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Live Report   

The Chariot : En sueur et en sang



The Eyes Of A Traitor, Iwrestledaberonce et The Chariot sont trois formations très intéressantes de la nouvelle scène Metalcore US. Même si cette appellation fait frémir bien des têtes chevelues, force est de constater que tous trois ont une personnalité et un son propre, très éloigné du standard créé par Killswitch Engage et de l’héritage Death Mélodique suédois. Ces trois formations sillonnent actuellement l’Europe et se sont arrêtés la semaine dernière à Lindau, sur les bords du lac de Constance, pour dévaster nos corps et nos esprits.

Telle l’équipe de foot lyonnaise, Radio Metal était en Bavière pour prendre la température de l’équipe américaine. Et à l’instar de nos footballeurs régionaux, nous n’en sommes pas ressortis indemnes.



Artistes : The ChariotIwrestledabearonceThe Eyes Of A Traitor
Lieu : Lindau (Allemagne)
Salle : Club Vaudeville
Date : 21/04/2009
Public : 200 personnes

Lindau est une ville particulière. Située à l’extrême sud de l’Allemagne, coincée entre la Suisse, l’Autriche, le lac de Constance et le Baden Wruttemberg, elle est le seul accès offert à la Bavière sur ledit lac. Sa situation géographique exceptionnelle en a fait un exemple du faste allemand – avec ses sculptures surfaites et ses façades exquises aux motifs rouges et or sur fond vert pâle. C’est dans cette ville historique que l’affiche américaine a choisi de s’arrêter.

Arrivé sur place, la première surprise – agréable s’il en est – est la situation géographique de la salle. A la limite entre la zone industrielle et le centre habitable de la ville, elle se situe à une centaine de mètres à peine des bords du lac. Idéal pour une pause romantique entre deux moshs. L’intérieur fait quant à lui penser au Transbordeur de Lyon avec ses deux salles : un club dans la même pièce que le bar et la salle de concert avec une capacité d’environ 2000 personnes. La salle est presque déserte – probablement à cause de la rencontre footballistique entre le Bayern et l’OL. Toujours est-il que lorsque le premier groupe monte sur scène, c’est à peine 150 personnes qui se présentent devant la scène.


The Eyes Of A Traitor au complet

Sur le flyer et le site, il était annoncé qu’un groupe local lancerait les hostilités. Celui-ci ayant vraisemblablement annulé, cette lourde tâche revient à The Eyes Of A Traitor. La musique du groupe – quelque part entre le mathcore cérébral d’un Meshuggah ou d’un Textures et le metalcore accessible d’un Killswitch Engage – est taillée pour le live. Malheureusement, dès le début du concert, quelque chose cloche. Ce quelque chose est le mix de la section mélodique. Les deux guitares semblent mixées de manière identique, les rendant difficiles à dissocier, surtout sur les soli et les parties mélodiques. Le chant clair du bassiste est quant à lui inaudible et donne l’impression qu’il s’époumone sur un micro débranché. D’un autre côté, la basse, la batterie et le chant sont en revanche parfaitement distincts. Ceci a pour effet de mettre en avant l’aspect mathcore du groupe, avec la hargne du chant hurlé et les breaks ravageurs du batteur. Le public, qui ne connaissait pas le groupe, semble satisfait. Néanmoins, ces problèmes de son éclipsent totalement une facette intéressante de la musique du groupe.


Un frontman, un vrai

Si le son était un peu décevant, la prestation était en revanche bonne d’un point de vue technique. D’autant plus devant un parterre aussi clairsemé. Il faut dire que les Allemands et Autrichiens présents ce soir ne sont pas les plus expansifs du monde. Ainsi, la foule se maintient à cinq bons mètres de la scène, laissant la fosse désespérément vide. Ce public, pourtant majoritairement composé de coreux, ne daignera presque pas décroiser les bras de la soirée. Devant ce public inerte, le groupe ne se laisse pas démonter et en fait des tonnes pour faire monter la température. Les guitaristes se donnent à fond sur scène, mais la palme revient au chanteur qui remplit plus que parfaitement son rôle de frontman. Dès le début du spectacle, il descend le micro et son pied dans la fosse. Il tentera durant tout le concert de motiver le public en allant à son contact. Il n’hésite pas à poser le pied du micro contre le premier rang pour hurler sa rage à quelques centimètres du public, voire carrément dans la fosse. Malheureusement, malgré toutes ces tentatives, aussi convaincantes qu’elles fussent, le public reste inerte. Le salut viendra au final des musiciens de The Chariot qui investiront la fosse pour en faire un mini mosh. On notera aussi la présence de Mike, le batteur d’Iwrestledabearonce (IWaBO), qui viendra mosher seul après la dernière note du groupe, alors qu’il n’y a plus de musique et que les techniciens changent les instruments.

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Au final, The Eyes Of A Traitor nous a donc gratifiés d’un très bon show malheureusement desservi par un son approximatif et un public inerte. Le comble de tout cela est que tous les auditeurs interrogés sur le sujet se sont déclarés très agréablement surpris par le groupe. La mini queue au stand de merchandising de The Eyes Of A Traitor semble attester ces dires.


Krysta, très en voix

Le temps de changer les instruments sur scène, voilà qu’IWaBO monte sur les planches. Fait assez peu commun pour être cité, le groupe ne fais pas ses balances sur un classique de Black Sabbath / Metallica / Slayer (rayez le ou les groupes inutiles) mais sur « Money » de Pink Floyd. Son riff a pour effet d’attirer l’attention des spectateurs qui s’amassent à cinq mètres de la scène. Une fois les balances finies, Krysta, la chanteuse annonce qu’ils n’ont pas l’intention de commencer de jouer tant que le public ne se rapprochera pas. C’est visiblement à contrec?ur que nous voisins teutons et austro-hongrois s’avancent donc contre les retours. Les lumières s’éteignent et la représentation débute par les premières mesures du célèbre compte à rebours final d’Europe. Cette intro a le mérite de faire monter la température et quand celle-ci semble assez chaude, le groupe nous assène le riff destructeur de «You Ain’t No Family». La chanson et ses multiples breaks passent à merveille l’épreuve du live, à tel point que trois personnes du premier rang commencent un pogo pendant que deux autres commencent à faire le gorille et la tondeuse à gazon chers à Sick Of It All. On frôle la folie.


Iwrestledabearonce, c’est aussi des poses ridicules

Cependant, dès la première chanson, le gros point noir du concert se fait entendre : le chant clair de Krysta. Non, pas que la demoiselle ait des problèmes de justesse, mais il y a un véritable décalage en termes de volume sonore entre son chant clair et son chant hurlé. De fait, ses parties chantées sont couvertes par les autres instruments et en deviennent à peine audibles. Du coup, le break en voix claire de la première chanson tombe à l’eau. Heureusement, il en sera autrement du passage country qui, du plus bel effet, alimentera la ferveur de la fosse. Le groupe enchaine sans temps mort sur «Alaskan Flounder Basket» sur laquelle, encore une fois, la folie la plus furieuse côtoie la beauté la plus sensible. La mise en retrait des guitares sur le break en chant clair de cette chanson permet d’entendre ledit chant. Certains spectateurs entreprennent même quelques pas de valse avant que la furie ne reprenne sur une outro originale rajoutée pour l’occasion du live. Tous les tubes du groupe s’enchainent et la température monte de chanson en chanson, à tel point que la chanteuse ne tardera pas à se défaire de son sweat vert au plus grand plaisir de l’assistance, dont la majorité est masculine. Un des moments fort fut la magnifique «Cat’s Pajama» qui semble avoir transcendé la foule. Cette chanson, un peu moins folle que les standards du groupe est extrêmement accrocheuse et passe avec brio l’épreuve du live.


Est-ce son anniversaire qui rend Mike si impatient?

Au niveau de la prestation scénique, le groupe s’en sort bien. Tous les musiciens sont en place, malgré le haut degré de technicité de leur musique. Malheureusement, après la déferlante The Eyes Of A Traitor, cette prestation paraît presque fade. Ils ont par contre à leur avantage les interventions de Krysta. Bien que celles-ci soient rares, elles font souvent mouche, à l’image du «You guys sucks» à propos des camps de concentration en Allemagne. C’est certes d’un goût douteux mais cela remplit parfaitement le rôle de transition pour annoncer «Ulrich Firelord» et son break jazz / trip hop. Pour la petite anecdote, le guitariste a eu la bonne idée de casser sa corde au plus mauvais moment de la chanson, à savoir sur la première note du riff «inspecteur gadget» qui clôt la chanson, faisant ainsi tomber à plat l’outro. Le spectacle se clôt sur le très dansant «Taste Like Kevin Bacon» et les musiciens quittent la scène au rythme de Johnny Clegg. Les rappels seront l’occasion de fêter l’anniversaire du bassiste Mike.

Un concert qui sera passé comme une lettre à la poste et, malgré le chant clair sous mixé, la diversité et les nombreux breaks auront empêché l’ennui de s’installer.


L’Oréal, parce que The Chariot aussi le vaut bien

Il est maintenant temps de laisser place à la tête d’affiche : The Chariot. Avant que le groupe n’investisse les planches, l’ambiance dans la salle est plutôt froide. La plupart des spectateurs étant venus pour IWaBO, ne connaissent pas le groupe ou n’adhèrent pas aux textes de The Chariot, inspirés de la Bible. Le Christiancore est un style qui a du mal à s’imposer en Europe. Pourtant, IWaBO nous avaient avertis que nous allions nous prendre une grosse claque et une grosse claque ce fut. Musicalement, le groupe délivre un metal-math-core des plus furieux et bruitistes, lorgnant beaucoup plus du côté de Converge que de celui de As I Lay Dying. Scéniquement, il n’y a aucune limite. Jon Kindler, le bassiste, semble possédé par son instrument et gesticule dans tous les sens derrière sa barbe de hippie. Le batteur se donne à fond et Stephen Harrisson et Bryan Russel, les guitaristes, passeront tout le concert dans la fosse à mosher. Le groupe enchaîne morceau de bravoure sur morceau de bravoure, comme lorsque le batteur tombe de sa batterie – visiblement dans les pommes – et que, en réaction, le bassiste vient marteler les fûts tel un damné, laissant sa basse contre l’ampli et créant ainsi un larsen des plus stridents. Plus tard, le chanteur s’écroule sur les retours et le guitariste, allongé par terre, maltraite le manche de sa guitare en le tapant contre l’angle de la scène. C’est le guitariste de The Eyes Of A Traitor qui viendra finalement asperger d’eau la tête du batteur pour le faire revenir à lui. Un passage surréaliste que n’auraient pas renié les droneux de Black Shape Of Nexus.


Jésus revient… Et il est pas content

La suite du concert continue dans la même veine de folie. Mosh furieux des guitaristes – votre serviteur finira en sang suite à un violent coup de tête de guitare – le bassiste, toujours plus possédé, finira avec le chanteur par démonter la batterie pour s’en approprier les toms. Puisqu’on en parle, Josh Scogin (chant) n’est pas en reste. La scène ne lui suffit pas, il passera par tous les endroits de la salle, montant même le pied du micro sur le stand de merchandising pour prendre de la hauteur en chantant. Cette débauche d’énergie parvient enfin à vraiment faire bouger le public qui, pour la première fois depuis le début de la soirée, répond en nombre aux assauts auditifs, visuels et corporels que nous assène la bande de Douglasville. Au milieu du concert, un titre tirant sur la country, non sans rappeler le «Wild Ox Men» de Coalesce, vient à point nommé apporter de l’air dans la setlist très dense du groupe. Le chanteur met pour l’occasion la salle dans le noir et sort une lampe de chantier qu’il fait tournoyer autour de sa tête en chantant. L’effet est des plus réussi et les hostilités reprennent aussitôt. Le show s’achève après une petite heure, dans le sang et la sueur. Le groupe semble lessivé, vidé et le public aussi. Bien que la répertoire musical ne soit pas très diversifié, leur prestation live était tout bonnement hallucinante, servie par une production sonore excellente, proche de celle de IWaBO, mais sans chant clair. Une excellente découverte live qui, malheureusement perd beaucoup de son intensité sur CD.




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