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Metalanalyse   

The Black Angels : un arc-en-ciel aux fondations obscures


The Black Angels, à l’inverse de ce que leur nom pourrait supposer, prennent le psychédélisme, dont il participent à la résurgence, par son côté lumineux avant tout. Évidemment que The Doors et 13th Floor Elevator ne sont pas les groupes les plus joyeux de l’histoire ; pourtant, au-delà de leurs destins tragiques et de leurs expériences de la vie parfois sombres, ces groupes dégageaient une forme d’onde positive que les Black Angels ont tenté de saisir et de reproduire. Une sorte de naïveté attachante dans la façon de faire tourner couplets et refrains, bien propre à la fin des années 60 et au tout début des années 70, que les divers courants du rock ont ensuite éteint par la force des choses. Difficile de faire revivre le côté solaire de compositions rock héritées du Flower Power dans un monde rock actuel dévorés par les sous-genres et la sophistication des productions…

La clé est donc de réussir à montrer le beau au travers d’émotions plutôt sinistres. D’autant plus que le revival du psychédélisme et du rock 60’s/70’s se fait souvent par le versant sombre, un aspect clairement mis en exergue par le nombre grandissant de formations se référant à Black Sabbath ou au courant doom. Et The Black Angels, comme les Dandy Warhols, le groupe qui revisite le psychédélisme passé depuis le début des années 90, sont très inspirés par le Velvet Underground de Lou Reed. Ils tirent même leur nom d’un de leurs titres, « The Black Angel’s Death Song », et très certainement une partie de leur face sombre et tortueuse, à l’image de ce titre et de la poésie quasi-nihiliste de Lou Reed. Un esprit que l’on retrouve toujours fortement sur ce nouvel opus du groupe, et ce dès le titre introducteur et éponyme, l’évocateur « Indigo Meadow » qui lorgne clairement d’entrée vers les incantations du Velvet. Un arc-en-ciel aux extrémités sinistres…

The Black Angels ne fait pas que faire revivre l’esprit d’une époque : ils s’attachent également à en retracer le son au travers de nouvelles voies. L’utilisation permanente de différentes pédales Fuzz et saturations vintage donne une originalité à des titres qui appartiennent à un univers musical que l’on croyait déjà parcouru de toute part… et une touche stoner qui intègre tout à fait le groupe dans notre époque et lui donne une énergie quasi-vitale, un supplément d’âme nécessaire pour ne pas tomber dans un rock psychédélique débordant d’expérimentations trop ambiantes et inaccessibles. The Black Angels fait définitivement partie – et cet album ne déroge pas à la règle – de la même scène que les Canadiens de Black Mountain par le registre vocal et le côté accrocheur des titres, et des Californiens de The Warlocks par ce psychédélisme aérien un brin lysergique.

Les Dandy Warhols, notamment par « Bohemian Like You » et les White Stripes avec leur carrière couronnée d’un très grand succès populaire, ont finalement ouvert grand la porte pour que cette scène aux allures nostalgiques existe. Les amateurs de rock s’y retrouvent et The Black Keys, par exemple, ne sont aujourd’hui que la partie émergée de l’iceberg médiatique de ce revival. Depuis 2006 et Passover, l’album des débuts, les Black Angels sont passés par divers états, tournant un maximum et réalisant souvent leurs albums sur la route. Pour celui-ci, ils ont pris leur temps et l’ont conçu et enregistré sur une année entière, ce qui leur a laissé le temps d’expérimenter un maximum de sons et d’influences, tout en se disciplinant à ne pas dépasser un disque de 45 minutes, de façon à ce que leur propos reste accessible. Ils ont au passage perdu leur bassiste Nate Ryan, qui était dans le groupe depuis sept ans, parti en de très bons termes s’occuper de ses autres projets, laissant les membres continuer l’aventure à quatre, prenant chacun une partie des devoirs de basse des titres. Son départ ne s’est en aucun cas montré préjudiciable musicalement pour le groupe, du moins de l’extérieur : les lignes de basse englobantes et planantes de titres comme « Love Me Forever » ou « Holland » témoignent d’un passage de témoin sans heurt.

C’est un peu de l’âme de Jim Morisson et des San Franciscains de Grateful Dead qui survivent à travers cet album, peut-être encore plus que sur les précédents. A l’image d’un hommage que l’on constate souvent sur les albums de Witchcraft, notamment le dernier Legend, le défunt leader de The Doors est toujours une influence musicale majeure pour de nombreux chanteurs : Alex Maas n’est pas en reste et prend ses célèbres intonations entre incantations lugubres, mélodies déstructurées et efficaces refrains (« Love Me Forever », « Always Maybe »). Lorsque l’orgue entre en scène (« Twisted Light »), on se voit directement propulsé entre Ray Manzarek et Morisson dans l’Amérique du début des Seventies. Et le Velvet, encore et toujours, avec le final « Black Isn’t Black », obscure diatribe poétique désaxée. Mais avec les multiples effets fuzz, réverb’ et autres chorus variés, ainsi que des parties de batteries hypnotiques aux accents presque électro, l’auditeur se raccroche tout de même facilement en 2013. Les années Hippies ne connaissaient pas une telle variété technologique, et les Black Angels ont intégré d’autres styles et influences plus modernes dans leur son comme le très White Stripes « I Hear Colors » ou le quasi trip-hop « Holland », autant de témoins de l’appartenance à notre époque.

The Black Angels se situent aujourd’hui en très bonne place sur le devant de la scène psychédélique américaine et mondiale. A tel point qu’ils sont fortement impliqués dans la création du désormais réputé festival de Rock Psychédélique d’Austin (Texas), le Psych Fest, qui a maintenant lieu depuis six ans, et qui voit des groupes comme Deerhunter, Clinic, Black Mountain ou The Raveonettes s’y illustrer. Les États-Unis sont nostalgiques des années 60 et 70, des années où ils régnaient sans partage en compagnie du Royaume Uni sur la culture musicale mondiale. Alors qu’ils chassaient les hippies de San Francisco, rejetaient ces morveux qui ne voulaient pas s’engager au Vietnam, ils les adoubent aujourd’hui, les reçoivent à la Maison Blanche (comme l’a récemment fait Obama avec Bob Dylan) et les plébiscitent dans un festival en plein milieu du très conservateur Texas. L’Amérique, décidément, n’est plus à un paradoxe près.

Album Indigo Meadow, sorti le 2 avril 2013 chez Blue Horizon Records



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