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Chronique   

The Answer – Solas


The Answer - SolasPour un virage, c’en est un. Il faut plus qu’une sempiternelle remise en question de groupe – qui avait déjà eu lieu à l’époque de New Horizon – pour sortir un album aussi déconcertant après une ribambelle de disques efficaces, mais plus ou moins toujours dans la même verve d’un Hard-Rock vitaminé aux relents Blues. Cet événement, c’est peut-être la peur, pour Cormac Neeson, de perdre son fils après de graves complications suite à sa naissance prématurée, un fait si compliqué et douloureux à vivre qu’il en aurait transformé jusqu’à sa propre voix, bien souvent méconnaissable sur ce Solas, pour qui était habitué au grain rocailleux de l’irlandais. Outre ce tragique épisode de la vie de l’un des leurs, The Answer a aussi flirté avec les abîmes, financières d’abord, créatives ensuite, qui ont poussé le groupe à se demander simplement s’ils allaient un jour rejouer ensemble.

Mais « Solas » qui signifie « lumière » en gaëlique, a tout de même vu le jour. Catharsis nécessaire pour Cormac Neeson, ce sixième album du groupe aurait très bien pu ne jamais voir le jour, tant la conjonction de situations personnelles et professionnelles des membres du groupe est apparue compliquée pour imaginer entrer à nouveau dans un processus créatif ; pourtant, l’improbable retour se traduit finalement par la sortie d’un disque musicalement étonnant, littéralement désarçonnant par ses choix artistiques, ne faisant réapparaitre l’ancien The Answer que par bribes (des passages d’« Untrue Colour » ou « Being Begottten ») et qui finalement ne sont pas forcément les plus belles réussites de l’opus.

Solas incarne des dimensions inexplorées précédemment par The Answer, notamment cette perspective aérienne profonde, éloquente dès le  titre éponyme introducteur qui met tout de suite dans le bain émotionnel que va constituer l’univers textuel et instrumental du nouvel effort. « What the light don’t fill, the darkness kills » (Ce qui n’est pas éclairé par la lumière est tué par les ténèbres) clame d’entrée un Neeson qui va raconter comment un être peut passer des tréfonds de l’âme à la résurrection. The Answer a vu dans cette bataille entre ténèbres et lumière l’expression d’un thème récurrent du monde celtique et en a fait une idée de base pour développer les artifices musicaux, voire textuels de l’album. Un refrain entier en gaélique (« Battle Cry »), un arrangement de chœurs celtiques et des guitares acoustiques évocatrices (« Thief Of Light ») ou d’étranges sons traditionnels celtes (« Beautiful World ») sont autant de traces de cette inspiration qui jalonne l’écoute de l’opus et permet de donner un fil directeur à une suite de titres qui en a parfois bien besoin.

Car au-delà d’une écriture plutôt talentueuse dans le domaine des mélodies pop et de réelles performances vocales dans des répertoires où on ne l’attend pas forcément, il est parfois délicat de trouver une cohérence, autre que thématique, dans la succession des onze titres qui forment Solas. Tantôt, et souvent, donc, résolument pop rock et folk (« Beautiful World » et sa progression vers un final extatique, « Thief Of Light »), dans un style parfois très britannique (“Untrue Colour”), les irlandais vont d’un coup d’un seul se tourner vers un hard-rock US léger, vitaminé et empreint de naïveté (« Left Me Standing », et ses clins d’œil mélodiques à Thin Lizzy) qui tombe un peu comme un cheveu sur la soupe, tant musicalement qu’au niveau du texte, avant de poursuivre par un « Demon Driven Man », morceau très dynamique et groovy. C’est finalement la substance même de ce Solas : de grands écarts par rapport à une ligne qui avait été tracée toute droite dans le passé, avec son lot de surprises positives, mais contenant également quelques égarements stylistiques et parti-pris un peu difficiles à suivre qui font perdre au projet une petite partie de sa crédibilité.

The Answer a cependant voulu enrichir son propos par des collaborations, toujours dans cette volonté de faire la part belle à cet univers britannique et celtique qui constitue ses racines : Fiona O Kane, une célèbre chanteuse irlandaise fait une apparition vocale sur « Real Life Dreamers », tandis que Neil Davidge, compositeur et producteur du cultissime groupe de Bristol Massive Attack, a participé à l’écriture de « Beautiful World » et son ambiance effectivement presque trip-hop par moments, pour au final, former deux jolies réussites de l’opus. Enfin, si Solas a un point commun avec les autres albums de The Answer, c’est sa conclusion : l’habituelle ballade porte cette fois-ci le nom de « Tunnel », avec son nom plus qu’évocateur de la période qu’a traversé Cormac Neeson.

Seul l’avenir et le temps diront quel rôle jouera finalement cet album dans la carrière de The Answer : clé de voûte d’une nouvelle ère, épilogue d’un groupe en bout de course ou OVNI de leur discographie en réaction à une période difficile ? Le modèle de The Answer tel qui était présenté avant Solas semble en tout cas avoir vécu et montré ses limites, poussant le groupe à changer diamétralement de voie créative. Si la tendance se confirme, les quelques errements constatés s’effaceront au profit d’un univers mieux délimité et incarnant la vision musicale qu’ont les membres de The Answer en 2016 : un ensemble pop rock et folk, éthéré mais fier de ses origines et de son parcours dans des sphères plus musclées du rock.

Extraits de chaque chanson :

Clip vidéo de la chanson « Solas » :

La chanson « Beautiful World » en écoute :

Album Solas, sortie le 28 octobre 2016 via Napalm records. Disponible à l’achat ici.



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  • grand album , c est clair….

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  • pas exceptionnel,mais assez surprenant

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  • Je vous trouve assez dur. Je n’ai jamais été fan de The answer, leur hard rock poussif mais sincère me laissait totalement indifférent
    Mais là quel coup de foudre. Un album d’une beauté absolue aux relents folk et certainement pas pop. Le pari était énorme: on se demande d’ailleurs s’il s’agi bien du même groupe Une réussite totale (Battle cry, mon dieu quelle chanson). J’espère qu’ils joueront lintégralité en concert. L’album de l’année.

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