agréable. C’était un peu comme écrire et enregistrer notre premier album, nous faisions de la musique juste pour le pur plaisir de faire de la musique à nouveau, ce qui faisait vraiment du bien. Nous ne nous sommes pas vraiment fixé de ligne de conduite précise, nous avons laissé la musique nous mener où elle devait nous mener. Nous nous sommes vraiment concentrés sur le fait de passer du bon temps et se faire plaisir au cours du processus pour retrouver ce qui, à l’origine, nous a motivés à être un groupe, cette liberté. C’est d’ailleurs de ça dont parle une chanson comme « I Am Cured » : le fait de supprimer les interférences, d’être libre de toute pression extérieure pour ce qui est de ce que nous faisons le mieux, c’est-à-dire de la musique. Se vider la tête, redécouvrir son mojo et pouvoir faire ce qu’on fait au mieux de nos capacités.

Paul [Mahon] a d’ailleurs décrit cet album comme une sorte de « réinitialisation musicale ». Est-ce que c’est quelque chose qui s’est fait naturellement lorsque vous avez écrit l’album ?

Oui, je veux dire que tout le processus pour cet album a été très naturel. Nous voulions juste être en mesure de pouvoir, comme je l’ai dit, profiter de ce processus et nous exprimer en tant qu’individus et en tant que groupe. Je pense que nous sommes effectivement vraiment revenus à nos fondamentaux. Beaucoup des principes que nous avons toujours eus ont peut-être été un peu oubliés sur les deux ou trois derniers albums que nous avons sortis. Nous avons définitivement retrouvé tout ça. Je pense que cet album est l’un de ceux qui te rappelleront sans doute les premiers albums mais où tu entends quand même que nous avons appris une ou deux choses depuis.

Sur la pochette de l’album, on voit les membres du groupe dessinés comme des animaux de cartoon. Est-ce que c’est comme ça que vous vous sentez lorsque vous montez sur scène ? Comme des bêtes sauvages ?

Un peu [rires]. Je pense que nos personnages de scène sont des versions exagérées de nous-mêmes. Ca rentre donc bien dans le concept de l’artwork de l’album, mais je pense que le message le plus important à faire passer était ce côté fun, l’idée d’un groupe qui s’amuse et qui ne se prend pas trop au sérieux, donc le côté bande dessinée annonce bien la couleur.

Est-ce que c’est ça le rock’n’roll pour toi ? Libérer l’animal qui est en nous ?

Le rock’n’roll, c’est vraiment une question de libération, ouais… C’est grisant de monter sur scène, de jouer sa musique et d’avoir des gens qui te renvoient les mots que tu es en train de chanter… C’est pour ça que nous faisons ce que nous faisons, parce que nous adorons faire de la musique. C’est une sorte de thérapie : dès que je monte sur scène, j’évacue mon agressivité, mes angoisses et toutes mes émotions négatives… Je peux tout évacuer lorsque je suis sur scène à chanter mes chansons.

Est-ce que c’est important que le rock’n’roll soit instinctif ?

Je crois, ouais. Cette fois-ci, ce que nous avons fait c’est que nous avons écrit une série de chansons mais en laissant assez d’espace pour nous permettre d’être dans l’instant en studio et voir la magie prendre. Il y avait trois ou quatre chansons de l’album qui n’étaient qu’à moitié terminées quand nous sommes rentrés en studio pour enregistrer, et cette partie du processus consiste surtout à avoir de bonnes vibrations en studio et à improviser encore, en gardant les choses agréables et détendues et en voyant où la musique nous mène.

The Answer

« Il faut d’abord être un peu égoïste avec la musique que tu fais. Mais il faut aussi savoir prendre du recul de temps en temps pour se rappeler que tu es l’un des veinards qui peut gagner sa vie en faisant de la musique… »

Pourquoi avez-vous choisi l’Espagne pour enregistrer l’album ?

C’était le choix de notre producteur, vraiment. Je veux dire que ce n’était une décision difficile à prendre. Tu sais, dès que tu dis à quatre Irlandais : « On va vous envoyer sous le soleil d’Espagne et nous allons faire de la musique pendant un mois », on se met rapidement accord ! Notre producteur à récemment rénové la maison de son arrière grand-mère qui lui avait été léguée, et il en a fait un studio résidentiel. Du coup nous dormions, mangions et faisons de la musique en étant tous sous le même toit, c’était fantastique. En plus de ça, les dates d’enregistrement de l’album coïncidaient avec ces fiestas annuelles qu’il y a en Espagne, ce qui signifie en gros que c’était un peu comme la Saint-Patrick, mais durant quatorze jours d’affilée, et tout le monde sortait et se saoulait complètement toute la journée et toute la nuit ! Evidemment, nous ne pouvions pas faire ça parce que nous avions du travail, mais nous pouvions y aller le soir après avoir fini tous nos enregistrements pour nous imprégner de l’atmosphère et nous marrer avec un paquet de gens complètement saouls et faire un peu les fous.

Madrid est une ville joyeuse, très dynamique, les gens parlent fort et il se passe toujours quelque chose, même la nuit, donc est-ce que c’était l’atmosphère idéale pour se mettre dans l’ambiance pour enregistrer cet album ?

C’était l’atmosphère idéale, ouais. C’était le meilleur des compromis. Avec le studio résidentiel, tu pouvais fermer la porte, te couper du monde extérieur et juste te concentrer sur la musique mais ensuite, dès que nous avions besoin d’un peu de repos, tu avais ces ambiances et cette atmosphère que te donnent les Espagnols. Nous pouvions absorber tout ça, le savourer et s’en inspirer lorsque nous essayions de trouver de nouvelles idées pour les chansons.

Tu as dit que vous vouliez faire de la musique « pour le pur plaisir de faire de la musique ». Comment parvenez-vous à garder cet état d’esprit après une tournée épuisante, par exemple ? Comment parvenez-vous à être toujours aussi passionnés de musique maintenant que c’est votre gagne-pain ?

Ouais, quoi que tu fasses pour vivre, le défi c’est de faire en sorte de n’avoir jamais l’impression que c’est un vrai boulot. Je pense que ça commence avec les chansons. Nous essayons toujours d’écrire des choses rafraîchissantes et intéressantes lorsque nous travaillons sur de nouvelles chansons. Nous faisons de la musique avec sincérité et nous ne sortons un album que si nous savons que nous allons nous éclater à le jouer en tournée. Il faut d’abord être un peu égoïste avec la musique que tu fais. Mais il faut aussi savoir prendre du recul de temps en temps pour se rappeler que tu es l’un des veinards qui peut gagner sa vie en faisant de la musique… Ça a toujours été mon rêve quand j’étais gosse de pouvoir monter sur scène et donner des concerts tous les soirs, passer un mois en Espagne pour écrire et enregistrer un album… Il faut apprécier ce que l’on a, c’est quelque chose de très fort, et j’ai vraiment l’impression que c’est pour ça que je fais ça, c’est vraiment un pur plaisir.

Vous avez déjà commencé à jouer certaines des nouvelles chansons en live. Est-ce que c’est important pour vous de tester les chansons avant de les mettre sur un album ?

Ça aide toujours. Ça ne se passe pas toujours comme ça mais normalement un album est déjà écrit quand on part en tournée et ce que nous faisons ensuite, c’est que nous faisons la promo de ce nouvel album. Ce n’est pas toujours comme ça mais lorsque nous nous retrouvons avec quelques dates de concerts en plein processus d’écriture, nous testons effectivement nos nouvelles chansons, juste pour tâter le terrain. Je veux dire, très souvent, à la fin de la tournée pour un album, tu as découvert toutes les petites inflexions que peuvent prendre les chansons en live, ce qui parfois me met en rogne parce que je me dis toujours que si nous avions su ça un an auparavant, nous aurions pu exploiter ces petites variantes sur l’album, mais ça, c’est dans un monde idéal. Ouais, lorsque nous commençons à écrire des chansons, nous gardons en effet un œil sur le fait de les jouer en live, donc dès que nous terminons une chanson, nous aimons la tester en concert et voir comment le public y réagit.

Est-ce qu’être joué en concert est le but de toutes les chansons de The Answer ?

Ce n’est pas leur seule fin en soi mais ça fait définitivement partie du tableau global, et je pense que nos concerts sont une partie énorme de l’identité du groupe. Les dernières années ont été un cycle continuel où nous écrivions des chansons, les enregistrions, tournions avec, puis nous retournions en salle de répétition et recommencions… Tout ça, ça s’équilibre. Je veux dire que le temps passé en studio complète les tournées, tout comme les tournées complètent le studio.

Interview réalisée par téléphone le 13 février 2015 par Philippe Sliwa.
Retranscription et traduction : Chloé Perrin.
Introduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de The Answer : www.theanswer.ie.



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