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Interview   

The CNK : le droit de contester


Intituler son album de reprises Révisionnisme est incontestablement une démarche provocatrice de plus pour The C.N.K., qui a toujours aimé jouer avec tout ce qu’on peut associer de près ou de loin au nazisme. Interviewé en 2007 par Les Eternels, le frontman Hreidmarr avouait son agacement quant au manque d’humour de la société actuelle et avait cette phrase marquante : « Le second degré est en voie de disparition ». Une démarche dans laquelle notre taquine rédaction se retrouve forcément.

Sans se considérer non plus comme un groupe « engagé », appellation que le frontman Rose Hreidmarr trouve particulièrement hypocrite et pédante, ce serait une erreur de considérer que le groupe ne fait que mettre de l’huile sur le feu de manière primaire et gratuite. Dans cette même interview, l’ex-Anorexia Nervosa insistait sur le fait que le groupe ne provoquait pas non plus simplement « pour provoquer », mais – sans aller jusqu’au militantisme – pour simplement partager une réflexion et inviter les gens à réfléchir, notamment sur les limites du système démocratique. A ce titre, si le terme « révisionnisme » dans son usage courant est automatiquement associé au négationnisme, sa signification originelle désigne le fait de remettre en cause de manière argumentée et rationnelle les fondements d’une doctrine, d’un traité ou d’une loi, d’un système politique ou idéologique ou bien des faits considérés comme historiques. Ce que Hreidmarr et The CNK cherchent à défendre via la provocation, c’est la liberté d’expression et de contestation, dans son usage le plus sain.

Le parallèle avec la démarche artistique que représente cet album de reprises n’est donc pas une simple provocation, mais correspond à l’idée de revisiter les morceaux, avec le travail – souvent mésestimé – que cela implique, que ce soit dans le réarrangement, les contraintes légales ou, en l’occurrence, un amenant un invité peu commode en la personne de Snowy Shaw.

Mais pour ceux qui s’impatientaient de voir The CNK revenir avec de nouvelles compos, rassurez-vous, cela ne saurait tarder et Rose Hreidmarr nous en parle… Quant à Anorexia Nervosa, il nous le dit clairement : la porte reste pour lui ouverte.

« La révolution se fait avec les armes à la main et pas avec une guitare (rire). Les groupes engagés, de quelque bord que ce soit, ont un côté petits bourgeois qui ont l’impression de faire de grandes choses, qui en fait n’en sont pas. »

Réécouter l’interview : [audio:interviews/Interview The CNK.mp3|titles=Interview Hreidmarr (The CNK)]

Radio Metal : Révisionnisme sort le 19 octobre. C’est un album de reprises. Vous avez déjà fait deux albums avec The CNK, ça fait longtemps que L’hymne A La Joie (2007) est sorti, il y a donc forcément beaucoup d’attente pour un troisième album, alors pourquoi avoir fait un album de reprises plutôt qu’un album studio ?

Rose Hreidmarr (chant) : C’est vrai, nous nous sommes posés la question. Cela faisait un moment que nous voulions faire un album de reprises, déjà à l’époque d’Ultraviolence (2002). Ensuite, c’est vrai qu’il nous semblait qu’au bout de seulement deux albums, il était un peu tôt pour sortir déjà un album de reprises. Mais, comme d’habitude, nous avons décidé de faire ce dont nous avions envie, sans nous soucier du reste. Au début, c’était censé être un genre de récréation, qu’on pensait facile à faire. En fait, il s’est avéré que c’était plutôt l’inverse, ça a pris beaucoup plus de temps qu’un vrai album de compos. Ceci explique en partie le temps que ça a pris. Il y a eu aussi quelques soucis annexes d’ordre financiers, logistiques, etc. mais il n’en reste pas moins que cela a été une énorme masse de travail à laquelle on ne s’attendait pas du tout en démarrant ce projet. Par contre, le prochain album est déjà en route.

Vous aviez réédité Ultraviolence avec d’autres groupes qui reprenaient vos chansons, est-ce que cela n’aurait justement pas accéléré votre projet de faire vous-mêmes des reprises d’autres groupes ?

Pas vraiment, parce que, à ce moment-là, l’album était déjà en route depuis environ trois ans déjà. De plus, nous avions une demande de la part de notre ancien label Kodiak qui a fait faillite, ça n’était donc plus du tout pressé. Puis, notre nouveau label nous a proposé de refaire l’album. Nous avons trouvé l’idée plaisante d’avoir des gens que nous connaissions et dont nous apprécions le travail qui reprennent nos chansons. D’aucun dirons que cela fait un peu doublon avec l’album que nous sortons maintenant mais, personnellement, je trouve que le parallèle est intéressant entre nous qui reprenons des chansons et ceux qui ont repris les nôtres. De plus, des correspondances se sont créées. Par exemple BlackRain avait repris une de nos chansons et le chanteur de BlackRain est en guest sur ce nouvel album

Quand on voit un album de reprises d’un groupe d’indus, on pense tout de suite à Laibach, groupe très connu pour ses reprises et ses réinterprétations totales. Est-ce qu’il vous a influencé pour cet album de reprise ? Notamment la chanson « Gat Ist Gott » qui rappelle « God Is God » de Laibach.

Nous sommes clairement influencés par lui et nous ne nous en sommes jamais cachés. C’est vrai que quand nous avons commencé à travailler sur cet album, nous avons fait en sorte d’anticiper la réaction des gens car, sur la scène metal ou indus, nous savions qu’un album de reprises n’allait pas être considéré comme un véritable album. Même si ça n’est pas un problème en soi, c’est vrai que notre référence était Laibach, avec leur discographie énorme dont une bonne partie d’albums cultes qui ne sont constitués que de reprises. Leur discours à ce sujet consistait à dire que la question n’était pas de savoir d’où venait la chanson mais ce qu’on en faisait là maintenant concrètement. Sans aller dans une démarche de dépersonnalisation industrielle aussi poussée, ce groupe a été une grosse influence pour cet album.

« Au début, c’était censé être un genre de récréation, qu’on pensait facile à faire. En fait, il s’est avéré que c’était plutôt l’inverse, ça a pris beaucoup plus de temps qu’un vrai album de compos. »

Tu disais que sur la scène metal un album de reprises n’était pas considéré comme un véritable album. Penses-tu que le public ne se rend pas compte de la somme de travail que cela représente de réarranger, de réinterpréter un titre, qui est un travail aussi, si ce n’est plus, difficile que de faire une compo neuve ?

C’est normal qu’ils n’en aient pas conscience puisque nous-mêmes, à la base, nous n’en avions pas conscience. Mais, effectivement, cela paraît être une solution de facilité alors que cela ne l’est pas du tout et il y a un énorme travail derrière. Nous avions chacun commencé par faire des listes de morceaux que nous aimerions bien reprendre et, au tout début, nous devions avoir une cinquantaine de morceaux listés et nous avons dû faire un tri. Nous avons travaillé sur beaucoup de morceaux, dont certains qui nous tenaient à cœur mais que nous n’avons pas pu mettre parce que cela ne passait tout simplement pas, même en les réarrangeant, cela sonnait ridicule. Donc, il y a vraiment un énorme boulot derrière, de ré-interprétation, de réécriture, de réarrangement. Du coup, nous sommes forcément moins à l’aise dans ce contexte-là plutôt qu’avec un morceau qui nous appartient et avec lequel nous pouvons faire ce que nous voulons. Il y a donc une contrainte supplémentaire qui est conséquente et qui n’est pas forcément facile à appréhender pour le public, mais nous n’avons jamais passé autant de temps sur un album.

Avec une composition, où l’on part de rien, il n’y a pas de contrainte. Alors que le problème d’une reprise, même si tu la réarranges à ta manière, il faut tout de même garder une certaine trame, l’exercice est donc plus contraignant.

Tout à fait. Il ne faut pas trahir le morceau, mais, en même temps, il ne faut pas non plus trop lui ressembler sinon cela perd de son intérêt. Sans oublier les contraintes légales. Nous n’avons pas besoin de demander l’autorisation pour une reprise mais cela veut dire que nous ne pouvons pas changer les accords, les notes ou les paroles. A partir du moment où quelque chose est changé dans la chanson, cela devient une réinterprétation et là l’autorisation des auteurs et des compositeurs devient nécessaire. Cela fait beaucoup de contraintes avec un champ assez limité pour arriver à en faire quelque chose d’intéressant et se l’approprier, et c’est là que réside la difficulté de la chose selon moi.

Quand on parle de reprise, je pense systématiquement à la citation du cinéaste Jean Renoir qui dit : « Les meilleurs réalisateurs sont ceux qui plagient les autres, je préfère réaliser des films à partir d’histoires déjà écrites, comme ça je n’ai pas à me soucier de l’histoire et je peux broder autour ». Qu’est-ce que tu en penses ?

Je suis partiellement d’accord. The CNK a toujours eu ce côté, non pas plagiat mais hommage assumé à d’autres groupes, à la limite du clin d’œil, même au cinéma. C’est quelque chose qui a toujours été présent dès le début, où nous intégrions des samples ou des passages de paroles directement inspirés ou qui faisaient des références à d’autres choses. Sur L’Hymne A La Joie, nous avions intégré des samples de classiques même si nous les avions réarrangés, réécrits ou déconstruits. C’est donc totalement dans la démarche de ce que nous faisons depuis le début et pour nous c’est complètement cohérent.

Pour en revenir au premier morceau « Gatt ist Gott », Gatt est Dieu, Gatt étant le vrai nom de Gary Glitter, est-ce un clin d’œil à Laibach et sa reprise de Juno Reactor « God Is God » ou pas ?

Pas vraiment. Ou alors inconsciemment. L’emploi de l’allemand n’était pas forcément justifié (rires), mais, oui, cela peut l’être dans le sens où Laibach fait tellement partie de notre background et de notre culture que, inconsciemment, c’est tout à fait possible.

« Nous avons fait circuler de fausses rumeurs à notre sujet, même sur notre propre forum, pour voir la réaction des gens. La plus fameuse étant que j’allais recevoir la Légion d’Honneur pour des livres fictifs aux titres évocateurs comme ‘Flingue dans la boite à gants’, ‘Une corde pour la province’. […] Il est inquiétant de voir que des énormités pareilles réussissent à passer. »

Pourquoi avoir fait un medley de trois morceaux et pas un seul titre ?

Parce que nous adorons la scène glam-rock anglaise des années 70 qui a pour nous, justement, un côté très martial, surtout les morceaux de Gary Glitter ou du Glitterband qui sont exclusivement constitués de « clap » et de borborygmes, de « Hey ! », ou de choses comme ça avec très peu de paroles, et si nous nous étions écoutés, nous aurions repris toute la discographie. Ce qui aurait été très compliqué ; ou bien nous aurions fait un album de reprise de Gary Glitter, ce qui n’aurait pas été très intéressant. De plus, chacun avait un peu son préféré, par exemple Snowy Shaw était partant pour « Rock’N Roll part 2 », mais en tant que reprise en entier, cela n’est pas forcément très intéressant dans la mesure où il n’y a quasi pas de paroles et c’est le même rythme qui tourne en boucle pendant 4 minutes. Nous avons donc un peu tranché et fait un morceau avec trois titres pour faire un medley ; et aussi parce que cela faisait référence aux vieux groupes comme Metallica qui faisaient des choses comme ça à l’époque où c’était une sorte de mode de faire des medleys. De plus, nous trouvions que c’était un bel hommage. Même s’il y a de l’humour et du second degré, nous sommes quand même très fan. Mais tout en gardant un œil critique, tout de même et un peu amusé (rires).

Vous avez donc essayé plusieurs morceaux et du coup en avez abandonné aussi pas mal. Peux-tu nous parler justement de ces morceaux que vous abandonnés ?

Il y avait « Because The Night » de Patti Smith par exemple. De Bruce Springsteen même, pour être plus précis.

Pourquoi n’a-t-il pas été sélectionné ?

Parce que ça ne fonctionnait pas justement ! Il y avait un côté qui confinait trop au ridicule et nous ne voulons absolument pas tomber dans la parodie. Pas mal de groupes de metal ont pu le faire, notamment au travers de reprises de groupe de disco par exemple, comme faire une reprise de Boney M en version death metal qui fait rire. Mais nous ne nous inscrivons pas du tout dans cette démarche. Certes, nous avons toujours un côté second degré mais nous ne voulons pas non plus tomber dans le Gronibard.

C’est vrai que sur certains morceaux, malgré une réinterprétation, il y a certaines parties que vous avez gardées intacts par rapport à l’original, notamment le morceau « You Could Be Mine » des Guns N’ Roses où on a l’impression que vous essayez de retrouvez le chant d’Axl Rose, ou « Too Fast For Love » de Mötley Crüe où Swan (BlackRain), qui a un timbre proche de celui de Vince Neil, chante. Était-ce délibéré de garder certains éléments intacts ?

Ce n’était pas forcément délibéré. Pour « You Could Be Mine », par exemple, c’est vrai que Snowy Shaw a un timbre de voix qui se rapproche assez de celui d’Axl Rose naturellement, sauf qu’en temps normal il ne l’emploie pas dans ce genre de registre. Mais il se trouve que lorsque nous le faisons chanter sur un morceau des Guns, cela donne un peu du Axl Rose (rires). Quand il nous a présenté la première mouture, nous avons trouvé cela très bien, cela ne nous a pas paru pertinent de lui dire : « Non, cela ressemble trop à l’original, fait autre chose ! » . Notre but n’est pas d’être décalé à tout prix par rapport à l’original, mais d’être juste sur la reprise. J’avoue que « You Could Be Mine » est notre reprise la plus fidèle, sans grande surprise, mis à part qu’elle est accélérée et a des orchestrations différentes. Notre but n’a jamais été de faire de l’original à tout prix. S’approprier la reprise : oui, et si au final certaines choses sont fidèles à l’originale, tant mieux ou tant pis, cela ne nous a pas posé de problèmes. Pour celle de Mötley, c’est différent, je pense qu’elle est un peu plus personnelle dans la mesure où il y a un groove qui change. Nous la jouons en live d’ailleurs et cela fonctionne très bien.

Quand je mentionnais « Too Fast For Love », je ne parlais pas de la reprise de manière générale mais plutôt du choix du chant qui se rapproche beaucoup de l’originale, d’autant plus que Swan évolue dans BlackRain, un groupe au style similaire à Mötley Crüe.

Nous avions très envie que lui participe car nous aimons sa voix et la reprise s’y prêtait particulièrement. Cela peut paraître convenu à certains mais le côté décalé n’est pas une fin en soi ; on essaie juste de s’approprier les reprises.

Ne pas faire chanter Swan alors qu’il y a un morceau de Mötley Crüe aurait pu être considéré comme un affront… (rires)

Blague à part, c’était un dilemme parce que Snowy Shaw voulait absolument la faire aussi. Mais nous avons du trancher (rires)

« De nombreuses études ont été faites sur l’impact d’internet […]. Le cerveau change de manière physique et nous développons de nouvelles capacités […]. Par contre, au niveau de la culture, du langage, de la manière de manier la langue, il y plein de choses qui sont en train de se perdre. »

Est-ce que vous auriez mis le morceau des Beastie Boys si Adam Yauch n’était pas mort il y a quelques mois ?

Oui, bien sur ! Cette reprise est prête et enregistrée depuis un certains temps déjà. Nous l’avions même pré-produite avant même que l’album des Cancer Bats qui la reprennent aussi soit sorti. Donc, les deux choses ne sont pas liées. C’est vraiment un morceau et, plus largement, un groupe que j’apprécie. Ce morceau s’est imposé parce que c’est l’un des plus connus et c’est un de ceux qui sonnait le mieux parmi ceux que nous avons essayés. Mais encore une fois ça n’a aucun rapport, même si j’ai été triste de savoir qu’il était mort.

Snowy shaw est très présent tant sur l’album que sur la pochette. Comment votre collaboration s’est-elle mise en place ? Le projet a-t-il été initié avec lui ou est-il arrivé plus tard ?

Cela s’est fait dès le début. Nous sommes en contact depuis un moment déjà et nous nous sommes toujours dit qu’il fallait que nous fassions quelque choses ensemble. Tout cela remonte à l’époque d’Anorexia Nervosa en 2001 à l’époque de l’album New Obscurantis Order. Je lui ai parlé de notre projet d’album de reprises et c’est lui qui tout de suite s’est montré intéressé et a proposé de collaborer. Nous en avons discuté, au final il a participé également au choix des reprises, et tout l’album a été fait en collaboration étroite avec lui.

Quelle était son implication ? Je pense notamment au niveau des compositions. Ou bien sur les morceaux où il ne chante pas, était-il aussi impliqué ?

Oui, tout à fait, il a participé au choix de toutes les reprises dans un premier temps. Ensuite, disons que cet album a été conçu en tant qu’album de The CNK ET lui ; il y avait donc parts égales dans le processus d’élaboration de l’album. Certains morceaux se sont imposés, là où il devait mettre sa voix par exemple, puis d’autres où ça n’était pas forcément nécessaire voire superflu. Nous avons travaillé à distance parce que c’était beaucoup plus simple et, au final, tout s’est fait très naturellement.

(Nous entendons un miaulement sur la ligne) Quel est le nom du chat que nous entendons derrière toi ?

Elle s’appelle Eva.

Nous adorons les chats ici à Radio Metal ! Nous partons du principe que le chat est sûrement l’animal le plus metal qui existe.

Oui, je suis d’accord, le plus dark. (rires)

Pour en revenir à Snowy Shaw, peut-on envisager de vous voir sur scène interpréter des morceaux avec lui justement ?

Au niveau logistique, cela va être un peu compliqué, notamment pour des concerts uniques, nous n’allons pas le faire se déplacer. Par contre, oui, nous y pensons quand l’occasion se présentera, nous n’hésiterons pas. Je ne peux pas dire quand ni comment, mais nous en avons déjà parlé et ça va se faire à un moment ou à un autre.

En préparant cette interview, nous avons trouvé une interview donnée en 2007 par toi et Valnoir. Deux choses m’avaient marquées, la phrase où tu dis « Le second degré est en voie de disparition aujourd’hui » et celle où tu dis que vous ne faisiez pas de la provocation simplement pour provoquer mais aussi pour faire réfléchir les gens. Quand on regarde le titre de l’album, Révisionisme, à première vue, on pourrait se dire que cela fait une provocation de plus, mais en cherchant un peu, on se rend compte que le terme en lui même, même si son usage courant a plutôt une connotation péjorative associée au négationnisme, signifie le fait de contester quelque chose et de le remettre en question de manière argumentée. Avec un titre comme ça, ne chercherais-tu pas à défendre le droit de contester et la liberté d’expression ?

Tout à fait, cela a toujours été notre démarche quoi qu’il en soit. Pour revenir à ce que nous disions tout à l’heure, pour la réédition d’Ultraviolence, la partie reprises par d’autres groupes, s’appelait déjà Révisionnisme, donc les deux albums sont liés à travers ça. Le terme s’est imposé à nous dans le sens où, il y a le côté réécrire l’histoire/album de reprises, nous trouvions cela cohérent et il y a toujours le côté contestation ; sur certaines reprises comme celle de Slayer, nous savions pertinemment que, parmi leur fans, beaucoup allaient crier au scandale parce que c’est un titre quasiment intouchable pour eux. Et c’est cela qui faisait aussi partie de notre démarche : mettre les pieds dans le plat par rapport à ça. Mais le discours est toujours le même et nous avons toujours ce côté qui peut faire grincer des dents, avec des thèmes forts, des images et une attitude fortes et tout ce qui va avec et qui fait réagir les gens.

Tu as toujours clairement affiché tes réserves quant aux limites du système démocratique, et le titre de l’album, Révisionnisme, pourrait être une manière de faire passer le message que nous ne serions peut-être pas si libres que ça dans une démocratie, qui est pourtant un système établi reconnu comme positif ?

C’est un peu ça. Quoi qu’il en soit, cela reste tout de même le leitmotiv de CNK dans l’absolu. Malgré tout, nous ne désirons pas avoir l’étiquette de groupe à message qui revendique certaines choses. Plutôt que d’être un groupe contestataire classique, qui revendique, qui monte au créneau pour ses idéaux, nous nous contentons de faire ce que nous voulons, en faisant des choix tels que le message que l’on voudrait suggérer va passer de lui-même. La censure ou la réaction des gens à tel ou tel phénomène, et simplement par ce biais-là, cela montrera que nous avons raison.

Trouves-tu que les groupes dits « engagés » le soient un peu trop et cherchent plus à imposer une idée qu’à la partager comme vous ?

Je trouve que c’est vain et ce n’est pas le rôle d’un groupe de rock’n roll de faire de la propagande. Ce qui me gêne également, c’est le côté pédant de la chose, dans le sens où les gens se sentent importants parce qu’ils ont un message à délivrer et se prennent du coup très au sérieux. Pour moi, cela reste du rock’n’roll. Même si cela amène les gens à réfléchir ou à se poser des questions, c’est très bien, mais il ne faut pas se prendre pour des révolutionnaires pour autant, parce que la révolution cela se fait avec les armes à la main et pas avec une guitare (rire).

Les révolutions se font aussi quand tu n’as plus rien à perdre…

C’est ça ! Déjà, pour se permettre de faire un groupe, d’y passer du temps, de sortir des albums, cela veut dire que les problèmes ne sont pas légions autour de soi. Et même si les petits problèmes de la vie quotidiennes sont présents, nous sommes loin de courir entre les bombes et les mines. Pour moi, les groupes engagés, de quelque bord que se soit, ont un côté petits bourgeois qui ont l’impression de faire de grandes choses, qui en fait n’en sont pas et ne sont que des choses très confortables et convenues, très occidentales.

Cela fait penser au sketch des Inconnus, « Auteuil Neuilly Passy », où des habitants de Neuilly rappent sur le fait qu’ils ne sont pas content parce qu’ils n’ont pas assez d’argent…

Voilà, c’est exactement ça !

« C’est toujours marrant d’envahir un pays neutre. (rires) »

J’aimerais revenir sur ta phrase où tu dis que le second degré est en voie de disparition. En tant que média nous le constatons également, de plus en plus de provocations, pourtant plus qu’évidentes, marchent tout de même et cela empire. Selon toi, à quoi est ce dû ?

C’est un ensemble de choses, à mon sens. Sans vouloir stigmatiser, je pense qu’Internet a fait pas mal de dégâts, les gens, petit à petit, cessent de lire aussi. Au risque de paraître réac’, de nombreuses études ont été faites sur l’impact d’internet depuis son apparition et le temps que les gens y passent. Le cerveau change de manière physique et nous développons de nouvelles capacités comme le fait de pouvoir assimiler plus de choses, la mémoire immédiate est plus développée. Par contre, au niveau de la culture, du langage, de la manière de manier la langue, il y plein de choses qui sont en train de se perdre. Des gens comme Desproges sont de moins en moins compris parce que basé uniquement sur des jeux de mots, des sous-entendus et des antiphrases, et cela est en train de complètement disparaître.

Si l’on regarde ce qui s’est passé avec un artiste comme Dieudonné, son discours n’est pas très éloigné de Desproges mais, pour le coup, son humour ne passe pas du tout, alors que Desproges était autant, si ce n’est plus, provocateur.

Pour Dieudonné, sans vouloir polémiquer, je pense qu’il y a un autre problème. J’aimais beaucoup ce qu’il faisait au début, mais maintenant il y a une espèce de récupération politique qui est un peu problématique. Désormais, son humour cache une connotation politique supportée par des gens qui sont complètement étranger à l’humour et au monde du spectacle en général.

Je faisais allusion à des sketchs de l’époque où il n’était pas encore engagé politiquement et où les réactions étaient tout aussi fortes.

Je suis d’accord. D’ailleurs, avec The CNK, il fut une époque où nous avons fait circuler de fausses rumeurs à notre sujet, même sur notre propre forum, pour voir la réaction des gens. La plus fameuse étant que j’allais recevoir la Légion d’Honneur pour des livres fictifs aux titres évocateurs comme « Flingue dans la boite à gants », « Une corde pour la province »… Nous avons eu beaucoup de réactions positives et sincères, mais à partir du moment où l’on a révélé que c’était faux, les gens ont dit qu’ils n’avaient pas été dupes, ce qui était évidemment faux. Encore aujourd’hui, on peut retrouver relayée cette rumeur sur certains forums. Il est inquiétant de voir que des énormités pareilles réussissent à passer. Sur Wikipedia, par exemple, tout le monde peut ajouter des choses et c’est là que nous voyons la problématique et les limites de la chose.

Donc, pour toi, la Légion d’Honneur, ce n’est pas envisageable ? (rires)

Non, je ne pense pas. (rires)

En parlant d’humour, te rappelles-tu d’un concert de The CNK à Lyon au Trans-Club, à l’époque de L’Hymne à la Joie, où tu parlais d’envahir la Suisse ? D’où t’es venue cette idée et pourquoi la Suisse ? (rires)

Certainement à cause du fait qu’ils sont neutres, c’est toujours marrant d’envahir un pays neutre. (rires) En fait, c’était juste une blague comme ça. Nous essayons de nous adapter à l’endroit où l’on est et d’avoir un discours un peu plus personnalisé que d’autres groupes. Mais nous aimons bien lancer des punch-lines comme ça !

Quand tu disais, de manière un peu hautaine, « Vos femmes sont grosses », par exemple, tu le penses donc pour de bon ?

Non, non ! (rires) mais quand nous avons joué à Lille, nous avons repris la formule des supporters hooligans et au lieu de leur dire bonsoir simplement, nous leur avons dit : « Bonsoir les pédophiles chômeurs consanguins » et cela les a fait beaucoup rire.

Pour en revenir à la Suisse, n’avez-vous pas eu des soucis justement, des interdictions de jouer ou de passer la frontière notamment ?

En fait, c’est surtout moi qui avais un souci, mais c’est beaucoup plus personnel. J’étais interdit de séjour en Suisse pendant un moment pour d’obscures raisons liées à des arrestations et autres, et comme je n’avais pas payé les amendes qui étaient majorées tous les ans, j’avais quelques soucis pour rentrer en Suisse. Mais, maintenant, il y a prescription, donc plus besoin de subterfuges pour rentrer dans le pays.

Donc, maintenant, tu peux envahir la Suisse sans problème ?

Voilà. Et sans être clandestin en plus !

« Je suis toujours pour une reformation d’Anorexia Nervosa mais ce n’est pas d’actualité. »

Y a-t-il des dates à prévoir pour The CNK ?

Tout à fait, il y a quelques dates prévues pour fin octobre, notamment à Dijon le 26 ; la Suisse après, dans le Valais. Nous faisons une pause ensuite jusqu’en début d’année parce que certains des membres partent en tournée avec Alcest. Nous devrions reprendre en janvier et enchaîner avec une tournée française et européenne à ce moment-là. C’est d’ailleurs la première fois que nous allons commencé à jouer vraiment à l’étranger, avec un date à Rotterdam, au Danemark, donc cela s’annonce plutôt bien.

Tu disais que le troisième album était déjà entamé. Que peux-tu nous en dire ?

En fait il est même déjà très, très entamé et, comme on a mis beaucoup de temps à sortir cet album de reprises, nous tenons à sortir le prochain album assez rapidement, donc je pense l’année prochaine. Nous en sommes aux trois quarts de la composition. En plus, maintenant, nous avons notre propre studio et cela nous permet de travailler à notre rythme, enregistrer, garder les premières prises qui sont bonnes, retravailler celles qui ne sont pas bonnes, etc. Du coup, ce confort nous permet d’avancer assez vite. Il y a eu pas mal de changements et de surprises. Je dirais que cela revient à quelque chose de plus brutal, poussé à l’extrême, dans beaucoup de directions différentes. Des passages sont très black metal, d’autres quasiment au hip-hop, et tout cela donne un mélange assez intéressant. Il y aura pas mal d’invités aussi assez surprenants comme, par exemple, le groupe de hip-hop féminin Orchide, qui a un grand succès en ce moment. Je pense que nous allons nous faire beaucoup d’amis avec cette collaboration. (rires)

Les deux premiers albums étaient très différents, y aura-t-il donc ce genre de différence entre L’Hymne A La Joie et ce nouvel album ?

Je pense, oui, même si la trame de fond sera reconnaissable au niveau des rythmes et des riffs, entre autres, voire au niveau des orchestrations, même si elles seront moins présentes sur le prochain album. Au final, il n’y aura peut-être pas autant d’écart mais cela restera surprenant. Nous avons toujours été dans une démarche de renouvellement et de changement permanent, même si, pour moi, cela reste cohérent au niveau du style et du discours. C’est vrai que, jusqu’à présent, il y a eu beaucoup d’écart entre chaque album, ce qui ne sera heureusement pas le cas entre celui-là et le prochain (rires).

Sur Révisionnisme, on trouve des reprises d’Impaled Nazarene et d’Emperor. Est-ce que cela te remet dans une sorte de nostalgie en travaillant dans ce style plus foncièrement black metal ?

Oui et non, personnellement j’en écoute toujours, je n’ai jamais vraiment décroché. Je me suis peut-être plus dispersé, j’écoute d’autres choses et je suis peut-être plus sélectif en matière de black metal. Nous avons repris des morceaux qui nous tenaient à cœur, mais il est vrai que pour Impaled Nazarene, c’était clairement de la nostalgie. Ce n’est pas le morceau le plus évident de l’album, c’est l’album qui a fait exploser Impaled Nazarene à l’époque, ils auraient pu devenir gros, ils sont un peu le groupe maudit du black metal. Et c’est même un morceau qui a été répudié par le groupe lui-même en disant que c’était une chanson d’amour de merde. (rires) Et cela nous a fait rire de reprendre justement ce morceau. Il avait été écrit à l’époque par le frère du chanteur. Sinon, oui, il y a toujours une certaine nostalgie. Par exemple, je suis toujours pour une reformation d’Anorexia Nervosa mais ce n’est pas d’actualité.

Qui bloque la chose si toi tu es pour ?

Ce sont les autres… (rires)

Quelle est la raison ? As-tu essayé de les contacter pour en parler ?

Nous sommes toujours en contact et très amis. Ils se trouve que pas mal de choses ont changé, le bassiste est en Angleterre et nous n’avons plus beaucoup de nouvelles, je suis toujours ami et en contact avec Stefan (Bayle), mais il n’a pas fait grand chose depuis, si ce n’est travailler sur des projets personnels et c’est vrai qu’il a un peu du mal à s’y remettre et à se projeter encore dans le projet. Le claviériste (Neb Xort) est très occupé avec son studio. Si nous voulions le faire, il faudrait répéter beaucoup, et cela implique beaucoup de choses. Les derniers morceaux notamment nécessitaient un niveau technique très élevé qui ne se réapprend pas en une semaine, donc cela serait assez compliqué de s’y remettre et tout le monde semble un peu effrayé à cette idée, je pense. Mais je ne désespère pas.

D’ailleurs, toujours au sujet du morceau d’Impaled Nazarene, pourquoi y a-t-il deux versions sur l’album ?

Nous avons eu un petit dilemme avec Snowy à propos de ce morceau. Lui ne l’aimait pas du tout et ne comprenait pas du tout pourquoi nous voulions la reprendre absolument. Et nous, cette chanson nous tenait vraiment à cœur et nous voulions la faire. Du coup, quand nous lui avons demandé de chanter, il y a mis beaucoup de mauvaise volonté, donc il nous a envoyé quelque chose qui n’avait rien à voir, pas en rythme, il avait mélangé les couplets. Évidemment ça n’allait pas, donc nous avons une version avec juste mon chant et, curieusement, il s’y est remis et nous a envoyé une version bien meilleure ; et comme nous avions déjà enregistré notre version, nous avons décidé d’utiliser les deux parce qu’elles sonnaient bien toutes les deux. Je suis content parce que ça fait une petite variante assez intéressante, je trouve.

D’ailleurs, vous l’avez renommé spécialement pour l’occasion (rires) avec un petit clin d’œil à Snowy Shaw. Quelle reprise de cet album te tient particulièrement à cœur ?

Bonne question (rires). Je dirais la reprise de Nick Cave, « Where The Wild Roses Grow ». Même si elle n’est peut être pas très représentative de l’album, c’était l’un de nos premiers choix avec Snowy, puis il y a ce côté duo un peu décalé car, normalement, c’est un homme et une femme qui chantent et là ce sont deux hommes. C’est moi qui fait Kylie Minogue ! (rires)

Décalé comme les photos de promo de l’album… D’où t’es venue l’idée de mettre un portrait de Snowy Shaw devant ton pénis ?

C’est une idée collective qui nous a fait rire et, étant donné que c’était compliqué de le faire venir au moment où nous voulions faire le shooting et que nous voulions qu’il soit présent tout de même, nous avons décidé de faire cette blague, en se disant ça passe ou ça casse. Et, au final, il a beaucoup apprécié notre sens de l’humour. (rires)

Interview réalisée par téléphone le 2 octobre 2012
Questions : Metal’O Phil et Spaceman
Transcription : Grégory

Site internet officiel de The CNK : www.thecnk.org

Album Révisionnisme sorti le 19 octobre 2012



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  • Assez amusant et révélateur de voir quelqu’un déplorer la décrépitude de nos compétences linguistiques et employer l’expression impropre « au final » 3 fois pas phrase.

    Sinon, l’interview est intéressante, pour une fois ça parle de vraies choses et ne s’attarde pas trop sur le vernis provocateur qui, quoique souvent jubilatoire dans l’oeuvre elle-même, fatiguerait un peu si on en restait là en-dehors.

    Et « Orchides », j’imagine que c’est « Orties » ? Si c’est le cas j’ai peur, je sais que c’est les potes de CNK mais ça n’excuse pas tout, elles ont quand même bossé avec Butter Bullets :/ Tant pis, au pire des cas j’en resterai à Sabotage pour écouter du « CNK vs. hip-hop », parce que celle-là elle fait bander.

    Bisous de Suisse en tout cas.

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  • Y a-t-il une possibilité d’avoir un podcast de l’émission ?

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